Kings of the wyld – Nicholas Eames

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Ça commence comme une light fantasy parodiant les groupes de (Hard) Rock, et ça finit en une apothéose épique montrant la magnifique histoire d’amitié entre cinq hommes

kings_of_the_wildNicholas Eames est un auteur canadien, natif et résident de l’Ontario. Grand admirateur de Guy Gavriel Kay (mais qui ne l’est pas ?), il se déclare aussi influencé par Scott Lynch et Joe Abercrombie (un gars bien, quoi !). Kings of the wyld est son premier roman, et également le tome 1 d’un cycle appelé The Band (patience, vous allez tout comprendre), son successeur étant attendu en 2018. Ce livre aurait pu être un enième opus de Fantasy parmi tant d’autres, mais il se trouve que le gaillard a eu une idée simple mais j’ose le dire géniale : grand fan de Led Zeppelin et de Spinal Tap, il a mis sur pied son univers à partir de l’idée que les aventuriers / mercenaires étaient structurés sur le modèle des groupes de rock, et adulés de la même façon.

Nous suivons Clay Cooper, dix-neuf ans après le « split » de sa formation (en anglais : Band -vous remarquerez la convergence de vocabulaire avec l’univers musical-), Saga, le plus grand groupe du monde. Plus vieux, plus gras, rouillé, menant une gentille vie de famille et un travail pépère de soldat du guet, Clay voit un jour débarquer un de ses anciens condisciples (et leader du groupe), Gabe. Encore plus mité que lui, il lui révèle que sa fille, Rose, elle-même un mercenaire à la gloire naissante, a été prise au piège du siège d’une cité. La seule solution pour s’assurer de son bien-être : reformer Saga !

Univers * 

On the loose, Saga, 1981 (j’étais obligé  😀 )

Il s’agit d’un univers médiéval-fantastique vraiment épique / héroïque (attention, si le contexte l’est, le livre relève assez nettement, dans le ton, de la Light Fantasy, ou Fantasy humoristique). Saga, par exemple, a secouru x princesses au cours de sa carrière, le zigouillage d’un Nécromancien était une opération de routine, tout comme combattre des cyclopes, des manticores, assurer la défense d’une passe à cinq en tenant en respect un millier de morts-vivants, enfin bon, vous voyez le genre. Les créatures fantastiques abondent (c’est même devenu très rare de croiser en Fantasy des mondes dotés d’un bestiaire aussi large), on commence « petit » (par des araignées géantes, par exemple), et on monte en gamme un peu comme dans un jeu de rôle (l’hommage à Dungeons & Dragons -D&D- est d’ailleurs limpide, notamment via la réutilisation de certaines de ses créatures emblématiques, comme les Gnolls, ou surtout la mention récurrente des ours-hiboux -Owlbears-). Notez que s’il y a autant de monstres, ce n’est pas par hasard, il y a une explication à tout ça (voir plus loin). Mais plus que les monstres, les races fantastiques sont aussi très présentes : on croise un barman minotaure, une Daeva, un Ettin, un Kobold, une Gorgone à la beauté stupéfiante (et qui donne lieu à des jeux de mots salaces mettant en jeu hard et rock), etc.

Ce qui rend ce contexte vraiment unique est la manière dont les « groupes » de mercenaires / aventuriers sont structurés et considérés. Ils ont un nom (Saga, Vanguard, Screaming Eagles, Stormriders, Sisters in Steel, Viscera, The Silk Arrows, The seven swords -qui sont six, mais c’est pas grave-, The wight nights, The Renegades, Giantsbane, Slade and the wardancers, etc), et les meilleurs sont adulés tout comme une rock-star le serait chez nous. Ils sont aussi de petite taille, quelques membres. Si on a besoin de beaucoup de mercenaires, on se contente de réunir des milliers de « groupes », il n’y a pas de « Grandes Compagnies » comme dans notre Histoire ou certains autres univers de Fantasy (celui de la Compagnie Noire). Tout le vocabulaire utilisé reprend mot pour mot celui utilisé (en anglais) dans le monde réel à propos de la musique : on ne parle pas de mission ou de quête mais de gig, pas de compagnon d’arme mais de bandmate, pas de leader mais de frontman, les gigs sont donnés par un booker (impresario), on est on tour (en tournée) et pas en campagne, une bande d’aventuriers / mercenaires qui se sépare subit un split, un membre qui décide de partir à l’aventure tout seul entame une carrière solo, et ainsi de suite.

Notez que les allégories et autres hommages au monde du Rock ne s’arrêtent pas là : il est par exemple douteux que le fait qu’un village s’appelle Coverdale, un Kobold Fender, le compagnon homosexuel d’un des membres du groupe mourant d’une incurable maladie se nomme Freddie, le fils de Barret (leader de Vanguard) soit prénommé Syd ou que la lance d’Arik Slake porte le nom d’Hawkwind soit le fruit du hasard !

Autre demi-originalité : quand les hommes étaient primitifs, des envahisseurs, les Druin, ont débarqué d’une faille dimensionnelle (créée par une épée magique), en provenance d’un autre monde / univers / plan. Ils ont dominé le monde, avant qu’une guerre civile ne fasse choir leur empire. C’est au cours de ce conflit que les monstres ont été élevés pour servir de chair à canon, car la faible natalité des Druin ne leur permettait pas d’aligner de vastes armées. Il aura fallu aux hommes des lustres, par la suite, pour détruire une à une les Hordes ainsi constituées. Lorsque le récit commence, la dernière d’entre elles a été anéantie quatre siècles auparavant. Sauf que les groupes de la nouvelle génération sont devenus fainéants, et ne partent pas faire le « grand nettoyage » de la contrée comme le faisaient leurs glorieux aînés de l’époque de Saga : ils combattent des monstres élevés dans des arènes. Et donc, lentement mais sûrement, dans la forêt, ces derniers ont reconstitué leurs effectifs, jusqu’à former une ultime Horde de 100 000 bestioles plus cauchemardesques les unes que les autres qui assiègent la lointaine Castia.

Enfin, notez la forte présence de navires aériens (Skyships), qui relèvent apparemment plus de la science (-fantasy) que d’une forme de magie, et qui sont d’évidentes allégories du fameux Tour Bus, antre de la débauche (et accessoirement moyen de transport) de tout groupe de rock qui se respecte.

Genres, inspirations *

Born to kill, Airbourne, 2010.

Globalement, il s’agit d’une Light Fantasy parodiant avec tendresse de vieux protagonistes de Sword & Sorcery au bout du rouleau (encore que…) et d’ex-grands groupes de (Hard) Rock désormais Has Been, le tout dans un monde où l’exploit épique est paradoxalement presque quotidien. Cependant, il y a un certain nombre de passages (pour ne pas dire un nombre certain de passages…) où si, certes, il y a de la dérision et de l’humour, on en prend aussi plein les yeux, plus que dans la plupart des « vrais » romans de S&S, d’Heroic Fantasy ou de Fantasy épique / High ! (la scène dans l’arène contre la Chimère, le combat contre Shadow ou la poursuite avec le dragon dans les ruines d’une cité sont assez extraordinaires, par exemple).

Signalons qu’il y a aussi un très vague aspect science-fantasy dans ce roman (avec les vaisseaux volants), mais pas assez (et surtout pas assez net) pour que je le classifie dans ce genre. Remarquez d’ailleurs qu’un tel aspect science-fantasy est assez courant en Sword & Sorcery (cf le cycle de Kane par exemple).

Enfin, insistons sur le côté épique de la chose : la bataille finale, notamment, est le rêve éveillé de n’importe quel joueur de (A)D&D ou de Pathfinder, ceux qui lisent et relisent religieusement les Bestiaires en imaginant le combat homérique entre telle ou telle créature au CR élevé et leur aventurier chéri.

L’auteur s’est exprimé sur les influences qui ont donné naissance à son livre, et l’une d’elles est particulièrement visible : le film / groupe Spinal Tap. Il faut savoir que les Groupes servent de « muse » aux bardes cherchant à composer quelque geste épique, et que l’un d’eux sert de Xième membre à chacune des formations. Or, Saga est le seul groupe dont les bardes meurent avec une régularité absolument sidérante, un peu comme les batteurs de Spinal Tap explosent sur scène ou subissent un quelconque autre sort funeste de façon systématique.

Enfin, je trouve personnellement que ces vieux briscards, qui ont l’air de « pépés » aux yeux des jeunots mais qui sont encore de redoutables tueurs évoquent un peu la saga Expendables, elle-même centrée sur des acteurs / mercenaires de (largement) plus de quarante-cinquante ans pour la plupart.

Intrigue et personnages *

The boys are back in town, Thin Lizzy, 1976.

Gabe, l’ancien leader de Saga, et Clay vont donc repartir à l’aventure, tentant d’abord de réunir les autres membres du groupe (et de récupérer l’épée magique de Gabe, mise au clou chez leur ancien manager) avant d’entamer le long voyage vers Castia, seul avant-poste humain perdu de l’autre côté du Wyld (en réalité le Heartwyld), une énorme forêt (le chemin le plus court et le plus direct pour la traverser fait plus de 1600 kilomètres…) infestée de monstres, de tribus cannibales et autres races hostiles.

Le lecteur fera la connaissance de tas de personnages secondaires (l’ex-femme de Gabe, Valery, modelée sur Yoko Ono -elle faisait partie d’un mouvement prônant la coexistence pacifique avec les monstres- et, comme elle, en partie responsable de la séparation du groupe, Kallorek le manager véreux, etc), et bien sûr des trois autres membres de Saga :

– Gabe était le leader charismatique du groupe, la belle gueule maniant un des deux artefacts (au sens D&D du terme) les plus puissants du monde, l’épée Vellichor. Sa détermination à sauver sa fille, malgré le fait que Saga soit au bout du rouleau et malgré les obstacles, est inébranlable. En dépit du fait que les années ont émoussé les crocs du tigre, jusqu’à le rendre un peu pitoyable aux yeux de Clay, Gabe retrouvera de sa superbe au fur et à mesure de l’histoire.

– Bien que Clay (surnommé Slowhand -en raison de sa propension à systématiquement être le premier à prendre un coup lors d’un combat-) ait eu le sentiment de n’être, à l’époque, qu’un suiveur de Gabriel, il avait en fait aux yeux des autres une vraie stature de (co-)leader. Un peu moins affaibli par les 19 ans passés depuis le split du groupe que la plupart des autres, c’est aussi celui d’entre eux qui a la personnalité la plus complexe, en raison d’une enfance particulièrement sombre, qui ne l’a pourtant pas empêché de développer l’instinct d’un chien de berger, d’un protecteur. Sa détermination à secourir Rosie, la fille de Gabe, est presque aussi forte que celle de ce dernier, car lui-même a une fille et car il comprend parfaitement ce que peut endurer son ami en imaginant son enfant chéri coincé à l’autre bout du monde dans une ville assiégée par cent mille monstres. Il manie son légendaire bouclier Blackheart, taillé dans le bois d’un Treant non moins fameux (pensez Ents, mais dans un monde où ils seraient une des créatures les plus maléfiques et meurtrières). Clay, selon l’auteur, est le bassiste : celui qui ne se remarque ou démarque pas forcément, qui est dans l’ombre du chanteur ou du guitariste, mais qui est pourtant la clef de voûte du groupe.

– Gabe et Clay vont d’abord aller chercher Moog, le sorcier de Saga (et pour moi, le clavier d’un groupe musical). Excentrique, obsédé par la recherche d’un remède à la maladie mortelle (The rot) qui sévit dans le Wyld (et pour cause, elle a emporté son compagnon et il en est atteint), c’est aussi un archimage et un alchimiste de première. Il utilise ce que D&D appelle un bag of holding, en clair un sac à malice d’une contenance illimitée dont il sort régulièrement potions et autres objets magiques. Parfois assez loufoques, ces armes sont cependant souvent d’une grande efficacité ! Moog est le plus farfelu des personnages, notamment via son obsession pour les ours-hiboux, auxquels aucun esprit de plus de huit ans ne croit (à part lui). C’est aussi un des plus humains et sympathiques, loin de la noirceur de certains des autres.

– Le trio va ensuite aller chercher Mattie (officiellement Mattrick Skulldrummer -le batteur du groupe-), ex-voleur d’élite devenu Roi d’un des plus grands royaumes de ce monde. Ou plutôt le roi des cocus, car aucun de ses cinq enfants n’est de lui. Sa vie facile a fait de lui le plus gras et le plus fatigué des cinq membres de Saga. Malgré tout, une fois ses deux dagues à la main (Roxy et Grace, du nom des deux catins qui lui ont pris sa virginité), il retrouve une bonne partie de son ancienne mortelle efficacité. C’est le plus braillard et exubérant du groupe, buveur invétéré ayant une profonde relation d’amitié avec Moog, un peu comme Gabe avec Clay.

– Ces quatre là vont, enfin, aller délivrer Ganelon (le guitariste), qui a été condamné à une peine de pétrification dix-neuf ans auparavant, ce qui a été le facteur décisif dans le split de Saga (en plus des histoires de femmes et de la volonté de Moog d’avoir plus de temps pour ses recherches). Certes, Ganelon avait tué un prince et tout un tas de gardes (pour une très bonne raison, il faut le dire), mais le fait de n’avoir rien fait pour le sortir de là est un fardeau qui pèse sur ses camarades, particulièrement sur Clay. Par contre, une intéressante conséquence de la nature de sa réclusion est qu’il est une vingtaine d’années plus jeune que les autres. Et comme il a toujours été, et de loin, le guerrier le plus doué et redouté de Saga, il apporte au groupe reformé un énorme boost de puissance de feu, si j’ose dire. Car Ganelon, c’est un peu Conan : il a tué sept hommes le lendemain de son onzième anniversaire, traversé le désert en buvant le sang des vautours trop téméraires pour se rendre compte qu’il faisait semblant d’être mort (cela devrait rappeler quelque chose aux cinéphiles), et est responsable à lui seul de l’éradication de 1% de la race des kobolds. Paradoxalement un modèle de calme dans la tempête lorsque vient le temps de l’action, il est extrêmement redouté pour sa puissance de destruction lorsqu’il manie Syrinx (un évident hommage à Rush, si vous voulez mon avis, surtout étant donné que l’auteur de ce livre comme le groupe concerné sont canadiens), sa hache enchantée. Taciturne, son humour à froid peut malgré tout être redoutable : lorsque, avant la bataille finale, les quatre autres se disent à quel point ils s’aiment les uns les autres, lui répond dans un grognement « D’accord, très bien. Vous êtes les quatre dernières personnes que je tuerai. »

Au cours du récit, le groupe va aussi agréger différents compagnons d’armes (dans le sens AD&D du terme), tous plus pittoresques les uns que les autres : un ettin (pensez ogre à deux têtes si vous n’êtes pas rôliste) à-demi aveugle, une daeva (femme avec des ailes et un charisme / une beauté inhumaines) amnésique et surtout Kit, un Revenant. Ce dernier constitue LA solution au problème récurrent qu’à Saga avec ses bardes, à savoir une incroyable mortalité. Donc quelle meilleure tactique, dans ce cas, que prendre un barde… qui est déjà mort et qui est capable de revenir à la vie de n’importe quel traumatisme ?

Et puis bien sûr, il y a les vieux rivaux de la grande époque, avec qui, malgré tout, on entretient un respect aussi profond que mutuel : Vanguard, le groupe qui comprend un homme-araignée (si, si) et qui possède son propre Skyship, le bien nommé Old Glory.

Globalement, on peut résumer ce qu’on ressent pour les personnages en un qualificatif : attachants. Oh, certes, je suis le premier à dire que ce terme (comme celui de « forte » pour les héroïnes) est souvent galvaudé de nos jours. Sauf que là, c’est vrai : il y a une telle humanité chez Clay (et Moog, d’ailleurs), un tel amour pour leurs filles chez Gabe et lui, et une relation si profonde entre les cinq membres de Saga que plus on avance, plus l’empathie pour ces personnages est profonde.

On notera aussi avec intérêt le personnage le plus étonnant de tous : l’ettin. Pour ceux qui ne sont pas rôlistes, il s’agit d’une sorte d’ogre à deux têtes, chacune ayant sa propre personnalité. L’une d’elles est aveugle, et l’autre, pourtant un monstre, a su trouver de la beauté dans le monde et la faire partager à son « frère » incapable de la percevoir. J’ai trouvé ce personnage touchant, ce regard à mille lieux de certains clichés. D’ailleurs, l’auteur les évite encore avec brio quand l’antagoniste principal fait remarquer à Saga que les humains de Castia qui sont assiégés sont loin d’être innocents, ayant traité les populations, pourtant à la base plutôt pacifiques, de non-humains qui les entouraient par les triple maux de l’esclavage, du génocide et de la citoyenneté de second ordre. Là aussi, on est loin d’un manichéisme que, pourtant, on aurait pu craindre dans un contexte si inspiré par D&D et l’Heroic Fantasy.

Ton, ambiance *

I believe in a thing called Love, The Darkness, 2003.

Le ton est, comme je l’évoquais déjà à demi-mot, un peu à géométrie variable. Si, globalement, le roman relève de la Light Fantasy, il propose toutefois certaines scènes vraiment héroïques ou épiques qui signent un vrai livre de Sword & Sorcery. A l’inverse, certaines scènes ou personnages sont à la limite du loufoque, sans que, globalement, on atteigne un complet délire à la Pratchett. Et vous n’êtes jamais à l’abri de passer, parfois en quelques pages, d’une scène cocasse à une autre tragique ou sombre.

L’auteur explique, dans une interview en fin de roman, que quelque part, le livre lui a un peu « échappé » : il était juste parti pour faire une Light Fantasy montrant des groupes d’aventuriers structurés et adulés comme des groupes de Rock, et finalement il s’est retrouvé à écrire de l’épique et quelques passages sombres ou signes d’une psychologie ambiguë parce que soudain, ses personnages avaient en quelque sorte acquis une vie propre.

Ce qu’il faut retenir, c’est tout de même l’empathie et l’émotion dégagées pour cette bande de grands héros désormais à la limite de la cinquantaine (sauf Ganelon), usés, presque au bout du rouleau, mais qui, unis par une indéfectible amitié, vont braver les pires dangers pour sauver la fille de l’un d’entre eux. Il y a quelque chose de très intéressant et touchant dans le fait de voir ces hommes, adulés dans le monde entier, considérés comme des demi-dieux vingt ans auparavant, peiner à accomplir ce qu’ils faisaient sans même y penser jadis. De même, le comique de répétition de la bande de filles les dépouillant régulièrement de quasiment toutes leurs possessions aide le lecteur à bien établir une distance entre ce qu’ils furent et ce qu’ils sont devenus. Même s’ils vont retrouver de leur superbe au fur et à mesure que le récit avance.

Je dois dire que j’ai trouvé cet aspect « que deviennent les vieux héros ? » très intéressant, tout comme j’ai été touché par l’amitié et la camaraderie qui lient ces hommes et par ces durs à cuire qui quittent leur vie pépère, bravant mille périls pour l’amour de leur fille / leur « nièce » (Rose les appelle oncle Clay, oncle Moog, etc).

J’ai aussi été agréablement surpris par rapport à la psychologie de certains personnages, plus complexe ou travaillée que ce à quoi je m’attendais (à savoir des archétypes assez caricaturaux). On apprécie également le côté « c’était mieux avant », avec les membres de Saga qui sont sidérés par les pratiques des nouveaux groupes (le maquillage facial, le fait de ne plus battre la campagne à la recherche des monstres mais de les combattre dans des arènes où ils sont élevés) et les petits jeunes qui sentent que quoi qu’ils fassent, ils ne se hisseront jamais à la hauteur de leurs héroïques aînés de la grande époque.

Au final, nous avons affaire à un livre très agréable, un bon dosage d’émotion, de rire et de vraies grosses scènes d’envergure, qui n’ont certainement pas à rougir face à celles de certains livres présentés comme emblématiques de l’Heroic Fantasy ou de la Sword & Sorcery, et surtout pas par rapport à Opar par exemple, comparativement bien plus mou du slip (sauf à la rigueur dans son troisième tome). Vous aurez peut-être du mal à me croire, mais il y a dans Kings of the Wyld des passages aussi épiques que dans… Le retour du Roi !

En conclusion *

Hell Hole, Spinal Tap, 1984.

Ce roman, unique en son genre, part du principe que dans un monde hautement épique et fantastique (et très, très inspiré par Dungeons & Dragons), les groupes d’aventuriers mercenaires sont structurés et adulés comme des groupes de Rock. Mêlant l’humour propre à la Light Fantasy à certaines des scènes les plus épiques qu’il m’ait été donné de lire, dialogues légers et psychologie (ou passé) parfois trouble des protagonistes ou antagonistes, ce livre très agréable, très réussi dans le dosage et le mélange uniques de ses différents éléments, propose aussi et surtout une magnifique histoire d’amitié entre cinq hommes et d’amour de deux pères pour leurs filles. C’est un des livres de Fantasy les plus agréables et enthousiasmants que j’ai pu lire depuis un gros moment, alors qu’on ne peut pas dire qu’il est précédé d’une réputation de blockbuster. Je n’aurais jamais cru décerner la distinction de (roman) Culte d’Apophis à un roman de Light Fantasy (vu que c’est loin d’être mon truc), mais pourtant tel est le cas !

La fin, très, très réussie, propose une conclusion satisfaisante pour celui qui ne souhaiterait pas forcément poursuivre l’aventure. Car ce roman est le premier d’un cycle (The Band), le second ne reprenant pas les personnages principaux du premier, si j’ai bien compris. Il explorera un peu plus le monde de son prédécesseur, et nous montrera la prochaine génération d’aventuriers (et je suis à peu près certain de connaître l’identité d’au moins l’un d’entre eux). Inutile de dire que je serai du voyage dès sa sortie !

Niveau d’anglais : plutôt facile. La vraie difficulté viendra en fait de votre connaissance (ou pas) à la fois de D&D / Pathfinder / le jeu de rôle médiéval-fantastique en général et du monde du (Hard) Rock / Metal des années 60 à 80 : si vous ne connaissez rien à ces domaines, pas mal de références (au niveau des monstres, surtout, mais aussi des noms des armes ou des groupes) risquent de vous échapper.

Probabilité de traduction : faible. La VO est de grande taille (donc la traduction potentielle est onéreuse), et je ne suis pas certain que, malgré le mélange unique et la qualité proposés, il y ait un public pour un tel roman en France (à part des quadras nostalgiques de la grande époque du JdR et du Rock comme votre serviteur). Mais bon, nous avons quelques types bien issus de ma génération adeptes du rock’n’roll (et du Jdr ?) aux commandes de certaines maisons d’édition / collections, donc pourquoi pas, sur un coup de cœur, ça peut le faire…

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15 réflexions sur “Kings of the wyld – Nicholas Eames

  1. *sautille sur son canapé*
    Mais ça a l’air géniaaaal !

    De mon côté il me manquerait certainement des tas de références JdR / Rock, mais ça a quand même l’air super chouette.
    Si tu te posais la question, ton enthousiasme est bien passé dans la chronique, t’en fais pas 😀

    Aimé par 1 personne

  2. Il est l’air bien marrant ce livre, une bonne surprise ! Personnellement, les références JDR c’est pas un soucis, pour le hard rock un peu moins ! :p

    Pour la light fantasy ma seule référence est Pratchett, je ne sais pas si autre chose me plairait, j’ai peur de ne pas « rentrer » dans le délire.

    A suivre donc.

    Aimé par 1 personne

  3. Je l’avais déjà repéré depuis qu’il est sorti et que les critiques VO étaient tombée globalement très positives, mais ton avis me donne envie de lui donner sa chance plus tôt que prévu 😛
    A voir si j’aurais le temps mais je vais tenter (au milieux des 50 autres qui me font aussi envie xD)

    Aimé par 1 personne

    • C’est vrai qu’il y a une belle unanimité sur les critiques VO. Ce n’est peut-être pas le roman de Fantasy du siècle, mais c’est franchement sympathique en tout cas.

      J'aime

  4. L’idée de départ de ce roman semble tellement évidente qu’on s’étonne que personne ne l’ait eue plus tôt !
    Le « probabilité de traduction : faible » qui clôt ta critique est assez frustrant, j’avais espéré quelque chose du genre : « bonne nouvelle pour ceux qui rechignent à lire en VO, ce roman paraîtra en français chez l’éditeur X avant la fin de l’année »… parce que pour le coup c’est une lecture qui me tenterait vraiment.

    Aimé par 1 personne

    • Ah ben là, avec Gilles Dumay qui quitte la direction de Lunes d’encre, les probabilités de traduction de ceci ou de cela deviennent du coup plus floues, du moins jusqu’à ce que nous ayons une idée plus nette de la politique éditoriale qui va être adoptée (même si dans le cas de LdE, je ne me fais aucune illusion : elle va tendre vers des livres plus « commerciaux »).

      Sinon, je suis d’accord avec toi, l’idée de base paraît tellement couler de source qu’il est effectivement étonnant que personne n’y ait pensé avant.

      J'aime

  5. Mon mari étant fan de rock des années 60 à 80/90, j’ai quleques références (quoique c’est surtout hard rock – Ten Years After – Gun & Roses – ACDC – Deep Purple…). Et non, nous n’avons jamais été vêtu de cuir noir ou de bandana.
    Bref, pour dire que le roman, et il fut avouer surtout ta critique est diablement alléchante, m’attirent énormément. Je suis même presque subjuguée, à un détail. Tu parles de parodie. Est-ce dans la veine de Pratchett, ou c’est plus léger ?

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