La grande route du Nord – tome 1 – Peter F. Hamilton

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Hamilton ne se renouvelle pas

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Ce roman plaira à quelqu’un qui n’a jamais (ou relativement peu) lu d’autres livres de Peter F. Hamilton. Pour quelqu’un comme moi, qui a part les Greg Mandel 2 et 3 a lu toute la production de cet auteur (et ça fait du volume), ce livre pose un problème conséquent de répétitivité et de renouvellement.

Je m’explique : ce qui est agréable chez Hamilton, c’est qu’il crée à chaque fois des univers très détaillés et très cohérents, et que ces univers sont très éloignés les uns des autres. L’univers de la Confédération est très éloigné de celui de Dragon Déchu, lui-même complètement différent de celui de Pandore / du Vide. Ce qui me pose problème dans La Grande Route du Nord, c’est qu’il s’agit à peu de choses près de l’univers de Pandore, sauf que… ce n’est pas lui. Même méthode de voyage interstellaire, même mainmise de Grandes Familles (une en particulier) sur l’économie, seule la technologie est plus proche de la notre (même si on retrouve des « cellules intelligentes », un « maillage corporel », l’équivalent d’une « ombre virtuelle » des romans précédents, etc). En plus, on retrouve les constantes de toute oeuvre d’Hamilton :

  • l’ancien terroriste / révolutionnaire / activiste / anarchiste / criminel
  • la jeune femme ambitieuse et manipulatrice se servant de son corps (forcément superbe) pour parvenir à ses fins via le sexe
  • l’enquêteur policier / militaire / gouvernemental tenace qui ne lâche pas l’affaire même si celle-ci est horriblement complexe
  • la menace extraterrestre / extradimensionnelle (Aube de la Nuit = les Possédés, Pandore = les Primiens, La Grande Route du Nord = Le Zanth)
  • le « Deus ex machina » du personnage doté d’une IA Hackeuse capable de franchir n’importe quelle protection (cf Dragon Déchu).

Bref, pour quelqu’un qui a déjà lu tout ou une partie significative des sagas d’Hamilton, la trop grande ressemblance avec l’univers de Pandore et la répétitivité des thèmes peuvent causer un vrai problème de lassitude, et une vraie question quant à savoir pourquoi l’auteur a fait ce choix d’univers plus que surprenant alors qu’il a toujours su se renouveler (même le coup de la dynastie de clones avait une contrepartie dans l’Aube de la Nuit, il me semble).

C’est d’autant plus étonnant lorsqu’on sait de quel genre d’imagination l’auteur sait faire preuve lorsqu’il construit, par exemple, son uchronie basée sur un eugénisme pratiqué sur les gladiateurs de l’Empire Romain dans une des nouvelles de Manhattan à l’envers (voilà pour le coup un univers qui aurait pu -du ?- être le cadre d’un roman formidable). En plus, quitte à faire « du Pandore », pourquoi ne pas avoir situé l’action dans cet univers (dans son passé) ? D’un autre côté, on peut à la rigueur voir cet univers comme un patchwork ou un « best of » d’éléments individuels / ponctuels ou récurrents dispersés dans toute l’oeuvre d’Hamilton (un peu de Dragon Déchu, pas mal de Pandore, un peu d’Aube de la Nuit, etc). Pas forcément mauvais donc.

Autre souci : même si ce n’est précisé qu’en petit et en bas de la couverture, il ne s’agit que du premier tome sur deux, l’édition française ayant coupé le roman originel de 1000 et quelques pages en deux, comme souvent chez Hamilton. Et ce qui me pose également problème est que contrairement à Pandore ou l’Aube de la Nuit, le découpage tombe ici singulièrement à plat. Ça manque d’un cliffhanger,nous n’en savons que relativement peu à la fin du premier tome. Lorsqu’on sait qu’en plus le rythme (et celui des révélations) est assez lent, c’est le premier roman d’Hamilton coupé en plusieurs tomes où je n’ai pas spécialement hâte de pouvoir mettre mes sales pattes sur le suivant pour connaître la suite / fin.

Tout ceci étant posé, ce roman n’est certainement pas dépourvu de qualités. Entre le potentiel meurtrier extraterrestre, l’histoire d’Angela et le Zanth (ses origines, ses buts), il y a quand même 2-3 trucs que je suis curieux de voir résolus. De plus, l’univers, même s’il est beaucoup moins original qu’auparavant, n’en reste pas moins toujours aussi cohérent et bien décrit, marque de fabrique chez Hamilton. Les révélations sur le passé d’Angela sont très bien amenées, et le personnage, bien que correspondant au stéréotype Hamiltonien de la belle ambitieuse et manipulatrice, est plus fouillé et intéressant que les héroïnes qui l’ont précédé. Et au chapitre des personnages, remarquons une tendance bienvenue à en suivre moins en même temps. On est loin de l’Aube de la Nuit ou de Pandore, avec ses héros ou protagonistes multiples tous suivis en même temps (même s’il faut reconnaître à Hamilton une capacité magistrale à réunir les différents fils à priori séparés de l’intrigue dans la dernière partie de ses romans).

Toutes les critiques qui précèdent sont plus ou moins sans objet pour une personne qui n’aurait jamais lu un seul Hamilton (ou juste un, et qui ne pourrait donc pas vraiment relever des récurrences systématiques). Pour ces gens là, foncez, c’est un très bon roman. Univers, personnages, construction, tout ou presque y est, sauf le découpage entre les deux tomes et un déficit de révélations sur l’extraterrestre dans le premier tome (existe ? n’existe pas ?). Pour les fans d’Hamilton en revanche, ma critique vous aura prévenu des petites (finalement assez petites) déceptions qui peuvent vous attendre. Mais bon, même si c’est avec moins d’enthousiasme que jadis, ça ne m’empêchera pas de lire la suite. Je veux savoir s’il existe, ce bestiau, moi.

Avertissement

J’attire votre attention sur le fait que cette critique reflète mes impressions à la suite de la lecture du tome 1 et non de l’ensemble du roman (tome 1 + 2). Si vous souhaitez connaître mon impression globale à la suite de la lecture de l’ensemble du livre, je vous invite à vous référer à ma critique du second tome. En plus de mes impressions sur ce dernier et sur l’ensemble du bouquin (tome 1 + 2), j’y explique la façon dont la lecture du tome 2 a pu confirmer ou infirmer les impressions laissées par la lecture du tome 1.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Yogo

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4 réflexions sur “La grande route du Nord – tome 1 – Peter F. Hamilton

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