Poumon vert – Ian MacLeod

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Quand Frank Herbert rencontre David Brin et Ann Leckie

poumon_vertIan MacLeod est un écrivain britannique de SF, de Fantasy (à esthétique steampunk) et d’uchronie (il a d’ailleurs gagné à trois reprises le prix Sidewise, le plus prestigieux du genre). C’est aussi, par rapport à la plupart de ses compatriotes exerçant dans les littératures de genre, un auteur peu prolifique : seulement six romans au compteur en vingt ans (plus des recueils de nouvelles, domaine dans lequel il est très respecté). Je n’ai eu l’occasion de lire un de ses textes qu’une seule fois (Les îles du soleil), sans en sortir très convaincu.

Initialement, j’avais donc décidé de faire l’impasse sur cette sortie, mais l’enthousiasme de l’éditeur (pour ce qu’il qualifie en gros de pinacle de la SF humaniste qu’il souhaite publier) à son propos, ainsi que les très bonnes critiques en avant-première et (il faut bien le dire) la couverture incroyable (chaque fois que je pense qu’Aurélien Police ne pourra pas faire mieux, il arrive encore et toujours à me surprendre et m’émerveiller !) m’ont convaincu. Et heureusement, vu que sinon, je serais passé à côté d’un texte très intéressant, et ce sur de multiples plans. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi.  Lire la suite

Une nuit sans étoiles – Peter Hamilton

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Retour aux fondamentaux

hamilton_fallers_2Une nuit sans étoiles est la deuxième partie du diptyque Les naufragés du Commonwealth, après L’abîme au-delà des rêves. Après l’énorme rebondissement de la fin de ce dernier, il nous aura donc fallu patienter un an et demi pour connaître la suite de cette histoire, qui met (provisoirement, sans doute, puisque Peter Hamilton n’exclut pas d’y revenir dans le futur -contrairement à certaines rumeurs-) un terme à l’exploration de l’univers du Commonwealth par l’auteur. Il a en effet annoncé que sa prochaine trilogie (Salvation) se situerait dans un contexte inédit.

Ce second roman se déroule (pour l’essentiel) 265 ans après la fin du tome 1. Il mélange nouveaux personnages et anciens du meta-cycle du Commonwealth (qui comprend les cycles de Pandore, du Vide et le présent diptyque). Mais surtout, le plus important est qu’après un tome 1 qui cassait en partie les codes Hamiltoniens, celui-là revient sagement aux fondamentaux.

J’attire votre attention sur le fait qu’il est impossible de chroniquer ce tome 2 sans spoiler la fin du 1. Si vous n’avez pas encore achevé ce dernier, je vous conseille vivement de passer directement à la conclusion.  Lire la suite

Luna – Ian McDonald

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Quelle claque ! 

luna_mcdonaldIan McDonald est un écrivain britannique (irlandais par sa mère) vivant à Belfast. Les conflits d’Irlande du Nord (et les facteurs qui les sous-tendent) ont d’ailleurs marqué son oeuvre, qui est également caractérisée par son fort aspect technologique et postcyberpunk, par une tendance aux contextes exotiques (inspirés par l’Inde, la Turquie, l’Afrique, l’Amérique du sud) et par des économies et des sociétés en plein développement ou changement de paradigme.

Luna est le premier tome d’une trilogie (une nouvelle, The fifth dragon, est également un prélude à ce cycle). Le roman parle des intrigues associées aux cinq familles qui contrôlent l’industrie d’une Lune colonisée, ce qui, pour reprendre les propres termes de l’auteur, donne un « Game of Domes » ou un « Dallas de l’espace ». Les nombreux fans de McDonald seront d’ailleurs ravis d’apprendre que la traduction du tome 2 (qui doit sortir en VO le 28 mars) est d’ores et déjà entamée. J’anticipe un peu, mais je peux vous dire que personnellement, je vais attendre cette suite avec une GRANDE impatience ! Lire la suite

L’empereur de l’espace – Edmond Hamilton

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Capitaine Flam, finalement, tu es bien de notre galaxie, et pas du fond de la nuit ! 

empereur_espace_hamiltonEdmond Hamilton (1904-1977) était un auteur de science-fiction (mais aussi de Fantasy, d’horreur, de thrillers, de polars !) très prolifique, un des piliers, avec Lovecraft et Howard, du légendaire magazine « pulp » Weird Tales, ainsi que de nombreuses autres publications du même genre (dans certains cas, une demi-douzaine de ses histoires sont publiées le même mois, que ce soit sous son nom ou sous pseudonyme, parfois dans un seul magazine !). Créateur du Space Opera avec E.E « Doc » Smith, il a aussi reçu le premier prix de SF décerné par les lecteurs, un précurseur du Hugo.

Il est particulièrement connu pour le cycle Capitaine Futur (dont L’empereur de l’espace est le premier des 20 tomes, dont 19 écrits par Hamilton), beaucoup plus connu en France sous le nom de… Capitaine Flam ! Eh oui, l’anime de mon enfance était en fait issu d’une série de textes publiés dans des pulps (dont un magazine qui lui était dédié) entre 1940 et 1951, mais je ne l’ai appris que bien plus tard (alors qu’en préparant cette critique, je me suis aperçu que c’était écrit en gros dans le générique, honte extrême…). Contrairement à ce qu’on pense, le personnage n’a pas été créé par Hamilton mais par une légende des comics DC, Mort Weisinger (créateur -entre autres- d’Aquaman, de Green Arrow, et de certains ajouts fondamentaux dans l’univers de Superman).

Ce cycle est typique de la première phase de l’oeuvre d’Edmond Hamilton, celle marquée principalement par l’aventure, un aspect mélodramatique et chevaleresque, un côté extrême, « larger than life » comme disent les américains (des méchants très méchants, des enjeux énormes -le sort du monde / du système solaire / de la galaxie / de l’univers est en jeu, rien de moins-, on se balade dans les étoiles, les dimensions et le temps, etc) mais dénuée (selon ses détracteurs) de cette profondeur qui caractérise la SF dite « intelligente ». Cependant, au fil des années, et de l’évolution des goûts du public, ce style de SF d’aventure, taillé avant tout pour le divertissement, fut ringardisé, regardé de haut. Hamilton lui-même, après son mariage avec Leigh Brackett (en 1946), se mit à écrire des histoires plus « réalistes ». Pourtant, lorsqu’on gratte un peu la surface du cycle, on s’aperçoit que c’est bien moins basique que certains ont voulu le faire croire, notamment sur le plan de la description (pseudo-)scientifique très détaillée des machines présentes dans les romans (sur ce point, on pourrait d’ailleurs considérer qu’un David Weber, par exemple, est un héritier d’Hamilton) ou de la mise en avant de l’intelligence par opposition à la force brute.  Lire la suite

Le problème à trois corps – Cixin Liu

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Un très bon livre de Hard SF, faisant la part belle au mystère et au sense of wonder… à condition de ne pas lire la quatrième de couverture

trois_corpsCixin Liu (ou plutôt, sous la forme chinoise correcte -beaucoup de peuples asiatiques mettent le nom de famille en premier-, Liu Cixin) est un auteur de science-fiction chinois de 53 ans, le plus connu dans son pays. En plus d’être lauréat de neuf prix Galaxie (la plus prestigieuse récompense en matière de SF dans l’Empire du Milieu), il a aussi gagné le Hugo 2015 pour le roman dont je vais vous parler aujourd’hui (le premier d’une trilogie). Ce couronnement est doublement remarquable : d’abord parce qu’il est le premier auteur de nationalité chinoise a être récompensé par le Hugo, et ensuite parce que c’est la première fois que ce dernier est attribué à une traduction (c’est Ken Liu -aucune parenté- qui a réalisé cette dernière). Signalons au passage que ce n’est pas la version anglaise qui a été traduite en français, mais bel et bien la version originale en mandarin.

Une adaptation cinématographique de ce livre doit sortir en 2017. Il a été vendu à un million d’exemplaires en Chine, où il est sorti en 2007.
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Children of time – Adrian Tchaikovsky

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Un Bernard Werber 2.0 rencontre Vinge, Brin et Baxter dans un chef-d’oeuvre de Hard SF anti-Starship Troopers mettant au centre de son univers la coopération, l’empathie et l’ouverture vers l’autre

children_of_timeAdrian Tchaikovsky est un auteur britannique confirmé (et, dans la vie de tous les jours, un juriste), écrivant aussi bien de la Fantasy (son cycle Shadows of the Apt, qui compte la bagatelle de dix romans, plus un peu de Flintlock et même de la Fantasy à la limite de la parodie) que de la science-fiction. Children of Time relève de ce dernier genre : lauréat du prix Arthur Clarke 2016, ce livre a impressionné d’autres écrivains de SF (et pas des moindres : citons James Lovegrove et Peter Hamilton) par l’ambition de son propos. L’auteur est un entomologiste amateur, et le monde des insectes a fortement inspiré son oeuvre (dans Shadows of the Apt, chaque civilisation tire son nom et certaines de ses particularités d’un type d’arthropode particulier). De plus, souvent, dans ses livres, la technologie n’est pas statique mais évolue constamment. Children of time ne fait pas exception : suite à une expérience d’élévation (comme chez David Brin) qui a mal tourné, nous suivons l’évolution de races d’araignées, de fourmis et d’autres créatures sur une planète extrasolaire, tout en contemplant les efforts désespérés des derniers représentants de l’humanité pour survivre à l’auto-destruction de la Terre.

C’est avec cet ouvrage que j’inaugure la lecture (quasi-)systématique d’au moins un livre en VO chaque mois. Afin que vous soyez à même de les retrouver très facilement, les romans lus en anglais sont regroupés en tags (le nuage d’étiquettes se trouve tout en bas de la colonne de droite du blog), un pour la Fantasy, un pour la SF, un pour l’uchronie, etc. Cliquez sur le tag correspondant et vous arriverez sur une page centralisant toutes les critiques concernées.  Lire la suite

L’île des morts – Intégrale – Roger Zelazny

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L’oeuvre de Zelazny ne s’arrête pas aux Princes d’Ambre, en voici une belle démonstration

Je remercie madame Nathalie Weil, des éditions Mnemos, de m’avoir offert la possibilité de lire cette intégrale.

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Alors que le français lambda a au moins vaguement entendu parler d’Isaac Asimov ou d’Arthur Clarke, le nom de Roger Zelazny, en revanche, reste en grande partie inconnu. Et même chez ceux qui le connaissent, il se réduit souvent à sa série des Princes d’Ambre, son cycle le plus « commercial ». Et pourtant… l’oeuvre de Zelazny est tellement, tellement plus vaste que ça. Décédé en 1995, à l’âge de 58 ans, l’écrivain américain était l’heureux titulaire de 3 prix Nebula et de… 6 prix Hugo, et l’auteur de 42 romans et 230 nouvelles, excusez du peu ! Conteur de grand talent, romancier cassant les codes, brouillant et mélangeant les genres, Zelazny ne nous parle pas du simple mortel, mais de celui qui est au-delà de cette condition, qui est ou est devenu un dieu ou un immortel. Le livre que je vais vous présenter aujourd’hui en est un bon exemple.

Les éditions Mnemos viennent en effet de publier, sous le nom L’île des morts, une intégrale des textes se déroulant dans l’univers de Francis Sandow, qui, outre le roman du même nom, comprend Le sérum de la déesse bleue, ainsi que cinq nouvelles. Ces textes s’inscrivent tous dans une même histoire de l’expansion humaine dans la galaxie, comme nous l’apprend la très érudite préface, expansion qui couvre deux millénaires et se divise en quatre phases. Les textes ne sont donc pas présentés dans l’ordre de leur publication, mais dans celui où ils se situent dans la chronologie interne de cet univers. La phase 1 de l’expansion est couverte par la nouvelle En cet instant de la tempête, la phase 2 par Cette montagne mortelle, Lugubre lumière et par la novella L’île des morts, la phase 3 par le roman court Le sérum de la déesse bleue, tandis que la phase 4 comprend Les Furies et Clefs pour décembreLire la suite