Coûte que coûte – David Weber

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L’échelle d’intensité des combats est désormais graduée jusqu’à 11

HH_11_1Coûte que coûte est le onzième (!) roman du cycle Honor Harrington. Il marque la fin d’une époque, celle des combats entre Havre et Manticore qui dure depuis l’incident du tome 1. Pour pouvoir le comprendre pleinement, il est vivement conseillé d’avoir lu (au moins partiellement) les deux séries dérivées du cycle principal, à savoir La couronne des esclaves et Saganami (notez que vous avez vraiment intérêt à ne lire le tome 2 de cette dernière série qu’après Coûte que coûte, faute de quoi vous allez vous auto-spoiler à propos d’un événement tragique). Comme pour tous les tomes postérieurs au 5, celui-ci est divisé en deux livres, pour un total de plus de 1100 pages.

Au passage, j’en profite pour signaler que dans la collection poche (« la petite dentelle ») que l’Atalante s’apprête à lancer, figurent les deux premiers tomes de la série (sympathiques mais pas les meilleurs -qui sont pour moi les 4, 5 et ce tome 11-), une bonne occasion de découvrir cette saga de référence en matière de SF militaire. Les quatre premiers romans étaient déjà parus en format poche (chez J’ai lu) il y a quelques années, mais là on peut espérer que c’est l’intégralité du cycle qui, à terme, sera disponible à ce prix.

Après des tomes 9 et 10 assez mous, trop longs, plus orientés intrigues politiques et moins riches en batailles spatiales d’envergure ou détaillées (ce qui n’est d’ailleurs pas forcément rédhibitoire, puisque les tomes 4 et 5 dont je parlais juste avant sont justement intéressants sur un plan autre que martial), c’est avec une certaine appréhension qu’on attaque ce nouveau livre : pourtant, force est de constater que sur tous les plans, ça repart très fort dès le début et que le charme opère comme avant. Car de nombreux paradigmes vont changer, aussi bien dans l’univers que pour l’héroïne, et car pour l’amateur de combats spatiaux, ce livre n’est qu’un long orgasme de plus de mille pages !  

J’attire votre attention sur le fait qu’arrivé au tome 11 d’un cycle, les spoilers sur les tomes précédents sont plus ou moins inévitables, malgré tous mes efforts pour que ça arrive le moins possible.

Situation

Suite aux événements des tomes précédents, la situation militaire est complètement inversée par rapport à ce dont le lecteur du cycle à l’habitude : cette fois, c’est Havre qui se retrouve en position de force. Plus offensive, dotée d’un important avantage numérique et comblant de plus en plus rapidement son désavantage technologique, la République force désormais Manticore a adopter une stratégie défensive. Ce que le Royaume Stellaire ne peut pas se permettre, étant donné que chaque mois qui passe accroît le rapport de forces en faveur de l’ennemi, qui est de toute façon au bord d’un avantage si irrésistible que la guerre est quasiment perdue à ce stade.

Autant dire que pour l’amateur du cycle, le « choc » est rude. Certes, il s’explique parfaitement du fait des événements militaires et politiques des romans précédents, mais n’empêche, nous avions tellement l’habitude de voir Manticore prendre, certes, parfois des coups, mais être toujours vaillant au final, que voir le Royaume acculé est à la fois choquant et… jouissif. Car oui, d’un autre côté, ça fait du bien de voir les Havriens (du moins, ceux-là, pas les monstres de la République Populaire) botter des fesses Manticoriennes. Parce que, mine de rien, les Foraker, Theisman, Pritchart et compagnie, on les a pris en sympathie, depuis le temps.

L’amirauté Manticorienne décide donc, contre toute attente, d’adopter partiellement une stratégie offensive, dans la mesure de ses moyens, bref de ne pas attendre passivement une défaite à terme inévitable. La Huitième Force, sous le commandement d’Honor, devra lancer une série de raids derrière les lignes ennemies, afin de le forcer à mobiliser des vaisseaux prévus pour des offensives, d’amoindrir ses capacités industrielles et de réduire le moral de sa population.

Alors attention, hein, ce n’est certainement plus la Huitième Force de l’époque de l’offensive triomphale de l’Amiral de Havre-Blanc. Réduite à une fraction de son effectif normal, elle ne peut mener que des raids assez modestes, mais dans lesquels elle cherche une supériorité locale aussi grande que possible. De plus, elle n’est dotée que des vaisseaux les plus récents (je vais y revenir) et bien entendu des meilleurs commandants, dont les « historiques » de la bande à Honor, les MacKeon, Truman, Henke, Cardones, Brigham, Jaruwalski, Tremaine, Harkness, etc.

Lignes narratives

Si le côté militaire fait un retour en force par rapport aux tomes 9 et 10, les intrigues politiques et la situation amoureuse d’Honor ne sont pour autant pas laissées de côté, loin de là (surtout dans la seconde partie). Les premières se déroulent essentiellement chez les Havriens, et continuent l’arc concernant les courriers diplomatiques. Je vais volontairement rester très évasif sur la seconde, car elle réserve surprise sur surprise (je vous conseille d’ailleurs de ne pas jeter un coup d’œil trop appuyé sur la couverture du tome 1…). La grosse différence, c’est que cette fois, tout est Intéressant, premier point, et que le côté militaire se taille à nouveau la part du lion (il était temps, me direz-vous…). Et puis évidemment, il y a les scènes vues du côté Mesan, sur lesquelles je vais également éviter de m’étendre. Je vais juste dire que ce tome est un élément charnière dans le cycle principal : il marque le basculement d’un arc, que j’appellerais « Havrien », à un autre, disons « Mesan / Solarien », dans les deux cas du nom de l’antagoniste principal.

Il y a donc beaucoup de batailles spatiales, surtout dans le premier des deux livres (il y en a de très grosses dans le 2, mais il ménage nettement plus de place aux intrigues ou aux assassinats politiques). Aucun tome du cycle (ou des séries dérivées) n’en compte autant. Pas de phase de mise en place (en même temps, c’est le tome 11…), à part pour la bataille finale du tome 2, allez hop, direct dans l’action. On est loin du tome 3, par exemple, où il faut attendre des centaines de pages avant de voir un tir de missile et où la partie « combat » proprement dite est très réduite par rapport à sa phase préparatoire.

Je le disais en introduction, mais la lecture du tome 1 de chacun des deux cycles dérivés est un très gros plus pour la compréhension de ce livre, faute de quoi vous risquez de ne pas tout saisir à certaines scènes. Signalons d’ailleurs que deux d’entre elles sont (et les chapitres correspondants) carrément reprises du cycle La couronne des esclaves (d’ailleurs avec un défaut d’harmonisation des traductions -celle des séries dérivées étant l’oeuvre de Michel Pagel, pas de Florence Bury-, puisqu’on parle ici de Kaja au masculin et pas au féminin).

Donc, ce tome 11 est bien meilleur que les 9 et 10, mais revient-on pour autant à la densité des tomes 1 à 5 ? Pas vraiment : 1100 pages, c’est encore trop long, il y a toujours du bla-bla, et surtout je pense que l’auteur aurait franchement pu nous éviter les 2 chapitres copiés-collés : c’est sympa pour ceux qui ne possèdent pas les livres des séries dérivées, mais pour ceux qui les ont, d’une part c’est un procédé un poil abusif, et d’autre part, c’est assez frustrant de relire une deuxième fois une scène déjà lue. Et lorsqu’on sait que le récent Shadow of victory (Saganami-4) exploite à fond cette technique…

All guns blazing * 

Judas Priest, 1990.

HH_11_2Si vous connaissez bien l’Honorverse, vous savez que chaque livre, chaque bataille, est l’occasion de présenter une doctrine ou tactique inédite, un armement révolutionnaire ou une toute nouvelle classe de vaisseaux. Ce tome 11 pousse cette tradition à fond. Je le disais, la Huitième Force a certes peu de vaisseaux (dans la première partie du livre, du moins), mais comprend des équipements dernier-cri, dont les tout-derniers Croiseurs de Combat Porte-Capsules de classe Agamemnon. Nous découvrirons aussi le missile Aspic, arme à courte portée mais très grande vitesse, de type tire-et-oublie, dotée de plus d’une grande polyvalence, puisqu’elle peut être à la fois utilisée de façon offensive ou comme un antimissile très efficace. Et surtout, nous découvrirons dans les dernières batailles les systèmes d’armes Apollon et Viscum.

La grosse nouveauté à ce niveau est qu’avec les développements technologiques impulsés par Shannon Foraker, les Havriens ont eux aussi cette fois du neuf à proposer, et du lourd, dont les plate-formes de contrôle de tir de classe Moriarty ou les capsules de remorquage « mule ». Ils font preuve de nouvelles tactiques très efficaces ou, plus jouissif encore, ils détournent les anciennes tactiques d’Honor contre elle !

Dans l’ensemble, les plate-formes de guerre électronique, les drones furtifs, les capsules lance-missiles, les missiles à propulsion multiple et les BAL (vaisseau de combat doté d’un équipage de 10 personnes, et pas chasseurs comme on peut parfois le lire sur le net), ainsi que le contrôle de tir, prennent de plus en plus de place dans la saga. Il est d’ailleurs frappant de comparer les armes, tactiques et vaisseaux des premiers tomes, très Première / Deuxième Guerre Mondiale transposées dans le Futur, et celles et ceux des tomes tardifs, qui sont plus des allégories des croiseurs lance-missiles, des avions à réaction et des missiles balistiques modernes (par opposition à l’artillerie navale classique de très gros calibre).

Dans le même esprit, Apollon et Viscum représentent un équivalent de l’introduction d’armes nucléaires dans un monde qui ne les aurait jusque là pas connu : ils changent les règles du jeu, sont des multiplicateurs de force, un atout stratégique qui pousse l’ennemi a quelque chose dont David Weber nous parle depuis le tome 1 mais que le lecteur n’aurait jamais cru voir se réaliser.

L’échelle d’intensité des combats de David Weber va désormais jusqu’à 11

Les aficionados se rappellent sans doute l’époque lointaine où une salve se chiffrant en milliers de missiles provoquait effroi et stupéfaction : ces temps sont désormais lointains. Les « petites » batailles de Coûte que coûte impliquent de façon routinière des dizaines de milliers de projectiles, et le grand combat final en met en jeu… 750 000, et plusieurs fois ce nombre d’antimissiles ! Et dans cette même conflagration, ce sont des centaines de supercuirassés, PBAL et SCPC qui s’affrontent ! Autant dire que l’auteur redéfinit lui-même le niveau d’intensité des combats à la hausse, et que ce tome 11 s’inscrit parmi les affrontements les plus titanesques et mémorables de la SF militaire.

La question qui se pose est : comment, après ça, ne pas faire retomber le soufflé ? Pour m’être auto-spoilé, je sais quels enjeux et quelles forces Weber va mettre sur la table dans les tomes 12 et 13, et clairement, vous n’avez pas fini d’être ébahi ! Espérons juste qu’il saura où arrêter la fuite en avant et ne pas atteindre un point où tout cela devient ridicule ou irréaliste.

Mais le point culminant n’est pas que militaire : il est aussi émotionnel (encore que, là aussi, le tome 12…). Ce roman voit la disparition de plusieurs figures marquantes de l’Honorverse, dont certaines sont présentes en permanence… depuis les tomes 1 ou 2.

En conclusion

Ce onzième tome met fin, en une apothéose de gloire martiale, à vingt ans de guerre Havre-Manticore (même s’il faudra attendre le livre suivant pour que la paix soit signée, sans plus de combats), et constitue un retour bienvenu à plus d’action après des romans 9 et 10 trop mous, trop verbeux. Certes, Coûte que coûte est encore un peu long, certes, les intrigues politiques et rebondissements amoureux y ont encore une place importante, mais d’une part c’est globalement nettement plus intéressant, et d’autre part la débauche de batailles spatiales du premier livre et le combat du second ne peuvent que contenter l’amateur de grandes conflagrations stellaires, même le plus exigeant. On appréciera également que les Havriens, au moins dans une première phase, prennent, pour une fois, nettement l’ascendant sur les Manticoriens (dans un combat  « à la loyale » et pas dans une attaque surprise -type Pearl Harbor- telle que celle de Grendelsbane), ça ajoute à la tension dramatique et est quelque part réjouissant.

J’ai donc hâte de lire le tome 12, qui glisse, après l’arc Havrien, nettement vers l’arc Solarien / Mesan qui était déjà à l’honneur dans les deux cycles dérivés, Saganami et La couronne des esclaves (il est d’ailleurs conseillé d’avoir lu le tome 1 du premier et au moins le tome 1 du second avant d’attaquer cette lecture). D’autant plus que, même sur le plan personnel, les paradigmes ont aussi changé pour Honor Harrington, dont la situation a évolué du tout au tout durant Coûte que coûte. Enfin, préparez vos mouchoirs, le roman est un véritable tombeau pour plusieurs personnages « historiques » (présents depuis les tout premiers romans) du cycle, et mine de rien, ça fait un choc d’en voir disparaître certains.

Bref, dans l’ensemble, c’est pour moi un livre réussi, qui remet le cycle sur de meilleurs rails après des tomes 9 et 10 en nette perte de vitesse.

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11 réflexions sur “Coûte que coûte – David Weber

  1. aaaaaaahhh je veux le lire! J’en ai juste 7 en retard!!
    Superbe critique. Je te rassures, tu ne spoile vraiment que très très peu. Et d’ici la lecture des tomes, ils seront oubliés. J’aime bien apprendre que les évolutions sont suffisamment importantes à tout point de vue pour que ce ne soit pas du train train, et un roman pré-maché au final. Je suis également heureuse que la situation personnelle d’HH soit enfin détaillée, (mais je n’en suis qu’au tome 4).
    Va falloir que je me fasse un point sur l’ordre de lecture du coup. J’ai les 11 tomes du cycle principal de l’Atalante (cadeau d’anni de mon époux!!), et ilm faut donc compléter avec les deux cycles dérivés que tu mentionnes. Mais jusqu’où et quand?

    Les batailles sont branchées sur Just Priest – dont j’aodre la guitare électrique (sur amphet)- cela doit être intense. Lire la critique sur cette musique donne déjà la pêche, et envie d’aller creuser chez l’amie HH!

    Merci Apophis pour cet excellent moment et je veux continuer HH!

    Aimé par 1 personne

    • Merci 🙂
      C’est vrai que l’ordre de lecture est une question épineuse : personnellement, j’ai essentiellement utilisé celui basé sur la chronologie interne de l’univers (même si j’ai pris de l’avance en lisant tout le cycle de La couronne des esclaves en ordre rapproché) : https://en.wikipedia.org/wiki/Honorverse

      Donc, de mon côté, il me reste (en français) les tomes 12 et 13 de HH, plus Saganami 2 et 3 (et le 4 lorsqu’il sortira l’année prochaine -en VF-). Si mon programme de lecture est respecté, j’aurai fini tout ça en février prochain. Il ne me restera plus alors qu’à m’attaquer aux recueils de nouvelles (je n’en ai lu qu’un seul, pré-blog donc pas de critique).

      Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Premier tour de calendrier pour Mars 2017 – Albédo

    • Ah mais même moi qui suis un grand fan de ce cycle, je reconnais sans mal qu’il a des défauts et qu’il y a un gros trou d’air, notamment sur les tomes 7, 9 et 10, trop longs, trop verbeux, très mal rythmés. Malgré tout, j’ai toujours été fasciné par la richesse et la cohérence dans la description de cet univers, par la place de choix laissée aux femmes dans cette saga, et par le concept même de l’adaptation de fondamentaux napoléoniens à un lointain futur.

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