Blackwing – Ed McDonald

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Pour un roman aussi sombre et lugubre, c’est paradoxalement vraiment brillant !

blackwing_ed_mcdonaldEd McDonald est un auteur anglais, dont Blackwing est à la fois le premier roman et le tome d’ouverture d’un cycle appelé Raven’s Mark (les livres paraîtront à raison d’un par an). Comme nombre de sorties anglo-saxonnes récentes, il se place aux avant-postes des nouvelles formes émergentes de la Fantasy dont je vous parlais dans cet article. Armes à feu, technologie dépassant le stade médiéval, aspect post-apocalyptique, Blackwing est tout à fait dans l’air du temps, surtout si on considère le puissant aspect grimdark (c’est d’ailleurs sous cette étiquette là qu’il est vendu) très à la mode depuis l’émergence du Trône de fer. A ceci près qu’ici, l’inspiration est plus à chercher du côté de Glen Cook, de la guerre froide, de la Première Guerre mondiale et de Joe Abercrombie, voire Daniel Polansky, que chez G.R.R. Martin.

Malgré tout, il ne faudrait surtout pas réduire la prose d’Ed McDonald à ces prestigieuses références : oui, il y a de nombreux points communs avec ses inspirateurs, mais l’auteur a aussi créé un monde et une atmosphère uniques. Pour une première oeuvre, le résultat impressionne franchement, tant le style, les codes et l’intrigue sont maîtrisés. C’est donc avec une réelle impatience que je vais attendre la sortie du tome suivant du cycle !  Lire la suite

The court of broken knives – Anna Smith Spark

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Un road trip alternant atmosphère mélancolique et psychédélique, les influences d’Ursula Le Guin et de G.R.R. Martin, complots politiques et tueries en mode berserker

court_broken_knivesBon, bon, bon. Que se passe-t’il lorsqu’une auteure anglaise dont le pseudo sur Twitter est queenofgrimdark, qui a été publiée dans deux numéros de Grimdark magazine, et dont certains des auteurs préférés sont R. Scott Bakker, Daniel Polansky et Steven Erikson décide d’écrire un roman ? Eh bien elle écrit du Grimdark. Étonnant, non ? Certains d’entre vous vont alors me répondre : mais c’est quoi cette bête là ? C’est simple : le Grimdark (ou grim & gritty) est à la Dark Fantasy « normale » ce que cette dernière est au tout venant de la Fantasy. Bref plus noire, plus violente, plus explicite, plus lugubre, et ainsi de suite. Ajoutez à cela des complots politiques dans deux royaumes différents que ne renierait pas G.R.R. Martin, et vous penserez avoir cerné le sujet et l’atmosphère de ce livre.

Et vous feriez une belle erreur ! En effet, toujours dans la liste de ses auteurs préférés, Anna Smith Spark (une personne fascinante, dont la biographie fait cohabiter extrême érudition, écriture de poésie et une activité de… mannequin fétichiste. Si, si) cite Ursula Le Guin, et vous vous apercevrez rapidement, si vous lisez The court of broken knives (sachant que court est à comprendre dans le sens de square, place, pas dans celui de Cour royale -qui s’écrit bel et bien Court avec un « t » en anglais-), que l’influence de cette dernière est criante, surtout si vous avez lu Les tombeaux d’Atuan. Dès lors, vous allez probablement vous demander comment faire cohabiter l’ambiance mélancolique de Le Guin avec celle, sauvage, de la Grimdark Fantasy. La réponse est : avec un naturel désarmant ! Lire la suite

Soul of the world – David Mealing

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Une High Fantasy 2.0 à mousquets Révolutionnaire (dans tous les sens du terme) et d’une ambition que ne renierait pas Steven Erikson

soul_of_the_worldSi vous suivez ce blog, vous savez que je fais partie de ces lecteurs de longue date / ces gros lecteurs qui ont depuis un moment laissé tomber la High Fantasy, ses prophéties et ses héros / héroïnes destiné(e)s à sauver le monde. Question de répétitivité de ce sous-genre, de manichéisme et de pauvreté des intrigues, de simplicité relative de la psychologie des personnages, surtout par rapport à la Dark Fantasy. Ne croyant plus à un renouvellement du genre, je me suis tourné vers des formes émergentes, plus novatrices et dynamiques, comme la Flintlock ou la Colonial Fantasy. Eh bien il faut croire que de l’autre côté de l’océan Atlantique, le Grand Esprit a entendu ma prière muette, et qu’il a missionné le dénommé David Mealing. En effet, celui-ci nous propose ce que l’on pourrait appeler une High Fantasy 2.0, ou, pour être vraiment très précis, une High Flintlock / Colonial Fantasy (oui, j’invente des sous-genres maintenant, je n’ai plus de limites, mouahaha !). Car pourquoi proposer un sauveur du monde lorsqu’on vous pouvez en proposer trois (et autant de formes de magie différentes !), pourquoi se restreindre à du médiéval-fantastique lorsque vous pouvez mélanger des tomahawks, de la sorcellerie et des canons, et enfin pourquoi modeler votre contexte et intrigue sur la Révolution française lorsque vous pouvez mélanger cette dernière avec son équivalent américain, dans un cadre qui rappelle la colonisation anglaise et française du continent et la Guerre de Sept Ans ?

Si on ajoute à cela une ambition certaine (et des éléments qui ne dépareilleraient pas chez ces pointures que sont Steven Erikson et Michael Moorcock), on se retrouve avec un premier roman (car c’est bien de cela dont il s’agit) absolument impressionnant, à la fois par son ampleur, par l’audace de son auteur (qui ne donne pas dans la facilité pour une première oeuvre) et par la façon ahurissante dont il mélange les vieilles recettes avec les plus récentes pour donner un livre résolument unique. Alors certes, tout n’est pas parfait (on va en parler), mais ça reste tout de même un auteur à suivre de près. Et ce d’autant plus que le premier jet du tome 2 (il s’agit d’un cycle, dit de l’Ascension) est déjà terminé à 95 % ! Lire la suite

Soleri – Michael Johnston

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Ce cycle est potentiellement une des nouvelles références de la Fantasy politique, à condition que les tomes suivants corrigent quelques erreurs de jeunesse

soleriMichael Johnston est un auteur américain vivant à Los Angeles. Cet architecte, qui a également étudié l’Histoire, a vu le germe d’une idée naître lors d’une conférence consacrée à l’Égypte antique. Ce passionné de Fantasy et de SF, natif de Cleveland, a vu cette idée croître lorsqu’il a déménagé en Californie et visité pour la première fois le désert. Il a mis un  terme à son activité professionnelle pour se consacrer à l’écriture de son premier roman (en solo, puisque il en a co-écrit deux autres), Soleri, qui a pour ambition de mêler Fantasy, Égypte et décisions politiques tragiques inspirées par Le Roi Lear (décidément à la mode en SFFF puisque la pièce jouait aussi un rôle dans le récent Station Eleven). Ambitieux, n’est-ce pas ? D’autant plus que vu l’énorme densité d’intrigues de cour, de complots et de mystère, le côté impitoyable de la chose, et l’inspiration adossée à un classique (Shakespeare ici, Maurice Druon chez Martin), difficile de ne pas faire la comparaison avec le Trône de fer (surtout avec des expressions du genre « The horned throne »).

Bref, le lecteur abordera forcément ce roman avec certaines attentes, et toute la question est de savoir si elles seront satisfaites. Pour ma part, je répondrai : pas totalement. C’est certes un roman impressionnant (surtout dans l’aspect intrigues politiques et l’impact de certaines scènes ou révélations -surtout celle de la dernière ligne-) compte tenu de la relative inexpérience de l’auteur, mais il cumule trop de maladresses pour totalement convaincre. Par contre, la suite (qui est en cours d’écriture), si elle corrige les dites erreurs, pourrait bien s’imposer comme une des nouvelles références de la Fantasy politique. Lire la suite

From the editorial page of the Falchester Weekly Review – Marie Brennan

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Un savoureux échange épistolaire

lady_trent_3.5From the editorial page of the Falchester Weekly Review est une courte nouvelle (13 pages seulement, en anglais) qui s’insère entre les tomes 3 et 4 des Mémoires de Lady Trent (sur Goodreads, elle est classée « tome 3.5 »). Ou, plus précisément, elle commence juste un peu avant la fin du Voyage du Basilic et avant le début de In the labyrinth of drakes (Isabelle ne mentionne pas un certain titre acquis à la toute fin du tome 3).

Il s’agit d’un texte épistolaire, relatant l’échange, par l’intermédiaire du courrier des lecteurs d’un périodique, le fameux Falchester Weekly Review du titre de la nouvelle, entre (essentiellement) Lady Trent et un autre savant, qui prétend avoir découvert des Cockatrices, une espèce apparentée aux dragons, quelque part dans les archipels de la Mer Brisée, mais sans vouloir révéler où. Lire la suite

The killing moon – N.K. Jemisin

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Fade, stéréotypé, mais sauvé par un personnage central intéressant et émouvant

killing_moonN.K. Jemisin est une auteure américaine originaire de l’Iowa. Elle a obtenu le prix Locus pour son premier roman, Les cent mille royaumes, en 2011, et surtout le Hugo 2016 pour La cinquième saison, à paraître en septembre et dont j’aurai l’occasion de vous reparler en détails. C’est également une critique de SFFF (féroce, notamment dans les colonnes du New York Times) et une diplômée de l’atelier d’écriture Viable Paradise, qui, que ce soit au niveau des étudiants ou des professeurs, a vu passer bien des noms prestigieux, comme Elizabeth Bear, John Scalzi, Steven Brust ou Scott Lynch.

The killing moon est le premier volume d’un diptyque, Dreamblood. Comme l’auteure l’explique dans sa préface, elle a cherché à extraire ce qui est au cœur de la civilisation égyptienne antique sans pour autant proposer un réel roman historique à même de satisfaire, en terme de réalisme, un égyptologue.  Lire la suite

Nouvelles dans l’univers des Poudremages – Brian McClellan

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Un éclairage capital sur l’histoire et les motivations des personnages de La promesse du sang

powder_mage_novellasEn plus des trois romans du cycle des Poudremages, Brian McClellan a aussi publié 9 nouvelles, toutes sauf une (Return to Honor, dont l’intrigue prend place entre les deux premiers tomes) se déroulant avant les événements décrits dans La promesse du sang. Et on remonte parfois très loin, puisque ces huit nouvelles se passent respectivement 35, 35, 22, 18 (et pas 19 comme on le voit parfois sur le net), 10, 8, 2 ans et enfin 8 mois avant le tome 1. Ces textes nous montrent pour l’essentiel le passé des personnages principaux et secondaires les plus marquants croisés dans La promesse du sang.

Ces nouvelles sont disponibles soit (pour la plupart) à l’unité (sous forme électronique ou audio), soit sous la forme de deux recueils en comprenant respectivement 4 et 5 (idem). Les trois premières et l’avant-dernière de ma liste sont longues, les autres nettement plus courtes.  Lire la suite