Le regard – Ken Liu

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Un texte intéressant mais relativement mineur

le_regard_liuLe regard est une novella de Ken Liu (pour une biographie succincte, voir ici) publiée en VO en 2014 et nominée aux prix Nebula 2014 et Locus 2015. La couverture de l’édition française, signée Aurélien Police, est à la fois esthétiquement réussie et rend parfaitement compte de l’importance de la vision dans l’intrigue (je trouve d’ailleurs le choix du titre français également complètement pertinent, compte tenu de ce fait).

Beaucoup de lectrices et lecteurs ont récemment découvert l’auteur via le magistral l’Homme qui mit fin à l’Histoire (dans la même collection), et peuvent aborder cette seconde novella avec des attentes élevées aussi bien en matière de qualité d’écriture que d’importance du fond, de profondeur des thématiques abordées. Je préfère prévenir ces gens là tout de suite : c’est une mauvaise idée. Le regard est un texte de SF à la fois beaucoup plus classique, plus mineur et qui ne propose pas une réflexion aussi pointue (bien qu’elle soit très, très loin d’être absente). Je l’ai même trouvé inférieur, sur ce plan, à une simple nouvelle de l’auteur, Une brève histoire du tunnel transpacifique, il est vrai exceptionnellement dense à ce niveau là.

Pour autant, si on aborde ce texte pour ce qu’il est (un roman noir dans un contexte SF Cyberpunk), il reste franchement intéressant, surtout via son application radicale de la théorie Béhavioriste.  Lire la suite

All systems red – Martha Wells

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Tous les systèmes sont effectivement dans le rouge…

all_systems_redAll systems red est une novella de 160 pages écrite par Martha Wells, une auteure Texane de Fantasy et de SF dont j’aurai l’occasion de vous reparler en plus amples détails l’année prochaine, lorsque je lirai ses cycles Île-Rien / La chute d’Île-Rien. Notez que sa parution est curieusement échelonnée : la version électronique est disponible dès le 2 mai, la version physique à partir du 7 août seulement. Elle fait partie d’un cycle (The Murderbot diaries) qui en comprendra au moins une autre.

Ce roman court est présenté, sur Goodreads, comme un mélange entre Westworld et le cycle de la Culture de Iain M. Banks. Culture / Banks, hop, les mots magiques ont été prononcés, il n’en fallait pas plus pour que je m’intéresse à ce texte, qui a en plus le bon goût d’être rapide à lire, ce qui correspond plutôt à mes envies du moment.  Lire la suite

Poumon vert – Ian MacLeod

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Quand Frank Herbert rencontre David Brin et Ann Leckie

poumon_vertIan MacLeod est un écrivain britannique de SF, de Fantasy (à esthétique steampunk) et d’uchronie (il a d’ailleurs gagné à trois reprises le prix Sidewise, le plus prestigieux du genre). C’est aussi, par rapport à la plupart de ses compatriotes exerçant dans les littératures de genre, un auteur peu prolifique : seulement six romans au compteur en vingt ans (plus des recueils de nouvelles, domaine dans lequel il est très respecté). Je n’ai eu l’occasion de lire un de ses textes qu’une seule fois (Les îles du soleil), sans en sortir très convaincu.

Initialement, j’avais donc décidé de faire l’impasse sur cette sortie, mais l’enthousiasme de l’éditeur (pour ce qu’il qualifie en gros de pinacle de la SF humaniste qu’il souhaite publier) à son propos, ainsi que les très bonnes critiques en avant-première et (il faut bien le dire) la couverture incroyable (chaque fois que je pense qu’Aurélien Police ne pourra pas faire mieux, il arrive encore et toujours à me surprendre et m’émerveiller !) m’ont convaincu. Et heureusement, vu que sinon, je serais passé à côté d’un texte très intéressant, et ce sur de multiples plans. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi.  Lire la suite

Brother’s ruin – Emma Newman

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Et là, c’est le drame…

brothers_ruinEmma Newman est une autrice anglaise, écrivant aussi bien de l’Urban Fantasy (parfois mélangée avec du post-apocalyptique) que de la SF (le récent -et acclamé- Planetfall, le premier tome d’une trilogie -le second sortira en VO dans un an-). C’est aussi une narratrice professionnelle de livres audio et la co-créatrice et animatrice du podcast Tea & Jeopardy (nominé pour le Hugo), avec Peter Newman, l’auteur de The Vagrant (qui, si j’en juge par la postface, serait son mari).

Brother’s Ruin relève de la Gaslamp Fantasy (voir plus loin). Cette novella est présentée comme le premier texte d’un potentiel cycle (tout dépendra des ventes, selon son propre aveu), Industrial Magic, qui, comme son nom l’indique, se déroule dans une variation uchronique de l’Angleterre Victorienne dans laquelle la Révolution industrielle a été impulsée par la magie et non la technologie. Lire la suite

Cérès et Vesta – Greg Egan

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Même lorsqu’il ne fait PAS de Hard SF, Egan reste intéressant et pertinent

ceres_vesta_eganGreg Egan est… pour être honnête, on ne sait pas avec certitude ce qu’il est. C’est censé être un australien, mais il n’existe aucune photo fiable de lui sur le net, il ne participe pas aux conventions, ne dédicace pas ses livres, etc. Ce qui a donné lieu à certaines rumeurs : il s’agirait peut-être en fait d’une femme ou d’un collectif d’auteur(e)s signant sous un pseudonyme commun (personnellement, si on m’annonçait qu’il s’agit en réalité d’un prototype d’IA, je ne serais qu’à moitié étonné 😀 ). Quoi qu’il en soit, c’est probablement l’auteur le plus emblématique de la Hard-SF : pour moi, il ne relève d’ailleurs même plus de ce sous-genre, mais d’une catégorie à part, bien à lui, que j’appelle l’Ultra-Hard-SF. Parce que vous en connaissez beaucoup, vous, des auteurs qui basent un de leurs univers sur une géométrie Riemannienne de l’espace-temps au lieu d’une géométrie Lorentzienne ? Non ? Moi non plus. Lui seul est capable d’écrire quelque chose dans ce genre, même Watts et Baxter sont très loin en-dessous de ces hauteurs Olympiennes.

Bref. Cérès et Vesta est la dernière parution en date de l’excellente collection dédiée au format court du Belial’, Une heure-lumière. Et le plus étonnant est que s’il s’agit bien d’un texte d’Egan, ce n’est cependant pas, cette fois, de la Hard SF, mais plutôt une allégorie spatiale et futuriste de l’immigration, problème auquel l’auteur est particulièrement sensible concernant son propre pays (et la politique drastique adoptée à ce sujet, notamment en matière de rétention administrative).  Lire la suite

Un pont sur la brume – Kij Johnson

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Un pont sur la brume, entre les époques et surtout entre les personnes

kij_johnson_pontJe ne vais pas vous refaire la biographie de Kij Johnson, ceux qui sont intéressés sont invités à se référer à cette critique. Parlons plutôt du roman court que je vous présente aujourd’hui : il est titulaire du prix Nebula et surtout du Hugo 2012, dans les deux cas dans la catégorie novella. L’attribution du second de ces prix est d’autant plus remarquable que cette année là, la concurrence était de qualité, c’est le moins qu’on puisse dire : en effet, un des autres finalistes était l’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu. L’auteur sino-américain a d’ailleurs exprimé son appréciation pour le texte de sa compatriote.

Ce livre nous parle de la réalisation d’un pont sur « la brume », qui a moins de points communs avec celle de Stephen King qu’avec l’Ecryme créée par Mathieu Gaborit : un fleuve surmonté de cette substance corrosive coupe l’Empire en deux, et le protagoniste, un architecte et ingénieur, va devoir achever un projet de pont le traversant. Pont qui, d’ailleurs, a été représenté de fort plaisante façon par l’excellent Aurélien Police sur la couverture de l’ouvrage.  Lire la suite

L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

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Sur un sujet de cauchemar (mais hélas bien réel), Ken Liu nous offre une merveille d’intelligence et de justesse

ken_liu_u731Si vous êtes un passionné de SF, il est plus que probable que vous ayez au minimum entendu parler de (sinon déjà lu) Ken Liu. Tout juste quadragénaire, venu à l’âge de 11 ans en Amérique depuis sa Chine natale, cet homme bourré de talent (il a travaillé comme programmeur informatique, avocat spécialisé en droit fiscal, avant de combiner ces deux domaines en devenant médiateur dans des litiges en lien avec la technologie, tout ça en maintenant son activité parallèle d’écrivain et de traducteur de livres chinois) est le boy wonder de la SFFF des années 2010 : il est titulaire du prix Locus 2016 (catégorie : premier roman) pour The Grace of Kings, d’un Hugo pour une de ses nouvelles (Mono no aware), sa traduction (chinois vers anglais) du Problème à trois corps de Liu Cixin est le premier roman traduit à avoir gagné le Hugo, et surtout, il est la seule personne a avoir rédigé un texte (de quelque longueur que ce soit : nouvelle, novella, roman) qui a gagné à la fois le Hugo, le Nebula et le World Fantasy Award, excusez du peu !

La novella dont je vais vous parler a également été nominée pour le Hugo. C’est une histoire de voyage dans le temps mettant en jeu l’Unité 731 de l’Armée Impériale Japonaise. Tout le monde n’étant pas féru d’histoire militaire, je vais commencer par vous parler (longuement) de cette organisation, spécialisée dans la guerre biologique durant la Seconde Guerre Mondiale.  Lire la suite