La légion – Jamie Sawyer

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Une demi-déception

legion_lazareLa légion est le second tome de la trilogie Lazare en guerre, après L’artefact, une SF militaire dont je n’attendais rien de particulier et qui, au final, s’est révélée être une très bonne lecture. Sachez (et c’est suffisamment rare pour être souligné et salué) que l’Atalante va publier, au mois de Novembre, la novella Rédemption, qui sert de tome « 2.5 » à ce cycle (dans la plupart des cas, les éditeurs français ne traduisent jamais les nouvelles et romans courts qui, de plus en plus souvent, complètent les romans auxquels ils ou elles sont rattachés).

Deux ans après les événements du tome 1, Conrad « Lazare » Harris et son équipe sont à nouveau envoyés sur un site Bribe, cette fois dans l’espace. Alors que son prédécesseur était inspiré par Joseph Conrad, Aliens et Avatar, La légion se balade, lui, entre Terminator, Hypérion, Le sens du vent et Vision aveugle. Je le disais, alors que j’ai abordé le tome 1 sans attentes particulières et que j’ai été impressionné par cette lecture, cette fois j’attendais beaucoup (trop, sans doute) de ce tome 2… et j’en sors à-demi déçu. Il s’agit toujours d’une très bonne SF militaire, mais qui manque cette fois de la profondeur qui faisait l’intérêt du tome précédent.

Situation, structure

Le roman s’ouvre sur une scène spectaculaire : Harris et son équipe doivent aborder d’urgence une station scientifique en perdition, qui est sur le point de s’écraser sur la surface d’une planète qui n’est que lave en fusion. Leur mission : extraire un scientifique capital pour l’effort de guerre de l’Alliance. Outre les personnages que nous connaissons déjà (Kaminski, Jenkins, Martinez), nous faisons la connaissance de la petite nouvelle, Dejah (un hommage à E.R Burroughs ?) Mason. Signalons aussi le micro-résumé du tome 1 le plus sévèrement burné de toute l’histoire de la SF !

Après cette ouverture d’une taille conséquente (pas loin de 15 % du livre), nous avons droit à un long interlude à la base de Cap Liberté, au cours duquel on fait un peu le point sur les traumatismes psychologiques récoltés par l’équipe lors du livre précédent, ainsi que sur les enjeux de la mission que le commandement va lui confier dans celui-ci. Lazare va retourner dans un secteur différent du Maelström, sur les traces des Bribes… mais aussi d’Elena Marceau, sa compagne disparue dans cette région de l’espace. Là bas, l’expédition va tomber sur un artefact spatial géant, et le roman va basculer dans une variante militaire de la SF à BDO (Big Dumb Objects ; pas de panique, on en reparlera dans un prochain épisode des A-Files) assez classique (d’Anges déchus de Richard Morgan à L’épreuve du courage de Tanya Huff, vous avez le choix).

Ce roman se terminera comme il a commencé, à savoir sur une scène d’action d’une taille conséquente (à nouveau une bonne quinzaine de %) et de très bonne facture. En fait de si bonne facture qu’elle justifie à elle seule l’achat de l’ouvrage pour un amateur de SF militaire. Qui en aura d’ailleurs pour son argent, puisqu’il y a en plus quelques nouveautés en matière de quincaillerie tout à fait réjouissantes : champs de force individuels, mini-drones de reconnaissance à la Prometheus, sabres à monofilament, et même des mécas / exosquelettes de combat ! Et je ne vous parle pas des largages en capsules à la Starship troopers !

Ces parties dans le présent seront entrecoupées, comme dans le tome précédent, par quelques chapitres de flash-backs revenant, cette fois, sur l’enfance et l’adolescence d’Harris. Même si elles ont le mérite de consolider le worldbuilding en nous montrant la (sur)vie dans les villes touchées par les frappes nucléaires du Directoire, et de nous expliquer comment Conrad est devenu militaire et la manière dont s’est forgé son caractère, ces scènes ne sont guère enthousiasmantes, de mon point de vue.

Personnages, psychologie, atmosphère

Je vais passer rapidement sur les nouveaux personnages (Mason, Gilliams, etc), ils n’ont rien de bien palpitant. Kaminski, Martinez et Jenkins n’évoluent pas significativement dans ce tome, donc pas besoin de s’étendre sur eux non plus. D’autant plus que, comme dans L’artefact, tout est focalisé à ce niveau sur Lazare (qui a un peu pris le melon sur les bords, d’ailleurs, par rapport à sa réputation de superstar du programme stimulant).

Sans faire un spoiler majeur, Harris (devenu commandant, au passage) va commencer à faire l’expérience de visions et d’hallucinations auditives dès son arrivée à proximité de la sphère Bribe. Tout son problème (et celui du lecteur) sera de démêler le vrai du faux là-dedans, d’autant plus que l’auteur est assez habile pour brouiller les pistes. Si on combine une atmosphère assez psychédélique, les hallucinations, le BDO, des perturbations magnétiques et des extraterrestres, on se retrouve avec un texte qui n’est pas sans rappeler (vaguement) quelques passages de Vision Aveugle de Peter Watts. De plus, dans l’artefact, il y a une… disons une chose, qui semble au croisement de Terminator, d’Hypérion, de la toute fin du Sens du vent de Iain Banks et d’un petit détail dans Matrix Révolutions. On va éviter d’en dire plus pour ne pas spoiler. Quoi qu’il en soit, structure extraterrestre + atmosphère oppressante / hallucinations + chose qui parcourt les couloirs = presque de la SF Horrifique par moments. Et ça, même si c’est relativement stéréotypé, c’est intéressant, surtout que l’auteur rend plutôt bien la dite atmosphère. Et c’est encore plus intéressant lorsqu’on prend en compte le fait que grâce aux Simulants, la Légion va avoir affaire à la chose non pas une… mais un grand nombre de fois. Un peu comme si dans les films de la saga Alien, Ripley et ses divers compagnons d’armes devaient ré-affronter la bête encore, et encore… et encore, dans une roue karmique infernale.

Bref, sur un pur plan ambiance + action, le contrat est rempli, c’est d’un digne successeur du tome 1 dont il s’agit. Et je dis bien : sur ces plans là. Parce que mon gros point de déception à propos de ce tome 2 est qu’il manque vraiment, en comparaison, de la profondeur des thématiques qui faisaient une bonne partie de l’intérêt de L’artefact. En clair, c’est d’un roman plus basique dont il s’agit, plus proche des codes habituels de la SF militaire. Cela n’en fait pas un mauvais livre, juste une histoire plus basique que ce que le tome 1 laissait augurer. Alors certes, il y a bien l’évocation du stress post-traumatique, d’un éventuel basculement dans une folie hallucinatoire et paranoïaque du protagoniste, et une allégorie religieuse à coup de « Faucheuse » et des « stigmates » de Mason, mais comparé à L’Artefact, les thématiques et leur profondeur laissent à désirer.

Maintenant, j’attendrai pour me prononcer définitivement sur le cycle d’avoir lu la novella et le tome 3, mais pour l’instant j’avoue être un peu moins enthousiaste que je ne l’étais à la fin de L’artefact.

Rythme

C’est le deuxième reproche que je ferai à ce roman : le rythme (et l’intérêt ressenti) est très inégal. C’est très intéressant au début et à la fin, mais par contre il y a un gros trou d’air au milieu. De plus, certaines scènes sont certes nécessaires, mais trop convenues, et 25 % du total pour vraiment commencer à entrer dans le vif du sujet, c’est tout de même beaucoup.

Là aussi, cela n’en fait pas globalement un mauvais livre, mais les comparaisons, à ce niveau, par rapport au tome 1 se font encore une fois au désavantage de ce tome 2.

Un mot sur l’édition

La couverture est esthétique, mais par contre j’ai du mal à voir à quelle scène du bouquin elle fait référence. Je pense que celui-ci présente assez d’images d’envergure pour qu’on ait été en droit d’espérer quelque chose de plus significatif et spectaculaire.

Plus préoccupant, la traduction reste hélas dans la droite ligne de ce que propose l’Atalante ces derniers temps, avec un vrai problème de relecture : si la mention d’un pistolet à « balles pleines » (au lieu de balles chemisées…) peut ne faire froncer les sourcils que de l’amateur d’armes à feu, en revanche le do-it-yourself du genre « gravshunt de la station » (ça coûte plus cher de mettre un terme du genre « compensateur gravifique » ou quoi ?) ou pire, ces capsules de largage de modèle « chemin-de-fer » (il me paraît particulièrement douteux -même si c’est évidemment possible- que dans la VO, on parle de railroad, je parierais pour railgun, personnellement, ce qui, dans ce cas, change complètement la VF) sont des soucis à la fois de traduction et de relecture plus sérieux.

Personnellement, le gravshunt me sort par les yeux, car lisant en anglais, quand je paye le double (voire le triple…) pour avoir la VF, c’est certes pour soutenir l’Atalante, maison pour laquelle j’ai un certain respect, mais aussi pour lire du français… j’allais dire correct, mais non, du français tout court. Pas pour faire la trad’ moi-même. Vous allez me répondre « tu es pinailleur, ce n’est qu’un mot… », mais pour moi c’est le signe d’une approche de la relecture qui ne me convient guère.

En conclusion

Alors que le tome 1 m’avait enthousiasmé, du fait de son mélange d’une SF militaire de haute volée avec une profondeur dans les thématiques et leur traitement qu’on associe plus volontiers à d’autres sous-genres de la SF, ce tome 2 est une demi-déception. Si l’aspect martial est toujours impeccable, en revanche niveau thématiques, c’est un peu pauvre, surtout en comparaison du roman précédent. De plus, si La légion est très intéressant au début et à la fin, le milieu est beaucoup plus mou, et les flash-backs pas franchement passionnants (même s’ils sont incontestablement utiles en matière de world- et character- building).

Bref, un tome 2 un peu décevant, sauf à la rigueur pour celui qui est uniquement intéressé par l’aspect militaire. Même si là aussi, les fluctuations de rythme et le fait que ce soit du déjà-vu (Big Dumb Object et militaires = Richard Morgan, Tanya Huff, etc) peuvent éventuellement impacter le plaisir de lecture de certains.

Cela ne m’empêchera certainement pas de lire la novella Rédemption et le tome 3 (et probablement le second cycle), même si ce sera sans doute avec moins d’enthousiasme.

Pour aller plus loin

Ce roman est le second d’une trilogie : retrouvez sur Le culte d’Apophis les critiques du tome 1, du

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce livre, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Lutin sur Albédo,

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13 réflexions sur “La légion – Jamie Sawyer

  1. Je suis en paline lecture et je partage ta déception relative. Seul l’aspect martial me satifait, alors je ne le lis qu’avec cet optique maintenant.
    Pour le reste, je ne peux que partager ton avis! 😦

    Aimé par 1 personne

    • Pour tout te dire, j’ai eu (à part sur l’aspect martial) une telle différence de ressenti entre les deux tomes que je me suis demandé si le problème venait du livre ou de moi (des fois, on est exceptionnellement mal / bien luné, et ça peut impacter l’impression retirée d’un livre, surtout lu assez vite et sur un délai court). D’autant plus quand j’ai vu que quelqu’un sur le forum du Belial’ paraissait beaucoup plus enthousiaste que je ne l’étais. Me voilà « rassuré », si j’ose dire, il y a donc bel et bien un problème de fond. J’ai même failli t’envoyer un mp sur Babelio pour voir comment tu le sentais, mais je n’ai pas voulu t’influencer négativement, même inconsciemment. Du coup, je suis curieux de lire ta critique.

      Aimé par 1 personne

      • Elle a des chances d’être dans ta veine, même si j’ai changé mes attentes en court de route. Disons, que la déception sera moins nette, et que je ferais sans doute qu’apparaître l’aspect martial.

        Il y a une différence. L’auteur n’a chercher qu’à poursuivre l’aventure initiale!

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  2. Oh dommage… J’ai beaucoup aimé le premier tome (lu au printemps dans le cadre de mon « mois d’Apophis » ^^), que j’ai trouvé très fort au niveau de l’immersion, une de mes lectures marquantes en SF sur ce plan-là.
    En tout cas merci pour la critique, je me souviendrai d’aborder ce tome 2 sans attentes démesurées. Et puis croisons les doigts, Sawyer va peut-être redresser la barre par la suite 🙂

    Aimé par 1 personne

    • « Le mois d’Apophis », il n’y à pas à dire, ça en jette ! Merci 😉

      Concernant la suite, on va vite le savoir, la novella paraît en français en Novembre.

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  5. La lecture achevée, je vois pourquoi tu fais référence à Terminator et même à Hyperion. je reste sur cette impression d’Alien (le premier Opus), et sur Jupiter et les centaures de Poul Anderson.
    Hyperion, je suis d’accord à la marge, mais le fond étant si loin de rivaliser que je n’ai pas osé!! 😉 Pour le Sens du vent, c’est impossible à dire pour moi.
    Le rythme m’a moins gênée que toi, car avec les gros morceau du début, suffler un peu a fait du bien, et prendre un peu de temps pour les perso, la mission,ect… Du coup, effectivement, il y a une période de reprise de souffle avant de repartir à fond.

    Pour le reste je suis entièrement d’accord avec toi : efficace et prenant sur le plan de sf militaire de premier degré, assez décevant sur le fond.

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  6. (pour les autres : attention spoiler) La référence à Hypérion a été faite spécifiquement sur la Faucheuse qui, du nom à la description, est à mon avis un hommage au Gritche et aux IA faucheuses du TechnoCentre. Concernant Le sens du vent, c’est dû au fait qu’à la toute fin du roman, une créature invincible et hautement destructrice très similaire dans sa nature (nanotechnologique) à la Faucheuse apparaît.

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