Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 7 – Sous-genres majeurs de la SF

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ApophisComme la Fantasy, la Science-Fiction (SF) est divisée en nombreux sous-genres, et ici aussi, il y a des différences de conception entre les divers spécialistes qui ont essayé d’établir une taxonomie, ainsi qu’entre Français et Anglo-Saxons (qui mettent par exemple l’Uchronie, l’Anticipation et le Steampunk dans le même sac que la SF, ce que je ne fais personnellement pas). J’ai choisi le système qui me paraissait le plus simple et direct, c’est-à-dire celui qui consiste à subdiviser le genre en sous-catégories basées sur les thématiques abordées / le but recherché (divertissement, réflexion, ou les deux à la fois), l’emphase mise (ou non) sur les sciences « dures » ou les sciences sociales, l’ampleur spatiale et temporelle couverte (du futur proche au plus lointain, de la seule Terre à la galaxie entière, voire l’univers -ou même plusieurs !-) et la complexité de l’écriture / de la psychologie des personnages / le réalisme de l’univers / la noirceur du ton.

Je vous rappelle que comme chaque article de cette série, celui-ci reflète ma conception personnelle de la taxonomie de la SFFF, et ne correspondra donc pas forcément à celles que vous pouvez trouver par ailleurs sur le net ou dans des ouvrages spécialisés. Comme celle des sous-genres majeurs de la Fantasy, elle a été établie en tenant compte à la fois de l’importance du sous-genre en question dans l’histoire de la SF, du nombre de livres, de cycles ou d’auteur(e)s marquant(e)s généré(e)s, ainsi (il faut bien de le dire) que du succès commercial associé à ce style de romans. Et comme pour cet article, je vous conseille de lire les rubriques dans l’ordre, tant un sous-genre donné peut avoir été conçu en réaction à un autre, d’émergence antérieure.

SF d’Anticipation

On a tendance à placer toute l’Anticipation au sein de la SF, alors qu’en fait certains des romans relevant de la première, s’ils se passent, par définition, dans le futur, ne donnent aucun rôle à la science. Un exemple : Soumission de Michel Houellebecq relève de l’Anticipation, mais de la politique-fiction et pas de la SF. Je vais donc vous parler de la SF d’anticipation plutôt que de l’Anticipation proprement dite, genre à part entière et pas (seulement) sous-genre de la SF. Remarquez d’ailleurs que si toute l’Anticipation n’est pas de la SF, inversement toute la Science-fiction n’est pas de l’anticipation, puisqu’elle peut se dérouler dans le présent (et pas dans le futur), voire le passé, et / ou abandonner toute prétention à décrire de façon plausible ce qui pourrait arriver pour au contraire s’axer sur l’épique ou le merveilleux.

De même, grande est la tentation de mettre dans le même sac SF d’anticipation et dystopique (voire post-apocalyptique), mais tous les livres relevant de la première ne sont pas dystopiques (certains présentent même des utopies) ou ne décrivent pas des écosystèmes ou des sociétés ravagées. Personnellement, je considère que SF dystopique et post-apocalyptique sont des sous-genres ou des variantes de la SF d’anticipation, même si cette position peut être contestée, au moins sur des exemples spécifiques (si on ne connaît pas la cause de l’apocalypse et qu’on nous décrit un monde où la technologie n’est plus présente ou en décrépitude, peut-on vraiment parler de SF ou juste d’anticipation ?).

L’Anticipation en général consiste à extrapoler certaines tendances (sociales, politiques, économiques, technologiques, etc) présentes au moment où le roman est écrit à un futur plus ou moins lointain. La SF d’Anticipation se concentre spécifiquement sur tout ce qui est lié à la science et à la technique ou en tout cas qui met en jeu un contexte dans lequel la science joue un rôle de premier plan (comme la vie sur un satellite ou une autre planète du système solaire, par exemple).

En résumé, la SF d’Anticipation c’est : 

  • Une SF qui tente d’extrapoler les tendances actuelles dans un futur plus ou moins lointain, soit celles de la science, soit d’autres domaines mais dans un cadre fortement influencé par la science.
  • But : réflexion.
  • Types de sciences : tout, mais avec une présence systématique de sciences dures.
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : en général réduite (Terre ou système solaire, futur proche en général -quelques décennies au pire-), même si des exceptions existent.
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : moyenne à importante / moyenne à importante.
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : au moment de l’écriture de son roman, l’auteur tente en général d’obtenir quelque chose d’aussi (glacialement, parfois) réaliste que possible, même s’il peut parfois forcer le trait intentionnellement. Dans le cas d’une anticipation purement scientifique, sans message idéologique à faire passer ou réflexion à proposer, il peut parfois être très rapidement dépassé (en quelques années) par les évolutions de la science réelle. Le ton peut varier du tout au tout, de l’exaltation d’une science triomphante à la noirceur de la plus glaçante des dystopies.

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Jules Verne (De la Terre à la Lune, Vingt Mille lieues sous les mers), Hugo Gernsback, Vernor Vinge (Rainbows End), Zendegi de Greg Egan, Terre de David Brin, La maison des Derviches de Ian McDonald, Days de James Lovegrove, Demain les chiens de Clifford D. Simak, Jack Barron et l’éternité de Norman Spinrad, La parabole du semeur (Octavia Butler).

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Space Opera

Au commencement de l’histoire moderne de la SF, à l’ère des Pulps, était le Space Opera. Celui-ci a été créé / formalisé par deux auteurs, E.E « Doc » Smith et Edmond Hamilton (le créateur de Capitaine Flam). A l’origine, le terme est péjoratif, et employé par les détracteurs de cette littérature par analogie avec le fameux Soap Opera. Héritier direct des romans d’aventure, du Western, des récits d’exploration de continents exotiques et inconnus et de la littérature navale, le Space Opera en reprend l’ADN, sinon certains des codes : aventure est le maître mot, les étendues inexplorées de la galaxie remplacent celles de l’Afrique ou de l’Amérique du sud, le blaster remplace le six-coups et le vaisseau spatial le navire.

Ce qu’il faut bien retenir dans le Space Opera de l’âge d’or de la SF (avant les années 60) est qu’il s’agit d’une littérature hautement épique et héroïque : les protagonistes sont des surhommes et des parangons du Bien, de la Vertu et de la Morale, l’échelle (notamment de taille et de nombre de vaisseaux, de puissance des armes et d’étendue spatiale couverte) démesurée, l’antagoniste est complètement mauvais et inimaginablement puissant, et c’est le sort du monde, voire de la galaxie ou de l’univers, qui est en jeu, rien de moins. On remarquera d’ailleurs les convergences avec l’univers des super-héros (sa démesure, son manichéisme), ce qui n’est guère étonnant connaissant le parcours professionnel de pionniers du genre comme Edmond Hamilton. La forte présence de pouvoirs psi dans ce genre de SF est d’ailleurs un facteur de rapprochement supplémentaire.

La guerre, les combats et l’action y sont très présents, mais il ne faudrait pas pour autant confondre le Space Op’ avec la SF militaire : on est adepte des armes, certes, on se bat (souvent), mais on est et on reste un aventurier (un civil, un paramilitaire au pire), libre de ses mouvements, et pas un soldat d’une armée officielle soumis à des supérieurs. De plus, certains livres de SF militaire se passent sur Terre / une seule planète, et n’impliquent pas les combats spatiaux ou les contextes multi-planétaires qui caractérisent le Space Opera. Enfin, certains livres de SF militaire (tendance Joe Haldeman / antimilitariste) proposent une réflexion morale sur la guerre qui va bien au-delà du simple aspect aventure galactique et de l’aspect épique des titanesques batailles décrites.

Histoire de donner des points de comparaison à ceux qui lisent peu de SF mais connaissent par contre un minimum la Fantasy, le Space Opera « old school » (par opposition au New Space Opera, postérieur) ressemble à une SF qui aurait la démesure de la Fantasy épique, l’absence d’ambiguïté morale et la nette polarisation méchants / gentils de la High Fantasy et une psychologie des personnages brossée à grands traits archétypaux et immuables dans la veine de l’Heroic Fantasy.

Un point capital à retenir est la notion de Sense of wonder, ce sentiment d’émerveillement (parfois d’effroi, de sidération) et / ou d’épiphanie créé par les vastes échelles spatiales et temporelles, les merveilles de l’univers, les miracles technologiques ou le côté épique des grandes conflagrations militaires étroitement associé au Space Opera, sous genre de la SF mettant le plus en avant l’exploration spatiale et les contextes multi-planétaires.

En résumé, le Space Opera c’est :

  • Une SF à grand spectacle, mettant en scène de vaillants héros et aventuriers de l’espace devant sauver, les armes à la main, le monde, la galaxie ou l’univers de races extraterrestres ou de méchants très très méchants.
  • But : divertissement avant tout (ce qui n’exclut pas toujours la réflexion, parfois plus pointue -notamment chez Asimov ou Stapledon- que ce que les courants littéraires postérieurs ont essayé de nous faire croire).
  • Types de sciences : très variable : cela va de l’absolument pas réaliste / la pseudo-science à la quasi-Hard SF (voir plus loin), parfois dans deux oeuvres différentes du même auteur ! (cf La curée des astres vs La patrouille galactique de « Doc » Smith).
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : l’ampleur spatiale couverte est très grande (au minimum plusieurs systèmes solaires, en général beaucoup plus -de la galaxie à l’univers tout entier-), et le contexte est en général situé dans un futur lointain. L’ampleur temporelle couverte peut être très importante (deux milliards d’années dans le cycle du Fulgur, par exemple).
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : l’écriture est en général simple et directe, même s’il y a des exceptions.
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : l’univers peut aller de la quasi-Fantasy de l’espace à une SF qui tente d’être en accord avec les connaissances scientifiques (astronomiques notamment) disponibles à son époque. Le ton est soit ultra-optimiste et manichéen (c’est hé-ro-ï-que, on vous dit), soit mélodramatique.

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : E.E. « Doc » Smith (Le cycle du Fulgur, particulièrement Triplanétaire), Edmond Hamilton (cycle de Capitaine Futur), A.E. Van Vogt, Olaf Stapledon, Leigh Brackett, Catherine Moore, Jack Williamson, Isaac Asimov, Grand Central Arena (Ryk E. Spoor ; une tentative récente de faire revivre l’esprit du Space Opera de l’âge d’or de la SF).

Planet Opera

Le Planet Opera est une variante du Space Opera qui se concentre sur une seule planète et son exploration complète par le lecteur. En général, elle possède au moins une caractéristique très inhabituelle qui en fait tout l’intérêt et lui donne une importance cruciale dans l’univers du roman (je pense bien entendu à Arrakis à son épice en écrivant ces lignes). Planète est d’ailleurs un terme un peu abusif, puisque l’objet en question peut tout aussi bien être une structure artificielle de taille planétaire (voire même plus grand), comme l’Anneau-monde de Larry Niven, par exemple (certains classifient ce genre de livre à part, dans une catégorie appelée SF à BDO -Big Dumb Objects-). Notez que les anglo-saxons, qui appellent plutôt ce genre Planetary Romance, en font un fourre-tout bien plus large, qui comprend des livres que nous classifierions plutôt en Science-Fantasy, voire en Fantasy tout court.

Le Planet Opera est moins inspiré par les romans d’aventure, de littérature navale ou militaire que par ceux centrés sur l’exploration de continents encore largement inexplorés et toujours hautement mystérieux.

En résumé, le Planet Opera c’est :

  • Une variante du Space Opera non centrée sur l’espace profond ou un contexte multi-planétaire mais plutôt sur un seul monde.
  • But : aventure / divertissement et / ou réflexion.
  • Types de sciences : très variable, peut aller de la quasi-Fantasy à la Hard-SF.
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : une seule planète en général, et une étendue temporelle dans la plupart des cas très élevée (on suit souvent la destinée de la ou des civilisations de la planète sur des siècles, voire des millénaires).
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : la complexité de l’écriture est variable, mais elle est le plus souvent solide. Même chose pour la psychologie des personnages.
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : très variable, allant de la quasi-Fantasy au ton héroïque et centrée sur l’aventure à quelque chose de beaucoup plus sombre et réaliste, mettant en jeu des notions complexes comme l’écologie, l’anthropologie, la sociologie, le colonialisme, etc.

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : il y en a tellement qu’il est impossible de citer tous les cycles emblématiques. Je me bornerai donc à évoquer une sélection personnelle composée du cycle de Dune de Frank Herbert, de la Trilogie Martienne de Kim Stanley Robinson, du cycle d’Helliconia de Brian Aldiss, (certainement un des plus beaux exemples du sous-genre, avec les deux précédents), du cycle d’Hypérion de Dan Simmons, du Monde du Fleuve de Philip José Farmer, de l’Anneau-monde de Larry Niven, de Deathworld de Harry Harrison, BIOS de Robert Charles Wilson, Saison de gloire de David Brin, du cycle de Tschai ou de La planète géante de Jack Vance, de celui de Ténébreuse de Marion Zimmer Bradley, de La main gauche de la nuit / Le dit d’Aka / Le nom du monde est forêt d’Ursula Le Guin, du cycle de Tiamat de Joan D. Vinge ou encore Les profondeurs de la terre de Robert Silverberg.

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Nouvelle Vague de la SF

Dans les années soixante, une nouvelle génération d’écrivains émerge, qui rejette en bloc tout ce qui caractérise (à leurs yeux) le Space Opera de l’âge d’or : la pauvreté de l’écriture, l’ambition de divertir ou émerveiller sans rien faire d’autre, le culte des armes et la glorification de la guerre, les personnages mono-dimensionnels, l’emphase mise sur les sciences dures, etc.

Issu de la contre-culture, ce courant littéraire (surnommé « Nouvelle vague », par analogie avec celle du cinéma français) avait pour ambition de proposer une Science-fiction plus littéraire (en appliquant à la SF les techniques d’écriture de la littérature générale, contribuant ainsi à affaiblir les barrières entre les deux mondes), plus raffinée et audacieuse (voire expérimentale) dans son écriture, mettant plus l’emphase sur les sciences humaines que sur les classiques (dans une continuité de la Soft-SF apparue une décennie avant), sur des thématiques plus « adultes » (les pulps et leur Space Opera étant considérés comme une littérature pour ados ; remarquez que ces thématiques s’étendent très souvent aux drogues et au sexe, ce dernier étant jusque là quasi-complètement absent de la SF), et surtout, dans l’Ailleurs et Demain, de faire une allégorie critique de nos sociétés d’aujourd’hui, plutôt que de glorifier béatement un futur forcément merveilleux grâce aux prodiges d’une science triomphante. Il s’agit enfin d’un courant littéraire fortement antimilitariste, ne parlant de la guerre et de l’armée que pour mieux la dénoncer (notamment celle du Vietnam, particulièrement chez Joe Haldeman).

Ce sont ainsi tous les codes du Space Opera qui sont cassés, et ce de façon délibérée. La Nouvelle vague ne se perçoit pas comme une évolution du Space Opera (s’il faut définir une filiation, elle se fera avec la Soft-SF), mais comme une antithèse créée en réaction à son hégémonie. Pourtant, il ne s’agit pas d’un mouvement concerté, coordonné (ou à la rigueur plus en Angleterre qu’aux USA), mais plutôt d’une prise de conscience collective, commençant vers 1960, d’une volonté d’élargir les thèmes de la SF à autre chose que l’espace, les robots et les vaisseaux (et la guerre…), de proposer une écriture plus raffinée, d’impulser une conscience politique plus grande. Notez cependant que certains historiens de la SF pensent que, comme l’émergence d’autres nouveaux courants postérieurs, celle de la Nouvelle Vague était en fait due à des changements de paradigme technologique (je parle du monde réel, bien entendu) et à des fluctuations du marché littéraire. Tout comme le point de départ exact du mouvement, son père (mère) fondateur (fondatrice) ne fait pas non plus consensus : certains parlent d’Alfred Bester, d’autres de Michael Moorcock (l’intéressé rejetant la responsabilité de l’affaire sur Leigh Brackett !), d’autres encore de J.G Ballard ou Brian Aldiss.

Mais le changement ne s’est pas fait qu’en matière de codes : une plus grande variété d’écrivains a émergé, qu’il s’agisse de femmes (la plus emblématique étant incontestablement Ursula Le Guin), d’afro-américains (Samuel Delany) ou (surtout) de jeunes. En effet, il est intéressant de constater que la moyenne d’âge de ces nouveaux auteurs était significativement moins élevée que celle de leurs prédécesseurs.

On considère que la Nouvelle Vague s’est éteinte au début des années 80 (avec l’émergence du Cyberpunk et du New Space Opera), même si son héritage demeure, à savoir une SF aux thématiques plus large, aux personnages plus solides, à l’écriture plus raffinée.

En résumé, la Nouvelle Vague de la SF c’est : 

  • La Nouvelle Vague de la SF est un courant qui émerge en réaction à la simplicité (perçue) du Space Opera, dont elle casse tous les codes. Plus solide et audacieuse sur le plan littéraire, plus ancrée dans une allégorie du présent que dans le Sense of Wonder et l’espace profond, moins militarisée, elle met plus en avant les sciences humaines que les sciences dures (physique, etc).
  • But : réflexion.
  • Types de sciences : humaines / sociales.
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : variable, mais l’emphase est moins mise sur les grands empires galactiques et l’exploration spatiale.
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : élevée / évoluée.
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : important / variable.

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : J.G Ballard, Brian Aldiss, Michael Moorcock, Alfred Bester, Ursula Le Guin, Philip K. Dick, Norman Spinrad, Roger Zelazny, John Brunner, Samuel Delany, Theodore Sturgeon, Robert Silverberg (notamment pour L’oreille interne), Philip José Farmer, Kurt Vonnegut, Thomas Disch.

New Space Opera (NSO)

A compter de 1975, certains écrivains commencent à écrire un nouveau type de Space Opera, qui en garde la démesure spatiale et temporelle, le Sense of wonder, mais conserve aussi le meilleur de la Nouvelle Vague de la SF, à savoir des personnages à la psychologie plus développée, une écriture moins basique et un certain degré de réflexion en plus du divertissement. Influencé par le Cyberpunk, qui se développe également en parallèle, il est moins héroïque ou optimiste dans la marche en avant triomphale de la science et de l’humanité vers les étoiles. Et puisqu’on parle de science, ce NSO est beaucoup plus pointu que son ancêtre, et plus orienté sciences dures que la Nouvelle Vague. Au contraire de cette dernière, il redéfinit certains codes du vieux Space Opera, mais ne les rejette pas forcément en bloc en tentant d’en proposer forcément une antithèse.

Les britanniques sont à la pointe de son mouvement, le pays lui ayant donné la plupart de ses plus prestigieux représentants (voir plus loin).

En résumé, le New Space Opera (NSO) c’est : 

  • Le Space Opera classique, mais en plus sombre, plus réaliste (surtout sur le plan scientifique), mieux écrit et avec des personnages plus solides, tout en conservant la démesure spatiale et temporelle de son glorieux aîné.
  • But : Aventure / divertissement ET réflexion.
  • Types de sciences : forte emphase sur les sciences dures.
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : très importante, surtout sur le plan spatial (bien que assez souvent moins que dans le Space Opera classique).
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : écriture solide (plus que dans le Space Opera classique), psychologie des personnages complexe et développée (idem).
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : important / variable mais plutôt importante en général (plus que dans le Space Opera classique).

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Iain Banks, Peter Hamilton, Alastair Reynolds, James S.A Corey, Dan Simmons, Vernor Vinge, Stephen Baxter, Lois McMaster Bujold, Fred Saberhagen, Robert Reed, Greg Bear, Gregory Benford, Ken McLeod, Paul McAuley, Charles Stross, Neal Asher.

NSO

SF Transhumaniste

La SF Transhumaniste s’intéresse à la transformation de l’humanité sous l’impulsion de la science, qu’elle soit génétique, cybernétique, nanotechnologique ou autre (téléchargement de consciences humaines dans une réalité simulée, transfert de la conscience dans un corps formé d’énergie / de champs de force / dans une bulle d’espace-temps, etc), voire même de la simple évolution naturelle (chez Greg Bear ou Stephen Baxter), pour atteindre un nouveau stade appelé Post-humanité. Par extension, elle peut aussi concerner l’évolution de la conscience ou de la forme animale et / ou celle d’intelligences artificielles informatiques.

Elle est souvent une étiquette apposée par-dessus un sous-genre plus fondamental, que ce soit le NSO ou la Hard-SF.

En résumé, la SF Transhumaniste c’est :

  • La SF Transhumaniste s’intéresse à la façon dont la science ou l’évolution modifiera le corps ou l’esprit humain pour faire atteindre à l’humanité (ou certaines espèces animales, les ordinateurs, etc) un nouveau stade appelé Post-humanité.
  • But : essentiellement réflexion.
  • Types de sciences : dures pour l’essentiel.
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : très variable, mais en général importante dans les deux cas (sauf si l’action se passe essentiellement en réalité simulée), voire très importante chez certains auteurs traitant d’évolution naturelle (plusieurs dizaines de millions d’années dans Evolution de Stephen Baxter, par exemple).
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : importante / variable (chez Greg Egan par exemple, la caractérisation est plutôt faible, les personnages ne sont pas au centre du récit).
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : important / variable, mais pouvant être très sombre (révolte des IA, etc).

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Greg Egan (particulièrement Diaspora, La cité des Permutants), Vernor Vinge (Un feu sur l’abîme), Iain Banks (cycle de la Culture), Peter F. Hamilton (L’aube de la Nuit, cycle du Vide), Bruce Sterling (Schismatrice), David Brin, Peter Watts (Vision aveugle), Greg Bear (L’échelle de Darwin, Les enfants de Darwin), Charles Stross (Accelerando), Neal Asher (Voyageurs), Alastair Reynolds, Dan Simmons, Frederik Pohl (Homme-plus). Ann McCaffrey (Le vaisseau qui chantait), Stephen Baxter (Evolution), James Blish (Semailles humaines), John C. Wright (L’oecumène d’or), Brian Aldiss (Le monde vert), John Varley (Persistance de la vision).

Hard-SF

Il y a une terrible confusion à propos de la Hard-SF : les gens qui ne lisent que du Young adult, voire pas de SF du tout, confondent souvent Hard-SF et SF adulte tout court. Or, bien évidemment, ce n’est pas le cas : toute la SF ne met pas autant l’emphase sur la science et la technique que ce sous-genre bien particulier. Autre confusion : ce serait illisible pour quelqu’un qui ne serait pas issu d’une filière universitaire scientifique. Or là aussi, c’est faux, ou du moins, ce n’est pas toujours vrai : tous les auteurs de Hard-SF ne se ressemblent pas, et si Greg Egan (du moins, là encore, certains de ses romans / nouvelles, mais pas tous / toutes) est souvent très exigeant (qu’on me permette de citer la trilogie Orthogonal ou pire, le formidablement pointu Schild’s Ladder), quelqu’un comme Stephen Baxter ou Alastair Reynolds sera beaucoup plus lisible. Peter Watts emploie des concepts pointus, mais par contre il les explique parfaitement, ce qui ne sera pas le cas d’autres écrivains, qui feront comme s’ils étaient connus du lecteur. Enfin, un Alastair Reynolds proposera un univers qui se conforme globalement aux lois de la physique, mais n’entrera pas dans des détails techniques : il se conforme à une des définitions de la Hard-SF, mais n’est pas pour autant illisible.

Avant de voir précisément ce qui définit ce sous-genre, je vais vous en donner une définition par l’exemple (même si j’ai expliqué dans un autre article qu’il fallait éviter, dans ce cas précis c’est plutôt parlant) : dans Hypérion (non Hard-SF), on va vous dire que les vaisseaux-torche ont des propulseurs laissant une longue traînée de plasma derrière eux (d’où le nom). Et… c’est tout. Dans un roman de Hard-SF, on va vous expliquer que le vaisseau est doté d’une propulsion magnéto-plasmique à impulsion spécifique variable VASIMR, utilisant de l’argon comme propergol et une centrale à fusion nucléaire inertielle type Tokamak comme source d’énergie.

Ce qui caractérise avant tout la Hard-SF est le respect des lois scientifiques telles qu’elles sont connues au moment de la rédaction du roman concerné (une intéressante conséquence étant que le dit livre peut continuer à être considéré comme de la Hard-SF même si des découvertes ultérieures ont invalidé le phénomène décrit : tout est affaire de cohérence interne). En gros, que ce soit sur le plan scientifique ou technique, en première intention rien ne doit être impossible, ne serait-ce que théoriquement, dans le cadre des lois de la physique, chimie, génétique, etc. Ça, ce sont les Tables de la Loi. En pratique, certains peuvent opérer de menus (et j’insiste lourdement sur ce point) arrangements pour permettre à l’histoire de se dérouler : ce sera par exemple le cas avec une propulsion supraluminique permettant d’établir une nation interstellaire. Pour un vrai écrivain (ou lecteur) puriste de Hard-SF, en revanche, toute propulsion hyperluminique sortira immédiatement le livre concerné du sous-genre. Alastair Reynolds, par exemple, ne propose, dans ses cycles-phare, que des vaisseaux respectant la théorie de la Relativité et ne dépassant pas la vitesse de la lumière.

La Hard-SF est aussi caractérisée par son intérêt pour d’amples détails scientifiques et techniques : la plupart des auteurs exerçant dans ce sous-genre décrivent par le menu les théories, les phénomènes et les appareillages mis en jeu. Et non, ce n’est pas forcément ennuyeux même pour quelqu’un qui n’est pas un adepte du genre, regardez Seul sur Mars par exemple. De même, qu’un livre estampillé Hard-SF utilise une propulsion plus rapide que la lumière ou pas, les mondes décrits le seront de façon réaliste.

La Hard-SF est certes un sous-genre globalement plus exigeant que les autres, mais c’est aussi, pour moi, le pinacle de la Science-Fiction : aucun autre (ni aucun autre genre des littératures de l’imaginaire, au passage) ne m’a jamais apporté le plaisir de lecture, l’émerveillement, n’a jamais éveillé en moi une aussi profonde réflexion que ce que m’ont apporté les plus grands noms de la Hard-SF, de Clarke à Egan en passant par Watts ou Baxter.

En résumé, la Hard-SF c’est : 

  • Une SF qui tente de rester aussi réaliste que possible par rapport aux lois de la Nature connues au moment de sa rédaction, et / ou qui met une forte emphase sur la fourniture de détails scientifiques ou techniques.
  • But : réflexion.
  • Types de sciences : sciences dures.
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : variable, mais peut être très importante (notamment chez Stephen Baxter).
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : se balade entre élevée et extrêmement élevée. Le degré de développement de la psychologie des personnages est très variable d’un auteur à l’autre, mais peut être vraiment basique, comme chez Egan par exemple. Contrairement à la Soft-SF, les personnages ne sont que rarement au centre du récit. Il existe des exceptions, cependant (Peter Watts).
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : le réalisme de l’univers est la définition même de la Hard-Sf, que ce soit la concordance avec les lois de la physique ou même la cohérence interne. Le ton est très variable, mais peut être extrêmement noir chez certains (Watts, là encore).

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Greg Egan, Peter Watts (dont Au-delà du gouffre), Stephen Baxter, Kim Stanley Robinson (la trilogie Martienne), Arthur C. Clarke, Poul Anderson (Tau Zero), Alastair Reynolds, Andy Weir (Seul sur Mars), Tom Godwin (The cold equations), Hal Clement (Mission gravité), Robert Forward (L’œuf du dragon), Ben Bova (cycle du Grand Tour), David Brin (Existence), Cixin Liu (Le problème à trois corps).

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Soft-SF

La Soft-SF, c’est le contraire de la Hard-SF, c’est à dire que soit elle se concentre exclusivement sur les sciences humaines (les sciences classiques n’ont aucun rôle dans l’histoire / la science utilisée est crédible mais n’est pas le point focal de l’intrigue ou de la construction de l’univers -ce qui fait qu’on n’entre pas dans les détails-), soit elle parle bel et bien de sciences dures mais sans chercher à être crédible / à respecter les lois physiques connues, soit elle fait les deux à la fois. Certains considèrent la présence de pouvoirs psi, voire celle d’une propulsion supraluminique, comme un marqueur d’appartenance à la Soft-SF plutôt qu’à la Hard. Certains autres considèrent qu’une forte emphase sur la description d’une technologie, même imaginaire, peut être classifiable comme de la Hard SF.

En clair, la Soft-SF se fiche de la quincaillerie, mais se concentre plutôt sur les personnages et surtout sur les sociétés futures dans lesquelles ils vivent. Elle est moins concernée par la technique que par l’humain. Elle a connue son apogée dans les années cinquante, et la Nouvelle Vague des deux décennies suivantes en est dérivée (en plus radical). Vous allez donc peut-être me demander : quel est l’intérêt de faire deux sous-genres séparés ? Il est multiple : toute la Soft-SF (dont celle postérieure aux années 80) ne peut pas être classée dans la Nouvelle Vague, d’une part, et d’autre part cette dernière a des spécificités que ne partage pas forcément la totalité des romans de Soft-SF (dont la couleur politique, l’antimilitarisme radical, la tendance à ne pas utiliser de contexte spatial ou multi-planétaire, les expérimentations dans la construction ou le style, etc).

En résumé, la Soft-SF c’est : 

  • Une SF qui soit se concentre sur les sciences humaines, soit ne cherche pas le réalisme en matière de sciences physiques / n’entre pas dans les détails et se concentre sur autre chose que la machinerie, soit fait les deux à la fois.
  • But : réflexion.
  • Types de sciences : sociales / humaines.
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : variable, du futur proche à celui plus lointain, et de la seule planète Terre à des contextes multi-planétaires (comme les Dix Mille mondes dans Poumon Vert par exemple).
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : l’écriture est solide, et les personnages, étant un des points focaux des romans, sont en général très soignés.
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : en terme de sciences physiques, l’univers peut être peu réaliste, mais il en va tout autrement sur le plan des sciences sociales. Le ton est extrêmement variable, allant du très optimiste au particulièrement noir.

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Frank Herbert (Dune), Alfred Bester, James Blish, Ray Bradbury, Fritz Leiber, Ursula Le Guin, Jack Vance (Les langages de Pao), Samuel Delany (Babel-17), Daniel Keyes (Des fleurs pour Algernon), Philip K. Dick, Théodore Sturgeon, Robert Heinlein (En terre étrangère), Philip José Farmer (Le monde du fleuve), Michael Flynn (Eifelheim), Becky Chambers (L’espace d’un an), Vandana Singh (Infinités), Ian McLeod (Poumon vert).

SF Apocalyptique et Post-apocalyptique

Une remarque préliminaire : j’ai décidé de ranger sous la même bannière la SF qui montre la catastrophe et celle qui choisit plutôt de montrer ses conséquences (ainsi que celle qui fait les deux), ce qui n’est pas forcément la position des spécialistes anglo-saxons, qui distinguent la SF (pré-)apocalyptique de celle post-apocalyptique. J’aurais aussi personnellement tendance a ranger dans cette catégorie les romans où on tente d’empêcher la fin du monde, comme Le marteau de Dieu d’Arthur C. Clarke par exemple.

Comme son nom l’indique, ce type de SF se concentre sur la fin du monde, et surtout sur ce qui se passe après, que cela concerne juste la survie ou les tentatives de reconstruction d’un monde nouveau (de préférence en tentant d’éviter les éventuelles erreurs ayant conduit à la catastrophe). Cette dernière peut être de cause et de nature pratiquement infinie : pandémie (naturelle, propagée par un groupe terroriste ou une secte apocalyptique, issue d’une guerre bactériologique, d’un accident dans un laboratoire scientifique, etc), guerre ou frappe terroriste nucléaire (la série Jericho), réveil du super-volcan du Yellowstone, Naine brune / trou noir / étoile à neutrons errante, accident ou guerre nanotechnologique, sursaut gamma (= énorme émission de rayons gamma -des rayons X, mais en beaucoup plus énergétique- produite par la mort d’une étoile, et capable, selon sa proximité, de stériliser toute la surface de la planète en une seconde ou, au minimum, de souffler sa couche d’ozone), effondrement écologique, collision de la terre avec un astéroïde géant, impulsion électro-magnétique, et ainsi de suite. Notez que parfois, la nature du cataclysme reste inconnue du lecteur, seules ses conséquences sont visibles. C’est par exemple le cas dans La route de Cormac McCarthy.

Le but est bien entendu de vous faire réfléchir sur la façon d’éviter certains de ces désastres (par exemple en éveillant votre sensibilité écologique), de vous montrer d’autres modèles de société possibles dans « le monde d’après », ou simplement de vous montrer les péripéties d’intrépides aventuriers (les Plissken et autres Mad Max) dans une société où règne l’anarchie et la loi du plus fort.

Malgré certains éléments (voire livres) en commun, la SF post-apocalyptique ne doit pas être confondue avec celle d’Horreur, qui peut exploiter bien d’autres thèmes que la fin du monde. De même, certains livres de post-apo ne cherchent pas forcément à horrifier le lecteur, surtout s’ils se déroulent très longtemps après la catastrophe : le sentiment dominant peut alors être la nostalgie pour le monde perdu et l’espoir de le reconstruire, ou bien un encore meilleur.

En résumé, le Post-apocalyptique c’est : 

  • Le Post-apocalyptique montre les conséquences (le monde d’après) d’une apocalypse d’une nature quelconque (guerre nucléaire, pandémie mortelle, réchauffement climatique, etc), tandis que l’apocalyptique montre le déroulement de cette dernière.
  • But : surtout réflexion, mais l’aspect aventure / survie a aussi une large place dans ce sous-genre.
  • Types de sciences : surtout sciences dures pour ce qui concerne la catastrophe proprement dite, et surtout sciences sociales pour le monde d’après.
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : en général, futur proche et Terre seulement, même si de notables exceptions existent (Fondation, c’est en un sens du Post-apocalyptique, des dizaines de millénaires dans le futur et à l’échelle de la galaxie).
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : en général, l’écriture est assez solide, et la psychologie des personnages développée (le lecteur doit s’attacher à leur combat pour la survie).
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : important / importante.

Quelques auteurs ou œuvres emblématiquesJe suis une légende (Richard Matheson), Un cantique pour Leibowitz (Walter M. Miller), Le facteur (David Brin), Le fléau (Stephen King), La route (Cormac McCarthy), Fondation (Isaac Asimov), Le troupeau aveugle (John Brunner), Lucifer’s hammer (Larry Niven / Jerry Pournelle), Le jour des Triffides (John Wyndham), Une seconde après (William R. Forstchen), Le monde englouti (J.G. Ballard), La musique du sang (Greg Bear), La mort blanche (Frank Herbert), Le rivage oublié (Kim Stanley Robinson), Les culbuteurs de l’enfer / Route 666 (Roger Zelazny ; une des sources d’inspirations de Mad Max).

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SF Dystopique

La SF Dystopique est un dérivé de celle d’Anticipation (bien que la SF dystopique cherche moins à prédire ce qui pourrait arriver qu’à tout faire pour que ça n’arrive justement pas) décrivant un contexte de futur proche dans lequel les choses ont horriblement mal tourné, générant ainsi une contre-utopie. Déshumanisées, totalitaires, polluées ou dévastées par des dérèglements climatiques ou un effondrement des écosystèmes, surpeuplées, ravagées par la guerre, en proie à la haine et l’intolérance, ces sociétés de cauchemar ont pour but d’interpeller le lecteur sur certains problèmes sociaux, politiques, environnementaux, économiques, éthiques, religieux, technologiques, etc, et de servir d’avertissement sur ce qui pourrait arriver si rien n’est fait.

Ce sous-genre a eu un succès considérable ces dernières années, particulièrement dans le domaine du Young Adult, avec les sagas du type Divergente ou Hunger Games. On conseillera plutôt au lecteur de YA de se tourner vers Uglies de Scott Westerfeld, tout de même un peu plus solide, ou vers les auteurs et livres cités un peu plus bas.

En résumé, la SF dystopique c’est : 

  • La SF dystopique nous montre une société future qui a mal tourné afin de mieux nous interpeller sur les problèmes de la nôtre.
  • But : réflexion.
  • Types de sciences : essentiellement humaines, même si la technologie peut jouer un rôle plus ou moins important dans certains cas (et invariablement sinistre).
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : en général, Terre et futur proche, même s’il y a des exceptions (Uglies, par exemple).
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : de très élevé dans les deux cas à abyssalement bas (et plus c’est mauvais, plus ça se vend…).
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : important (sauf en dystopique YA, où c’est parfois du grand n’importe quoi), même si le trait est souvent plus ou moins forcé histoire de renforcer l’impact du message / en général particulièrement noir, sauf dans quelques cas où la satire est utilisée (par exemple dans Pauvre surhomme, par Kurt Vonnegut).

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : 1984 (George Orwell), Fahrenheit 451 (Ray Bradbury), Le meilleur des mondes (Aldous Huxley), La servante écarlate (Margaret Atwood), Tous à Zanzibar (John Brunner), Soleil vert (Harry Harrison), L’Orange mécanique (Anthony Burgess), Kallocaïne (Karin Boye), Nous autres (Ievgueni Zamiatine), Les monades urbaines (Robert Silverberg), Silo (Hugh Howey ; également post-apocalyptique), Running man (Stephen King), Water Knife (Paolo Bacigalupi), plus tous les romans majeurs du Cyberpunk ou quasiment.

SF militaire

Tout d’abord, une précision très importante : je ne fais personnellement aucune distinction entre SF « militariste » (supposée exalter les valeurs militaires ainsi que l’institution elle-même) et SF « antimilitariste » (supposée faire le contraire). Ces distinctions n’ont pas de place sur un blog conçu comme apolitique comme le mien, et je lis et apprécie de toute façon les deux. Je préfère parler, comme les anglo-saxons, de SF militaire, décrivant ainsi de façon factuelle et non politiquement orientée le cadre dans lequel évoluent les personnages et autour duquel se concentre l’intrigue : l’armée. C’est d’autant plus pertinent, à mon sens, que toute SF antimilitariste ne met pas forcément en scène des militaires (en tant que protagonistes) : cf Abattoir 5 de Kurt Vonnegut, par exemple.

Certains considèrent cette SF comme une variante encore plus militarisée (et / ou mettant en scène des personnages soldats et non de simples aventuriers, mercenaires ou paramilitaires) du Space Op’, parlant alors de Space Opera militaire. Je n’adhère pas à cette conception, tant je pense que par rapport à son ancêtre, la SF militaire présente trop de particularités pour qu’on en fasse un simple sous-genre.

Si la SF militaire est peu publiée (et encore moins écrite…) en France, elle est en revanche extrêmement populaire dans le monde anglo-saxon. Une de ses caractéristiques est qu’elle donne souvent naissance à des cycles au nombre de tomes très supérieur à la moyenne.

En résumé, la SF militaire c’est : 

  • Une SF centrée sur les forces armées et mettant en scène des militaires.
  • But : aventure le plus souvent, même si une réflexion sur les horreurs de la guerre et le militarisme est présente chez certains auteurs (particulièrement Joe Haldeman).
  • Types de sciences : très forte emphase sur les sciences dures.
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : très variable : de la seule Terre du futur proche à une portion significative de la galaxie, dans un futur lointain.
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : contrairement à une croyance répandue chez ses détracteurs, la SF militaire peut proposer un niveau d’écriture tout à fait correct, et la psychologie de ses personnages peut aller au-delà du « moi vois, moi tue » et du gros connard de droite conservateur et réactionnaire.
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : l’univers est en général solide, et vu le sujet (la guerre), le ton est assez rarement digne d’une chanson de la Compagnie Créole. Bien qu’il existe des exceptions, comme la nouvelle Supériorité par Arthur C. Clarke par exemple.

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Starship troopers de Robert Heinlein, La guerre éternelle de Joe Haldeman, La stratégie Ender d’Orson Scott Card, cycle d’Honor Harrington de David Weber, cycle de La flotte perdue de Jack Campbell, cycle Vorkosigan par Lois McMaster Bujold, Hammer’s slammers par David Drake, cycle de la Confédération par Tanya Huff, cycle Star Carrier par Ian Douglas, cycle Le vieil homme et la guerre par John Scalzi, cycle Lazare en guerre par Jamie Sawyer, cycle Frontlines par Marko Kloos, Armor par John Steakley, cycle De haut bord par H. Paul Honsinger.

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SF Horrifique

La SF et l’Horreur sont des genres qui vont remarquablement bien ensemble : en effet, les contextes futurs et spatiaux, ainsi que les avancées technologiques associées, créent tout un tas de situations ou d’opportunités au fort potentiel anxiogène. Invasions extraterrestres, expérience scientifique qui tourne horriblement mal, choc du futur et changements de paradigme que l’homme de la rue ne sait pas affronter, révolte des robots ou des IA, prédateur extraterrestre lâché dans votre camion de l’espace, ou tout simplement noirceur, froideur, vastitude, silence et côté profondément hostile de ce dernier, les exemples sont innombrables. De plus, un élément commun des histoires d’horreur est le fait d’être coincé quelque part (sur une île déserte, une base en pleine tempête de neige en Arctique, etc) avec une chose qui veut votre peau (ou qui rend fous vos petits camarades qui veulent à leur tout votre peau, peu importe, on est pas racistes) : de ce point de vue, le vaisseau à des lustres de sa destination, la station spatiale isolée ou même la planète-prison (Alien 3) en sont une magistrale et démultipliée déclinaison.

Ce sous-genre a eu un spectaculaire succès au cinéma, mais les exemples purement littéraires (sans parler des novélisations ou des livres qui sont à la base des films concernés) existent aussi.

En résumé, la SF Horrifique c’est : 

  • C’est une littérature qui cherche à horrifier le lecteur dans un cadre ou à l’aide de technologies / créatures issues de la Science-fiction.
  • But : variable, divertissement (si j’ose dire) et / ou réflexion (sur les dangers de la science, par exemple).
  • Types de sciences : sciences dures.
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : l’ampleur spatiale est variable (elle peut se limiter à la Terre) mais peut être assez importante ; l’ampleur temporelle peut aller du futur très proche à un autre plus lointain, mais est en général assez limitée.
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : un livre d’Horreur, s’il veut être efficace, nécessite une plume un minimum solide. La psychologie des personnages (et celle du lecteur, d’ailleurs…) est au centre du récit et se doit donc d’être également un tant soit peu solide.
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : plus l’univers est réaliste, et plus le lecteur aura tendance à frissonner plutôt qu’à se tordre de rire devant une série Z littéraire finalement plus (involontairement) comique qu’autre chose. Et puisqu’on parle d’horreur, le ton est en général très noir, les happy end étant souvent (mais pas toujours) écartés au profit d’une révélation finale aussi vertigineuse que glaçante.

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Je suis une légende (Richard Matheson), L’invasion des profanateurs (Jack Finney), Marionnettes humaines (Robert Heinlein), La couleur tombée du ciel (H.P. Lovecraft), Dreamcatcher (Stephen King), La musique du sang (Greg Bear), 2001 (Arthur C. Clarke), La guerre des mondes (H.G. Wells), World War Z (Max Brooks).

Voyages dans le temps, Mondes parallèles

J’ai écrit un article sur le sujet, que je vous invite donc à lire. J’attire votre attention sur le fait que cette section ne traite pas d’ouvrages Uchroniques, sauf s’ils impliquent aussi le voyage temporel.

En résumé, la SF centrée sur les voyages dans le temps et les univers parallèles c’est : 

  • Une littérature centrée comme son nom l’indique soit sur le voyage dans le temps, soit sur celui vers des mondes parallèles (et parfois même sur les deux en même temps).
  • But : divertissement (aventure) et / ou réflexion (cette dernière est souvent présente).
  • Types de sciences : toutes, aussi bien les sciences dures que les sciences sociales.
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : le contexte peut s’étendre sur des dizaines d’univers parallèles et sur des millénaires (voire beaucoup plus, comme dans Voyageurs de Neal Asher par exemple) d’intervalle temporel dans lequel on voyage.
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : variable, mais en général c’est plutôt solide.
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : sur le plan scientifique, ça tient souvent la route, tandis que la psychologie des personnages (et le ton) peut balayer pas mal de registres, de la pure aventure sans complexes à quelque chose de nettement plus solide, complexe et nuancé.

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : (j’inclus là-dedans les histoires de police temporelle, de modification temporelle délibérée, les boucles temporelles et autres Tombeaux du temps, maladie de Merlin, etc) La cité du futur de Robert Charles Wilson (voyage dans le temps ET dans un univers parallèle), Hypérion de Dan Simmons, Une affaire de famille par Charles Stross, Mémoire par Mike McQuay, Extinction Game de Gary Gibson, Le grand jeu du temps de Fritz Leiber, cycle de La patrouille du temps de Poul Anderson, La rédemption de Christophe Colomb d’Orson Scott Card, Replay de Ken Grimwood, Transition de Iain Banks, Vous les zombies par Robert Heinlein, Un coup de tonnerre par Ray Bradbury, La machine à explorer le temps de H.G. Wells et sa « suite » Les vaisseaux du temps par Stephen Baxter, Le grand livre par Connie Willis,  Les déportés du Cambrien par Robert Silverberg, le cycle Crosstime traffic par Harry Turtledove, cycle de la Tour sombre par Stephen King. Palimpseste de Charles Stross, La fin de l’éternité par Isaac Asimov, A matter of time par Glen Cook, En attendant l’année dernière et Glissement de temps sur Mars par Philip K. Dick, Voici l’homme par Michael Moorcock, La captive du temps perdu de Vernor Vinge, cycle Paratime par H. Beam Piper, cycle Éon / Éternité / Héritage par Greg Bear, Autant en emporte le temps de Ward Moore, De peur que les ténèbres par L. Sprague de Camp.

Cyberpunk, Postcyberpunk et dérivés

J’ai également écrit un article consacré au Cyberpunk, ses évolutions et dérivés, auquel je vous invite à vous référer.

En résumé, le Cyberpunk et ses dérivés sont :

  • Une SF de futur proche centrée sur les technologies émergentes (implants cybernétiques, IA, réseaux, nanotechnologie, génétique), avec souvent (mais pas toujours) un cadre dystopique dans lequel le capitalisme et les corporations règnent en maîtres suprêmes.
  • But : essentiellement réflexion.
  • Types de sciences : ces sous-genres sont surtout centrés sur les sciences « dures ».
  • Ampleur spatiale et temporelle couverte : en général faible, même s’il y a des exceptions (cycle de Takeshi Kovacs). Dans l’écrasante majorité des cas, l’univers du roman se limite à la Terre, au pire au système solaire, et le futur décrit l’est presque toujours à l’échelle de quelques décennies, et dépasse rarement le 21ème siècle.
  • Complexité écriture / psychologie des personnages : l’écriture est en général solide, tandis que la psychologie des personnages est complexe. Le cyberpunk, par rapport au Space Opera, est presque ce que représente la Dark Fantasy par rapport à la High : une tentative d’avoir un univers plus sombre, réaliste, et une psychologie des personnages plus nuancée, complexe, ambivalente, etc.
  • Réalisme de l’univers / noirceur du ton : l’univers est, du fait de son aspect anticipation et du grossissement des traits les plus sombres de nos sociétés actuelles, douloureusement réaliste. Le ton est très noir dans le Cyberpunk classique, parfois nettement moins dans le Postcyberpunk, voire au contraire totalement optimiste dans le Solarpunk !

Quelques auteurs ou œuvres emblématiques : Cyberpunk : William Gibson, Bruce Sterling, Walter Jon Williams, K.W Jeter, George Alec Effinger (ou le « cyberpunk thé à la menthe »), Pat Cadigan ; BiopunkLa musique du sang de Greg Bear, Les diables blancs de Paul McAuley, La fille automate de Paolo Bacigalupi, le cycle Rifteurs de Peter Watts, Le lait de la chimère de Robert Reed, L’une rêve l’autre pas ou Les hommes dénaturés de Nancy Kress, BIOS de Robert Charles Wilson (hybride de Biopunk et de Planet Opera très, très noir), et surtout Féerie de Paul McAuley et Ribofunk de Paul DiFilippo (nettement moins noir et nihiliste que le Cyberpunk ou même le Biopunk standard) ; Nanopunk : Les deux références en matière de Nanopunk sont L’âge de diamant de Neal Stephenson ainsi que la majorité de l’oeuvre de Linda Nagata (dont Aux marges de la vision), mais on peut aussi citer La proie de Michael Crichton, La maison des derviches de Ian McDonald ou encore Bloom (en VO) de Wil « Collapsium » McCarthy ; Solarpunk :  cycle Les enfants de Poséidon par Alastair Reynolds.

***

Comme d’habitude, les commentaires sont les bienvenus. Je vous rappelle juste qu’il s’agit de ma conception personnelle de ces sous-genres et de l’Histoire de la SF, et qu’elle n’a pas vocation à établir une vérité définitive et incontestable dans ces domaines. Je vous demande aussi, à moins que j’ai effectué un oubli MAJEUR (et j’insiste là-dessus) dans les exemples d’auteurs ou de romans, de ne pas me dire « il faudrait ajouter ça, ça et ça au sous-genre X ». Les exemples donnés se veulent strictement limités soit aux œuvres / auteurs les plus emblématiques, soit à ceux pour lesquels une critique est disponible sur ce blog. L’absence d’auteurs français est intentionnelle, un article spécial consacré à la SF francophone étant prévu (dans un futur indéterminé).

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49 réflexions sur “Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 7 – Sous-genres majeurs de la SF

  1. YEAH ! (Voilà, je n’avais rien d’autre à dire, si ce n’est : un merci grand pour ce travail de synthèse et l’excellent article qui en découle et que je vais de ce pas relire 3 ou 4 fois.)

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  2. La vache, pas grand-chose à dire, c’est un sacré boulot que tu as entrepris. Je n’ai quasiment rien à ajouter, si ce n’est te remercier pour cet article intéressant et complet. Je note quelques références et quelques auteurs. Notamment dans la catégorie SF et transhumanisme.

    Si je peux permettre, tout de même, en SF dystopique, il peut être utile de mentionner kallocaïne de Karin Boye et Nous autres de Ievgueni Zamiatine, qui sont antérieurs au 1984 de Georges Orwell et qui forment selon moi le socle de la SF dystopique à venir. Je ne suis pas certain que 1984 aurait vu le jour sans ces deux livres.

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  3. Il y a une thématique que tu ne mentionnes pas et qui apparaît comme transverse au sein des genres de la SF, mais qui pourtant est si importante historiquement que nombre de béotiens l’associeront presque immédiatement au terme « science-fiction », si bien que je pense qu’on pourrait presque en faire un genre à part entière. C’est la rencontre du troisième type. Le contact avec les petits hommes verts peut se retrouver aussi bien en SF d’horreur, en SF militariste, qu’en space opera, ou en Hard SF (dans tous les genres que tu décris en fait), et ne constitue souvent qu’un accessoire, une présence obligée (à la Star Wars). Mais quand cela constitue un thème central, ne pourrait on pas l’envisager comme genre ?

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  4. On pourrait (et c’est ce qu’on fait avec le voyage dans le temps ou les univers parallèles), et c’est d’ailleurs ce que font certains spécialistes anglo-saxons. Mais dans ce cas, il faudrait aussi faire un sous-genre séparé (et c’est là encore ce que font certains taxonomistes anglo-saxons) orienté robots, vaisseaux à générations, terraformation, colonisation, etc. Il y a même des « extrémistes », si j’ose dire, qui distinguent, au niveau des Aliens, la SF de premier contact, celle d’invasion, celle de « ils sont parmi nous », voire même l’astrobiologie (type Variété Andromède) !

    Donc si on va par là, il faudrait faire un sous-genre pour chaque thématique de la SF, ce que j’ai choisi de ne pas faire à la fois dans ma conception de la taxonomie et surtout dans un article ayant pour but de faire de la vulgarisation, histoire de rester aussi simple que possible.

    Et puis il y a 2-3 trucs que je garde en réserve pour l’article sur les genres mineurs, dont un qui va bien faire rire l’ami Dionysos ^^

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    • Oui, c’est sûr qu’à ce tarif là, on pourrait faire un genre de tout et n’importe quoi. (Ils sont fous ces anglo-saxons !). Et pour rester dans l’analogie biologique, ce serait juste de la convergence évolutive. Or il n’existe plus de genre « bestiole qui vole » ou « truc qui broute » en taxonomie depuis Aristote. Ton approche a le mérite de restituer la phylogenèse des genres de la SF et de mettre en lumière leur rapport évolutif, ce qui est le plus pertinent à mon avis.

      Autre chose, il est intéressant de plaquer ta taxonomie à la SF cinématographique (qui évidemment s’inspire de la SF littéraire) et de constater que le cinéma surligne les contours des genres, et les affirme exagérément. Les adaptations ont souvent tendance à accentuer un aspect du livre au détriment d’un autre, et la pellicule se fait rarement subtile.

      Enfin, tout cela pour dire que l’intérêt de la taxonomie n’est pas seulement de classer, mais c’est qu’elle amène à réfléchir au rapport qu’une oeuvre entretient avec son environnement, voire à la percevoir différemment car l’ADN n’est jamais innocent.

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      • En effet, l’aspect évolutif est à mon sens très intéressant, car il permet de comprendre pourquoi tel sous-genre met en exergue ou au contraire fait jouer un rôle mineur à telle ou telle caractéristique : cela ne vient souvent pas de nulle part, mais s’inscrit dans une démarche d’opposition ou au contraire d’amplification par rapport à une caractéristique d’un sous-genre parent ou précédent. D’où le Planet Opera qui choisit de ne se consacrer qu’à une seule planète, ou la SF de la Nouvelle Vague résolument antimilitariste. Et ça, on ne peut s’en rendre compte qu’en regardant l’arbre entier et pas simplement une de ses branches, et en essayant de voir quand et comment telle brindille s’est détachée de la branche, et comment cette dernière a divergé du tronc.

        Tout à fait d’accord pour la SF ciné, qui a de plus tendance à être réductrice : qui se soucie des allégories du viol dans la saga Alien, lorsqu’elle se contente de faire peur ?

        Je suis bien évidemment d’accord, à ceci près que j’ai constaté que certains ne trouvent même pas d’intérêt au classement, sans parler du reste : ça les fait rire qu’on veuille tout ranger dans de petites cases, ils trouvent ça ridicule.

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  5. Ahahah le passage sur le SF Dystopique m’a tué.
    Du coup vu que tu classe la post-apo en SF, WWZ et autre joyeuseté du genre sont en fait de la SF ?
    En fait, j’avais toujours vue l’horrifique, l’apo et le post-apo comme des genres à part entière. Mais j’avoue ne pas trop de formaliser non plus sur la question genre et sous-genre.

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    • Il y a des tas de livres d’Horreur qui ne relèvent pas de la SF, mais en revanche, il est incontestable qu’il y a un sous-genre de la SF orienté Horreur, même si c’est à vrai dire beaucoup plus visible en films qu’en livres (saga Alien, The Thing, etc). L’apo et le post-apo, ça dépend quel rôle joue la science là-dedans. C’est comme mon exemple du livre d’Houellebecq qui est de l’Anticipation sans être de la SF, on ne peut pas faire de généralités, tout dépend du contenu. C’est d’ailleurs pour ça que je reste prudent en parlant de SF d’anticipation, de SF apo ou post-apo ou de SF horrifique et pas d’Horreur (genre à part entière et plus général).

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  6. C’est quand même très fort, tu parviens à nous mettre dans la tête les tubes de la Compagnie Créole avec un article sur les genres et sous-genres de la SF !
    A part ça, bravo une fois de plus pour tout ce boulot, c’est assez impressionnant… Et à titre personnel je trouve ce récapitulatif très utile, cela m’aide à mettre le doigt sur ce qui me plait et ce qui ne me plait pas en SF.

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  7. Superbe dossier comme d’habitude . Concernant Diaspora de Greg Egan est ce que tu l’as lu si oui je n’ai pas vu une critique posté sur ton blog . Sait tu si un éditeur est intéressé pour l’édité ? Merci d’avance de tes réponses.

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    • Merci.

      Pour répondre à tes questions : pas encore, et non, je ne sais pas. Mais à mon humble avis, cela ne se fera pas, pour une raison très simple : à l’exception d’Isolation (8 ans), tous les romans et romans courts d’Egan ont été traduits dans les 2 ans suivant leur sortie en langue anglaise. Or Diaspora est sorti… il y a vingt ans. Je pense, de plus, que le lectorat pour une SF du calibre de celle de l’australien est trop réduit pour que tout soit traduit. Enfin, tu remarqueras que les traductions récentes concernent ses textes les moins Hard SF (comme Zendegi ou Cérès et Vesta), pas ses vieux textes hardcore. Et à mon avis, Diaspora est dans le peloton de tête de ses romans les plus exigeants, avec Schild’s Ladder et la trilogie Orthogonal.

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      • Dommage en trans humanité ayant lu en grande partie les livres que tu cites et trouvant peu de livre du niveau de l’oecumene d’or ou de schismatrice ou de egan en générale je vais devoir tenter la V.O mais bon ça le challenge tous ça .

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  8. Waaaaouuu ! Quel boulot ! Merci pour ce travail de recherche et de synthèse ! J’ai appris plein de trucs, et en prime noter quelques références à rajouter à ma PAL.

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    • Merci 😉 Effectivement beaucoup de boulot pour synthétiser tout ça, mais c’était le dernier gros article de la série, ceux qui restent vont probablement être beaucoup plus simples à rédiger.

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  9. C’est intéressant. Pour ma part en conception la SF est de l’anticipation, car j’y voie une projection dans le futur. Du coup, tout le reste ne sont au final que des sous-genre de l’anticipation (sociale, politique, techno et tout les combo associés).
    Le point qui m’échappe c’est la SF écrite dans le passé, qui pour moi tenait plus de l’histoire secrète. Mais tu as sans doute un exemple ?….
    Splendide article, comme très souvent, là tu t’es surpassé. J’adore tes « fiches récapitulatives ». Inutile de te dire combien je trouve ton paragraphe sur la SF militaire qui propose souvent de la réflexion extrêmement convaincant. Je buvais du petit lait, tant cela reflète ce que j’y vois et ce que j’y trouve.
    J’avais tendance à considérer Apocalyptique, post et dystopie comme de la même veine. J’aime bien ta proposition.
    Ah, et aucun oubli Majeur à signaler!

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    • Techniquement, dans l’Anticipation, l’auteur essaye de prédire ce qui va se passer dans le futur (proche en général) qu’il décrit, que ce soit sur le plan technologique (Gernsback par exemple), politique, etc. Cependant, une part ultra-majoritaire de la SF ne correspond pas à la SF d’anticipation, car ce qui y est décrit n’a pas vocation à se passer comme décrit : c’est quelque chose d’imaginé, pas de prédit.

      Oui, la SF rétrofuturiste, ou bien celle où (par exemple) un vaisseau alien débarque en l’an 1348 (Eifelheim). D’ailleurs, l’histoire secrète (puisque tu en parles) peut n’inclure aucun élément scientifique caché, et est un sous-genre ou une variante de l’uchronie, pas de la SF (du moins dans ma conception qui fait de l’uchronie un genre à part entière en parallèle de la SF, et pas un sous-genre de cette dernière comme dans la conception anglo-saxonne).

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      • Comme quoi, tu vois quand on n’y accorde pas l’attention nécessaire, les raccourcis sont rapides… J’avoue que je n’y réfléchis pas aussi méticuleusement que toi. D’où la confusion Sf et anticipation. Mais tu as raison, la dernière cherche à prédire, pas l’objectif premier de la SF.

        L’histoire secrète dans un cadre de SF est très prenante, je la classerai aussi dans l’uchronie qui est à part pour moi également.

        La SF rétrofuturiste, faudra que je lise un truc dessus, je note Eifelheim (un livre à la couverture particulièrement moche, non ?)

        Merci APo

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  10. Je me permets encore d’intervenir et de revenir sur la définition que tu donnes de la Hard-SF (j’avais prévenu que je lirai l’article plusieurs fois…)

    « Ce qui caractérise avant tout la Hard-SF est le respect des lois scientifiques telles qu’elles sont connues au moment de la rédaction du roman concerné (une intéressante conséquence étant que le dit livre peut continuer à être considéré comme de la Hard-SF même si des découvertes ultérieures ont invalidé le phénomène décrit : tout est affaire de cohérence interne). »

    C’est vrai dans 99% des cas, en tout cas chez les auteurs que j’ai lus, sauf chez un auteur, toujours le même : Greg Egan. Car les lois physiques de l’époque….ce n’est plus suffisant pour Egan, il en a déjà fait le tour. Alors il se permet de les développer. De manière théorique et mathématiquement rigoureuse. Il propose ainsi des modèles et des théories alternatives, posée sur des bases inattaquables, mais qui vont au-delà des modèles actuellement acceptés. C’est le cas pour la trilogie Orthogonal, Schild’s Ladder, ou encore le prochain à sortir, Dichronauts. Et pour cela, il développe en détails sur son site, à grand renfort de graphiques et d’équations, toutes ses théories. Les pages consacrées à Orthogonal sont magistrales. Ainsi que celles sur Dichronauts.

    Cela fournit un corollaire à l’intéressante conséquence que tu décris : chez Egan, même lorsqu’on quitte la physique connue, cela reste cohérent et rigoureux, et cela reste de la Hard SF. Ce type est un génie.

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    • Ta remarque est tout à fait pertinente. Je plussoie sur le statut de génie d’Egan, ainsi que sur la qualité des pages consacrées à Orthogonal. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire celles consacrées à Dichronauts, mais je compte bien réparer cette lacune dès que possible. Merci !

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    • Réponse courte : oui.

      Réponse longue : il n’y a pas une mais plusieurs définitions du terme Speculative Fiction : la définition actuelle en fait un terme anglo-saxon équivalent à notre « Littératures de l’imaginaire », c’est à dire un meta-genre qui regroupe la SF, la Fantasy et l’Horreur (et chez nous le Fantastique, concept qui n’existe pas chez les anglo-saxons). Donc de ce point de vue là, la soft-SF est de la speculative fiction.

      Il faut aussi savoir que le terme a eu plusieurs significations différentes (et en garde toujours certaines actuellement) : Heinlein l’employait comme synonyme de Science-Fiction (mais excluait donc la Fantasy et l’Horreur), certains écrivains de la Nouvelle Vague de la SF l’employaient pour se démarquer des codes de la SF classique (comprendre : du Space Opera), et enfin aujourd’hui certains l’emploient soit pour désigner une littérature de genre qui brouille / utilise à la fois les codes de la SF et de la Fantasy, soit pour se désigner en tant qu’auteurs de littératures de l’imaginaire en général, non restreints à un jeu de codes / un genre / une étiquette particulière. Enfin, j’ai déjà vu le terme employé en France comme synonyme de Soft-SF.

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