L’abîme au-delà des rêves – Peter F. Hamilton

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Hamilton fait sa Révolution et nous livre son meilleur roman à ce jour

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Voilà une nouvelle production de Peter Hamilton extrêmement inhabituelle, qui défie les standards qu’il a lui-même établis. Jusque là, il nous a proposé soit des romans simples (Dragon Déchu, La Grande Route du Nord), soit des cycles complets, en général en trois volumes. Etant donné la taille de la totalité de ces romans, l’édition française les a le plus souvent coupés en deux tomes chacun (certains dépassent les 1000 pages en édition anglaise). Rien de tout cela ici. Ce nouveau cycle ne comptera que deux tomes en VO, et ce premier tome ne fait « que » 645 pages.

Il est donc évident, dès qu’on a fait ce constat, que Hamilton a changé quelque chose à son écriture. Jusqu’ici, il avait l’habitude, dans les grands cycles comme l’Aube de la Nuit, Pandore ou le Vide, de consacrer des chapitres entiers à présenter les protagonistes, la menace contre laquelle ils vont se battre et les lieux de l’action. Rien de tout cela ici, et ce pour deux raisons. D’abord, certains protagonistes (Nigel Sheldon et Paula Myo) sont déjà connus de ses fidèles lecteurs. Ensuite, pour les nouveaux personnages (ceux du vaisseau Brandt ou ceux de la planète Bienvenido), on les découvre désormais progressivement au travers de l’action. Et ça, mine de rien, c’est un changement colossal, car ça change complètement le rythme de l’action et du roman. Un Hamilton, jusqu’ici (à part à la rigueur Dragon Déchu), c’était le Boléro de Ravel, une lente mais inexorable montée en puissance du rythme et de l’action. Dans l’Abîme, ça ressemble plutôt à un morceau de Metallica, ça commence en mid-tempo et ça finit à 200 à l’heure.

Le changement ne s’arrête pas là : alors que La Grande Route du Nord avait (de mon point de vue) montré des signes inquiétants d’essoufflement créatif, L’Abîme a dynamité mes inquiétudes, car cette fois-ci Peter Hamilton n’a pas seulement exercé sa créativité sur l’histoire ou l’univers, il l’a aussi exercée sur ses personnages. Comme je l’expliquais plus en détails dans ma critique du tome 1 de La Grande Route du Nord, ses personnages suivaient jusque là toujours les mêmes archétypes d’un roman à l’autre, à commencer par la toujours présente belle jeune femme se servant de ses charmes et son appétit sexuel féroce pour progresser dans la vie. De même, dans tous les cas, les héros / protagonistes étaient des agents de stabilisation dans une société en voie de désintégration à cause d’une menace non-humaine (Possédés, Primiens, Zanth, etc).
Rien de tout cela ici : les deux héroïnes échappent cette fois complètement à cet archétype (mais je vous rassure, ça reste un Hamilton, il y a du sexe, ouf !), et cette fois, l’intégralité des « héros » cherchent à… renverser la société. Et ça aussi, mine de rien, ça change tout.

Le roman est divisé en plusieurs parties : la première fait une centaine de pages et suit les vaisseaux colonisateurs de la Dynastie Brandt (celle de Pandore / du Vide). C’est un mélange extrêmement réussi de hard SF et d’horreur, dans la plus pure tradition de l’Aube de la Nuit. C’est d’ailleurs presque une histoire à part entière, presque car les clefs pour pleinement la comprendre ne seront fournies qu’au milieu et à la fin du roman. En tout cas, l’ambiance horrifique enfin de retour est jouissive.
La seconde partie (une soixantaine de pages) suit Nigel dans le Commonwealth alors qu’il prépare une expédition vers le Vide. Une remarque sur ces deux parties : Hamilton y explique clairement les concepts à la base de son univers à l’intention de ceux qui n’ont lu ni Pandore, ni la trilogie du Vide (à vrai dire, des concepts comme les biononiques sont expliqués bien plus clairement que dans les romans sur le Vide…). Donc en théorie, vous pourriez pratiquement lire ce roman comme un stand-alone. Sauf que… Hamilton dévoile en quelques phrases les deux énormes révélations de la fin des tomes 2 et 3 du Vide, donc soit il vaut mieux les avoir lus avant, soit il faut accepter d’en savoir beaucoup trop si on veut commencer par l’Abîme et lire la Trilogie du Vide après.

Toutes les parties suivantes se passent dans le Vide, mais pas sur Querencia. On suit la destinée des descendants des Brandt sur la planète Bienvenido (ce n’est pas un spoiler, c’est sur la quatrième de couverture). Vu que nous sommes dans le Vide, les pouvoirs mentaux et les gé-animaux (ici appelés Mods) de la Trilogie du Vide sont également présents. Si vous n’avez pas apprécié cette dernière à cause de son ambiance science-fantasy et de l’alternance de chapitres Commonwealth (donc SF) / Vide (donc quasi-Fantasy), soyez rassurés, Peter Hamilton a pensé à vous. D’abord, le concept est cette fois vaguement steampunk et inspiré par les Révolutions française et surtout Russe. D’autre part, il y a aussi un aspect « vie des survivants d’un vaisseau colonisateur après le crash » (même si c’est longtemps après dans ce cas). Enfin, contrairement à la Trilogie du Vide, il y a des éléments hard-SF très présents même si on se trouve dans le Vide, car ce bon Nigel va y envoyer un clone bardé d’un équipement conçu pour résister aux propriétés anti-technologiques du Vide. Au final, l’ambiance est suffisamment différente pour plaire à tous, je pense, même aux allergiques à Edeard et à son monde. Et ce monde est à la fois assez proche pour qu’il y ait une continuité et assez différent pour éviter les redites que je commençais à voir poindre avec La Grande Route du Nord.

Les grands Cycles d’Hamilton ont toujours été caractérisés par des ennemis très soignés (des Possédés aux Primiens), et les Fallers ne font pas exception à la règle (par contre, c’est un choix étrange de la part du toujours impeccable Nenad Savic d’avoir gardé Faller dans la VF : je pense qu’un terme comme « Déchus » par exemple aurait été parfaitement approprié). On retrouve avec eux l’ambiance de subversion qui donnait tant d’impact aux Possédés de l’Aube de la Nuit, avec un aspect Gore que ces derniers étaient loin d’approcher. Mais le gros point fort des antagonistes du roman ne se situe pas réellement dans les monstres, mais… dans les héros. Que ce soit Slvasta ou Nigel, ils vont mettre un soin maniaque à nous prendre à contre-pied d’une manière excessivement jouissive. Et on est toujours agréablement surpris, car finalement bien peu de choses sont prévisibles. Signalons également la manière remarquable dont les lignes narratives des uns et des autres s’entremêlent sans les cassures artificielles de la Trilogie du Vide. De même, le système de flash-backs de La Grande Route du Nord a été modifié et intégré à la trame de ce roman d’une manière très habile. Bref, si c’était un film, il aurait l’oscar du meilleur montage fingers in the nose.

Un mot sur la présentation : superbe couverture, parfaitement en accord avec l’histoire, et jolie carte de Bienvenido à l’intérieur. Bref un sans-faute, comme souvent chez Bragelonne.

En conclusion

Sans conteste le Peter Hamilton le plus enthousiasmant depuis l’Aube de la Nuit, dont il retrouve l’ambiance horrifique qui faisait un peu défaut depuis. Un excellent roman se baladant entre la hard-SF, le Planet Opera et le steampunk, sans jamais paraître hors-de-propos. Une écriture plus compacte, plus « direct dans l’action  » que les cycles précédents d’Hamilton. Son seul défaut : le fait que pour pleinement l’apprécier, il soit nécessaire de lire / avoir lu deux cycles précédents (ça fait des sous et beaucoup de lecture…).

Pour aller plus loin

Ce livre fait partie d’un diptyque : retrouvez sur Le culte d’Apophis la critique de la seconde partie.

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