Soleri – Michael Johnston

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Ce cycle est potentiellement une des nouvelles références de la Fantasy politique, à condition que les tomes suivants corrigent quelques erreurs de jeunesse

soleriMichael Johnston est un auteur américain vivant à Los Angeles. Cet architecte, qui a également étudié l’Histoire, a vu le germe d’une idée naître lors d’une conférence consacrée à l’Égypte antique. Ce passionné de Fantasy et de SF, natif de Cleveland, a vu cette idée croître lorsqu’il a déménagé en Californie et visité pour la première fois le désert. Il a mis un  terme à son activité professionnelle pour se consacrer à l’écriture de son premier roman (en solo, puisque il en a co-écrit deux autres), Soleri, qui a pour ambition de mêler Fantasy, Égypte et décisions politiques tragiques inspirées par Le Roi Lear (décidément à la mode en SFFF puisque la pièce jouait aussi un rôle dans le récent Station Eleven). Ambitieux, n’est-ce pas ? D’autant plus que vu l’énorme densité d’intrigues de cour, de complots et de mystère, le côté impitoyable de la chose, et l’inspiration adossée à un classique (Shakespeare ici, Maurice Druon chez Martin), difficile de ne pas faire la comparaison avec le Trône de fer (surtout avec des expressions du genre « The horned throne »).

Bref, le lecteur abordera forcément ce roman avec certaines attentes, et toute la question est de savoir si elles seront satisfaites. Pour ma part, je répondrai : pas totalement. C’est certes un roman impressionnant (surtout dans l’aspect intrigues politiques et l’impact de certaines scènes ou révélations -surtout celle de la dernière ligne-) compte tenu de la relative inexpérience de l’auteur, mais il cumule trop de maladresses pour totalement convaincre. Par contre, la suite (qui est en cours d’écriture), si elle corrige les dites erreurs, pourrait bien s’imposer comme une des nouvelles références de la Fantasy politique. Lire la suite

Aux comptoirs du cosmos – Poul Anderson

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Un an entre deux tomes, c’est trop long, vite, une nouvelle dose !

comptoirs_cosmosAux comptoirs du cosmos est le second des cinq volumes du cycle La Hanse galactique, par Poul Anderson, après Le prince-marchand. Sa particularité est qu’en plus du truculent Nicholas Van Rijn, il introduit d’autres personnages emblématiques de la saga (dont Adzel), à commencer par David Falkayn, qui a même les honneurs de la couverture (superbe, signée Nicolas Fructus).

Ce livre comprend cinq nouvelles (de quelques dizaines de pages chacune) plus un prélude et deux interludes (quelques pages à chaque fois), ainsi qu’une préface signée par le traducteur (et un des principaux promoteurs de l’auteur en France, avec Pierre-Paul Durastanti), l’excellent Jean-Daniel Brèque. Comme d’habitude, je vais vous présenter un résumé de chacune des nouvelles, avant de vous donner mon avis les concernant, ainsi qu’un sentiment général sur le recueil. Lire la suite

From the editorial page of the Falchester Weekly Review – Marie Brennan

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Un savoureux échange épistolaire

lady_trent_3.5From the editorial page of the Falchester Weekly Review est une courte nouvelle (13 pages seulement, en anglais) qui s’insère entre les tomes 3 et 4 des Mémoires de Lady Trent (sur Goodreads, elle est classée « tome 3.5 »). Ou, plus précisément, elle commence juste un peu avant la fin du Voyage du Basilic et avant le début de In the labyrinth of drakes (Isabelle ne mentionne pas un certain titre acquis à la toute fin du tome 3).

Il s’agit d’un texte épistolaire, relatant l’échange, par l’intermédiaire du courrier des lecteurs d’un périodique, le fameux Falchester Weekly Review du titre de la nouvelle, entre (essentiellement) Lady Trent et un autre savant, qui prétend avoir découvert des Cockatrices, une espèce apparentée aux dragons, quelque part dans les archipels de la Mer Brisée, mais sans vouloir révéler où. Lire la suite

Le voyage du Basilic – Marie Brennan

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Ça tourne en rond…

voyage_basilicLe voyage du Basilic est le troisième tome des Mémoires de Lady Trent, après Une histoire naturelle des dragons et Le tropique des serpents. Le dernier des romans (le cinquième) est paru le 25 avril aux USA, même si, comme elle l’avait annoncé, l’auteure est susceptible de remplir certains blancs via la publication de nouvelles, la première (qui s’insère entre les tomes 3 et 4) étant disponible (en anglais) depuis mai 2016 (critique à suivre demain).

Le Basilic en question s’avère être un navire de recherche, utilisé par Isabelle pour parcourir le monde afin de ré-évaluer la taxonomie des dragons (et des serpents de mer). Vous aurez donc deviné qu’il s’agit là d’une allégorie du voyage de Charles Darwin sur le HMS Beagle. Et l’éditeur est allé au bout de la logique de ce contexte maritime, puisqu’il a employé une encre bleue de toute beauté pour imprimer le roman, la carte (superbe) et les illustrations intérieures auxquelles vous êtes désormais habitués dans ce cycle. Si on ajoute tous ces éléments à la magistrale couverture, on se retrouve devant un livre absolument splendide, digne d’être possédé en version physique plutôt qu’électronique. Lire la suite

Dans le sillage de Poséidon – Alastair Reynolds

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Un roman intéressant même si pas tout à fait novateur, mais qui laisse un vague goût d’inachevé

sillage_poseidonDans le sillage de Poséidon est le troisième et dernier titre du cycle Les enfants de Poséidon, après La Terre bleue de nos souvenirs et Sous le vent d’acier. Il poursuit la tradition entamée avec les éditions grand format de ses prédécesseurs, avec sa couverture à bestioles dans ces tons notoirement festifs que sont le noir et le gris. Après deux romans sympathiques mais loin d’être aussi marquants que le cycle des Inhibiteurs (chef-d’oeuvre de l’auteur), ce troisième opus va-t’il parachever en beauté la trilogie ?

Dans le sillage de Poséidon est, à mon sens, supérieur à ses prédécesseurs, que ce soit sur le plan des thématiques, de l’originalité (même s’il y a encore énormément d’hommages), de la construction, du rythme ou des personnages. Malgré tout, sa fin laisse un net goût d’inachevé, tant le sort de certains protagonistes ou peuples reste en suspens.  Lire la suite

Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 7 – Sous-genres majeurs de la SF

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ApophisComme la Fantasy, la Science-Fiction (SF) est divisée en nombreux sous-genres, et ici aussi, il y a des différences de conception entre les divers spécialistes qui ont essayé d’établir une taxonomie, ainsi qu’entre Français et Anglo-Saxons (qui mettent par exemple l’Uchronie, l’Anticipation et le Steampunk dans le même sac que la SF, ce que je ne fais personnellement pas). J’ai choisi le système qui me paraissait le plus simple et direct, c’est-à-dire celui qui consiste à subdiviser le genre en sous-catégories basées sur les thématiques abordées / le but recherché (divertissement, réflexion, ou les deux à la fois), l’emphase mise (ou non) sur les sciences « dures » ou les sciences sociales, l’ampleur spatiale et temporelle couverte (du futur proche au plus lointain, de la seule Terre à la galaxie entière, voire l’univers -ou même plusieurs !-) et la complexité de l’écriture / de la psychologie des personnages / le réalisme de l’univers / la noirceur du ton.

Je vous rappelle que comme chaque article de cette série, celui-ci reflète ma conception personnelle de la taxonomie de la SFFF, et ne correspondra donc pas forcément à celles que vous pouvez trouver par ailleurs sur le net ou dans des ouvrages spécialisés. Comme celle des sous-genres majeurs de la Fantasy, elle a été établie en tenant compte à la fois de l’importance du sous-genre en question dans l’histoire de la SF, du nombre de livres, de cycles ou d’auteur(e)s marquant(e)s généré(e)s, ainsi (il faut bien de le dire) que du succès commercial associé à ce style de romans. Et comme pour cet article, je vous conseille de lire les rubriques dans l’ordre, tant un sous-genre donné peut avoir été conçu en réaction à un autre, d’émergence antérieure. Lire la suite

Le regard – Ken Liu

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Un texte intéressant mais relativement mineur

le_regard_liuLe regard est une novella de Ken Liu (pour une biographie succincte, voir ici) publiée en VO en 2014 et nominée aux prix Nebula 2014 et Locus 2015. La couverture de l’édition française, signée Aurélien Police, est à la fois esthétiquement réussie et rend parfaitement compte de l’importance de la vision dans l’intrigue (je trouve d’ailleurs le choix du titre français également complètement pertinent, compte tenu de ce fait).

Beaucoup de lectrices et lecteurs ont récemment découvert l’auteur via le magistral l’Homme qui mit fin à l’Histoire (dans la même collection), et peuvent aborder cette seconde novella avec des attentes élevées aussi bien en matière de qualité d’écriture que d’importance du fond, de profondeur des thématiques abordées. Je préfère prévenir ces gens là tout de suite : c’est une mauvaise idée. Le regard est un texte de SF à la fois beaucoup plus classique, plus mineur et qui ne propose pas une réflexion aussi pointue (bien qu’elle soit très, très loin d’être absente). Je l’ai même trouvé inférieur, sur ce plan, à une simple nouvelle de l’auteur, Une brève histoire du tunnel transpacifique, il est vrai exceptionnellement dense à ce niveau là.

Pour autant, si on aborde ce texte pour ce qu’il est (un roman noir dans un contexte SF Cyberpunk), il reste franchement intéressant, surtout via son application radicale de la théorie Béhavioriste.  Lire la suite