La maison des Derviches – Ian McDonald

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Une mise en place des pièces du puzzle lente mais magistrale

maison_dervichesAprès l’excellent Luna, je poursuis mon exploration de l’oeuvre de Ian McDonald avec La maison des derviches, qui est à la fois proche et très éloigné de la dernière parution de l’auteur (Je vous annonce aussi que Le fleuve des dieux et La petite déesse seront au programme dans le futur). Ce roman a, entre autres, reçu le Prix Planète SF des blogueurs (le groupement auquel j’ai l’insigne honneur d’appartenir depuis quelques mois) 2013.

Cette fois, l’action se passe sur Terre, plus précisément en Turquie en avril 2027. Alors qu’Istanbul est écrasée par une canicule précoce, les destins, à priori séparés, de personnages dont le seul point commun est d’habiter dans une ancienne Maison des Derviches vont se croiser, l’occasion pour l’auteur de décrire un futur très détaillé d’une Turquie où se croisent Europe et Asie, tradition et modernité, religion / mysticisme et nanotechnologie.  Lire la suite

Luna – Ian McDonald

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Quelle claque ! 

luna_mcdonaldIan McDonald est un écrivain britannique (irlandais par sa mère) vivant à Belfast. Les conflits d’Irlande du Nord (et les facteurs qui les sous-tendent) ont d’ailleurs marqué son oeuvre, qui est également caractérisée par son fort aspect technologique et postcyberpunk, par une tendance aux contextes exotiques (inspirés par l’Inde, la Turquie, l’Afrique, l’Amérique du sud) et par des économies et des sociétés en plein développement ou changement de paradigme.

Luna est le premier tome d’une trilogie (une nouvelle, The fifth dragon, est également un prélude à ce cycle). Le roman parle des intrigues associées aux cinq familles qui contrôlent l’industrie d’une Lune colonisée, ce qui, pour reprendre les propres termes de l’auteur, donne un « Game of Domes » ou un « Dallas de l’espace ». Les nombreux fans de McDonald seront d’ailleurs ravis d’apprendre que la traduction du tome 2 (qui doit sortir en VO le 28 mars) est d’ores et déjà entamée. J’anticipe un peu, mais je peux vous dire que personnellement, je vais attendre cette suite avec une GRANDE impatience ! Lire la suite

Terre – David Brin

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Une anticipation en partie brillante, mais en majorité bancale (et surtout datée), des ressorts de l’intrigue complètement irréalistes, une narration trop éclatée, un livre bien trop long et ressemblant beaucoup trop à un essai et pas à un roman, un rythme très mal maîtrisé

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Avant de vous expliquer en détails pourquoi, malgré certaines qualités, je ne conseille pas ce roman, je tiens à préciser une chose importante : j’aime beaucoup David Brin et ce que j’ai lu du reste de son oeuvre. Son cycle Marée Stellaire / Élévation / Jusqu’au cœur du soleil est un modèle en matière d’univers où les races extraterrestres foisonnent et bien évidemment pour tout ce qui concerne le processus consistant à amener des animaux terrestres à une intelligence / conscience de niveau humain. J’ai juste un problème avec ce roman précis, le reste de la production de Brin est parfaitement recommandable.

Deuxième précision importante : il ne s’agit que d’une réédition en un tome unique d’un roman sorti chez nous en 1992 en deux tomes, et rédigé en réalité en 1989. Vous allez vite comprendre à quel point cette précision est importante pour juger la qualité du roman.

Ce roman est un véritable Planet Opera dont le sujet est… la Terre ! Eh oui, pas besoin d’aller sur Arrakis ou Ténébreuse pour donner dans ce genre là, la bonne vieille planète bleue peut parfaitement faire l’affaire, surtout si on change 2-3 facteurs écologiques, sociaux et technologiques clefs. Attention par contre, malgré ce que vous pourriez imaginer, ce livre ne relève pas de la Hard-SF. Oui, il y a tout un tas d’éléments qui pourraient vous faire croire le contraire, mais comme l’explique l’auteur en personne dans son interminable postface, ils sont soit complètement imaginaires (ses noeuds cosmiques et autres types exotiques de singularités), soit tellement spéculatifs (des couches supraconductrices à très haute température près du noyau terrestre) qu’en pratique, ça revient au même. Donc c’est comme le Canada Dry, ça a parfois la couleur de la Hard SF, mais ce n’en est pas.

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Zendegi -Greg Egan

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Un Greg Egan très inhabituel mais de fait plus accessible que les autres

zendegi

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Greg Egan est un des auteurs les plus emblématiques de la branche dite « hard » de la SF, celle où l’aspect « science » est fortement marqué par rapport à l’aspect « fiction ». En clair, il s’agit d’une SF qui se veut un maximum cohérente / réaliste par rapport aux théories actuellement en vigueur. Personnellement, je mettrais même Egan carrément à part, dans une catégorie « hard-hard-SF », tant certaines fois on a l’impression que pour le lire ou apprécier ses histoires au maximum, il faut être titulaire d’au moins un doctorat et lire les dernières publications scientifiques en date.

En conséquence, Egan est souvent époustouflant car ses développements romanesques liés aux dernières théories sont systématiquement ambitieux et visionnaires, mais il est de fait souvent difficile à lire. Chez d’autres auteurs de hard SF, la théorie scientifique sert de germe à l’intrigue et s’efface en bonne partie devant la narration et les personnages. Chez Egan, c’est l’inverse : l’idée SF dérivée de la théorie scientifique de pointe choisie est le pivot du roman, et l’intrigue qui en est tirée ainsi que, très souvent, la caractérisation des personnages, les dialogues, etc, sont accessoires. C’est moins vrai dans ses nouvelles que dans ses romans, et les premières sont plus intéressantes, en moyenne, que les seconds. Lire la suite

Accelerando – Charles Stross

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Un roman de référence sur le thème de la transhumanité et des Singularités technologiques, mais qui ne plaira pas à tous

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Il s’agit clairement d’un roman de référence sur le thème de la Singularité technologique, c’est-à-dire le moment où la capacité de calcul informatique atteint un seuil tel que des intelligences post-humaines émergent et entraînent dans leur sillage des changements, technologiques ou autres, à une vitesse non plus linéaire mais exponentielle et qui surtout font du futur et du sort de l’humanité (ou plus généralement des intelligences précédentes) des territoires imprévisibles.

La description des étapes de la première Singularité, puis des suivantes, est minutieuse et détaillée. Car non, la Singularité n’est en aucun cas un processus unique, elle est multiple. Les intelligences (humaines ou autres) issues d’une Singularité donnée paraissent incroyablement évoluées, intelligentes et riches matériellement / technologiquement parlant aux intelligences ayant précédé cette Singularité, alors que pour les êtres issus de la Singularité postérieure, ceux issus de la première Singularité sont des arriérés à la limite de l’intelligence et vivant dans un bidonville. En clair, les Transhumains et les IA issues de la première Singularité, avec leur nanotechnologie, sont complètement dépassés sur tous les plans par les intelligences issues de la seconde Singularité, qui sont elles-mêmes rendues obsolètes par celles de la troisième Singularité, etc. Lire la suite

La Terre bleue de nos souvenirs – Alastair Reynolds

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Bon premier tome d’une trilogie, très bon roman de hard-SF, mais moins original que la quatrième de couverture l’affirme

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Première précision, il s’agit du premier tome d’une trilogie, mais même si ce roman pose des bases qui seront reprises dans les deux tomes suivants, il constitue aussi en lui-même une histoire complète avec un début, un milieu et une fin et peut donc se lire de façon indépendante ou quasiment (si vous décidiez de ne pas poursuivre la lecture de la trilogie avec les deux tomes suivants, vous auriez quand-même une clôture de 95 % des arcs narratifs à la fin du tome 1). D’ailleurs, d’après ce que j’en sais, il y a d’énormes écarts temporels entre les histoires des tomes 1, 2 et 3 (des siècles ou des décennies), et les personnages ne sont pas les mêmes.

Ensuite, il s’agit d’un nouvel Alastair Reynolds, spécialiste incontesté de hard-SF très connu pour son cycle des Inhibiteurs. La question que vous vous posez probablement est : est-ce que ça y ressemble, en terme de style ou d’univers ? La réponse est essentiellement non, le style d’écriture tend plus vers Kim Stanley Robinson (du moins c’est mon ressenti), tout comme l’univers d’ailleurs, qui ne comprend que quelques éléments en commun avec celui des Inhibiteurs (je ne vais pas révéler lesquels pour ne pas spoiler). Lire la suite