Of sand and malice made – Bradley P. Beaulieu

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Le chat et la souris

sand_malice_beaulieuOf sand and malice made est une novella maousse costaud (plus de 200 pages) qui constitue un « prélude » aux Douze rois de Sharakhaï. Alors attention, par ce terme, il faut comprendre qu’elle se passe avant, pas qu’elle explique des points laissés dans l’ombre par ce roman. Vous ne verrez pas, par exemple, l’enfance de Çeda aux côtés de sa mère, ou les mystérieuses origines de cette dernière. Dans cette novella, notre héroïne a déjà quinze ans (elle atteindra même les seize au cours du récit), ce qui situe donc l’intrigue 3-4 ans avant le tome 1.

Le début peut laisser penser que ce roman est bâti sur les mêmes bases qu’un autre texte court du cycle, In the village where brightwine flows, à savoir une enquête. En fait, il n’en est rien : dans la récente tradition Eriksono-Sandersonienne, Çeda va affronter les enfants des dieux en personne ! 

Situation

Çeda, quinze ans mais déjà une célèbre gladiatrice sous le pseudonyme de « la louve blanche », fait aussi son Jason Statham pour le compte d’Osman, un ponte local. En clair, elle livre, de nuit, des paquets dont elle ne connaît pas le contenu et sur lequel elle se garde bien de poser des questions. Alors qu’elle règle un petit différend avec Brama, un garçon de son âge, Osman vient la retrouver et lui ordonne de se rendre d’urgence chez un de ses clients. Quelques semaines auparavant, elle a livré chez lui un paquet dont le contenu s’est révélé être empoisonné. La ruse a été détectée à temps, mais la victime potentielle veut recueillir un maximum d’indices pour identifier le coupable. Qu’elle ne pense pas être Çeda, au passage.

Arrivée sur place, notre héroïne découvrira que le ponte en question est en fait une mystérieuse femme, qu’elle ne verra pas et dont elle ne saura même pas le nom. Elle aura affaire à son homme de confiance, Kadir, et découvrira que la tentative d’empoisonnement est probablement liée à la rivalité entre deux sœurs pour gagner l’affection de son énigmatique patronne. La réalité s’avérera être entièrement différente !

Intrigue, structure et personnages

Nous retrouvons, outre Çeda, certains personnages que le lecteur des Douze rois connaît déjà, comme Osman, Emre, Tariq ou Ibrahim (et sa femme, qui s’avérera être très loin de son épouvantable description :D). Mais nous découvrons aussi de nouveaux protagonistes et surtout antagonistes. Je vais m’attarder sur un de ces derniers, la complexe et fascinante Rümayesh (un personnage soigné et réussi). Cette créature, quelque part entre la déesse, le Génie de la lampe, la vampiresse et la succube, va établir une relation complexe et très dynamique avec Çeda, à la fois d’une certaine forme d’amour et de haine. La novella est divisée en trois parties, qui sont presque des nouvelles semi-indépendantes. Dans la première, notre héroïne va faire la connaissance de Rümayesh, puis tenter de lui échapper. Dans la seconde, elle va au contraire tenter de la retrouver… et de la sauver. Dans la troisième, enfin, la relation entre l’humaine et la créature va prendre fin.

La pauvre Çeda va au final se retrouver prise dans la toile d’araignée tissée par trois descendants ou créations des dieux de Sharakhaï ou des contrées environnantes (de la savane), des tricksters qui sont, pour une fois, plus méchants que bêtes. Mais c’est sans compter l’âme de feu de la jeune guerrière qui, dans la dernière partie, va passer de l’état de proie à celui de chasseur. Et ce même si on tremble plus d’une fois (il est d’ailleurs étonnant, dans un tome 0.5 -où on sait forcément, si on a lu le tome 1, que l’héroïne va survivre-, de tellement s’angoisser pour sa survie : c’est pour moi le signe d’une écriture prenante et d’une intrigue réussie), tant l’adolescente semble impuissante face à ces forces mystiques qui la dépassent. Car c’est bien là qu’est le cœur de ce texte : en apprendre plus sur les divinités de cet univers, ses créatures surnaturelles, ainsi que sa très sombre magie.

Il y a un aspect que j’ai énormément apprécié, et qui explique d’ailleurs la mise en avant d’Ibrahim le conteur dans ce texte : pour pouvoir vaincre la divinité qui la tourmente et menace, Çeda va devoir fouiller les bibliothèques et faire appel au savoir de son ami afin de trouver, dans les légendes et autres histoires racontées autour d’un bon thé à la menthe, des indices lui permettant d’accomplir les rituels de sorcellerie nécessaires à son emprisonnement. Et à son exorcisme, puisque la bestiole a la désagréable habitude de posséder les gens. Bref, notre bonne Çedaminh, qui a déjà déverrouillé les succès « Russell Crowe le gladiateur », « Jason Statham le transporteur » et « Syrio Forel le professeur d’escrime », va devoir débloquer la récompense « Keanu Reeves l’Exorciste » (également appelée « John Constantine »). Ah et puis en plus, le score en « recherche-bibliothèque » sur sa fiche de personnage ne paraît plus si inutile que ça, du coup  😉

Au final, ce roman court, très noir et mystique, exploite un point capital, à mon sens, de toute Fantasy d’inspiration arabe : les contes et légendes. L’ennemi n’est pas tant vaincu par la force ou la volonté que par l’érudition et l’astuce.

Si le texte est globalement intéressant, je l’ai toutefois trouvé un peu long. Tout l’intérêt, à mon sens, du format court est de proposer quelque chose de dense et doté d’un certain impact, deux facteurs qui sont noyés si le texte est trop long. Les codes à respecter ne sauraient être les mêmes que ceux de la forme longue ! L’auteur dit lui-même en postface que les trois parties lui ont un peu échappé, et je pense qu’il aurait eu intérêt à faire plus dense et plus court. De plus, je trouve qu’il y a certaines redites entre les nouvelles / novellas prenant place dans cet univers, comme une emphase sur les papillons et la drogue et les seigneurs de la pègre qui l’exploitent. Rien de dramatique, cependant, cela reste une lecture globalement intéressante et agréable. Et ce d’autant plus que la structure est beaucoup plus simple que dans Les douze rois, où elle alternait les points de vue et les scènes dans le présent et le passé. Ici, le point de vue est unique, et la temporalité linéaire.

Vous pourriez envisager ce texte comme un stand-alone, mais d’après ce que j’ai lu, il semblerait qu’il éclaire d’un jour nouveau certains événements du tome 2 du cycle, qui va paraître en français au mois de Novembre. Si vous êtes anglophone, il pourrait donc être intéressant de le lire avant ça !

En conclusion

Ce roman court (qui se passe avant le tome 1) lié au cycle de Sharakhaï montre le combat de la jeune Çeda contre trois divinités qui en font leur jouet, leur proie, la victime de leurs « farces » cruelles et l’objet de leur affection malsaine. Divisé en trois parties, presque des nouvelles semi-indépendantes, il montre d’abord la rencontre avec ces forces surnaturelles, puis la prise de parti de l’héroïne pour l’une d’entre elles, avant son combat pour se libérer de l’emprise de la dernière qui reste. Donnant une grande importance aux contes et légendes, ce texte noir et mystique vous en apprendra plus sur les dieux et les rituels magiques du monde créé par Bradley P. Beaulieu. Toutefois, il souffre un peu de redites par rapport à un autre texte court du cycle, ainsi que de quelques longueurs. Mais globalement, cela reste une lecture tout à fait valable pour qui aime Sharakhaï et Çeda.

Niveau d’anglais : moyen.

Probabilité de traduction : les chances que cette novella soit traduite toute seule sont relativement faibles (encore que, avec plus de 200 pages au compteur, on commence à avoir quelque chose d’assez conséquent). Maintenant, étant donné qu’à terme, il y aura au moins 5 nouvelles et novellas situées dans l’univers de Sharakhaï, il est tout à fait possible, surtout si le cycle cartonne, que Bragelonne les traduise en bloc et les réunisse dans un recueil du genre « Aventures à Sharakhaï ».

Pour aller plus loin

Ce roman court fait partie d’un cycle : retrouvez sur Le culte d’Apophis les critiques d’une autre nouvelle, du tome 1,

 

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6 réflexions sur “Of sand and malice made – Bradley P. Beaulieu

  1. Pingback: In the village where brightwine flows – Bradley P. Beaulieu | Le culte d'Apophis

  2. Pingback: Les douze rois de Sharakhaï – Bradley P. Beaulieu | Le culte d'Apophis

    • Il faut apparemment lire Of sand and malice made avant le tome 2 (Le sang sur le sable), mais sinon In the village where brightwine flows peut être lu n’importe quand, et globalement, malgré son statut de tome 0.5 sur Goodreads, tu peux lire Of sand avant ou après le tome 1 (Les douze rois de Sharakhaï), peu importe. Je pense cependant que vu que le tome 1 te présente plus en détails le contexte, tu peineras moins si tu lis Of sand après Les rois plutôt qu’avant.

      J'aime

  3. Je continue mon rattrapage des chroniques en retard de lecture chez mon blogopote! J’espère ne pas passer pour un spam!!
    J’ai l’intention de lire les 12 Rois de S. Cette nouvelle me fait bien envie, il faut dire que tu es efficace quand tu aimes malgré les quelques longueurs. Puis-je la lire avant le roman ou me conseilles-tu d’attendre ?

    Aimé par 1 personne

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