Le nom du vent – Patrick Rothfuss

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Improbable mais incroyable !

nom_du_ventLe nom du vent est le premier roman de l’auteur américain Patrick Rothfuss, ainsi que le tome inaugural d’une trilogie, Chronique du tueur de roi (et pour une fois, on est certain qu’elle ne se transformera pas en « trilogie en cinq volumes », pour des raisons que je vais vous expliquer plus loin). Il s’agit en fait du début de l’autobiographie de Kvothe, un aventurier, magicien et musicien légendaire devenu aubergiste (si, si). Il fait son récit à un scribe surnommé Chroniqueur, sur trois jours, chacune de ces journées correspondant à un des romans de la trilogie (vous comprenez donc pourquoi il est impossible d’étendre le nombre de volumes, comme c’est devenu l’énervante habitude ces derniers temps. Par contre, nous avons déjà eu droit à un spin-off, La musique du silence). Les tomes 1 et 2 sont d’ores et déjà parus (et traduits), tandis que le troisième se fait désirer.

Ce roman est précédé d’une grosse réputation. Malgré le fait que le palmarès de Patrick Rothfuss reste pour l’instant modeste en terme de prix littéraires prestigieux, son livre a eu un impact assez considérable. Cette aura est-elle justifiée ? Mais carrément, oui ! Lire la suite

Soul of the world – David Mealing

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Une High Fantasy 2.0 à mousquets Révolutionnaire (dans tous les sens du terme) et d’une ambition que ne renierait pas Steven Erikson

soul_of_the_worldSi vous suivez ce blog, vous savez que je fais partie de ces lecteurs de longue date / ces gros lecteurs qui ont depuis un moment laissé tomber la High Fantasy, ses prophéties et ses héros / héroïnes destiné(e)s à sauver le monde. Question de répétitivité de ce sous-genre, de manichéisme et de pauvreté des intrigues, de simplicité relative de la psychologie des personnages, surtout par rapport à la Dark Fantasy. Ne croyant plus à un renouvellement du genre, je me suis tourné vers des formes émergentes, plus novatrices et dynamiques, comme la Flintlock ou la Colonial Fantasy. Eh bien il faut croire que de l’autre côté de l’océan Atlantique, le Grand Esprit a entendu ma prière muette, et qu’il a missionné le dénommé David Mealing. En effet, celui-ci nous propose ce que l’on pourrait appeler une High Fantasy 2.0, ou, pour être vraiment très précis, une High Flintlock / Colonial Fantasy (oui, j’invente des sous-genres maintenant, je n’ai plus de limites, mouahaha !). Car pourquoi proposer un sauveur du monde lorsqu’on vous pouvez en proposer trois (et autant de formes de magie différentes !), pourquoi se restreindre à du médiéval-fantastique lorsque vous pouvez mélanger des tomahawks, de la sorcellerie et des canons, et enfin pourquoi modeler votre contexte et intrigue sur la Révolution française lorsque vous pouvez mélanger cette dernière avec son équivalent américain, dans un cadre qui rappelle la colonisation anglaise et française du continent et la Guerre de Sept Ans ?

Si on ajoute à cela une ambition certaine (et des éléments qui ne dépareilleraient pas chez ces pointures que sont Steven Erikson et Michael Moorcock), on se retrouve avec un premier roman (car c’est bien de cela dont il s’agit) absolument impressionnant, à la fois par son ampleur, par l’audace de son auteur (qui ne donne pas dans la facilité pour une première oeuvre) et par la façon ahurissante dont il mélange les vieilles recettes avec les plus récentes pour donner un livre résolument unique. Alors certes, tout n’est pas parfait (on va en parler), mais ça reste tout de même un auteur à suivre de près. Et ce d’autant plus que le premier jet du tome 2 (il s’agit d’un cycle, dit de l’Ascension) est déjà terminé à 95 % ! Lire la suite

Kings of the wyld – Nicholas Eames

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Ça commence comme une light fantasy parodiant les groupes de (Hard) Rock, et ça finit en une apothéose épique montrant la magnifique histoire d’amitié entre cinq hommes

kings_of_the_wildNicholas Eames est un auteur canadien, natif et résident de l’Ontario. Grand admirateur de Guy Gavriel Kay (mais qui ne l’est pas ?), il se déclare aussi influencé par Scott Lynch et Joe Abercrombie (un gars bien, quoi !). Kings of the wyld est son premier roman, et également le tome 1 d’un cycle appelé The Band (patience, vous allez tout comprendre), son successeur étant attendu en 2018. Ce livre aurait pu être un enième opus de Fantasy parmi tant d’autres, mais il se trouve que le gaillard a eu une idée simple mais j’ose le dire géniale : grand fan de Led Zeppelin et de Spinal Tap, il a mis sur pied son univers à partir de l’idée que les aventuriers / mercenaires étaient structurés sur le modèle des groupes de rock, et adulés de la même façon.

Nous suivons Clay Cooper, dix-neuf ans après le « split » de sa formation (en anglais : Band -vous remarquerez la convergence de vocabulaire avec l’univers musical-), Saga, le plus grand groupe du monde. Plus vieux, plus gras, rouillé, menant une gentille vie de famille et un travail pépère de soldat du guet, Clay voit un jour débarquer un de ses anciens condisciples (et leader du groupe), Gabe. Encore plus mité que lui, il lui révèle que sa fille, Rose, elle-même un mercenaire à la gloire naissante, a été prise au piège du siège d’une cité. La seule solution pour s’assurer de son bien-être : reformer Saga ! Lire la suite

Skullsworn – Brian Staveley

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Un GROS coup de cœur ! 

skullswornBrian Staveley est un auteur américain connu pour sa trilogie Chronicle of the unhewn throne, une Fantasy épique dans la veine grim & gritty, vigoureusement rythmée et riche en scènes d’envergure (si vous souhaitez la découvrir, les 7 premiers chapitres du tome 1 -en anglais- sont disponibles gratuitement).  Skullsworn est un roman situé dans le même univers et qui constitue un stand-alone (un livre pouvant se lire indépendamment) par rapport à ce cycle. Ce qui, pour moi, fait tout son intérêt : il me permet de découvrir l’auteur et le contexte sans forcément me lancer dans une nouvelle trilogie.

Et puis il faut dire qu’en plus de la réputation flatteuse de cet écrivain, le résumé de ce titre est rudement alléchant : nous suivons Pyrre Lakatur, prêtresse-assassin du Dieu de la Mort, Ananshael. Enfin plus précisément une apprentie prêtresse qui, pour son épreuve finale, doit tuer sept personnes, dont « celui qu’elle aime ». Problème, elle n’a jamais aimé personne, et tricher n’est pas une option. Il ne lui reste donc que deux semaines pour trouver quelqu’un à aimer… et le tuer !  Lire la suite

Luna – Ian McDonald

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Quelle claque ! 

luna_mcdonaldIan McDonald est un écrivain britannique (irlandais par sa mère) vivant à Belfast. Les conflits d’Irlande du Nord (et les facteurs qui les sous-tendent) ont d’ailleurs marqué son oeuvre, qui est également caractérisée par son fort aspect technologique et postcyberpunk, par une tendance aux contextes exotiques (inspirés par l’Inde, la Turquie, l’Afrique, l’Amérique du sud) et par des économies et des sociétés en plein développement ou changement de paradigme.

Luna est le premier tome d’une trilogie (une nouvelle, The fifth dragon, est également un prélude à ce cycle). Le roman parle des intrigues associées aux cinq familles qui contrôlent l’industrie d’une Lune colonisée, ce qui, pour reprendre les propres termes de l’auteur, donne un « Game of Domes » ou un « Dallas de l’espace ». Les nombreux fans de McDonald seront d’ailleurs ravis d’apprendre que la traduction du tome 2 (qui doit sortir en VO le 28 mars) est d’ores et déjà entamée. J’anticipe un peu, mais je peux vous dire que personnellement, je vais attendre cette suite avec une GRANDE impatience ! Lire la suite

La promesse du sang – Brian McClellan

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Révolutionnaire (dans tous les sens du terme) ! 

promesse_du_sangBrian McClellan est un auteur américain formé dans les ateliers d’écriture de Brandon Sanderson et Orson Scott Card, excusez du peu ! La promesse du sang, tome introductif de la Trilogie des Poudremages, est son premier roman. Il a obtenu le prix Morningstar 2014. Le cycle s’est achevé en 2015, mais une seconde trilogie, située dans le même monde, doit voir le jour cette année. De plus, neuf nouvelles et novellas (plus deux recueils les rassemblant) se déroulant également dans cet univers ont été publiées (une se passe entre les tomes 1 et 2, les autres avant le début du tome 1, parfois bien des années auparavant. Toutes donnent un éclairage sur les personnages principaux ou secondaires du tome 1). Le premier tome a été traduit en français, avant que la série ne soit abandonnée (faute de ventes, ce qui, compte tenu de l’originalité et de la qualité du livre, est pour le moins étonnant, mais peut s’expliquer par la faible mise en avant de ce titre à sa sortie), malgré le fait que le second avait été annoncé.

Le cycle est considéré comme une des références, sinon LA référence absolue de la Flintlock Fantasy. De fait, il suffit d’observer la couverture (superbe, signée Gene Mollica) et de la mettre en parallèle avec le nom de la trilogie pour comprendre instantanément, même sans rien savoir de plus sur le roman, que nous n’avons vraiment pas affaire à une Fantasy habituelle : mages, mousquets, uniforme très Napoléonien, poudre, voilà un mélange inédit, en tout cas hors de la Fantasy Historique (voir plus loin). Et non seulement ça casse les codes du médiéval-fantastique, mais en plus ça se révèle vraiment intéressant ! Le public et les écrivains anglo-saxons ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, parlant d’un des premiers romans les plus impressionnants sortis ces dernières années. Pour ma part, voilà exactement le genre de livre novateur et épique que je veux lire.  Lire la suite

Mes vrais enfants – Jo Walton

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Ce livre est un chef-d’oeuvre, achetez-le. Voilà, critique terminée, vous pouvez partir. Ah, vous voulez des détails ? 

J’ai reçu cet ouvrage dans le cadre de l’opération Masse Critique organisée par Babelio. Je remercie ce site, ainsi que les éditions Denoël. 

mes_vrais_enfantsJo Walton est une autrice Galloise vivant depuis 2000 au Canada. Elle est titulaire d’un grand nombre de prix, dont un Nebula, un Hugo et un World Fantasy Award, excusez du peu ! Si elle a commencé par écrire de la Fantasy, elle a, depuis, exercé dans d’autres genres, dont la Science-Fantasy et l’uchronie. C’est de ce dernier genre dont Mes vrais enfants relève (voir plus loin). Pour l’anecdote, en fait j’ai lu du Jo Walton il y a des lustres, sans même m’en rendre compte, puisque son mari (de l’époque) et elle sont les auteurs du supplément Celtic Myth pour GURPS.

Ce roman, mêle uchronie personnelle, uchronie tout court et, d’une certaine façon, Fantastique, tout en abordant un nombre très important de thèmes de société, notamment la façon dont sont traités les homosexuels, les femmes et les personnes âgées dans nos sociétés modernes. C’est un livre d’une très grande sensibilité, réalisé avec une rare intelligence, qui remportera l’adhésion de 99.9 % d’entre vous. On parle à son propos du chef-d’oeuvre de Jo Walton, voire de chef d’oeuvre tout court, et pour une fois, ce n’est vraiment pas du marketing, même si j’aurai un tout petit bémol sur la fin. Mais voyons tout cela plus en détails !  Lire la suite