Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 9 – Sous-genres de l’Uchronie

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ApophisAvec cet article, nous mettons un terme (sans doute provisoire, vu que de nouveaux sous-genres émergent régulièrement) à notre exploration des genres et sous-genres de la SFFF. Mais l’aventure va continuer, d’une certaine façon, puisque très prochainement, je vous proposerai une nouvelle série d’articles de fond :  The A(pophis)-Files – Dossiers sur les thématiques et éléments emblématiques de la SFFF.

Mais revenons à nos moutons : nous allons examiner aujourd’hui les sous-genres (ou variantes) de l’Uchronie, catégorie de romans qui examine ce qu’aurait pu être l’Histoire si elle avait pris un autre cours. Je vais également vous parler de l’Histoire secrète, qui se déroule dans notre propre monde mais révèle que ce qu’on vous enseigne en classe ne correspond pas aux événements réels, ainsi que d’autres genres liés d’une façon ou d’une autre à l’Uchronie (ou confondus avec elle).

Je vous rappelle que comme chaque article de cette série, celui-ci reflète ma conception personnelle de la taxonomie de la SFFF, et ne correspondra donc pas forcément à celles que vous pouvez trouver par ailleurs sur le net ou dans des ouvrages spécialisés. Et en parlant de ces derniers, sachez que je me suis en partie basé sur ceux d’Eric B. Henriet, grand expert français du domaine, ainsi que sur l’excellent Guide de l’Uchronie co-écrit par Bertrand Campeis et mon estimée camarade blogueuse Lhisbei du RSF Blog.

Quelques rappels

Voilà encore une catégorie de romans qui ne fait pas l’unanimité : pour certains, simple sous-genre de la SF ou de la Fiction historique, pour d’autres (dont je suis), genre à part entière, au même titre que la SF, la Fantasy ou le Fantastique, l’Uchronie n’est, pour d’autres encore, qu’une « esthétique » et pas un genre ou sous-genre littéraire à proprement parler.

L’uchronie, donc, est le fait que suite à un événement appelé Point de divergence (un général qui fait un choix différent, des conditions météo autres, l’entrée en économie de guerre des années avant, des inflexions des programmes scientifiques plus précoces, des alliances basées sur des critères différents qui changent le rapport de force, un personnage historique clef qui survit / meurt alors que dans notre réalité il est mort / a survécu, etc), l’histoire se déroule différemment de celle que nous connaissons : l’Empire romain survit jusqu’à l’époque moderne, la Confédération remporte la Guerre de Sécession, les Nazis écrasent les alliés à l’aide de la bombe atomique, etc.

Il peut se présenter quatre cas :

  • L’action se passe dans l’uchronie, qui est le monde « normal » pour ceux qui y vivent, et longtemps après le Point de divergence. Seul le lecteur sait qu’il ne s’agit en fait que d’une variation de la « vraie » Terre, à savoir la nôtre, les habitants du monde uchronique n’ont pas conscience de vivre dans une variante de la « véritable » Histoire. Éventuellement, un autre facteur interne à l’univers peut établir les différences (par exemple, dans Le Maître du haut-Château, le livre de fiction du même nom décrit une situation où l’histoire s’est, pour le coup, déroulée comme la nôtre, et où la Seconde Guerre mondiale ne s’est pas soldée par une victoire germano-japonaise).
  • L’uchronie se crée « en direct » : les événements du livre servent à montrer le Point de divergence et ses conséquences immédiates. Les protagonistes n’ont pas conscience du fait qu’ils vivent dans une variation uchronique de la « vraie » Histoire, seul le lecteur l’est.
  • Le monde que connait le protagoniste du roman se transforme en uchronie, mais il en a conscience : suite à un voyage dans le temps, un accident ou une manipulation délibérée a perturbé la ligne temporelle, et lorsque le voyageur temporel rentre à son époque, tout à changé, le monde qu’il connaissait s’est transformé en une variation uchronique (et en général bien glauque). C’est le cas, par exemple, dans un des textes du cycle de La Patrouille du Temps de Poul Anderson.
  • L’uchronie et le monde « normal » co-existent en parallèle : c’est la situation qu’on trouve majoritairement dans la SF à mondes parallèles.

Un point très important à retenir est que dans les trois premiers cas, il n’y a qu’un seul univers, celui dans lequel l’intrigue se déroule. Seul le quatrième cas fait co-exister plusieurs univers. Notez aussi que techniquement, les deux derniers cas relèvent autant, sinon plus, de la SF que de l’Uchronie seule. C’est pour cela que dans les exemples qui suivent en matière d’uchronie Historique, j’ai le plus souvent évité de citer tout ce qui ne relevait pas purement de choix différents, d’un lancer de dés autre en matière météorologique, d’une épidémie plus virulente, etc. Ce qui veut dire pas de voyage dans le temps (naturel ou technologique) / les univers parallèles ou d’autres éléments SF, donc pas de 22/11/63 de Stephen King, de De peur que les ténèbres de L. Sprague de Camp (le grand ami de M. Louinet), d’Éternité de Greg Bear, de Darwinia de Robert Charles Wilson, de 1632 d’Eric Flint, de cycle Nantucket par S.M Stirling, d’Axis of Time de John Birmingham, de Kirov de John Schettler, etc (de même, les livres qui relèvent du Steampunk ne sont pas cités). Seule exception : l’uchronie personnelle, où de toute façon les phénomènes ou concepts SF sont tellement présents qu’il est impossible de ne pas en tenir compte.

Sous-genres de l’Uchronie

L’uchronie n’est pas un genre monolithique : bien que l’uchronie Historique et la dyschronie s’y taillent la part du lion, il en existe d’autres sous-genres, plus mineurs en terme de nombre de livres mais qui ont par contre souvent donné naissance à des œuvres particulièrement marquantes et / ou à fort succès commercial.

Uchronie historique

C’est celle qui correspond tout simplement à la définition de base : si tel événement historique se déroule différemment, qu’est-ce que ça change ?

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Harry Turtledove, S.M Stirling (cycle The domination), Autant en emporte le temps (Ward Moore), Pavane (Keith Roberts), Chroniques des années noires (Kim Stanley Robinson), La porte des mondes et Roma Aeterna (Robert Silverberg), Rêve de fer (Norman Spinrad), King of the wood et le cycle Hannibal (John Maddox Roberts), Voyage (Stephen Baxter), Le complot contre l’Amérique (Philip Roth), Le club des policiers Yiddish (Michael Chabon), Jo Walton (trilogie du subtil changement), Ada ou l’ardeur (Vladimir Nabokov), Tancrède (Ugo Bellagamba), Alexandre le grand et les aigles de Rome (Javier Negrete), West of Eden et le cycle The hammer and the cross (Harry Harrison), Guy Saville, Les conjurés de Florence (Paul McAuley).

Uchronie personnelle

Dans cette variante, ce n’est pas le cours de l’Histoire du monde qui change (mais voir plus loin tout de même), mais celui de la vie du protagoniste : suite à un événement quelconque (souvent une boucle temporelle), il remonte le temps sur une durée variable, et a l’opportunité de faire d’autres choix que ceux faits la première fois (et c’est d’ailleurs le thème phare de ce sous-genre : les choix -de vie- et ce qu’ils entraînent), ou bien on montre au lecteur plusieurs univers, chacun détaillant les conséquences d’un choix lourd de conséquences (dans Mes vrais enfants, par exemple). Le ton peut être extrêmement variable : il peut être doux-amer, noir (surtout lorsque chaque nouveau choix entraîne une situation encore pire que la précédente) ou (surtout avec les boucles temporelles), hautement humoristique, particulièrement si le phénomène se prolonge (à la longue, le personnage est tellement blasé qu’il se met à faire des choses délirantes, sachant qu’elles seront effacées et sans conséquences à la prochaine itération).

Notez que dans certains cas, les actions du personnage peuvent conduire à une uchronie Historique (c’est le cas dans une des itérations de la boucle temporelle de Replay, par exemple) ou se passer dans son cadre (Mes vrais enfants).

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Mes vrais enfants (Jo Walton), Replay (Ken Grimwood), Dark Matter (Blake Crouch), L’échange (Alan Brennert), Les quinze premières vies d’Harry August (Catherine Webb).

Uchronie de fiction

Personne n’a jamais dit qu’une uchronie devait forcément prendre pour cadre le monde réel : certains ne se sont donc pas privés de se poser la question de savoir ce qui se serait passé si leur roman / Comic favori avait tourné différemment, et du monde qui en aurait résulté.

Dans le second de ces deux domaines, Marvel s’est particulièrement illustré, avec une série régulière, Et si ?, au ton souvent particulièrement noir (DC a également proposé ce genre d’histoires, notamment avec Superman : Red Son, qui postule que Kal-El n’a pas atterri au Kansas… mais en Russie soviétique, avec tous les changements qu’on imagine : la différence avec Marvel est que les publications DC de ce type, labellisées Elseworlds, n’étaient pas régulières, pas une série en bonne et due forme). Et il y a vraiment des hypothèses très intéressantes dans le lot : Spiderman stoppe le cambrioleur qui tue l’oncle Ben (ou une autre variante : c’est la Tante May qui est tuée à sa place), Fatalis est un super-héros, Gwen Stacy survit, Phénix n’est pas tuée dans le cadre du combat contre la Garde Impériale Shi’ar, Daredevil est un agent du SHIELD, Tony Stark devient le successeur du Roi Arthur (une suite de son voyage temporel à cette époque en compagnie de Fatalis) et mène la Terre vers une ère de paix et de prospérité universelle, Jane Richards meurt en couches, les Quatre Fantastiques sont des cosmonautes russes (une réponse à Red Son ?), etc. Notez que certaines possibilités, examinées comme un jeu de l’esprit, sont par la suite devenues une réalité dans les séries « normales  » de Marvel, puisque par exemple, Spiderman a bel et bien fini par intégrer les FF ! Notez enfin que la série n’avait pas de scrupule à détourner ses propres codes, puisque dans Daredevil : an 2013, elle fait non pas de l’uchronie, mais de l’anticipation, imaginant plusieurs décennies plus tard une Veuve Noire devenue la dirigeante de la Russie et un Foggy Nelson devenu Vice-président des USA.

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : l’uchronie de fiction est surtout présente en comics / BD, à la télévision et au cinéma (la dernière trilogie de films Star Trek en est un bon exemple), mais dans le domaine littéraire, on peut citer Anno Dracula de Kim Newman.

Uchronie de Fantasy

Dans ce type de roman, l’univers est à la fois une uchronie ET il contient des éléments fantastiques (souvent, c’est d’ailleurs une histoire alternative parce qu’il contient de la magie, des dragons, des elfes, etc). Ce qui signifie donc que malgré leur présence, le livre se passe forcément sur Terre et pas dans un monde imaginaire (sinon, ce n’est pas une Uchronie mais de la Fantasy Historique -variante Guy Gavriel Kay-, une confusion qu’on voit passer un nombre effrayant de fois, par exemple pour Les mémoires de Lady Trent de Marie Brennan). Notez que si le roman se passe sur Terre, qu’il y a des éléments fantastiques MAIS que le cours de l’Histoire n’est pas modifié (ce qui signifie aussi que le livre se passe forcément dans le passé), ce n’est PAS de l’Uchronie de Fantasy mais de la Fantasy Historique, canal euh… historique ^^

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Naomi Novik (cycle Téméraire), Orson Scott Card (Les chroniques d’Alvin le Faiseur), Randall Garrett (Lord Darcy), Susanna Clarke (Jonathan Strange & Mr Norrell), Mercedes Lackey (cycle Elemental masters).

Dyschronie

Ce terme, forgé par Eric B. Henriet, mêle tout simplement dystopie et uchronie : en clair, il s’agit d’un monde où les changements historiques liés au point de divergence ont abouti à une situation de cauchemar de notre point de vue. L’exemple le plus évident est celui des univers où ce sont les Nazis qui ont vaincu les Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale.

Comme pour la dystopie, le but est souvent de nous alerter sur tel ou tel péril sociétal, politique, religieux, etc, à la différence près qu’on ne dit pas « voilà ce qui pourrait vous arriver dans le futur » mais plutôt « voilà ce qui aurait pu vous arriver ».

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Le maître du haut Château (Philip K. Dick), SS-GB (Len Deighton), Fatherland (Robert Harris), Les îles du soleil (Ian McLeod).

L’uchronie : à ne pas confondre avec…

… L’Histoire secrète

Il ne faut surtout pas confondre l’Uchronie avec l’Histoire secrète : cette dernière nous enseigne que nos livres d’Histoire sont des mensonges, et que si les résultats sont bien ceux décrits, les causes, les acteurs et le déroulement des grands événements historiques ne sont pas du tout ceux que nous croyons. Cependant, globalement, le cours de l’Histoire est bel et bien respecté, il ne diverge pas plus ou moins profondément comme dans une uchronie Historique.

Un bon exemple d’Histoire secrète est la Tétralogie des Origines, par Stéphane Przybylski, mais on peut aussi citer La brèche de Christophe Lambert.

… L’Histoire contrefactuelle

Si nous utilisons le terme Uchronie, les anglo-saxons emploient en revanche ceux d’Alternate History ou de Counterfactual History. Certains considèrent cette dernière appellation comme une simple dénomination alternative, tandis que d’autres y voient la marque d’une différence avec l’uchronie / l’Histoire alternative classique : surtout pratiquée par des Historiens (principalement militaires), l’Histoire Contrefactuelle consiste à examiner un événement (une bataille ou une guerre, le plus souvent) et à se demander ce qui aurait pu se passer si les choses avaient tourné différemment. Vous êtes probablement en train de vous demander où est la différence : elle est en fait double. Contrairement à une uchronie, la Counterfactual History se concentre sur les conséquences à très court terme de l’événement divergent, il est rare qu’elle se projette sur le long terme. De plus, par ce biais, elle s’intéresse en fait plus à l’événement historique réel, à ses tenants et aboutissants, qu’à ses alternatives hypothétiques et uchroniques.

Vous trouverez un excellent exemple d’Histoires contrefactuelles dans les recueils What if ? 1&2, publiés sous la direction de Robert Cowley.

… L’uchronie a posteriori

Imaginons qu’aujourd’hui, en 2017, j’écrive un roman supposé se passer en 2027. Je vais y décrire certains changements politiques, militaires, sociétaux, technologiques, écologiques et géopolitiques, donc faire des hypothèses. Imaginons maintenant que quelqu’un lise mon livre en 2028, et que mes hypothèses aient été invalidées et ne correspondent pas à la réalité : de fait, mon livre, qui était de l’anticipation, est devenu une uchronie du « vrai 2027 », alors qu’il n’a jamais été conçu comme tel.

Telle est la définition de l’uchronie a posteriori : il s’agit de romans de SF (voire de politique-fiction) qui, lorsqu’il sont lus après l’époque qu’ils décrivent, peuvent être perçus comme des uchronies de fait du monde réel. Notez que si cela concerne surtout l’anticipation, cela peut aussi toucher une SF plus classique, qui n’essaye pas forcément de décrire avec réalisme le monde futur mais qui nous parle d’autre chose : cf, par exemple, 2001 et 2010 d’Arthur C. Clarke, qui nous parlent de soviétiques au début du XXIe siècle.

***

Comme d’habitude, les commentaires sont les bienvenus. Je vous rappelle juste qu’il s’agit de ma conception personnelle de ces sous-genres de l’uchronie, et qu’elle n’a pas vocation à établir une vérité définitive et incontestable dans ce domaine. Je vous demande aussi, à moins que j’ai effectué un oubli MAJEUR (et j’insiste là-dessus) dans les exemples d’auteurs ou de romans, de ne pas me dire « il faudrait ajouter ça, ça et ça au sous-genre X ». Les exemples donnés se veulent strictement limités soit aux œuvres / auteurs les plus emblématiques, soit à ceux pour lesquels une critique est disponible sur ce blog. L’absence d’auteurs français est intentionnelle, un article spécial consacré à la SF francophone étant prévu (dans un futur indéterminé).

 

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29 réflexions sur “Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 9 – Sous-genres de l’Uchronie

  1. Merci pour l’enchainement d’article de fond super intéressant .Je suis content de savoir que tu vas commencer une série d’article qui pourra être bien sympa. Sinon pour toi dans quelle catégorie mettrais tu le livre de cendres de Mary Gentle ? J’ai jamais su où le classer celui-là.

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    • Ce « cycle » (c’est en fait un livre unique en VO coupé en plusieurs parties) est quasiment inclassable, mais disons que c’est un mélange de Science-Fantasy (avec un versant Fantasy majoritaire) et d’Histoire secrète.

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  2. Très instructif encore une fois 🙂 Je constate qu’un certain nombre de romans que tu cites figurent dans ma liste de livres à acheter (j’aime bien les uchronies, de toutes les sortes^^)

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  3. Je découvre avec stupeur que j’ai lu plus de livres qui relèvent de l’uchronie que je ne le l’imaginais. Encore une fois la taxonomie offre une grille de lecture, mais on sent, comme pour les autres sous genres, que les frontières sont mouvantes et qu’il est parfois délicat d’attribuer un genre à tel ou tel texte. Notamment si on pense à tous les textes traitant des boucles temporelles.
    Un sous genre que tu évoques, comme ne relevant pas de l’uchronie, m’interpelle : c’est l’Histoire secrète. Je me dis qu’on pourrait y faire entrer tout et n’importe quoi. Les Laundry Files de Stross, par exemple, pourrait y être rangés. Pourquoi pas ? Et aussi beaucoup de choses en fantastique. Pourquoi ne pas faire du mythe de Cthulhu dans son ensemble une Histoire secrète ?
    Pour en revenir à l’Uchronie, le sous genre qui me semble assez bien délimité est l’Uchronie historique. L’uchronie personnelle, à l’inverse, se prète à pas mal d’interprétations. A quel point une lecture psychologique de l’uchronie personnelle ne rejoint pas le complexe psychologique ? Prenons Fight Club de Chuck Palahniuk. Le thème des troubles de la personnalité y est très clair, ok, mais bon, lu sous un autre angle, on pourrait presque en faire un roman d’uchronie personnelle, limite, non ?

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    • J’ai des soucis, comme je l’ai expliqué, avec tout ce qui mêle des éléments SF et des mondes uchroniques, ce qui comprend les boucles temporelles.

      Oui, on pourrait faire entrer le Bureau des atrocités et ses suites, ainsi que les textes de Lovecraft, dans l’Histoire secrète, notamment du fait que le gouvernement US mène au moins un raid contre une cité des Profonds sans avertir le grand public de leur existence. Mais attention, toute Histoire secrète ne comprend pas des éléments fantastiques : il suffit qu’un gouvernement ou une puissante organisation transnationale (l’Eglise par exemple) cache un secret sous le tapis et ne mentionne pas ses tenants et ses aboutissants dans les bouquins d’Histoire et cela suffit à qualifier le bouquin dans ce genre.

      Pour Fight Club, cela me semble aller un poil loin, même si l’idée est intéressante. Pour moi, l’uchronie personnelle part du postulat que ce qui arrive au personnage est réel, parce que sinon, s’il a un trouble psychologique, ça relève d’autre chose et ce n’est plus de la littérature de genre (sauf s’il y des éléments fantastiques, auquel cas ça relève du genre Fantastique dans sa définition classique, c’est-à-dire où l’auteur maintient un doute entre la réalité des événements ou le fait qu’ils soient seulement dus à la folie du protagoniste).

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      • Concernant la série de la Laverie de Stross, l’évolution de l’univers qu’il propose tend au contraire à ne pas en faire de l’histoire secrète. Par contre, ça prend d’une certaine façon l’allure d’une uchronie, dans laquelle le Royaume-Uni n’a pas le temps d’arriver jusqu’au Brexit. :p

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        • Je n’ai lu que les deux premiers tomes, mais Renaud me corrigera si je me trompe, il faut attendre le tome sept pour que l’existence du surnaturel soit révélée au grand public, il me semble. Par contre, les six tomes précédents sont bel et bien un exemple assez emblématique d’Histoire secrète : c’est visible comme le nez au milieu de la figure dans la façon dont les grands scientifiques de l’Histoire étaient en fait des techno-magiciens, dans le fait que la Laverie soit une organisation clandestine camouflant les apparitions du surnaturel derrière des explications banales, et surtout dans le tome 2, avec l’explication des vraies raisons derrière le très réel projet Azorian. Donc dire que The laundry files n’est pas, globalement, un cycle d’Histoire secrète est un contresens.

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          • Je confirme, il n’y a qu’au tome 7 de la série (The Nighmare Stacks) que Stross laisse le surnaturel déborder. L’histoire secrète reste largement secrète dans tous les précédents. The Nighmare Stacks montre d’ailleurs un changement de direction dans la série. On a l’impression qu’il se rapproche de la série des Princes Marchands, avec l’existence d’une Terre parallèle ayant vécu une évolution différente (peuplée d’elfes psychopathes) qui entre en contact avec la nôtre. On verra s’il confirme dans le prochain qui doit sortir cet été.

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            • Jusqu’au cinquième ok. Mais dès le sixième le qualificatif d’histoire secrète est perdu. Le surnaturel type lovecraftien est certes encore caché pendant un épisode, mais c’est déjà peine perdue puisqu’on essaie de le masquer à l’aide d’un autre fantastique : les super-héros. 🙂
              La scène de Trafalgar Square fait d’ailleurs probablement office de point de bascule. Avant on peut encore prétendre que tout ça ne se voit pas de la surface. Après on sent bien que c’est foutu.

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  4. Pingback: Les Terres de Cristal – Gabriel Katz – Albédo

  5. Un excellent article, mais ce n’est pas une surprise. C’est sans doute un des rares ou je n’ai pas grand chose à dire. Je ne considère pas l’uchronie comme un sous-genre, tout comme toi. Peut-être pas un genre à part (je n’ai pas franchement consacré beaucoup de temps à cette distinction) mais un genre transversal.
    Du coup je suis tout à fait d’accord avec toi. Seuls deux éléments ne me sont pas familiers : la dyschronie, mais c’est finalement très logique et l’histoire contrefactuelle que tu m’apprends.
    Merci encore pour cet excellent travail!

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  6. Merci encore pour cet article. Je suis aussi un grand fan des Uchronies. J’aime surtout les livres qui utilisent l’uchronie comme « décor » mais pas comme pièce unique maîtresse.
    Quel est ton avis sur « La séparation » de C .Priest? (Attention spoiler) Car nous vivons une uchronie tout au long de l’histoire pour retomber dans notre l’histoire a la fin.

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    • Je vais en étonner ou en décevoir plus d’un, mais j’ai détesté La séparation (il m’a d’ailleurs dégoûté de l’auteur, alors que j’ai vu le film Le prestige et que j’ai adoré).

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      • Comme je n’ai rien à redire sur l’article en lui-même (connaissant bien le sujet et ayant lu Henriet, je n’y ai pas appris grand-chose, à l’inverse des autres articles de cette série), je ne rebondis que sur ceci : en quelques mots, qu’est-ce qui t’a fait détester « La Séparation » ? Car il est sur la liste des romans qui m’intéressent, donc s’il s’agit finalement d’une lecture évitable, autant le savoir avant de me le procurer…

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        • En quelques mots : ce sont tous les défauts de Dick (le flou entre Réalité et autre chose : délire, hallucination provoquée par des drogues, mondes parallèles, etc), mais sans les immenses qualités du bonhomme (et je précise que c’est un écrivain que j’ai pas mal lu dans ma jeunesse et beaucoup apprécié). Je m’attendais à une uchronie ou une histoire de mondes parallèles, j’en suis ressorti frustré sans avoir la moindre idée de la signification réelle de ce que j’avais lu. Et en plus, j’ai trouvé ça très plat et n’ai ressenti aucune empathie pour les personnages.

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          • Merci pour cette réponse, avec cet avis qui contrebalance les critiques positives que j’avais pu lire ça et là… Je te dirai ce que j’en ai pensé si je le lis un jour !
            (De toute façon, n’ayant jamais rien lu de Priest, il va bien falloir que je tente cet auteur à un moment ou à un autre)

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      • Je comprends très bien. Je dois dire que je ce n’est pas mon roman préféré de cet auteur. Mais la fin m’avait marqué. J’aime quand les personnages sont fatigués et découragés a la fin des romans…
        Le Prestige et la machine a explorer l’espace sont mes romans préférés de Priest.

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  7. Je vois mal comment on pourrait qualifier l’uchronie d' »esthétique », étant donné qu’elle s’intéresse à un plan historique et non technologique comme les genres rétrofuturistes comme le steampunk. En revanche, « Les conjurés de Florence », je crois que certains trouvent que l’œuvre se rapproche du clockpunk. Et si 2001 de Clarke parle de soviétiques, j’ai été surpris de voir dans le film de Stanley Kubrick un cosmonaute Smithnov ^^

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    • Si il y a une composante uchronique plus ou moins marquée MAIS que finalement, elle ne change strictement rien à l’intrigue, qui aurait parfaitement pu se passer dans un monde « normal », on peut parler d’effet esthétique. Par contre, enlève sa composante uchronique à SS-GB, par exemple, et l’intrigue s’effondre : si l’Angleterre n’est pas aux mains des Nazis suite à un Point de divergence, tu ne peux pas parler de Collaboration et de Résistance en son sein.

      Qui dit Clockpunk dit dérivé du Steampunk, donc uchronie, ce n’est en rien incompatible, bien au contraire.

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  8. Merci pour ce récap, qui encore une fois est pertinent et utile.

    Je me rend compte que je n’en ai pas lu énormément et au regard de mes affinités j’ai une préférence pour l’uchronie historique.

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    • Merci. Oui, c’est également vers l’uchronie Historique que va ma préférence (notamment Chroniques des années noires, La porte des mondes et Roma Aeterna).

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  9. Amusant comme je pensais ne pas être trop fan de l’Uchronie et en lisant ton article je me rends compte que j’en ai lu quelques unes. Et ma préférence va à Voyage de Stephen Baxter qui est le must.
    Merci pour tous ces articles plus qu’intéressants…

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  10. Même si j’ai lu le « Guide de l’uchronie » (qui a grandement fait augmenter ma wish-list, merci bien !), ton article reste très intéressant. Mais tout de même :
    – oooooh, c’est fini ? 😦 Heureusement que tu vas bientôt nous pondre d’autres articles de fond, sinon la frustration aurait été trop grande (et j’aurais boudé très fort).
    – « Les quinze premières vies d’Harry August » est de Claire North (et dans ma PàL, d’ailleurs). … Bon, ok, après avoir cherché ce qu’a écrit C. Webb, il s’avère que Claire North est son pseudonyme. On va faire comme si je n’avais rien dit. *sifflote et repart sur la pointe des pieds* (Je trouvais ton erreur étrange, faut dire, tout comme le fait que personne ne l’ait remarquée ^^)

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    • Merci. La nouvelle série d’articles de fond est, à vrai dire, beaucoup plus motivante pour moi, parce que cette fois le thème n’est pas imposé mais peut être choisi parmi une palette très importante.

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