The killing moon – N.K. Jemisin

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Fade, stéréotypé, mais sauvé par un personnage central intéressant et émouvant

killing_moonN.K. Jemisin est une auteure américaine originaire de l’Iowa. Elle a obtenu le prix Locus pour son premier roman, Les cent mille royaumes, en 2011, et surtout le Hugo 2016 pour La cinquième saison, à paraître en septembre et dont j’aurai l’occasion de vous reparler en détails. C’est également une critique de SFFF (féroce, notamment dans les colonnes du New York Times) et une diplômée de l’atelier d’écriture Viable Paradise, qui, que ce soit au niveau des étudiants ou des professeurs, a vu passer bien des noms prestigieux, comme Elizabeth Bear, John Scalzi, Steven Brust ou Scott Lynch.

The killing moon est le premier volume d’un diptyque, Dreamblood. Comme l’auteure l’explique dans sa préface, elle a cherché à extraire ce qui est au cœur de la civilisation égyptienne antique sans pour autant proposer un réel roman historique à même de satisfaire, en terme de réalisme, un égyptologue. 

Genres, ressemblances

C’est à la fois de la Fantasy historique (variante : se passe dans un monde imaginaire -la postface nous apprend qu’il s’agit d’une lune en orbite d’une géante gazeuse– mais le pays où se déroule l’action est très, très inspiré par une civilisation terrestre) et de la Fantasy politique, mettant en scène les relations entre deux royaumes ainsi que les luttes de pouvoir entre le trône et le Vatican local (ou plutôt, vu le contexte de type égyptien, le temple de Karnak). Si vous ne connaissez pas ces sous-genres, allez voir , vous trouverez toutes les explications nécessaires, avec d’amples détails.

Toute l’intrigue et le système de magie sont centrés sur les rêves : donc, qui dit cadre désertique et magie onirique fait forcément penser à La forteresse de la perle de Michael Moorcock, qui, bizarrement, est un de mes volumes préférés du cycle d’Elric, loin devant certains romans considérés comme plus emblématiques. On peut aussi (vaguement) penser au film Inception, puisque les narcomanciens (voir plus loin) ont un pouvoir sur leurs rêves… et surtout sur ceux des autres. Et bien sûr à Lovecraft et à ses royaumes au-delà du mur du sommeil (je suis sûr que cette comparaison ferait bondir l’auteure, mais pourtant qu’elle le veuille ou non, elle n’est pas dépourvue de pertinence), ou encore au Quiddity de Clive Barker.  Enfin, dans la manière dont l’action est centrée sur des prêtres dont le travail consiste à donner la paix promise par leur divinité en tuant les gens, ce roman m’a évoqué Skullsworn de Brian Staveley.

Walk like an egyptian *

The Bangles, 1986.

Bon, vous demandez-vous probablement, « cette Fantasy Historique ressemble-t’elle à celle de Guy Gavriel Kay, avec le même sens du petit détail qui fait qu’on s’y croit presque, et l’atmosphère de la civilisation dont l’auteur s’est inspiré parfaitement rendue ? ». La réponse est non. Il est peu probable que l’un d’entre vous ressente une impression d’immersion et de « réalisme » similaire à celle créée par Kay (pour d’autres époques ou cultures terrestres) ou, pour rester spécifiquement dans le domaine de l’Égypte antique, par quelqu’un comme Christian Jacq.

Ah. Donc si ce n’est pas « réaliste », ça en garde l’esprit mais du coup il y a du Sphynx qui parle à tous les coins de rue, d’énormes pyramides recouvertes de hiéroglyphes magiques (et puis volantes aussi, hein, ça fait plus classe), des momies, tout ça ? Non plus. Ce n’est pas ce que j’appellerais de la Fantasy Historique « Hollywoodienne », pleine de gros clichés, de bestioles, de magie qui pète dans tous les sens, et de trucs larger than life.

« Mais alors, ça ressemble à quoi ? », vous demandez-vous… Eh bien disons que ça évite les gros clichés (du genre les pyramides, les crocodiles, etc), mais qu’en même temps il y a l’équivalent du Nil (on ne parle d’ailleurs pas de l’âge des personnages en années mais on l’exprime par le nombre de crues qu’ils ont eu l’occasion de voir, comme ailleurs on dirait « une damoiselle de dix-huit printemps »), du Dieu-soleil, du désert, de Karnak, ce n’est pas centré sur des personnages de type caucasien, on se balade en pagne parce que l’hiver ne pointera pas le bout de son nez avant la prochaine ère glaciaire, et ainsi de suite.

« Ah, donc la touche égyptienne ne sert à rien, c’est juste un effet cosmétique par-dessus de la Fantasy classique ? », vous interrogez-vous ; je n’irais certainement pas jusque là : le fait de déplacer l’inspiration vers l’Antiquité (et pas la période médiévale) et le décor vers l’Égypte (et pas l’Europe) est certes très dépaysant par rapport au tout-venant de la Fantasy (et ça, c’est très agréable, une vraie bouffée d’oxygène), mais il génère aussi tout un tas de particularités (castes, relations internationales, religion, magie, etc) qui ont, outre un impact sur l’univers, une influence sur l’intrigue, qui ouvrent des portes qui n’existeraient pas forcément en médiéval-fantastique standard. Même si, à ce niveau, on est très, très loin de la Fantasy post-médiévale type Flintlock Fantasy.

Si certains pourront être séduits par ce positionnement intermédiaire de l’auteure entre deux extrêmes (la précision à la Kay et le plus-grand-que-nature « Hollywoodien »), ce n’est pas mon cas, car ce compromis me paraît particulièrement fade : il ne propose ni l’immersion des livres du canadien, ni le charme et l’aventure épique et fantastique d’un film comme Le retour de la Momie, par exemple (vous savez, celui où deux égyptiennes adeptes du free fight se battent avec des Saïs, une arme qui n’a jamais existé à cette époque et dans cette région du monde…). Je salue, toutefois, le fait de proposer autre chose que du médiéval-fantastique d’inspiration européenne et chrétienne / celtique / nordique / gréco-romaine, l’effort est louable (et il l’était d’autant plus au moment de la parution du roman, en 2012 : aujourd’hui, je ne dirais pas tout à fait que c’est du dix fois vu, mais presque). Mais je reste frustré par un univers fade, qui, sans que le worldbuilding soit mauvais (il y a un système complexe et riche de castes, deux sortes de nobles, etc), peine à charmer, ne favorise guère l’immersion et manque de flamboyance. Il n’a finalement ni l’attrait de l’authenticité, ni celui de la démesure.

Pour terminer sur ce chapitre, j’ajoute que les éléments égyptiens les plus significatifs (l’équivalent du ka, la théorie médicale qui sert de base à la magie) sont aussi les moins visibles (et qu’il faut s’y connaître un minimum pour les repérer -ou lire la postface-, pour une fois je dis merci aux recherches effectuées pour ma thèse de doctorat il y a une quinzaine d’années), et que certains autres pans de l’univers ou de l’ambiance relèvent pratiquement plus de religions ou de philosophies asiatiques que de l’Égypte antique (les Collecteurs sont très zens / bouddhistes dans l’esprit, finalement). Le fait que le Prince ait des centaines de concubines gardées par des eunuques est, par exemple, plus chinois qu’égyptien. Cf également la scène finale, dans un jardin de pierres très japonais dans l’esprit.

Les nécromanciens, c’est has been, place aux narcomanciens

Le magicbuilding, sans être totalement original, est cependant d’un type peu courant, et en tout cas solide, parfaitement à la hauteur de ce qu’on est en droit d’attendre d’un roman de Fantasy du 21ème siècle, sans pour autant entrer dans une foule de détails. Pour résumer : La déesse Hananja a révélé à son prophète qu’il y avait du pouvoir dans les rêves des hommes, une puissance magique issue de l’imagination et de l’émotion lorsque leur âme se trouve dans les royaumes oniriques. On a donc créé une caste de prêtres, les Sharers (« partageurs » -quel vilain mot-), chargée de collecter, une fois par mois, une « dîme » : les gens se rendent au temple, et font don de leurs rêves, générant une magie de guérison très puissante (capable de régénérer des membres, de guérir des maladies héréditaires et surtout de réparer les troubles psychiatriques). Il existe aussi des « Sœurs » spécifiquement chargées des rêves érotiques.

La postface nous apprend que ce système est basé à la fois sur L’interprétation du rêve de Freud et sur la théorie des humeurs (au sens médical du terme) des anciens égyptiens.

Certaines personnes, parce qu’elles sont trop malades (atteintes d’affections trop horribles pour être soignées par la magie), trop vieilles ou ont une âme trop corrompue, ne peuvent ou ne veulent se rendre au temple pour faire don de leurs rêves : une caste ultra-réduite de prêtres-guerriers d’élite, les Gatherers (Collecteurs), se rend alors chez eux, et donne une mort paisible, dans son sommeil, à la personne, envoyant son âme vivre une félicité éternelle dans le royaume onirique de la Déesse.

Un Gatherer n’est pas qu’une personne qui rend la mort plus douce pour une personne âgée ou malade, c’est aussi un être pur qui met fin à la corruption, qui administre la justice aux âmes les plus corrompues d’une façon finalement très humaine. Si, en dehors du pays, on les considère comme des monstres qui se glissent dans les chambres la nuit pour tuer, comme des assassins, eux ne se voient pas du tout comme tels, mais au contraire comme des parangons de vertu et de moralité.

On appelle cette forme de magie la Narcomancie, et ceux qui la pratiquent des Narcomanciens. Voilà qui change agréablement de la Nécromancie en général lourdement associée aux films, BD, jeux ou livres d’inspiration égyptienne, quasiment automatiquement pourvus de momies et autres morts-vivants. Outre le pouvoir de se rendre dans les rêves / l’esprit des autres et d’en remodeler l’environnement, cette forme de magie permet aussi de transférer leur âme vers l’au-delà, de retirer le dreamblood (la puissance magique) des rêves et même d’endormir d’un simple contact un garde déchaîné !

Toute l’histoire est centrée sur une autre catégorie de Narcomancien, un Reaper (Faucheur), qui, au mépris de l’éthique de la profession, distribue une mort horrible (les victimes portent « le masque de l’horreur » sur leur visage), absorbant à distance la puissance magique de dizaines ou de centaines d’âmes à la fois (un Collecteur normal, même très expérimenté, ne peut absorber que celle de 2-3 personnes au maximum !). Un Faucheur ne laisse rien de la victime, ni vie dans le monde de l’éveil, ni âme pour rejoindre le paradis de la déesse dans celui des rêves. Du moins, c’est ce que prétend la légende. Et tout le monde est persuadé que le Vatican local mène des contrôles si stricts sur les Collecteurs qu’aucun d’eux ne peut développer une telle déviance. Et puis ce genre de pouvoir est impossible, relève de la superstition, hein ? De toute façon, il n’y a pas eu de Faucheur à Gujareeh depuis des siècles, pas vrai ?

Au final, le système de magie est au centre à la fois de l’univers et de l’intrigue, et se révèle relativement original et incontestablement réussi. C’est, à mon sens, le gros point fort du roman.

Intrigue, Personnages *

Don’t fear the Reaper, Blue Öyster Cult, 1976.

Nous suivons trois personnages principaux, le Collecteur Ehiru, son apprenti Nijiri (16 ans) et Sunandi, ambassadrice du puissant voisin Kisua (un avatar de la Nubie). Cette dernière a hérité du poste après la mort soudaine de son père adoptif, un décès considéré comme naturel (crise cardiaque) mais sur lequel un Général de Gujareeh va jeter une ombre sinistre, disant qu’il a en fait été assassiné parce qu’il avait découvert un lourd secret, sans doute lié aux agissements d’un Faucheur et à un complot pour lancer les deux pays sur la voie d’une guerre qu’aucun des deux n’a connue depuis longtemps.

Ehiru et Nijiri vont croiser la route de l’Abomination (le Faucheur), et déduire que l’Hetawa, le centre religieux du pays, est peut-être corrompu. On utiliserait les Collecteurs pour réaliser des assassinats politiques, une perversion absolue du sacrement de leur mission. La seule manière d’en avoir le cœur net est de s’allier avec la cible qu’on leur a ordonné de tuer, Sunandi.

Je suis très partagé à propos des personnages principaux : Sunandi, la belle espionne, est trop stéréotypée pour me convaincre, tandis que si Ehiru est très intéressant, le fait de placer le vieux sage et son apprenti au centre de l’action me paraît relever de l’image d’Épinal. J’ajouterais que la relation d’amour, platonique, certes, mais d’amour tout de même, entre les deux me paraît elle aussi plus relever du cliché ou de l’effet de mode que d’autre chose. Si ce livre était paru un an ou deux plus tard, je l’aurais presque taxée de « je vous emmerde, bande de puppies », d’ailleurs. Franchement, je ne vois pas ce que l’aspect romance gay apporte, le statut de modèle de Collecteur parfait d’Ehiru dans l’esprit de Nijiri dès sa petite enfance ou la figure paternelle auraient amplement suffi.

Je ne suis pas plus convaincu par l’antagoniste, qui correspond lui aussi à un cliché mille fois vu, celui de l’ancien condisciple qui manie la face interdite de la Force… pardon de la magie. Sur ce plan là, d’ailleurs, le fait que dans le duo maître-apprenti l’un des deux commence à virer Côté Obscur aurait pu paraître horriblement stéréotypé, à ceci près qu’ici, c’est le professeur qui est concerné, et son disciple qui essaye de le ramener du bon côté de la barrière (c’est un peu plus compliqué que cela, bien entendu, mais une lecture au premier degré peut donner cette impression).

Côté seconds rôles, à part le Prince et éventuellement Sœur Meliatua et Gehanu, les autres personnages sont bien trop flous (je pense à Sonta-i et Rabbaneh) ou stéréotypés (le Prince) pour convaincre. Remarquez d’ailleurs que le fait d’en désigner certains quasi-exclusivement par leurs titres (le Prince, le Supérieur) n’aide pas le lecteur a créer une relation empathique avec eux. Pour l’anecdote, je me suis bien amusé en voyant un collecteur d’impôts nommé… Caiyera !

Bref, côté personnages, cela aurait pu être une catastrophe s’il n’y avait pas eu Ehiru : à lui seul, il sauve ce livre. Et même si sa relation avec Nijiri est pleine de stéréotypes, elle n’en est pas moins intéressante et chargée d’émotion, je dirais même d’une certaine beauté. 

Côté intrigue (dans tous les sens du terme), c’est vraiment banal (à part quelques rares scènes intéressantes, comme celle où Ehiru fait face au peuple suppliant de Kisua) jusqu’aux 10-12 derniers %, en gros, après quoi les pièces du puzzle se mettent en place d’une façon plaisante. Là, du coup, le livre prend une autre dimension, et on lit avec plus d’envie et de plaisir. Mais bon, comme souvent chez Jemisin, l’univers et le scénario s’effacent devant les personnages, ou plutôt ici le personnage.

Narration, écriture

On sent de l’intelligence chez N.K. Jemisin, de la profondeur (dans les thématiques -la principale étant la corruption de l’âme ou des institutions-, la réflexion -notamment autour de la fin de vie, de l’euthanasie, de la dépendance-), des messages à faire passer (si vous la connaissez, vous ne serez pas étonné par la place de quasi-déesses donnée aux femmes dans la société gujareen, ou du fait que le Prince actuel ait mis un terme au quasi-esclavage pratiqué par ses prédécesseurs sur leurs concubines), nous ne sommes clairement pas devant de la Fantasy pipi-caca comme on nous en inflige tant. Il y a notamment une allégorie du pouvoir démesuré de Karnak dans l’Histoire réelle et des tentatives de certains Pharaons pour reprendre un peu de contrôle sur cet état dans l’état.

Malheureusement, tout ça se fait souvent au prix de la perte d’une certaine spontanéité, spontanéité génératrice de tension dramatique, d’empathie ou d’immersion. Bref, c’est une écriture trop réfléchie, qui peine à prendre aux tripes, qui, paradoxalement, alors qu’elle décrit une relation à la fois amoureuse, filiale et maître-apprenti d’une grande beauté, reste souvent froide (elle correspond à l’image que j’ai de l’autrice, d’ailleurs, un mélange déconcertant de passion et de froideur). Et qui, vu les clichés véhiculés en termes de personnages ou d’intrigue, peine à surprendre ou parfois même intéresser.

Comme j’aime à le penser, si vous voyez tourner les rouages dans la tête de l’auteur pendant que vous le lisez, c’est que 1/ vous n’êtes pas immergé dans son univers ou son intrigue et que 2/ son écriture est perfectible : la vraie bonne technique ne se voit pas, elle se vit (Gemmell, une fois encore…). Car tel est, pour moi, le problème de l’écriture de l’auteure dans ce roman : elle décrit l’émotion, elle vous dit quoi ressentir, au lieu de vous le faire vivre.

La fin est franchement réussie (à tel point qu’on regrette amèrement que le reste du roman n’ait pas été de ce tonneau là), et propose une vraie conclusion au cas où vous n’auriez pas envie de lire le second tome (dont on vous propose par ailleurs un chapitre). Signalons d’ailleurs la richesse du paratexte, avec un riche glossaire et une étrange mais très utile interview de N.K. Jemisin par… N.K. Jemisin !

En conclusion

Cette fantasy d’inspiration égyptienne propose un univers fade (mais original par rapport à celle européenne / médiévale-fantastique, du moins à l’époque où elle est parue -2012-), une écriture assez froide, ainsi que des personnages et un scénario particulièrement stéréotypés. Seul le protagoniste principal et son combat contre le côté obscur de la magie (magie d’ailleurs très réussie, le vrai point fort du roman) donnent à The Killing Moon un certain intérêt, qui ne prend cependant véritablement son essor que dans les dix derniers % du livre.

Le fait que The killing moon me laisse une impression mitigée ne m’empêchera pas de lire La cinquième saison, même si, du coup, je suis encore plus circonspect au sujet de ce dernier livre que je ne l’étais déjà. En revanche, il est peu probable que je lise la seconde partie du diptyque, The shadowed sun, du moins dans un avenir prévisible (bien qu’elle bénéficie d’une note largement supérieure à celle de ce tome 1 sur Goodreads).

Niveau d’anglais : moyen.

Probabilité de traduction : faible.

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19 réflexions sur “The killing moon – N.K. Jemisin

  1. Eh bien je suis bien heureuse de constater que je ne suis pas la seule à n’avoir pas aimé ce livre ! Ma lecture date, mais mes impressions, de mémoire (j’avais écrit un commentaire, ça aide) mes réticences sont du même ordre que les tiennes. En plus sévère, tant je m’étais ennuyée à lire ce livre, malgré les bonnes idées. Ce que tu dis sur le traitement des émotions est selon moi parfaitement juste : une lecture à post-it, où l’auteure vous dit sans cesse ce que vous devez ressentir plutôt que de vous le faire ressentir. Tout ça gavé de clichés malgré quelques bonnes choses…
    Du coup je plus jamais rien lu de l’auteur ! Si tu continues l’expérience je serais curieuse de savoir si ces défauts (rédhibitoires en ce qui me concerne) sont généralisés dans son oeuvre ou pas.

    Excellente analyse comme toujours, et très agréable à lire 🙂

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    • Merci Hélène ! Oui, je vais retenter l’expérience Jemisin avec La cinquième saison (qui sort en français en septembre), prix Hugo 2016. Mais clairement, si cette seconde lecture est aussi peu immersive, je m’arrêterai là.

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      • Bien, je te laisse faire le crash test ! Je fonctionne le plus souvent par auteur, et ceux qui ne m’ont pas plus côté personnages ont peu de chances de trouver grâce à mes yeux au fil de leurs autres livres…. Mais si par miracle La cinquième saison te plait je retenterai l’expérience 🙂

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  2. Aaaah! J’ai les 100 000 mille royaumes dans la PAL (et depuis peu). Tu viens de me mettre un coup de bambou sur la cafetière. EN même temps, il est un peu rassurant que tu sois critique sur l’ambiance/univers égyptien. L’aspect narcomagique me séduit énormément dans son concept. Hélas, les défauts que tu pointes ne m’incite guère à tenter cette lecture, tout au moins en VO.
    Pour ce qui est des romances gay je te rejoins sur un certain effet de mode qui finalement n’apporte pas grand chose. C’est d’ailleurs une utilisation qui m’irrite car je ne le sens pas sincère dans de nombreux cas, juste un outils pour faire bien. Je préfère largement ce qu’écrit d’ailleurs Jo Walton qui vibre « authentique » en la matière.
    Bref, merci pour cette critique toujours aussi instructive, évocatrice et passionnante. 🙂

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    • Merci 🙂

      Oui, l’aspect narcomantique est très bon, c’est plutôt original comme style de magie, et ça c’est toujours appréciable. Tout comme il est appréciable d’avoir une auteure qui fait l’effort d’expliquer d’où vient la magie dans son univers, et ne se contente pas d’un « le merveilleux ne s’explique pas, ce n’est pas de la SF ! » ou d’un « ta gueule, c’est magique ! ».

      Sinon, tu peux tenter Les cent mille royaumes, il a plutôt bonne réputation (et en plus si tu l’as déjà, c’est con de ne pas au moins le commencer, si tu vois que ce n’est pas vraiment une lecture pour toi, il sera toujours temps d’abandonenr et de passer à autre chose).

      Je suis bien d’accord avec toi concernant l’authenticité de Jo Walton en matière de romances gay par rapport à la plupart de ses petits camarades auteurs, qui surfent plus sur un effet de mode qu’autre chose.

      Aimé par 2 people

      • Oui, le « ta gueule c’est magique ou quantique » à tendance à m’agacer….
        Je tenterai les 100 000 Mille royaumes, c’est un cadeau en plus.

        L’effet de mode ou pour faire « bien » ne m’agace pas, mais me heurte, et en tant que lecteur, je sens une différence, notamment pas rapport à Walton où la chose arrive naturellement

        Aimé par 2 people

    • Ce roman a plutôt bonne réputation, autant le tenter si tu le possèdes déjà. De plus, d’expérience, je peux dire que personnellement, il m’est arrivé d’avoir beaucoup de mal avec certains livres d’un auteur, et d’adorer certains de ses autres romans (chez David Brin, par exemple).

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  3. « Car tel est, pour moi, le problème de l’écriture de l’auteure dans ce roman : elle décrit l’émotion, elle vous dit quoi ressentir, au lieu de vous le faire vivre. »

    C’est un peu le problème de beaucoup d’auteur. Comme on dit : « show don’t tell ».

    Merci pour ce retour détaillé. Dommage son univers est sympa, mais 10% sur un livre c’est maigre.

    Aimé par 2 people

      • J’ai aussi les mille royaumes depuis des lustres ! (enfin… un :P).
        Pour l’absence de show don’t tell dans « The killing
        moon, c’est vraiment catastrophique. Elle est très insistante en plus, j’ai trouvé ça quasiment immature… Bon, je pinaille si souvent !

        Pour les romances gay et de manière générale les castings LGBT je ressens moi aussi un effet de mode et j’aurais eu tendance à éviter ce genre de traitement, justement pas décence. Mais il y a aussi une autre réalité : de nombreux lecteurs sont très demandeurs de romans où des personnages à sexualité / identité atypique sont mis en scène, quitte à accepter un effet catalogue. Je viens de lire un roman auto-édité de bonne facture avec ce type de traitement (plus général encore, traitement de diverses minorités), City of strife de Claudie Arseneault, une canadiene, et je suis en train de lire une novella, rebelotte, River of teeth Sarah Gailey – un début très réjouissant avec des hippos tendance carbonique ^-^.
        Bon ça ne me gêne évidemment pas si c’est bien fait. Mais le côté systématique manque souvent de naturel.
        Après la tendance que j’observe est de critiquer des romans traitant d’une minorité (sexuelle, raciale, handicap) sans que l’auteur se soit entouré de sensitivity readers, soit de personnes concernées, comme bêta lecteurs. Ce qui me paraît en effet indispensable, une recherche théorique approfondie ne suffisant pas. Mais je constate aussi que de nombreuses personnes estiment que la parole devrait être laissée aux personnes concernées. Qu’une romance gay, par exemple, devrait être proposée par un auteur gay, qui sait de quoi il parle, plutôt qu’un auteur qui a extrapolé, imaginé. Mais se pose alors la question du talent d’écrivain ! J’ai récemment lu un livre YA traitant de la question transgenre. Alors un excellent point pour l’authenticité, l’auteure étant elle-même transgenre. Mais d’un point de vue romanesque j’ai trouvé le roman assez banal et pas très bien équilibré, très « vert ». Il s’agit du roman traduit chez nous sous le titre de « Celle dont j’ai toujours rêvé, de Meredith Russo (à noter que la jeune fille sur la couverture est également transgenre). Il a été très bien accueilli par les jeunes lecteurs, très demandeurs de romans d’ouverture.

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        • J’ai hésité à mettre River of teeth dans ma wish-list, je suis curieux de lire ta critique le concernant.

          Le problème des sensitivity readers est que ça restreint finalement plus l’écriture qu’autre chose : certains auteurs vont hésiter à mettre des personnages LGBT, des obèses, des fidèles de la religion X ou je ne sais quoi encore de peur soit de se faire tomber dessus par le lobby concerné, soit de devoir faire relire le manuscrit par 12 sensitivity readers différents (ce qui va forcément allonger le délai avant publication), soit de devoir faire des recherches très lourdes pour ne pas raconter n’importe quoi. L’effet pervers de ce système est que tous les personnages vont devenir blancs, hétéros, minces et chrétiens, ce qui va laisser MOINS de place et pas plus à la différence.

          Sinon, je pense que pour écrire correctement sur un sujet, il faut en avoir une connaissance personnelle (même basique) ET avoir un talent minimum d’écrivain. Pour moi, ce n’est pas l’un ou l’autre mais les deux à la fois.

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          • (C’était dragonique pas carbonique !!)

            Nos avis concordent, il faut de l’équilibre… Et même si le traitement n’est pas parfait, si le résultat incite à plus de tolérance et d’acceptation, c’est déjà très bien.

            Le début de River of teeth est très bon, à voir à l’usage, je ferai une petite review sur Goodreads je pense. En tout cas c’est court, c’est bien pour découvrir.

            Il y a tout de même du bon dans ces critiques, cette recherche de la petite bête, celle qui est insidieuse et donc dangereuse… C’est comme cette pratique honteuse du whitewashing, je pense à la superbe couverture de Winter des Chroniques Lunaires de Marissa Meyer (je suis fan !), qui montre une Blanche-Neige typé Disney, alors que le personnage est noire et que son (très beau, on est dans une réécriture du conte) visage est balafré.

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  4. Hors sujet mais je tenais à te remercier de m’avoir fair découvrir P.Watts, je viens de terminer Starfish, quelle immersion!! Du complexe rendu accessible dans un univers plutôt sombre je referme ce livre avec regrets.👍🏽👍🏽

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    • Mais de rien, ce blog est là précisément pour ça. Maintenant que tu as découvert l’auteur, je te conseille de te ruer sur son chef-d’oeuvre, Vision aveugle : c’est un livre très exigeant, mais extraordinaire.

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  5. Pingback: (Auto)Challenge « Sortir de ma zone de confort  – édition 2017 | «Le culte d'Apophis

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