The black tides of Heaven – Jy Yang

Commentaires 9 Par défaut

Un univers fantastique unique, où chacun peut choisir son genre

black_tides_YangJy Yang est un écrivain singapourien de Fantasy et Science-Fantasy, ancien biologiste moléculaire, auteur pour des comics, des films d’animation et des jeux, journaliste dans un des quotidiens majeurs de Singapour et communicant pour l’agence locale pour la science, la technologie et la recherche. Il se définit lui même comme queer et non-binaire, et a la (de prime abord) curieuse habitude de parler de lui (et d’insister pour qu’on parle de lui) au pluriel (« they »). Toutefois, en lisant son oeuvre, on comprend mieux cette attitude, qui a une certaine logique lorsqu’on y réfléchit bien.

Jy Yang est spécialisé dans la forme courte, qui a été publiée dans un certain nombre de magazines ou autres plate-formes connues (Clarkesworld, Tor.com, etc). Il s’est désormais lancé dans la parution d’un cycle, Tensorate, de novellas : deux ont été publiées en même temps (celle que je vous présente aujourd’hui, ainsi que sa jumelle, The red threads of fortune, qui sera chroniquée dans quelques jours), et deux autres sont prévues en 2018. Théoriquement, ces deux textes peuvent se lire dans n’importe quel ordre, mais les premiers retours des lecteurs anglo-saxons m’ont indiqué qu’il valait tout de même mieux commencer par The black tides of Heaven, ce que j’ai donc fait.

Cet univers, apparenté au Silkpunk de Ken Liu, présente de nombreuses particularités qui le démarquent totalement de la quasi-totalité du reste de la Fantasy, mais l’une d’elles est tout spécialement importante : la faculté qu’ont ses habitants de choisir leur genre avant d’arriver à l’âge adulte, via la magie.  Lire la suite

Publicités

Three parts dead – Max Gladstone

Commentaires 17 Par défaut

Un monde et un système de magie impressionnants

three_parts_dead_gladstoneMax Gladstone est un auteur américain d’Urban Fantasy et d’Arcanepunk connu pour son cycle The craft sequence, dont Three parts dead est un des volumes. La particularité de ce roman est que si il s’agit du premier écrit et publié, c’est en revanche le troisième si on tient compte de la chronologie interne de l’univers. En effet, l’auteur avait envisagé dès la conception de la saga que chaque livre ne constituerait pas forcément la continuité du précédent, et pourrait se passer avant (ce qui implique aussi que les lieux de l’action et les protagonistes peuvent être différents -même si, par exemple, nous retrouvons Alt Coulumb et Tara dans le tome 4, et Elayne Kevarian dans le 1-). Il a donc inséré un chiffre dans leurs titres (à part celui du tome 6, qui vient tout juste de sortir), afin de vous donner leur place dans l’ordre chronologique interne. En clair, Three parts dead est le premier publié, mais vu qu’il y a un « three » (trois en anglais) dans son titre, c’est le troisième tome que vous devez lire si vous voulez découvrir l’histoire dans l’ordre chronologique interne à cet univers. Sachez cependant que chaque roman a été conçu également comme un stand-alone, ce qui fait que vous pourriez théoriquement les lire dans n’importe quel ordre (même si certains détails ou références vont vous échapper), voire en lire un seul et pas les autres. Personnellement, j’ai préféré découvrir ces romans dans leur ordre de parution, afin de mieux mesurer l’évolution de l’écriture de l’auteur.

Ce cycle est présenté comme un des plus emblématiques, sinon LE plus représentatif de l’Arcanepunk, sous-genre dont nous avons parlé dans cet article et qui constitue une des pistes de renouvellement de la Fantasy dans les années à venir. Il va se poursuivre, en 2018, via la publication de novellas.  Lire la suite

The traitor Baru Cormorant – Seth Dickinson

Commentaires 31 Par défaut

A côté de ce roman, le Trône de Fer est du YA !

baru_cormorantSeth Dickinson est un écrivain américain de SF et de Fantasy, dont The traitor Baru Cormorant (simplement connu, dans son édition britannique, sous le nom de The traitor) est le premier roman. Il a terminé sa suite, The monster Baru Cormorant, en juillet 2017, soumettant un colossal manuscrit de… 1104 pages ! C’est également un auteur de nouvelles assez prolifique pour divers sites ou magazines consacrés aux littératures de l’imaginaire, et il a aussi travaillé sur deux jeux vidéo.

Issu d’une nouvelle écrite en 2011, The traitor Baru Cormorant est un roman de Hard Fantasy, sous-genre qui tente de proposer des mondes plus réalistes que dans la Fantasy moyenne. Attention, cela ne signifie pas (forcément) gommer les éléments emblématiques du genre (bien que ce soit le cas ici), comme les dragons, la magie ou les races imaginaires (elfes, nains, etc), mais plutôt donner aux aspects géopolitiques, économiques ou technologiques une précision et un degré de développement qu’ils n’ont pas d’habitude.

Mais ce livre est surtout un véritable modèle de (Grim)dark Fantasy : du côté dystopique à la complexité psychologique des personnages en passant par l’ambiance très noire à certains points-clefs de l’intrigue, nous sommes devant un exemple très pur de ce sous-genre. Et pourtant… The traitor Baru Cormorant m’a offert des moments d’émotion comme j’en ai rarement vécu en Fantasy. Son début et sa fin offrent une intensité assez extraordinaire, qui peuvent aisément pardonner quelques longueurs au milieu.  Lire la suite

Zothique – Clark Ashton Smith

Commentaires 20 Par défaut

Un style incomparable, un des joyaux de la Sword & Sorcery et, par extension, de la Fantasy dans son ensemble

zothiqueClark Ashton Smith (1893-1961) était un écrivain et poète (et pas nécessairement dans cet ordre, d’ailleurs) américain, un des piliers du légendaire Weird Tales avec Robert E. Howard et H.P. Lovecraft, grand admirateur de son oeuvre qui a essayé sans relâche de la faire connaître, de 1922 à sa mort, en 1937. Avec le premier, Smith partage un mépris pour la civilisation et la modernité, ainsi qu’une fascination pour la « barbarie », tandis qu’il est en accord avec le second sur le fait que l’homme n’a aucune place ou importance spéciale dans l’ordre cosmique, qu’il est insignifiant à l’échelle de l’univers. Smith est connu pour son écriture particulièrement riche et raffinée, qui, pourtant, était taillée pour la Fantasy « populaire » publiée par les pulps comme Weird Tales et qui, donc, n’est pas pédante ou convolutée, mais au contraire puissamment évocatrice et musicale.

Mnemos s’est lancé dans la tâche colossale et hautement nécessaire de proposer une édition et une traduction dignes de ce nom de l’auteur en France, un projet qui a été impulsé par une campagne de financement participatif à succès. Le volume de cette Intégrale que je vous présente aujourd’hui, Zothique, montre une des facettes de l’univers de Smith, et d’autres tomes, déjà disponibles pour les contributeurs ou qui le seront au commun des mortels à partir de 2018, en présenteront d’autres, comme la France fantasmée d’Averoigne par exemple.  Lire la suite

La cinquième saison – N.K Jemisin

Commentaires 40 Par défaut

Tout simplement brillant

cinquieme_saisonLa cinquième saison est le premier roman de la trilogie Les livres de la terre fracturée, par Nora K. Jemisin (vous trouverez un point biographique succinct dans cette autre critique). Ce cycle est exceptionnel car les tomes 1 et 2 ont obtenu les prix Hugo 2016 et 2017, une succession qui ne s’était pas produite depuis longtemps. D’ailleurs, les networks américains ne s’y sont pas trompés, puisque cet univers va faire l’objet d’une adaptation télévisée.

Je n’avais jusqu’ici lu qu’un seul roman de l’auteure, qui ne m’avait pas vraiment convaincu, notamment à cause de son incapacité à me faire vivre l’émotion ressentie ou générée par ses personnages. De plus, j’ai souvent répété que les prix Hugo récents (post-2010, à l’exception de celui attribué à Liu Cixin) ne me semblent pas relever du même niveau de qualité que ceux attribués avant cette date (ce qui fait qu’ils me rendent méfiant), et je dois avouer ne pas être très en phase avec les choix de publication du directeur de collection de Nouveaux Millénaires (je parle ici des inédits, pas des rééditions). Bref, je suis allé vers La cinquième saison un peu à reculons… et j’ai adoré. Je l’ai dévoré. Et plus je le lisais, plus je trouvais ça brillant, et ce sur de multiples plans. Alors, prix Hugo mérité, un vrai chef-d’oeuvre, cette fois ? Carrément. Si vous n’avez qu’un roman de SFFF à lire en cette rentrée littéraire, que ce soit celui-là !   Lire la suite

Le nom du vent – Patrick Rothfuss

Commentaires 33 Par défaut

Improbable mais incroyable !

nom_du_ventLe nom du vent est le premier roman de l’auteur américain Patrick Rothfuss, ainsi que le tome inaugural d’une trilogie, Chronique du tueur de roi (et pour une fois, on est certain qu’elle ne se transformera pas en « trilogie en cinq volumes », pour des raisons que je vais vous expliquer plus loin). Il s’agit en fait du début de l’autobiographie de Kvothe, un aventurier, magicien et musicien légendaire devenu aubergiste (si, si). Il fait son récit à un scribe surnommé Chroniqueur, sur trois jours, chacune de ces journées correspondant à un des romans de la trilogie (vous comprenez donc pourquoi il est impossible d’étendre le nombre de volumes, comme c’est devenu l’énervante habitude ces derniers temps. Par contre, nous avons déjà eu droit à un spin-off, La musique du silence). Les tomes 1 et 2 sont d’ores et déjà parus (et traduits), tandis que le troisième se fait désirer.

Ce roman est précédé d’une grosse réputation. Malgré le fait que le palmarès de Patrick Rothfuss reste pour l’instant modeste en terme de prix littéraires prestigieux, son livre a eu un impact assez considérable. Cette aura est-elle justifiée ? Mais carrément, oui ! Lire la suite

Soul of the world – David Mealing

Commentaires 21 Par défaut

Une High Fantasy 2.0 à mousquets Révolutionnaire (dans tous les sens du terme) et d’une ambition que ne renierait pas Steven Erikson

soul_of_the_worldSi vous suivez ce blog, vous savez que je fais partie de ces lecteurs de longue date / ces gros lecteurs qui ont depuis un moment laissé tomber la High Fantasy, ses prophéties et ses héros / héroïnes destiné(e)s à sauver le monde. Question de répétitivité de ce sous-genre, de manichéisme et de pauvreté des intrigues, de simplicité relative de la psychologie des personnages, surtout par rapport à la Dark Fantasy. Ne croyant plus à un renouvellement du genre, je me suis tourné vers des formes émergentes, plus novatrices et dynamiques, comme la Flintlock ou la Colonial Fantasy. Eh bien il faut croire que de l’autre côté de l’océan Atlantique, le Grand Esprit a entendu ma prière muette, et qu’il a missionné le dénommé David Mealing. En effet, celui-ci nous propose ce que l’on pourrait appeler une High Fantasy 2.0, ou, pour être vraiment très précis, une High Flintlock / Colonial Fantasy (oui, j’invente des sous-genres maintenant, je n’ai plus de limites, mouahaha !). Car pourquoi proposer un sauveur du monde lorsqu’on vous pouvez en proposer trois (et autant de formes de magie différentes !), pourquoi se restreindre à du médiéval-fantastique lorsque vous pouvez mélanger des tomahawks, de la sorcellerie et des canons, et enfin pourquoi modeler votre contexte et intrigue sur la Révolution française lorsque vous pouvez mélanger cette dernière avec son équivalent américain, dans un cadre qui rappelle la colonisation anglaise et française du continent et la Guerre de Sept Ans ?

Si on ajoute à cela une ambition certaine (et des éléments qui ne dépareilleraient pas chez ces pointures que sont Steven Erikson et Michael Moorcock), on se retrouve avec un premier roman (car c’est bien de cela dont il s’agit) absolument impressionnant, à la fois par son ampleur, par l’audace de son auteur (qui ne donne pas dans la facilité pour une première oeuvre) et par la façon ahurissante dont il mélange les vieilles recettes avec les plus récentes pour donner un livre résolument unique. Alors certes, tout n’est pas parfait (on va en parler), mais ça reste tout de même un auteur à suivre de près. Et ce d’autant plus que le premier jet du tome 2 (il s’agit d’un cycle, dit de l’Ascension) est déjà terminé à 95 % ! Lire la suite