Secret Show – Clive Barker

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Un excellent départ, une fin poussive

secret_showClive Barker est un écrivain britannique, un des plus grands auteurs de Fantastique contemporain et d’Horreur, dont il a participé au renouveau via l’émergence du Splatterpunk (en résumé : on prend l’esprit nihiliste du cyberpunk, l’aspect plus réaliste et nuancé de la Dark Fantasy, et on injecte tout ça dans ce que nous appelons le Fantastique et dans l’Horreur -rappelons que chez les anglo-saxons, le concept de Fantastique n’existe pas, il est purement français-). C’est aussi un réalisateur / scénariste / producteur de films, un peintre (il a réalisé les illustrations de certains de ses livres) un scénariste de comics et de jeux vidéo, et enfin un metteur en scène de théâtre. Bref, c’est un artiste. Ses romans sont si impressionnants que Stephen King en personne s’est déclaré époustouflé par leur qualité.

Voilà un moment que je voulais découvrir l’oeuvre de cet auteur, et je tiens à remercier Pyjam pour m’avoir conseillé ce roman en particulier, suite à ma critique de La bibliothèque de Mount Char (qui, au passage, sort en septembre en français chez Denoël / Lunes d’encre). Secret show est le premier volume, publié (en VO) en 1989, d’une trilogie, dont l’ultime roman n’est toujours pas paru au moment où je rédige ces lignes.
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Mes vrais enfants – Jo Walton

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Ce livre est un chef-d’oeuvre, achetez-le. Voilà, critique terminée, vous pouvez partir. Ah, vous voulez des détails ? 

J’ai reçu cet ouvrage dans le cadre de l’opération Masse Critique organisée par Babelio. Je remercie ce site, ainsi que les éditions Denoël. 

mes_vrais_enfantsJo Walton est une autrice Galloise vivant depuis 2000 au Canada. Elle est titulaire d’un grand nombre de prix, dont un Nebula, un Hugo et un World Fantasy Award, excusez du peu ! Si elle a commencé par écrire de la Fantasy, elle a, depuis, exercé dans d’autres genres, dont la Science-Fantasy et l’uchronie. C’est de ce dernier genre dont Mes vrais enfants relève (voir plus loin). Pour l’anecdote, en fait j’ai lu du Jo Walton il y a des lustres, sans même m’en rendre compte, puisque son mari (de l’époque) et elle sont les auteurs du supplément Celtic Myth pour GURPS.

Ce roman, mêle uchronie personnelle, uchronie tout court et, d’une certaine façon, Fantastique, tout en abordant un nombre très important de thèmes de société, notamment la façon dont sont traités les homosexuels, les femmes et les personnes âgées dans nos sociétés modernes. C’est un livre d’une très grande sensibilité, réalisé avec une rare intelligence, qui remportera l’adhésion de 99.9 % d’entre vous. On parle à son propos du chef-d’oeuvre de Jo Walton, voire de chef d’oeuvre tout court, et pour une fois, ce n’est vraiment pas du marketing, même si j’aurai un tout petit bémol sur la fin. Mais voyons tout cela plus en détails !  Lire la suite

Kadath – Quatre quêtes oniriques de la cité inconnue – Collectif

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Un livre souvent intéressant, mais qui est sans doute trop ou pas assez quelque chose pour trouver facilement son public (et pourtant, il le mérite !)

J’ai reçu cet ouvrage dans le cadre de l’opération Masse Critique organisée par Babelio. Je remercie ce site, ainsi que les éditions Mnemos (pour le livre et le petit bonus constitué par le marque-page agrémenté d’un mot gentil)

kadathA la lecture du titre de cette critique, deux réactions sont possibles : soit ne pas savoir du tout ce qu’est ce « Kadath », soit être un initié des sombres secrets dévoilés par le Maître de Providence dans ses écrits impies. Dans ce dernier cas, vous pouvez aussi vous demander quelle est la différence entre cet ouvrage et Kadath – Le guide de la cité inconnue (qui vient, au passage, de bénéficier d’une nouvelle édition, et est titulaire du prix Imaginales 2011) : le livre que je vous présente aujourd’hui comprend en fait les textes du guide de la cité inconnue (« revus au format roman », pour citer l’éditeur), mais pas les illustrations de Nicolas Fructus. Et ceci, il faut le signaler, à quasiment la moitié (19 euros au lieu de 36) du prix du beau livre de la collection Ouroboros. Ce qui fait que si, comme moi, vous êtes plus intéressé par le texte que par les illustrations, ce titre sera plus adapté à vos envies que son prédécesseur.

Ce livre comprend quatre nouvelles, liées par un fil rouge, ainsi qu’un guide détaillé de la cité de Kadath et des Contrées du Rêve en général. Si vous êtes un amateur de Lovecraft et connaissez le volet onirique de son oeuvre, inutile de vous présenter ce lieu, vous le connaissez et le chérissez probablement. Sinon, pour ceux qui ne sont pas encore entrés dans l’univers du Maître du Fantastique, je vous propose un petit résumé de la place de la ville dans son oeuvre, avant de vous donner mon sentiment sur les nouvelles et les annexes. Sachez d’ailleurs que les textes du mystérieux narrateur appelé l’Innomé, qui font le lien entre les nouvelles, ainsi que les annexes, donnent même au complet néophyte une compréhension basique de l’univers onirique Lovecraftien.  Lire la suite

La dame pâle – Alexandre Dumas

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Le vampire, vu par… Alexandre Dumas ! 

dame_paleLa dame pâle est une nouvelle relevant de la littérature vampirique, écrite en 1849 par… Alexandre Dumas. Si, si, le légendaire auteur des Trois Mousquetaires, du Comte de Monte-Cristo et de La Reine Margot. Dumas qui fait du vampire, ça ne se refuse pas, d’autant plus quand la date de rédaction du texte, si elle n’en fait pas tout à fait un précurseur, le place tout de même dans une période où la créature n’a pas encore été sublimée par certains des romans qu’on cite aujourd’hui en référence, comme Carmilla (1872) ou Dracula (1897).

Précision importante : cette nouvelle ne forme en fait qu’une partie d’un texte beaucoup plus gros, appelé Les Mille et un fantômes. Ce dernier met en scène un dîner, au cours duquel les convives racontent tour à tour d’étranges histoires, dont ils ont été les héros (ou les victimes…). La dame pâle qui donne son titre à cette nouvelle est une des participantes. Le souci est que si vous ne connaissez pas ce contexte, vous allez avoir du mal à pleinement saisir l’introduction et l’épilogue. Merci qui ? Merci Apophis !  Lire la suite

Un peu de ton sang – Theodore Sturgeon

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Un recueil de deux textes d’Horreur (et de Fantastique pour l’un d’eux) caractérisés… par leur grande humanité !

sturgeon_sangTheodore Sturgeon (1918-1985) est un écrivain de SF, de Fantastique et d’Horreur caractérisé par ses thèmes humanistes, un univers avec une atmosphère très personnelle (à tel point que, s’il a influencé d’autres auteurs éminents, comme Ray Bradbury, Harlan Ellison ou Samuel Delany, on ne peut pas parler d’écrivains « faisant du Sturgeon »), souvent poétique, et la façon très cathartique dont il a utilisé des événements survenus dans sa vie au sein de ses textes, imbriquant la première dans les seconds. Il a également officié sur quelques épisodes de Star Trek, et est l’inventeur du célèbre Pon Farr, du salut vulcain, de la phrase « longue vie et prospérité », ainsi que (selon certaines sources)… de la Directive Première ! Malgré une grande reconnaissance de ses qualités d’écrivain par la critique, malgré sa productivité (200 textes, surtout des nouvelles, mais aussi des romans marquants, comme Les plus qu’humains et Cristal qui songe), malgré le fait qu’il ait été, dans les années 50, l’auteur le plus représenté dans les anthologies, il a peu été récompensé par des prix littéraires et demeure beaucoup moins connu du grand public, en 2016, que certains de ses contemporains.

Le livre que je vous présente aujourd’hui comprend en fait deux textes : la novella Un peu de ton sang (146 pages) et la nouvelle Je répare tout (46 pages). Les deux relèvent de l’Horreur, « physique » et qui tâche pour le premier, plus subtile et psychologique pour le second. Le premier peut aussi relever, selon un certain angle de vue, du Fantastique, même si je ne suis pas tout à fait d’accord, mais fait par contre incontestablement partie d’un thématique majeure de ce dernier, que je vais taire pour ne pas spoiler mais qui n’est pas spécialement difficile à deviner vu le nom du recueil (et si vous êtes vraiment curieux / curieuse, jetez un coup d’œil au tag de l’article…). Les deux partagent aussi une thématique commune (en plus de protagonistes sortis du même moule typiquement Sturgeonien) : les secrets liés à la sexualité (ou à une forme affective, psychologique de sexualité, en tout cas) des protagonistes et les horribles situations qu’ils génèrent. Un aspect sexuel, transgressif, qu’on retrouve d’ailleurs dans le sous-genre du Fantastique dans lequel on classe souvent Un peu de ton sang.

Nous allons maintenant examiner chacun des deux textes.  Lire la suite

The library at Mount Char – Scott Hawkins

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Un roman de Fantastique Lovecraftien / Strossien vraiment, mais alors vraiment pas comme les autres, qui met les bibliothécaires au pouvoir

mount_char(depuis la parution de cette critique, ce livre a été traduit sous le nom de La bibliothèque de Mount Char).

Scott Hawkins est un écrivain américain de 45 ans, qui vit dans la banlieue d’Atlanta. The library at Mount Char est son premier roman (mais un autre est déjà en cours d’écriture). Dans la vie de tous les jours, il est programmeur informatique.

Ce livre raconte l’histoire d’une bande d’enfants américains qui, dans leur enfance, ont été enlevés par un mystérieux personnage, appelé Père, qui les a conduits dans sa bibliothèque (ou plutôt la Bibliothèque) pour les élever selon les anciennes traditions et leur apprendre son savoir. Et lorsqu’on sait que le savoir en question permet de faire revenir les morts à la vie, voir le futur et les réalités parallèles ou encore d’obscurcir le soleil, on comprend que Père est peut-être Dieu… ou du moins un dieu. Et puis un jour, il disparaît, et aucun pouvoir n’est capable de le retrouver. Est-il mort, juste caché ? Ses « enfants » (désormais trentenaires) ne le savent pas. Mais en tout cas, il y a une opportunité à saisir, et ils vont commencer à s’opposer pour le contrôle de la bibliothèque… et donc du pouvoir suprême sur toute la Création, jusqu’à la Réalité même. Sauf que leurs pouvoirs, strictement compartimentés et spécialisés par Père lors de leur éducation, ne sont pas égaux. Carolyn, qui a reçu celui de comprendre et parler toutes les langues, part avec un fort désavantage par rapport à certains de ses camarades. Mais c’est sans compter son ingéniosité…

Ce livre bénéficie (surtout pour un premier roman) d’une grosse réputation, notamment sur Goodreads (4.05 étoiles / 5 sur 10792 notes) et Amazon US (4.5 étoiles / 5 sur 403 commentaires). Est-elle justifiée ? En bonne partie, oui, même si l’ouvrage est critiquable sur certains points.  Lire la suite

Carmilla – Sheridan Le Fanu

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Le roman qui a inspiré le Dracula de Bram Stoker

carmillaIl y a trois catégories d’amateurs de littérature vampirique : celui dont la connaissance du genre s’arrête à Twilight et la Bit-Lit; le lecteur « avancé », qui a lu les néo-classiques, dont les romans de Poppy Z. Brite,  Anne Rice ou Kim Newman, ainsi que celui de Bram Stoker ; et enfin, le connaisseur, qui sait, lui, ce que ce même Bram Stoker doit à Sheridan Le Fanu. Hein, quoi, qui ça ? Vous n’en avez jamais entendu parler ? C’est, hélas, probable. Dracula a tellement polarisé l’attention du public, en partie via ses adaptations cinématographiques (du moins jusqu’à l’apparition de Twilight), qu’on a oublié qu’en 1879, lorsque le roman de Bram Stoker parait, la littérature vampirique existe dans l’édition anglaise depuis 1819.

Sheridan le Fanu (1814-1873), donc, était un écrivain irlandais majeur en matière de récit gothique, romantique et surtout Fantastique au dix-neuvième siècle : il était considéré comme le maître des histoires de fantômes et comme un pionnier en matière de roman de mystère (et de ce que l’on appelle de nos jours un thriller). Même si c’est aujourd’hui difficile à concevoir, étant donné qu’il a quasiment sombré dans l’oubli, grâce à son « best seller » Mon oncle Silas il était à son époque l’équivalent de ce qu’est de nos jours Stephen King. Carmilla est une de ses trois œuvres majeures, dont Bram Stoker et Anne Rice ont reconnu l’influence sur leur propre travail (Lucy Westenra et les épouses de Dracula doivent beaucoup à la vampire créée par l’auteur dublinois), et dont Kim Newman a mentionné l’antagoniste dans son Anno Dracula. Enfin, le nom de famille de Carmilla est à l’origine de celui d’une des familles de vampires du monde de Warhammer.

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