2312 – Kim Stanley Robinson

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Fuyez, pauvres fous…

2312_KSRKim Stanley Robinson (KSR) est un auteur américain de SF (et de Cli-Fi -fiction climatique-) multi-primé (un World Fantasy Award, 6 prix Locus, 3 Nebula -dont un pour le roman dont je vais vous parler aujourd’hui-, 2 Hugo) considéré comme un des plus importants écrivains (particulièrement de Hard-SF) du genre. Contrairement à la majorité de la SF américaine, ses thèmes de prédilection (anticapitalisme et modèles économiques et politiques alternatifs, écologie, justice sociale) le placent à gauche de la scène politique et dans une niche singulière par rapport à ses petits camarades. Malgré tout, sa fascination pour les nouvelles frontières (représentées ici par la colonisation spatiale) l’inscrit pleinement dans une des thématiques favorites de la science-fiction américaine.

L’oeuvre la plus connue de KSR reste sa trilogie martienne, un monument du Planet Opera qui décrit d’une façon extraordinairement détaillée tous les aspects (économiques, sociaux, culturels, scientifiques, techniques, etc) de la colonisation et de la terraformation (transformation en monde semblable à la Terre) de la planète rouge. Les descriptions des paysages martiens, notamment, sont si vivantes qu’on jurerait que Robinson s’y est personnellement rendu ! Malgré tout, il reste un auteur clivant, car son style froid, fonctionnel, lent, très intellectuel, à du mal à passer auprès de certains lecteurs. Je dois dire que moi-même, même si j’ai adoré la trilogie, ai ressenti de nettes longueurs sur d’autres livres, comme Chroniques des années noires, par exemple.

En grand fan de KSR, de Hard-SF et de tout livre décrivant la colonisation du système solaire, il était évident que je ne pouvais pas passer à côté de 2312, surtout que j’espérais quelque chose du calibre de la trilogie martienne, mais largement étendu au-delà des frontières de la planète rouge (je savais que le roman parlait beaucoup de la terraformation de Vénus, notamment, un thème bien trop délaissé à mon goût en SF). Je vous laisse donc imaginer ma déception après avoir commencé l’ouvrage, qui s’est révélé effroyablement long, pédant, mal construit, plat et n’apporter pas grand-chose de neuf, pour ne pas dire rien. Bref, j’anticipe un peu sur la conclusion, mais franchement, si vous ne connaissez pas KSR, ne commencez surtout pas votre découverte de son oeuvre par ce roman, qui n’en vaut pas la peine. Et si vous êtes plutôt fan, comme moi… fuyez. Gardez vos éventuels bons souvenirs de la trilogie martienne, ça vaudra mieux. 

Univers

Comme le nom du livre l’indique, le point culminant de l’action se situe en l’an 2312, même si les deux tiers se passent en fait quelques années ou mois avant.

Cet univers présente deux caractéristiques essentielles : la transformation et la balkanisation. Transformation car les modifications géographiques impulsées par le changement climatique sont le moteur du nouveau visage de la Terre de ce XXIVe siècle, et car les planètes, les satellites majeurs et même certains astéroïdes sont terraformés ou aménagés afin d’accueillir la vie (humaine ou autre) issue de la planète bleue. Balkanisation, car le nombre de pays a doublé, et car les colonies spatiales forment des entités politiques concurrentes entre elles et avec la planète-mère.

2312 nous montre une Mars terraformée, et Titan et Vénus qui sont sur le point de l’être. Il nous présente des satellites (Dioné, Nyx) démantelés pour fournir ce qui est nécessaire à la transformation de l’étoile du berger ou pour créer des vaisseaux interstellaires qui, bien des siècles plus tard, atteindront le premier monde extrasolaire habitable. Il nous fait contempler les 19340 astéroïdes (appelés Terrariums) évidés afin d’accueillir des cylindres O’Neill, autant de fermes pour la Terre affamée ou de zoos afin de sauvegarder (voire ressusciter) sa biodiversité, voire pour tenter de créer de nouvelles écologies. Il nous fait admirer les cratères de la Lune, voire Vesta, sous tente ou bulle, sorte de version low-tech des environnements sous champs de force situés sur la coque des VSG de Iain Banks. Et un écho de la trilogie martienne, bien entendu (je vais en reparler). Enfin, il nous présente la cité sur rails de Terminateur, sur Mercure, dont est issue la principale protagoniste (et le personnage qui est le moteur de l’- ou plutôt ce qui tient lieu d’- intrigue).

Mais notre monde a lui aussi été transformé, en l’occurrence par le réchauffement climatique, et la montée des eaux de onze mètres qu’il a entraîné. Pays, villes ou régions qui disparaissent (la Floride) ou sont radicalement altérés (New York devient une cité lacustre, le Missouri et l’Arkansas des analogues de l’Afrique du sud), désintégration de certaines nations (l’ancien territoire du Zimbabwe correspond par exemple désormais à une douzaine d’entités politiques différentes) pour arriver au chiffre faramineux de 457 (le double d’aujourd’hui, en gros), le changement n’affecte cependant pas que la géographie et la géopolitique, puisqu’il entraîne un milliard de morts lors d’un petit âge glaciaire qui s’insère entre deux périodes de réchauffement.

En 2312, la planète bleue compte toutefois onze milliards d’âmes (contre deux sur Vénus et seulement un-demi million sur Mercure)… et trente-sept ascenseurs spatiaux (ce qui ne manquera pas d’impressionner le lecteur de la trilogie martienne). Trois milliards ne voient pas leurs besoins de base satisfaits, et cinq ou six restent sur le fil du rasoir. Alors que l’Accord Mondragon ou Mars proposent désormais d’autres modèles politiques ou économiques, la Terre, essentiellement dominée par les Chinois, reste accrochée au vieux système capitaliste, dérivé du féodalisme, et entretient les inégalités entre d’une part les riches qui vivent selon les mêmes standards que les posthumains des colonies spatiales, et d’autre part les autres.

Mais la balkanisation n’a pas atteint que la Terre et sa myriade de petits pays. Les nations spatiales ne sont unies entre elles que partiellement : Ligue Saturnienne ou Jupitérienne, Accord Mondragon. Mars s’est retiré de cette dernière organisation, tandis que Mercure y est affiliée. La Terre, elle, garde son vieux système capitaliste et néo-féodal, et Vénus n’est en pratique qu’une Chine 2.0. Et bien sûr, il y a eu dans le passé (entre Saturne et Mars) ou il y a actuellement des tensions entre certains de ces groupes, qui pourraient déclencher la toute première guerre spatiale.

Les planètes ne sont pas les seules à avoir été transformées : l’être humain est aussi passé par là. Du moins certains d’entre eux, ceux qui vivent dans les colonies spatiales ou les nantis sur Terre. Augmentation de l’espérance de vie à plusieurs siècles, taille variant entre un et trois mètres, résistance accrue aux radiations, possibilité de se faire greffer des gènes ou des amas de cellules d’origine animale, implants contenant un ordinateur quantique, double potentialité sexuelle permettant à chaque personne de choisir son identité lorsqu’elle est en âge de comprendre les implications du choix (dans cet univers, les principales catégories de l’image sexuelle de soi-même sont au nombre de vingt), l’Homo sapiens celestis est différent d’une grosse partie (la moins favorisée) de la population terrienne, qui n’a pas accès à ces modifications (surtout celle touchant à la durée de vie). De ce fait, les habitants des colonies spatiales sont vus comme des nantis et méprisés, voire haïs. Notez que la multitude de nouveaux genres (hermaphrodites, gynandromorphes, androgynes, etc) est aussi une forme de balkanisation, et que KSR va passer un temps non négligeable à décrire les aspects sexuels et matrimoniaux de cette nouvelle civilisation posthumaine et spatiale. D’ailleurs, l’amour lui-même est balkanisé : sexe, affection romantique, éducation des enfants, cohabitation, etc, sont désormais des « états affectifs différents », pour citer l’auteur, séparés, disjoints les uns des autres.

Sur le papier, tout cela doit vous sembler très intéressant, et ça l’est… à condition de ne pas connaître l’oeuvre de KSR et / ou de ne pas être très branché Hard-SF / SF de colonisation du système solaire / SF posthumaniste. Outre le fait qu’il recycle lourdement sa propre substance (la soletta, les villes sous tente, les cycleurs, Terminator -qui était déjà mentionnée dans plusieurs de ses livres-, l’importance des chinois dans l’échiquier géopolitique, l’impérialisme de la Terre par rapport à ses colonies spatiales, l’aspect Cli-Fi dans la droite ligne de sa trilogie climatique, la mention du Bardo dans le vaisseau de nuit qui conduit Swan vers la Terre et de l’organisation de la Ligue Iroquoise qui ramènent à Chroniques des années noires, et j’en passe), à part pour Mars où il présente en fin de livre, à toute vitesse, une méthode de terraformation différente de celle de son cycle phare, il prend aussi certains éléments chez ses petits camarades (la mention fréquente de l’Accelerando de  Charles Stross -voir ma critique-, ou encore de l’Ansible d’Ursula Le Guin -ici un dispositif de communication basé sur l’intrication quantique-, ce qui n’est sûrement pas innocent vu la proximité idéologique de KSR avec cette dernière, ou encore les nouvelles identités sexuelles qui ramènent à Banks ou les torchères dans l’atmosphère des géantes gazeuses qui pointent vers Peter Hamilton), et surtout, il n’apporte rien, ou disons pas grand-chose de neuf ou de significatif par rapport à eux. Même le largage des animaux qui devrait être une des scènes spectaculaires du roman m’a rappelé une scène vue chez Banks, mais dans le sens inverse (une évacuation des bestioles). Ou on peut penser à Le jour où la Terre s’arrêta, également.

Alors soyons clairs, on peut très bien recycler et ne rien apporter de neuf, et pourtant rester intéressant : La Terre bleue de nos souvenirs d’Alastair Reynolds en est un bon exemple. Sauf que ce n’est pas vraiment le cas ici. D’ailleurs, puisque je mentionne ce roman, j’en profite pour tordre le cou à une conception erronée : 2312 ne relève pas du Solarpunk. Certes, ce sous-genre récent est défini d’une façon plutôt floue, mais il ne saurait s’accommoder du modèle social, politique et économique présenté dans le livre de KSR, qui s’inscrirait presque dans une perspective quasi-dystopique (ne serait-ce que via la balkanisation) et certainement pas utopique, et ce même si nous sommes dans le cadre d’une économie de l’abondance. Au passage, KSR donne un vicieux coup de canif à Star Trek et à Iain Banks (avec qui il partage pourtant une vision idéologique en grande partie similaire), justement lorsqu’il taxe de naïf un personnage qui s’étonne que la colonisation de l’espace n’ait pas accouchée de gens meilleurs et surtout unis, et lorsqu’il fait des ressources spatiales une béquille pour un secteur minier et agricole terrien mourant ou en souffrance, une perfusion pour un système capitaliste et non pas un modèle alternatif post-capitaliste. Loin de la concorde, les oppositions sont très nombreuses sur Terre, au contraire : à la spéciation génétique ou phénotypique (Posthumains / humains), mais aussi à celle de classe, beaucoup de terriens n’ayant pas bénéficié des traitements de longévité qui sont la norme dans la civilisation spatiale.

Intrigue et personnages

Intrigue ? Quelle intrigue ? En exagérant à peine, c’est comme ça que vous pourriez en parler. Disons que nous sommes plutôt en présence d’un fil rouge servant de prétexte à un tour du système solaire, de ses travaux de terraformation, de ses nouvelles structures sociales, économiques et politiques, de ses écologies, que d’une vraie intrigue digne de ce nom. Si vous en voulez une preuve, regardez la conclusion de l’enquête menée, abrupte et particulièrement succincte, et vous saisirez son importance réelle, à savoir très limitée. Sachez aussi qu’il faut attendre 40 % du livre pour qu’on ait enfin un écho significatif de l’intrigue principale, noyée au milieu de digressions incessantes, interminables, et qui ne servent parfois à rien. Ni au worldbuilding, ni au character-building, rien de rien de rien. Juste à étaler la culture de KSR ou à remplir un quota de pages, peut-être.

Tout commence, donc, par la mort d’Alex, politicienne de Mercure et grand-mère de Swan. Très vite, une certaine inspectrice Genette émet des doutes sur le caractère naturel du décès de la vieille dame, et fait prendre conscience à sa petite-fille du fait qu’elle était le moyeu, l’éminence grise, d’un réseau complexe aux buts occultes et lancé dans des projets de grande envergure. Swan mènera alors son enquête, avec l’aide de l’inspectrice, d’un politicien Titanien, Fitz Wahram, ainsi que de quelques autres. Sachez que le nœud du problème est vaguement inspiré par Dick, mais que là encore, cela n’apporte strictement rien de neuf ou aucune perspective intéressante sur la thématique.

Les personnages, tous sans exception, sont très mauvais (à part peut-être Alex, qui n’apparaît qu’en creux), à la fois sans âme et mono-dimensionnels : Swan est une exaltée, que ce soit dans la joie ou la colère (son état plus ou moins naturel), tandis que Wahram navigue entre l’indolence, le flegmatisme et un quasi-autisme. Les autres sont trop peu décrits, présents ou vivants pour présenter le moindre intérêt.

Structure, écriture

Bien, donc, je résume : à ce stade, nous avons affaire à un roman peu original (mais pas dépourvu d’une certaine richesse), avec une intrigue lâche et peu intéressante, et des personnages sans âme. Vous allez donc vous demander pourquoi je vous conseille de fuir 2312 avec tant de véhémence. La raison principale est liée à la fois à la structure du roman et à son style.

Commençons par la structure : dans les remerciements, Kim Stanley Robinson salue Dos Passos, et à la lecture de 2312, il est facile de comprendre pourquoi. En effet, son roman reprend le mélange de techniques littéraires utilisé dans la trilogie U.S.A, à savoir des bouts de textes (dans des chapitres appelés Extraits) devant faire un point sur la situation sociale, des listes de mots ou de phrases (dans ceux appelés Liste ou Promenade quantique) devant nous livrer les pensées du personnage qui les rédige, et enfin des points « biographiques » essentiellement consacrés à (la terraformation de) telle ou telle planète, satellite, à la conception des terrariums, etc. Ces chapitres invariablement courts s’insèrent entre les chapitres normaux, dont les titres signalent, au passage, les personnages qui y sont montrés.

Gros souci : ces chapitres intermédiaires n’ont le plus souvent ni queue ni tête : l’écrasante majorité des Listes, en plus d’être soporifique (qui a envie de lire d’interminables successions de mots ou de phrases aussi passionnants qu’une liste de courses dans un roman ?), ne sert à rien, les Promenades quantiques sont quasiment incompréhensibles (ce qui est particulièrement dommage pour la dernière, qui livre apparemment une info capitale que je ne suis pourtant pas certain d’avoir correctement ou entièrement saisi), la faute à une absence de ponctuation dérivée de Dos Passos ou d’écrivains employant des techniques similaires, et les Extraits sont un charabia sans début et sans fin de phrase, comme un surfeur fou sur internet qui lirait le cœur d’un paragraphe avant de cliquer pour aller sur une autre page et de recommencer le processus, sans souci de compréhension ou de cohérence (je me suis même demandé, lorsque j’ai lu le premier, si mon édition électronique n’était pas défectueuse, c’est tout dire). Je ne dis pas qu’il n’y a pas de notions intéressantes là-dedans, mais en revanche la manière de présenter et transmettre l’information est particulièrement pénible et cryptique. Autant dire que le lecteur moyen, même les plus aguerris et patients, aura décroché et se sera mis à lire ces chapitres intermédiaires en diagonale… si il ne les passe pas ou même n’abandonne pas ce roman purement et simplement. Ce qui serait dommage pour certains, car les « points biographiques » sont passionnants, dans le style Hard-SF (mais là aussi, encore faut-il aimer…). Enfin, du moins si on a une tolérance pour l’info-dump le plus éhonté et artificiel qui soit : là, carrément, il n’est même pas intégré au corps du texte, mais exilé, de façon hautement artificielle, dans des mini-chapitres séparés. De mon point de vue, il aurait été plus pertinent, dans ce cas, de le mettre dans des annexes, à la Peter Watts.

Poursuivons maintenant par le style : malgré certaines personnes qui le considèrent comme un grand styliste (je n’ai jamais compris pourquoi, d’ailleurs), je pense que pas mal de gens qui connaissent KSR seront d’accord pour dire que son écriture est plutôt morne, utilitaire (malgré quelques envolées lyriques occasionnelles, sur les paysages, par exemple), lente, et souvent trop prolixe. Personnages et intrigue sont surtout un vecteur pour transmettre les idées ou visions de l’auteur californien. 2312 garde ces défauts habituels (particulièrement la longueur excessive, la lenteur du rythme -si même il y en a un, même les scènes à grand spectacle ou théoriquement pleines de tension dramatique sont plates, c’est tout dire-), en y ajoutant deux autres, quasiment insupportables : une effroyable pédanterie (dans les premiers 40 %, après ça s’améliore sensiblement, mais vu la taille du roman, cela arrive bien trop tard, et un grand nombre de personnes aura abandonné l’ouvrage d’ici là), et des digressions continuelles associées à une vacuité globale. Car une fois le livre fini, et compte tenu de ce que j’ai exposé plus haut en terme d’auto-inspiration ou d’emprunts extérieurs, si on fait le bilan de ce que le livre de KSR apporte d’inédit aux thématiques développées, on s’aperçoit que le résultat est 0 ou quasiment. C’est comme l’analyse du discours de l’envoyé de l’Empire dans Fondation, énormément de bla-bla pour un résultat pénible à lire et finalement plein de… vacuité. La digression n’est pas l’exception : elle est la règle. Et avec quelle platitude est-elle contée ! (cf Swan et les animaux, l’interminable séquence dans les tunnels de Mercure).

Je signale aussi, au passage, que chaque chapitre ou quasiment fait varier le point de vue (Swan, Wahran, Kiran, Genette), ce qui participe à l’impression hachée de l’ensemble. Impression renforcée par certains éléments d’intrigue, puisque le tour du système solaire proposé n’est pas séquentiel (Mercure, puis Vénus, la Terre, Mars, etc) mais ressemble à celui d’un insecte fou lâché dans l’espace, qui irait aléatoirement sur chaque planète à de multiples reprises au cours du récit. Voilà qui m’a paru assez maladroit, vu que ça ne permet pas l’immersion graduelle et assez complète qu’auraient permises de longues séquences se passant sur chaque monde avant de passer au suivant. Là, on a plus de vagues instantanés qu’une encyclopédie en bonne et due forme. Un mot, enfin, des dialogues, dont certains sont absolument ridicules (et je pèse mes mots), par exemple celui entre Swan et les détracteurs du retour des animaux dans un bar.

Car oui, tous les défauts exposés plus haut cumulés, la lecture de 2312 est un calvaire, ce qui fait sans aucun doute de lui le pire roman émanant d’un auteur titulaire de prix prestigieux sorti en France depuis l’imbuvable La Justice de l’Ancillaire d’Ann Leckie. On y retrouve la même lenteur, la même vacuité, le même sentiment de lourdeur à la lecture. Et comme pour les chroniques du Radch, mon conseil sera le même : évitez ce livre. KSR est un auteur qui mérite d’être découvert, mais pas via ce roman pédant, verbeux, convoluté, atone, et globalement médiocre (à part à la rigueur sur le strict plan de l’univers, et encore) : on conseillera plutôt la trilogie Martienne ou, pour les anglophones, Aurora.

Un dernier mot sur l’édition : à part 2-3 erreurs grossières (la principale concernant la pauvre galaxie d’Andromède, qui se retrouve soudain à 25 millions d’années-lumière de nous au lieu de 2.5), traduction et relecture sont de qualité. La couverture ne me plait personnellement pas (je ne vois pas l’intérêt d’inventer une scène de science-fantasy qui ne correspond en rien au roman lorsque celui-ci regorge de visions d’envergure), mais techniquement, l’illustration est bien réalisée. Rien à redire non plus sur la version électronique de l’ouvrage (à part son prix abusif, mais c’est une autre histoire).

En conclusion

Etant un grand fan de KSR, il m’est pénible de faire le constat suivant, mais pourtant c’est le seul qui s’impose : 2312 est un échec total, que je vous déconseille avec insistance. Ceux qui veulent découvrir l’auteur ont d’autres romans plus intéressants vers lesquels se tourner, et ceux qui connaissent déjà son oeuvre peuvent se dispenser sans regret de cet achat. Entre une structure calquée sur celle utilisée par Dos Passos et intercalant entre les chapitres normaux des mini-chapitres qui relèvent plus souvent du charabia ou de la liste de courses que d’autre chose, une intrigue quasi-inexistante et sans intérêt de toute façon, des personnages mono-dimensionnels et sans âme, des longueurs excessives et des digressions omniprésentes, un style pédant, plat et pénible, et des thématiques ou un univers qui n’apportent rien de neuf par rapport à ce qui a déjà été proposé par KSR ou d’autres, ce livre est totalement dispensable et cumule les erreurs et les maladresses. On peut même se demander quel était l’intérêt de traduire cet ouvrage, tant il ne séduira, d’évidence, qu’une poignée d’esthètes littéraires (et encore…).

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Gromovar,

 

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23 réflexions sur “2312 – Kim Stanley Robinson

  1. Merci pour cette critique qui comme d’habitude que ça soit dans le positif ou dans le négatif soit pertinente. Dommage que la qualité du livre ne soit pas là , au vu de l’ensemble des critiques que j’ai lu , ayant aimé ce qu’a fait l’auteur auparavant. Désolé pour toi d’avoir dû effectuer le crash test.

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  2. Eh bien merci, j’hésitais sur celui-ci, et même si les approches transhumanistes m’intéressent, je vais aller voir ailleurs et garder mes excellemment bons souvenirs de la trilogie martienne.

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  3. Ha oui en effet, pas pour moi ce livre, même sans lire les points de critiques eux même.
    Je n’avais jamais lu de chronique dessus avant et même sans ça je ne me serais surement pas engagé dans sa lecture. Pourtant une autre conséquence de cette critique c’est que maintenant je n’ai plus du tout envie de lire la trilogie Martienne alors qu’ils sont dans ma PAL 😛
    Bon bah, pas de regret pour celui ci, il n’est même pas rentré par la case wish list 😛

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    • C’est une SF très particulière, vraiment taillée pour les amateurs de Planet Opera conjugué à de la Hard-SF. Clairement pas taillée pour plaire à tout le monde, donc. Si tu ne le sens pas, autant ne pas te forcer à lire un bouquin avec lequel tu n’as aucune affinité.

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      • Oui c’est sur, mais maintenant en contrecoup j’ai finalement envie d’essayer le premier tome de la trilogie martienne juste pour me confirmer que ce n’est pas pour moi et être sure de ne pas passer à coté du % de livres qui n’étaient de base pas pour moi mais qui finalement me plaisent beaucoup 😛
        On verra bien suivant ma motivation, j’ai déjà tellement de livres à lire ^^

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  4. Ok, ok, ok.
    J’avoue que toute la partie thématiques, même recyclées, m’interessent. Toute cette terraformation, vision du système solaire, d’un futur de la Terre -même si je ne suis pas fan des livres très engagés sur l’échiquier politique – reste séduisant….

    Mais, déjà la critique de Grompovar m’avait passablement refroidie. J’attendais la tienne pour prendre une décision. Un livre verbeux et pédant, non merci. Je vais prendre ton conseil à la lettre et le fuirrrrrrrr!

    *déjà en fuite*

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  5. Et bien… J’espère qu’écrire cette chronique t’a un peu soulagé de ta déception, au moins. :/

    Sinon, je suis contente car pour une fois j’ai compris une de tes références (celle à Fondation). C’est très rare que ça m’arrive, étant donné le peu de fois où j’ai lu un livre auquel tu fais allusion. Du coup j’ai l’impression d’être dans le secret des dieux, c’est chouette.

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  6. Tu ne me donnes pas envie de lire celui-là ^^.
    Bon en même temps vu ma PAL je me poserais la question plus tard.
    C’est vrai KSR, c’est spécial : il prend son temps, à un style particulier. Ce n’est clairement pas le genre d’auteur qu’il faut lire vite.
    J’ai découvert cet auteur avec « Chroniques des années noires » et ce fut une claque. Je me suis lu Green Earth récemment, c’est la version modernisée de la trilogie climatique et je suis surpris de voir qu’à l’époque où il l’écrivait, je pensais déjà à certaines choses identiques.
    KSR à même une influence sur l’auteur débutant que je suis, je pense que certains de mes projets seront un poil moins pessimiste que ce que j’envisageai initialement.
    Mon prochain KSR sera justement la trilogie martienne, mais il faut aussi que je trouve le temps m’attaquer à « La Culture » de Banks.
    Enfin, je trouve dommage que l’œuvre de Robinson, mette autant de temps à nous arriver en VF. Cinq pour ce livre.
    Merci pour cette critique en tous cas.

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  7. C’est drôle, la manière dont tu décris ce roman (en gros, un univers riche et des thématiques intéressantes, mais gâché par une écriture prétentieuse se voulant « conceptuelle » : sans queue ni tête, charabia, listes de mots, etc.) me fait furieusement penser à l’abominable « Telluria » de Vladimir Sorokine, lui aussi publié dans la collection SF d’Actes Sud… Rassure-moi, ils publient aussi des textes lisibles de temps en temps ?
    Je digresse un peu, mais une remarque dans ton introduction m’a interpellé : tu dis que KSR se démarque de la plupart des auteurs de SF américains par sa sensibilité de gauche… Alors qu’à l’inverse, je ne crois pas proférer une énormité en avançant que la SF française est, elle, très ancrée à gauche. Pourquoi cette différence ? (J’imagine que c’est un sujet complexe, donc si tu as un lien vers un bon article sur la question, je suis preneur !)

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    • Actes Sud / Exofictions publie aussi le cycle The Expanse, les romans de Cixin Liu ou le cycle Silo, qui sont soit plus accessibles, soit plus intéressants (et parfois les deux à la fois). Il y a aussi un Zamiatine que je n’ai pas lu et qui est potentiellement intéressant. Même si, effectivement, il y a pas mal de déchets (la glace et le sel de José Luis Zarate, par exemple) ou de livres pour esthètes dans le catalogue.

      Concernant la SF américaine (et le fandom), elle me paraît de plus en plus relever de thématiques ou de valeurs classées à gauche chez nous. J’aurais dû préciser et plutôt parler des « vieux » auteurs de SF américains (Heinlein, Anderson, etc).

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      • Exofictions est une collection dont j’ai un peu de mal à comprendre la cohérence. Du space opéra léger (Corey) au vieux classique de la dystopie (Zamiatine) on dirait qu’ils font de tout et n’importe quoi, pourvu que ça puisse se ranger de près ou de loin sous l’étiquette « imaginaire ». Du coup, il me parait difficile de savoir à quoi s’attendre avec leurs ouvrages.

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