Les seigneurs de Bohen – Estelle Faye

A la place d’une Dark Fantasy « épique et spectaculaire », Estelle Faye vous propose en fait une Paranormal Romance évitant de façon maniaque toute scène d’envergure

bohenEstelle Faye a eu un singulier parcours : d’abord scénariste et actrice (séries, films, théâtre), elle s’est reconvertie dans l’écriture de nouvelles et de romans, balayant un large spectre allant du young adult à, désormais, la dark fantasy, en passant par l’uchronie. Je n’ai eu, jusque là, l’occasion de me frotter à la production de l’autrice que sur un de ses textes courts, La maison des vignes, présent dans l’anthologie Antiqu’idées. J’en avais retenu un style agréable mais une intrigue téléphonée et une chute peu satisfaisante. Impression qui s’est d’ailleurs confirmée à la lecture des Seigneurs de Bohen.

Je dois dire que j’ai particulièrement grincé des dents en voyant la quatrième de couverture, qui parle carrément de « roman de dark fantasy spectaculaire et épique, dans la lignée des œuvres de Joe Abercrombie (Les Héros, Servir Froid) ou de Glen Cook (La compagnie noire) ». J’avoue honnêtement avoir été plus que dubitatif quant à la capacité d’une autrice écrivant majoritairement de la littérature jeunesse à être à la hauteur de ces références. Et de fait, ce n’est que (très) partiellement Dark Fantasy, pas du tout épique, pas franchement spectaculaire (Erikson, c’est spectaculaire et épique, ça… non, ou seulement dans une poignée de pages de la fin), et ça concentre pas mal de défauts. Même si ça n’est par ailleurs pas dépourvu de qualités.

Genres

C’est « bien » d’insister sur une prétendue parenté avec Cook et Abercrombie en quatrième, histoire d’attirer le fandom de ces auteurs, mais il aurait été plus pertinent d’au minimum évoquer ce qui, à mon avis, fait l’intérêt de ce roman : le fait qu’il sorte franchement des sentiers battus en proposant un univers 1/ d’inspiration slave et 2/ de Flintlock Fantasy (l’autrice évoque nommément les platines à silex et une évolution récente vers les mousquets et pistolets à canons rayés). De plus, les codes de ce dernier sous-genre sont respectés, puisque l’intrigue suit (de très loin) la Révolution qui va abattre l’empire de Bohen qui donne son nom au livre.

Je dois dire que j’ai été particulièrement (et agréablement) surpris par l’aspect poudre et l’aspect « fantasy d’ailleurs », que je n’attendais pas vraiment, et sur lequel les premières critiques disponibles n’étaient pas franchement explicites. Je me suis souvent exprimé sur ce sujet, mais ces deux aspects, technologie non-médiévale et inspiration autre qu’européenne (même si, ici, nous sommes un peu au carrefour de deux mondes, voir plus loin) sont pour moi l’avenir de la Fantasy pour ceux qui, comme moi, saturent désormais sur le sempiternel médiéval-fantastique d’inspiration celto-romano-nordique.

Par contre, l’aspect Dark Fantasy m’a laissé un sentiment très mitigé : d’un côté, nous sommes bien dans les codes du genre, avec notamment une ambiguïté ou une oscillation entre le bien et le mal chez les personnages, ainsi qu’une psychologie qui n’est pas monodimensionnelle. De même, Estelle Faye a su trouver un dosage correct entre le côté un minimum explicite propre à la bonne Dark Fantasy et le déballage maladroit et / ou avec une volonté de choquer pour faire vendre qui caractérise en général les tentatives françaises dans ce domaine. Le problème, c’est qu’elle a inclus des éléments complètement incongrus dans ce sous-genre caractérisé par son âpreté, son côté sale, patibulaire, dont une dose beaucoup trop élevée de romance mièvre et surtout des personnages d’apparence androgyne et immaculée qui dépareillent complètement dans une histoire qui a la prétention de marcher dans les traces des Cook et autres Abercrombie (voir plus loin).

Il y a un aspect que je n’attendais pas forcément, mais qui est très (trop) présent : la Paranormal Romance. Comme nous le verrons plus loin, il phagocyte complètement tous les autres, de la Révolution aux batailles à coups de mousquets et de canons, en passant par l’aspect « dark » que, du coup, il éclaire d’une puissante lumière rose.

Au final, nous nous retrouvons donc, si je résume, théoriquement avec une dark fantasy adulte à mousquets dans un univers pseudo-slave qui est sur le point de basculer dans une Révolution, et en réalité avec un roman relevant plus de la Paranormal Romance young adult. Je vois déjà les lecteurs de passage, peu familiers avec ce blog, mes critiques ou (surtout) les évolutions récentes de la Fantasy (je parle bien sûr de la Fantasy -essentiellement- anglo-saxonne, la francophone ayant des années de retard sur les derniers perfectionnements ou changements de paradigme), crier au génie, au livre (sans mauvais jeu de mot) « révolutionnaire ». Eh ben non. Ce n’est pas tout à fait du réchauffé, mais en tout cas ça s’inscrit pleinement dans une tendance affirmée (du moins, dans l’édition anglo-saxonne, une fois encore) depuis une grosse demi-douzaine d’années, minimum. On citera plus particulièrement The winds of Khalakovo de Bradley P. Beaulieu (sorti en 2011), qui est le plus proche équivalent avec son univers inspiré par les peuples slaves, ses armes à feu et son haut degré de magie, mais aussi, sur l’aspect Révolution, The shadow throne de Django Wexler et bien entendu l’incontournable La promesse du sang de Brian McClellan. Sauf que ces deux derniers livres sont à des années-lumière de celui d’Estelle Faye en terme d’immersion dans ce type d’événement Historique. Mais bon, pour de la fantasy française, oui, c’est, hum, très « original ».

Au passage, les univers de Fantasy inspirés par les peuples slaves sont très à la mode ces derniers temps : outre le cycle Lays of Anuskaya de Bradley P. Beaulieu, on me permettra d’évoquer (pub copinage :P) la sortie prochaine (aux alentours du mois de juin) de Nadejda, roman de l’excellent Olivier Boile.

Worldbuilding

Je reviens sur l’aspect Slave de l’univers : il est complètement évident dès les premières pages, avec des termes comme margrave, pirojki, Kvas, vodianoï, roussalka, domovoï, Huszar, byline, ou encore d’autres termes à peine déguisés comme le fleuve Denerp (au lieu du Dniepr). Au passage, si les Havres (cités côtières de l’empire) auraient dû, en toute logique, être modelés sur l’Ukraine, les pays Baltes ou les cités de la côte Dalmate, on s’aperçoit en fait que leur inspiration est beaucoup plus Bretonne (on nous évoque un phare d’Ankouan et une pointe du Batz -comprenez celle du raz dans le monde réel-). Alors si d’une part, j’applaudis des deux mains au fait de modeler un univers de Fantasy sur les pays et les peuples slaves (étant moi-même originaire de ces ethnies, nations et civilisations par mon père et en ayant marre du celto-romano-nordique), je trouve que finalement, nous avons plus affaire à un cadre para-européen que réellement non-européen.

On appréciera, au passage, toute « l’érudition » d’un certain site consacré à la Fantasy, servant de référence pour beaucoup, déclarant dans sa critique que l’autrice « ne s’appuie pas sur un contexte historique quelconque et / ou plus ou moins marqué »…

Si le gros de l’inspiration slave se situe plutôt du côté russe, de nombreux éléments évoquent la Pologne (dont le ghetto des Esséniens, comprenez juifs -les vrais Esséniens ont disparu vers l’an 70 et sont les auteurs des célèbres Manuscrits de la Mer Morte-), et quelques-uns la Serbie, la Hongrie, les Pays Baltes ou l’Ukraine. Je déplore par contre amèrement qu’on nous ressorte l’éternelle allégorie du Christianisme alors qu’il y avait manifestement bien mieux à faire avec le riche panthéon slave. Mais bon, par contre j’ai beaucoup aimé les Sœurs de l’épée, donc…

J’ai régulièrement lu à propos de ce livre que l’univers était « très travaillé » : j’ai envie de répondre que cela dépend de ce que l’on entend par ces termes. Pour moi, « très travaillé », ça veut dire Tolkien, Erikson ou Kay, donc non, le roman d’Estelle Faye n’atteint en aucun cas ce genre de sommets. Pour autant, il y a plein de petits détails très agréables, des concepts fascinants qui ne seront jamais développés (je précise que ce livre est un one-shot, bien que la fin soit finalement relativement ouverte), la plupart tournant autour de la magie ou de créatures surnaturelles. C’est simple, moi lorsqu’on me parle de charmeurs de plantes, de marcheurs de rêves, de temps suspendu, je suis aux anges, littéralement. Le point qui me gène sur l’aspect slave est qu’à part établir une ambiance, Estelle Faye n’en fait pas grand-chose, en tout cas certainement pas ce qu’un Guy Gavriel Kay en aurait fait à sa place, par exemple. Je pourrais d’ailleurs dire la même chose de l’aspect poudre ou, pire, de l’aspect Révolution. Je rappelle aussi que Kay passe des mois à préparer ses livres avec certains des meilleurs spécialistes de la période concernée, les éléments inclus ne se réduisant donc pas à ce qu’une heure de recherche sur wikipédia ou dans une encyclopédie permet d’obtenir.

Enfin, j’en reparle plus loin, mais pour moi cet univers, s’il est globalement très sympathique, souffre d’un énorme défaut de conception : le monopole abracadabrant de Sorenz sur les armes à feu et les canons. De plus, on « appréciera » le fait que dans un cadre Révolutionnaire à mousquets, l’imprimerie vienne juste d’être inventée…

Magicbuilding (ou plutôt « ta gueule, c’est magique »)

Bon, donc comme je l’ai déjà précisé, il y a PLEIN de magie et de créatures surnaturelles, et c’est très, très agréable. J’ai notamment beaucoup apprécié le pouvoir de Maëve, le contrôle… du sel (oui, je sais, comme ça, ça n’a pas l’air très impressionnant, mais…) et le concept derrière les Vaisseaux Noirs. De plus, il n’y a pas une seule sorte de magie, mais plusieurs, du pouvoir des Changeformes à celui des Morguennes, en passant par la magie de l’Ombre datant de l’époque des Wurms, le contrôle des plantes, des rêves, les Mots de Pouvoir des Essènes, et j’en passe.

Mais (parce qu’il y en a un, et un gros), ne cherchez pas d’explication au mécanisme de tout ça, il n’y en a pas (à part à la rigueur pour celle des Essènes). Par exemple, on apprend p 99 que n’importe quel pingouin peut utiliser « quelques sorts d’envoûtement mineurs appris par sa grand-mère », ce qui indiquerait donc que quiconque peut utiliser la magie. Pourtant, ça ne colle pas vraiment avec le reste de l’histoire, et ça n’explique toujours pas d’où vient la magie, comment elle fonctionne, pourquoi telle morguenne a telle intensité de pouvoir et pas une intensité supérieure ou inférieure, pourquoi telle sorcière maîtrise le vent ou le feu et telle autre le sel, et ainsi de suite.

L’autrice a même le culot de dire « ah oui, il y a des gens qui cherchent à savoir comment ça marche, mais pour l’instant ils n’ont pas trouvé… » (traduisez : j’ai eu la flemme / ça ne m’intéressait pas d’expliquer comment ça marche). Je suis désolé, mais en 2017, introduire une telle dose de surnaturel dans son roman et ne rien expliquer (ou quasiment), c’est juste donner le bâton pour se faire battre par des lecteurs exigeants dans mon genre. Il faudrait que certains comprennent que bâtir un magicbuilding cohérent et développé est devenu aussi indispensable que construire un worldbuilding qui ne fasse pas carton-pâte.

Autant dire que c’est joli, Estelle Faye s’est fait plaisir en plaçant son bestiaire favori, mais l’amateur éclairé va pleurer des larmes de sang en faisant les comparaisons qui s’imposent avec Sanderson, Weeks ou (une fois encore) McClellan, ou bien, en matière d’auteurs francophones, avec Mathieu Gaborit par exemple.

Personnages (ou : la naissance d’un nouveau sous-genre, la Bishōnen fantasy) *

Relax, Frankie goes to Hollywood, 1983.

Les premières critiques disponibles s’accordent toutes sur un point : le fait que les personnages soient « le gros point fort » du roman. Moi j’ai une approche radicalement différente : je pense non seulement que c’est l’ambiance / la plupart des pans de l’univers qui sont le gros point fort des Seigneurs de Bohen, mais aussi que ses personnages en sont un des principaux… points faibles. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas un comportement cohérent, premier point, que leurs relations ne correspondent pas aux codes du genre et parasitent complètement l’aspect Révolution, qui, du coup, passe au second ou troisième plan, second point, et parce que certains sont trop stéréotypés, troisième point.

Le comportement des personnages

Il est totalement incohérent sur plusieurs points :

  • D’abord, dans la façon de retourner leur veste plus vite que Jacques Dutronc et pour des motifs ni logiques, ni même clairs (= pas expliqués). Je vais y revenir dans la section « intrigue ».
  • Ensuite, il faut savoir que si j’ai bien compté, cinq d’entre eux sont homo- ou bi-sexuels, ou du moins prêts à des relations avec une personne de même sexe pour sauver leur peau, même si telle n’est pas, à la base, leur inclinaison. Il faut savoir que dans l’empire de Bohen, l’homosexualité est un crime sévèrement puni, et que, donc, il faut être très prudent avec les manifestations publiques d’affection. Or, il se trouve que très régulièrement, ils s’embrassent, voire ont des relations sexuelles, dans des endroits où la chance d’être aperçus est très élevée. Bref…
  • Dans le même genre, plusieurs d’entre eux sont recherchés par les autorités, leur congrégation ethnique / religieuse ou par des assassins à la solde de leurs ennemis, et au lieu de fuir très loin ou d’être prudents, ils ne prennent aucune précaution, voire traînent régulièrement à proximité des lieux où leurs ennemis peuvent les apercevoir !
  • Enfin, Sorenz, mercenaire endurci et penseur froid, commence à prendre des décisions aberrantes sur le plan stratégique et commercial (par rapport à sa Compagnie) dès sa rencontre avec Sainte-étoile, au mépris de toute logique : vous voyez Toubib se comporter comme une midinette, par amour, et mettre en danger la Compagnie Noire, sa réputation et sa sécurité ? C’est supposé être de la Dark Fantasy, bordel, pas de la Paranormal Romance !

Bref, le comportement des personnages est, au mieux, illogique, au pire du grand n’importe quoi en terme de cohérence de la part de l’autrice.

Des personnages qui ne correspondent pas à ce qu’on attend en Dark Fantasy…

Si vous êtes amateur de mangas ou d’anime, vous connaissez probablement les Bishōnen, ces hommes qui ont une apparence au mieux androgyne, voire quasiment féminine. Deux exemplaires très célèbres sont Shun d’Andromède et Aphrodite des Poissons dans Saint Seiya / Les chevaliers du Zodiaque. Dans Les seigneurs de Bohen, vous trouverez deux hommes qui correspondent à cette esthétique, Sorenz et Wens.

Vous allez probablement me demander où est le problème. Outre le fait que ce genre de beauté délicate et immaculée n’est pas franchement dans les codes de la Dark Fantasy, avec ses personnages burinés, couturés de cicatrices, au visage mangé par la petite vérole, patibulaires, le souci est qu’un des deux est supposé être un chef mercenaire de très grande envergure qui, loin de se contenter de diriger ses troupes depuis l’arrière, est en première ligne avec elles. Et donc, il n’a pas une cicatrice (malgré, également, le fait qu’il fait joujou avec les prototypes de nouveaux types d’armes à feu), un teint de pêche, une chevelure soyeuse, et j’en passe. Bref, tout ceci cumulé fait qu’au moins un des deux personnages est donc d’une logique folle dans un cadre militaire et Dark fantasy, hein. Sauf, bien sûr, si on jette le marketing de chez Critic à la poubelle et qu’on examine ce livre selon le vrai genre auquel il appartient en réalité, la Paranormal Romance. En grand explorateur de la taxonomie de la SFFF que je suis, je propose même la création d’un sous-genre inédit : la « Bishōnen fantasy ».

… ou au contraire qui y correspondent un peu trop

Un autre de mes problèmes avec ces personnages supposés être « le gros point fort du livre » est qu’ils sont épouvantablement stéréotypés : l’adolescente qui est livrée à elle-même, la wildcard (Sainte-étoile) hédoniste qui est régulièrement obligée de fuir le lieu de ses exactions précédentes pour cause de pigeons mécontents bien décidés à lui faire la peau mais qui n’est en même temps pas totalement mauvaise (et qui est bien entendu un épéiste de tout premier plan), le chef mercenaire adulé par ses troupes (Sorenz), la magicienne supposée être de troisième ordre qui se révélera être bien plus puissante que prévu, et j’en passe.

Et en matière de stéréotypes, ça ne s’arrête malheureusement pas là : un des personnages correspond à un des clichés les plus éculés de la (mauvaise) fantasy, à tel point que je me suis demandé si Estelle Faye s’était bien souvenue que ce livre était destiné à des adultes et pas à une collection jeunesse. Franchement, en 2017, utiliser ce twist là, il faut oser… Je trouve aussi qu’Estelle Faye cède à certains effets de mode, puisque voilà ENCORE un livre de Fantasy avec un personnage de muet : mais qu’est-ce qu’ils ont tous à en introduire ? McClellan, Peter Newman, elle, il y a un concours secret chez les auteurs du monde entier ou quoi ? Enfin, le personnage de Wens, envoyé de façon injuste dans les mines où on extrait un métal précieux, évoque celui de Félisine chez Erikson (et comme elle, il sera prêt à n’importe quelle compromission pour échapper à son sort et verra son fondement transformé en base de loisirs par les gardes), tandis que la relation Sainte-étoile / Morde rappelle très fortement celle entre le légendaire Sven Tveskoeg et son non moins fameux flingue.

Attention, hein, je ne vous dis pas que les personnages, même les plus stéréotypés, sont mauvais ou pas attachants : j’ai bien aimé Sainte-étoile, adoré l’originalité du pouvoir de Maëve, apprécié la capitaine vouivre, et surtout trouvé Janosh formidable.

Des personnages qui mettent l’intrigue au second, voire troisième plan

Enfin, mon très gros souci avec les personnages est que les relations (essentiellement amoureuses) entre eux mettent ce qui aurait dû être le point focal de la narration, à savoir la préparation et le déroulement de la Révolution, au deuxième, voire parfois au troisième plan ! Trop occupée à explorer le thème de l’homosexualité / des discriminations (y compris en matière d’emploi) faites aux femmes et à faire de la Paranormal Romance, l’autrice en oublie l’essentiel, à savoir montrer le tableau général. Même la forte implication de ses personnages dans les événements devient finalement anecdotique, tant ce qui compte est la romance entre eux. J’en veux pour preuve la façon dont la moindre scène d’envergure est bâclée afin de vite retourner dans la tête des protagonistes histoire de voir à quel point ils sont heureux / malheureux, les pauvres…

Attention, une description précise, d’envergure, immersive d’une Révolution et un puissant aspect romance (y compris gay) ne sont en rien incompatibles, Django Wexler l’a magistralement prouvé dans The shadow throne que je citais plus haut. C’est juste que dans Les seigneurs de Bohen, c’est mal fait, point.

Intrigue : une Révolution bien peu révolutionnaire, pour cause de Barbara Cartland-Fantasy, et qui a l’étanchéité du Titanic

La conséquence du paragraphe précédent est donc que la Révolution est finalement un thème secondaire, complètement écrasé par l’aspect romance. Ou comment prendre un thème qui aurait dû donner lieu à de puissantes scènes et complètement le torpiller. La quatrième de couverture parle de scènes « épiques et spectaculaires » : où sont-elles ? Chaque fois qu’il aurait dû y en avoir une, elle est réglée d’une façon lapidaire en quelques lignes, au mieux un pénible paragraphe, comme si elle n’intéressait pas l’autrice plus pressée de revenir à sa romance. C’est le cas de toutes les batailles (p 486 : réglée en six lignes…), ou des scènes supposées hautement magiques comme celle qui concerne les golems (scène effectivement à fort potentiel mais qui, arrivant dans les dernières dizaines de pages, vient bien trop tard pour parler de roman « épique et spectaculaire »). J’ai notamment été sidéré par l’arc avec les enfants (allégorie des enfants-soldats) et la façon dont il est littéralement abandonné par Estelle Faye comme un jouet dont on ne veut plus. Bref, le soin quasiment maniaque avec lequel elle évite toute grande scène potentiellement immersive, spectaculaire ou épique est juste extraordinaire. Ce qui n’aurait pas posé de problème si ce roman avait été présenté comme intimiste, et pas comme « épique et spectaculaire » : là, il y une discordance absolument énorme entre le marketing et la réalité concrète. 

Et je ne parle pas des personnages, principaux ou secondaires, dont l’autrice se débarrasse d’un trait de plume d’une façon sidérante. Alors pour info, en Dark Fantasy grim & gritty, si la mort « brutale » d’un protagoniste est presque une tradition, cet adjectif s’applique au fait qu’elle soit improbable et inattendue, pas au fait qu’elle soit réglée en trois lignes ! Je me pose d’ailleurs beaucoup de questions sur la compréhension réelle qu’à Estelle Faye de ce sous-genre : tout le long du roman, certains passages stéréotypés montrent plus la volonté de servir des phrases toutes faites aux puristes du genre qu’une réelle maîtrise de ce qu’il est. Comme si elle cherchait, à peu de frais, à s’acheter un adoubement ou une légitimité dans les cercles d’une dark fantasy adulte où elle sait qu’elle sera attendue au tournant par certains critiques (dont votre serviteur). Bien mal aidée par son éditeur et ses comparaisons à la noix en quatrième de couverture, force est de constater pourtant qu’en essayant d’introduire autant de romance (et d’une mièvrerie confondante, qui plus est) dans ce qui était censé être de la Dark Fantasy « dans la lignée de Cook et d’Abercrombie », elle s’est complètement plantée. Ou alors, il aurait fallu quelque chose de beaucoup plus hardcore, tirant sur la Dark Romance, ce qui n’est pas le cas ici.

Bref, si vous lisez ce livre en pensant y trouver l’histoire d’une Révolution dans un cadre Fantasy, avec une forte immersion dans les événements, vous êtes à la mauvaise adresse : vous allez en fait vous retrouver avec de la Barbara Cartland-Fantasy (version gay) où le temps qui aurait dû être passé à décrire les événements historiques ou les scènes à grand spectacle est littéralement sacrifié sur l’autel des transports amoureux de tel ou tel protagoniste.

Mon autre très gros problème avec l’intrigue est qu’elle est littéralement pleine de trous et d’incohérences, parfois majeures. Petit florilège :

  • Le fait que Sainte-étoile se fasse capturer par la sorcière et qu’elle lui implante Morde n’est jamais expliqué. De même, il y avait vraisemblablement quelque chose à comprendre avec la guérisseuse dans la prison, mais je dois être passé à côté…
  • Le fait que Janosh et Wens attaquent Sorenz (ce qui est complètement illogique) PUIS se rallient à lui (ce qui est tout de même bizarre) n’est pas expliqué, et pas franchement explicable non plus : lorsqu’on veut faire la Révolution, pourquoi attaquer les troupes qui s’en prennent aux autorités ?
  • Et surtout, la très grosse faute de logique : le monopole de Sorenz sur les armes à feu et les canons. L’autrice bafouille quelques vagues explications basées sur la superstition, mais ça ne tient absolument pas la route. Féru d’Histoire militaire, je peux affirmer en toute certitude qu’aucune armée dans l’Histoire n’a jamais continué à se battre avec des arcs et des arbalètes en laissant à des troupes mercenaires présentes sur son sol le contrôle exclusif d’armements nettement plus avancés. Que je sache, lorsque les indiens d’amérique, par exemple, ont été confrontés aux armes à feu, ils ne les ont pas laissées de côté en disant « non, ça c’est pourri, Grand Esprit dire nous continuer avec arcs et lances », ils se sont mis à dézinguer les Tuniques Bleues au fusil Henry comme tout le monde.
  • Des tas de points d’intrigue sont lancés en l’air, avant de retomber comme des fientes au sol, en étant torpillés en 5-6 mornes lignes. Cf l’arc avec les enfants, une fois encore. On peut aussi se poser la question de l’utilité, rétrospectivement, de certaines scènes, personnages ou même arcs scénaristiques entiers.

Bref, le Vaisseau Noir d’Estelle Faye a l’étanchéité du Titanic, surtout lorsqu’on considère que toutes les révélations de la dernière centaine de pages sont stéréotypées, téléphonées, voire les deux. Le seul point qui m’a réellement surpris là-dedans est Sorenz, ça s’arrête là.

Narration, style

L’autrice a un style le plus souvent agréable, elle nous évite le vocabulaire de m’as-tu-lu dont sont coutumiers la plupart de ses confrères et consœurs francophones, les dialogues impliquant Morde sont très savoureux, elle s’y entend pour décrire les transports amoureux et les émotions de ses protagonistes, mais elle n’est pas pour autant exempte de reproches : j’ai notamment relevé une légère (mais très désagréable) tendance au staccato à la James Ellroy par moments, ainsi qu’une utilisation assez incompréhensible de temps de conjugaison à la con que rien ne justifie vraiment (p 395 : allassent et rejoignissent…).

Niveau narration, ce roman est très particulier : certains des personnages principaux ou secondaires peuvent disparaître pendant une (Sainte-étoile) voire plusieurs (Domenica) centaines de pages avant de refaire une apparition, et certains chapitres présentent le point de vue (pdv) de plusieurs d’entre eux. D’un côté, c’est intéressant parce que ça permet d’avoir le pdv du protagoniste le mieux à même de faire avancer l’histoire à ce moment précis, et donc c’est plutôt habile et bienvenu; mais d’un autre côté, ça laisse une impression assez bordélique, et si par malheur le personnage auquel vous vous êtes le plus attaché disparaît pendant des dizaines de pages (voire plus…), c’est tant pis pour vous. Bref, cette narration très éclatée risque d’être très polarisante, et de déstabiliser certains lecteurs.

Ajoutons que si la plupart des pdv sont à la troisième personne, un fil rouge formé d’interludes nous montrant les souvenirs de Ioulia la Perdrix (qui rappelle vaguement, dans le concept, Horza, chez Banks) de cette période historique est narré, lui, à la première personne. Ce personnage sert également de narrateur omniscient, de fait. Au passage, certains de ces interludes sont l’occasion d’un info-dump à la fois malhabile et éhonté.

Mais bon, comme je l’ai expliqué en détails plus haut, l’impression d’ensemble est celle d’un livre peu maîtrisé, relevant globalement plus du Young adult que de la Dark Fantasy pour adultes.

Un mot sur l’édition

Pas de problème de relecture à signaler, le travail a été bien fait. Niveau impression, pas de souci pour le texte, mais en revanche pour la couverture, je trouve que le rendu final est très (trop) sombre, et ne rend pas justice à la splendide illustration signée Marc Simonetti. Signalons la présence d’une jolie carte, et une absence de Dramatis Personæ qui n’a finalement que peu d’impact vu qu’il n’y a pas non plus 2500 personnages.

Au passage, vous avez droit au premier chapitre de La messagère du ciel, prochain roman de Fantasy post-apocalyptique (très à la mode, ça, en ce moment) de Lionel Davoust. Ne me demandez pas ce que ça vaut, je ne l’ai pas lu, mais on saluera tout de même l’initiative de l’éditeur.

En conclusion

La quatrième de couverture parle de « roman de dark fantasy spectaculaire et épique, dans la lignée de Joe Abercrombie ou de Glen Cook », mais on se retrouve en réalité avec de la Paranormal Romance Gay d’une grande mièvrerie et qui, au mépris de l’aspect Flintlock également présent, fait passer au troisième plan la Révolution qui est supposée être au cœur de l’histoire au profit des transports amoureux des protagonistes (et d’un message social contre les intolérances / pour la liberté sexuelle et la libération de la femme -notamment sur le plan professionnel-). Deux des personnages principaux, loin des codes de la Dark Fantasy, sont d’ailleurs des Bishōnen (hommes d’apparence délicate, androgyne, voire carrément féminine) sortis tout droit d’un manga / anime. Si vous pensez que la Dark Fantasy peut s’accommoder de personnages mercenaires au teint de rose et aux cheveux soyeux, dépourvus de la moindre cicatrice, au mépris des codes du genre qui privilégient les protagonistes patibulaires et burinés, allez-y, sinon, fuyez.

Bref si l’aspect « dark » est en effet présent, il est trop noyé dans des éléments qui ne correspondent pas aux codes du genre pour remporter l’adhésion des puristes. L’aspect épique et spectaculaire, vanté lui aussi par la quatrième de couverture, je le cherche encore (en même temps, avec des batailles réglées en quelques lignes lapidaires…), tout comme le magicbuilding, aux abonnés absents (ce qui, vu la présence très importante d’éléments surnaturels, est un comble). L’impression d’ensemble est celle d’un livre peu maîtrisé (avec de grosses incohérences en terme d’intrigue et de worldbuilding), relevant globalement plus du Young adult que de la Dark Fantasy pour adultes : autant dire qu’on est très loin de la comparaison fantaisiste avec Cook et Abercrombie, de grands écrivains maîtrisant avec brio leur sujet. Le soin quasiment maniaque avec lequel l’autrice évite toute grande scène potentiellement immersive, spectaculaire ou épique est juste extraordinaire. Ce qui n’aurait pas posé de problème si ce roman avait été présenté comme intimiste, et pas comme « épique et spectaculaire » : là, il y une discordance absolument énorme entre le marketing et la réalité concrète.

Le seul intérêt que je trouve à ce livre est une atmosphère fantastique très agréable, des influences slaves qui le démarquent du tout-venant de la fantasy francophone, et bien entendu la présence de canons et d’armes à feu, ainsi que le contexte Révolutionnaire, qui l’inscrivent dans le mouvement Flintlock Fantasy. Toutefois, dans chacune de ces catégories (ainsi, bien entendu, qu’en Dark fantasy), vous pouvez trouver largement mieux, surtout si vous lisez l’anglais. Si vous êtes intéressé par une exploration au travers d’un prisme Fantasy de la Révolution, on vous conseillera plutôt de vous tourner vers McClellan ou Wexler, nettement plus pertinents (le second proposant également une romance gay autrement plus intéressante). Pour l’aspect civilisation slave + mousquets / canons + magie, les anglophones auront tout intérêt à aller plutôt vers Bradley P. Beaulieu. Enfin, pour de la Fantasy Gay-friendly, préférez Rien que l’acier de Richard Morgan, incomparablement plus solide.

Bref, un livre qui se destinera essentiellement au fan de l’autrice, au novice en Fantasy, au lecteur de Young Adult ou de Paranormal Romance, ou au lecteur non-anglophone. Le fan de Cook, d’Abercrombie et de Dark Fantasy / Fantasy épique ira, lui, voir ailleurs si l’herbe est plus verte (et elle l’est).

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir d’autres avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Boudicca sur le Bibliocosme, celle de BlackWolf, celle de Célindanaé sur Au pays des Cave Trolls,

***

J’invite « amicalement » toute personne souhaitant réagir en commentaire à consulter les règles du blog avant, avec une attention particulière pour les 1, 2, 5 et 8. Tout post y dérogeant sera purement et simplement effacé. Parce que je suis bien gentil, toujours ravi d’échanger des points de vue (même -et surtout- contradictoires), hein, mais faut pas se croire tout permis non plus.

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49 commentaires pour Les seigneurs de Bohen – Estelle Faye

  1. May dit :

    Je comprends tout à fait ton point de vue, ce n’est pas ce que tu attendais de ce livre (et tu as l’air de vraiment t’y connaître en fantasy et d’avoir une vue d’ensemble qui justifie ton avis), mais je crois que c’est justement tout ce que tu n’as pas aimé qui a fait que j’ai adoré ce livre ! 😉

    Aimé par 2 people

    • Apophis dit :

      Alors je conçois tout à fait que d’autres catégories de lecteurs puissent y trouver leur compte et aient un avis radicalement divergent par rapport au mien. Je ne me place pas en opposition par rapport à eux, mais par rapport à la façon dont le livre est présenté par l’éditeur. Je préviens, en gros, que le pur et dur de la Dark Fantasy à la Cook / Abercrombie a une chance importante de détester ce livre.

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  2. L'ours inculte dit :

    Tous les points que tu soulèves sur le décalage marketing/récit ou le fait que ce soit assez éloigné de la dark fantasy m’importent pas tant que ça (je suis pas vraiment un puriste 😀 )… Mais alors ta description de la romance prépondérante, des personnages et des incohérences m’ont bien refroidi…

    Bon, il était pas dans mes priorités non plus, j’avais pas du tout accroché à Porcelaine, mais là je crois que je passerai mon tour.

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  3. Bien entendu tu te doutes que je ne suis pas du même avis que toi. Après comme déjà dit, je n’ai pas lu Cook et Abercrombie donc je ne peux pas comparer. Pour moi qui ait lu les autres romans d’Estelle Faye et pas mal de ses nouvelles, ce roman lui correspond. Elle change d’univers très souvent mais pas de style et on reconnait sa patte et ses thèmes fétiches. Je pense que ceux qui ont aimé ses précédents romans aimeront celui-là. Peut-être que l’éditeur n’aurait pas du le comparer à Cook ou Abercrombie, mais j’ai l’impression que les éditeurs en font un peu trop ces temps-ci (par exemple avec Sénéchal chez Mnémos que je n’ai pas encore lu d’ailleurs). J’étais sure dès le début que tu n’apprécierais pas ce roman parce que tu y plaçais de fausses attentes contrairement à moi d’ailleurs. 🙂

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    • Apophis dit :

      Je pense en effet que les fans d’Estelle Faye n’auront pas de problème avec ce roman. C’est surtout à ceux qui sont là pour de l’épique et du « dark » que je pense, ceux là n’y trouveront pas vraiment leur compte. Sinon, chacun son ressenti, même si les nôtres sont radicalement opposés, sur ce coup là, ça ne rend pas l’un plus pertinent que l’autre, et inversement. C’est juste que chaque catégorie de lecteur, ou chaque personne, a une grille de lecture sur un livre qui ne correspondra pas forcément à celle de son voisin. Comme je le dis souvent, aucune critique n’est une vérité absolue et universelle rendant invalides les autres, chacune donne un petit aperçu, différent, du patchwork global.

      Sinon, sur Critic et Mnemos, nous sommes d’accord.

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  4. C’est limpide et honnête. Belle chronique, y a pas à dire tu maîtrises le sujet.

    Le livre ne m’attirait pas plus que ça. Je lirai un jour un livre de cette auteure, mais pas celui ci je pense. Pas assez dark justement.

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  5. Xapur dit :

    Arf, moi qui pensait le prendre, tu as douché net mon enthousiasme !

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  6. Lutin82 dit :

    Ah……. Je me demande si je vais plus loin que le sous-titre ???
    « Paranormal Romance » —-> je fuis!!

    Franchement je suis très déçue. Tu soulignes l’univers qui même s’il n’est pas à la hauteur de Kay, m’aurait bien séduite. Même des personnages stéréotypés me conviennent, et même le roman si c’est pas tout à fait Dark fantasy…

    Mais romance, et les incohérences, non, là je ne peux pas. Je vais détesté.

    Je te remercie vivement de cette superbe critique bien éclairante pour moi. Cela ne correspond pas du tout à mes attentes!
    Je passe!

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  7. Olivier Boile dit :

    Je confirme que « Nadejda » paraîtra bien en juin, merci pour la « pub copinage » ! Par contre je crois que tu t’emballes un peu en écrivant que la fantasy d’inspiration slave est « très à la mode » : à ma connaissance on est encore peu nombreux à être allés dans cette direction… mais si à l’avenir la fantasy slave s’affirme comme une véritable tendance, j’en serai ravi !

    En tout cas, même si j’avais lu et apprécié « Porcelaine » du même auteur, je passerai mon tour sur ce roman-ci : l’aspect slave est évidemment très alléchant, mais le côté « paranormal romance » est tout à fait éliminatoire en ce qui me concerne… Dommage ! Même si je ne doute pas un seul instant que ce roman trouvera son public, ce qui est rédhibitoire pour moi (et pour toi aussi, me semble-t-il) ne l’étant pas pour tout le monde, et c’est très bien ainsi.

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  8. Systia dit :

    Bon, comme tu concèdes à Estelle Faye une belle plume, je me laisserai tout de même tenter par sa trilogie de fantasy jeunesse (La voie des oracles, dans ma liste d’envie depuis un moment), en espérant que les incohérences n’y soient pas trop présentes.

    Par contre, pourrais-tu revenir sur ce que tu as dit concernant la magie : « […] en 2017, introduire une telle dose de surnaturel dans son roman et ne rien expliquer (ou quasiment), c’est juste donner le bâton pour se faire battre […]. Il faudrait que certains comprennent que bâtir un magicbuilding cohérent et développé est devenu aussi indispensable que construire un worldbuilding qui ne fasse pas carton-pâte. » ?
    Avant l’explication de la magie était rare dans la fantasy ? Depuis quand y a-t-il changement ? Y a-t-il eu des précurseurs dans ce domaine ? (oui, je te bombarde de questions ^^)

    Sinon, comme d’habitude : critique claire, argumentée, non exempte d’humour, et dont pas mal de références m’échappent mais c’pas grave 🙂

    Et j’ai pris note de ta pub copinage et garderai un œil sur ce roman (tu sais si tu le chroniquera ?).

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    • Apophis dit :

      Alors, concernant la magie, on peut distinguer trois périodes :

      – 1ere période : pas d’explication, il y a de la magie, point. Tu ne sais pas pourquoi certains ont des pouvoirs et d’autres pas, d’où provient la magie, comment elle marche, ce qui détermine le degré de pouvoir d’un mage, etc.

      – période intermédiaire : tu as une explication satisfaisante sur la magie, mais elle n’entre pas forcément dans le détail. Le meilleur exemple auquel je puisse penser est Terremer d’Ursula Le Guin.

      – période moderne : le système de magie (magicbuilding) est un élément aussi détaillé et important dans le livre que la construction de son univers (Worldbuilding). Alors il y a bien entendu des degrés divers, mais chez certains auteurs de référence, c’est EXTRÊMEMENT développé. Le précurseur absolu est pour moi Brandon Sanderson, mais Brent Weeks n’est franchement pas loin derrière (ou McClellan dans le cycle des Poudremages).

      Alors certes, on pourrait théoriquement continuer à se contenter d’un équivalent poli du « ta gueule, c’est magique » en 2017, mais disons que ça fait franchement tâche à côté des auteurs de premier plan.

      Oui, la lecture du roman d’Olivier Boile est prévue, j’ai beaucoup apprécié sa nouvelle dans l’anthologie Antiqu’idées, donc je suis plus qu’impatient de me replonger dans ses univers et son écriture.

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  9. Boudicca dit :

    Je n’ai pas tout lu pour me garder quelques surprises (je le commence tout juste) mais ta critique tempère un peu mon enthousiasme du coup ^^ (d’autant plus que je sors justement d’un Abercrombie !)

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  10. Dionysos dit :

    Bon, je vais laisser Boudicca s’y lancer et je verrai ensuite^^

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  11. lorhkan dit :

    Au moins c’est argumenté !
    Après, à chacun de voir si les points soulevés lui semble important ou non.
    En tout cas, ce qui ressort c’est que Critic semble avoir communiqué de manière un peu biaisée sur ce roman qui n’est pas tout à fait celui attendu. Je le lirai sans doute, mais tu douches un peu mon enthousiasme… 😉

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  12. Thomas D dit :

    Hello Apophis,

    Je profite de cette critique pour te redire à quel point j’apprécie la façon dont tu procèdes. Toujours constructif, même avec un livre que tu apprécies peu ou qui est simplement mauvais. « Sévère, mais juste » comme dirait l’autre. Je suis impatient et à la fois flippé à l’idée que mon livre passe un jour dans tes mains 😉

    Après ta série d’articles ou tu expliques les genres et sous-genres est-ce que tu faire une série d’articles sur les ouvrages références (d’après toi) de ces différents genres ? Si je demande c’est qu’en partie grâce à toi je me suis remis à lire de la SF, mais vu ma PAL je voudrais lire le top du top.

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    • Apophis dit :

      Merci Thomas, tu as parfaitement cerné l’esprit que je veux conserver, « sévère mais juste ». Concernant ton livre, plus « que » 11 mois à attendre 🙂 (il est prévu dans le mois thématique uchronique, en février 2018).

      A vrai dire, j’avais plus dans l’idée de continuer à mettre des exemples d’ouvrages références dans les articles sur les genres et sous-genres. Mais si il y a de la demande pour des articles spécifiquement consacrés aux livres conseillés, sans explication sur la nature et l’histoire du sous-genre, ça peut se faire. Le seul truc, c’est que ça ne se fera pas dans l’immédiat. C’est très compliqué pour moi ces dernières semaines de trouver du temps à la fois pour lire et pour rédiger les critiques, donc pour l’instant les articles de fond sont en sommeil. Le prochain concernera de toute façon les genres mineurs de la fantasy, avant de passer aux genres majeurs de la SF.

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      • Thomas D dit :

        Oui, je l’ai vu au planning.
        Si jamais tu as un sort liste de SF qui traine à l’occasion, je suis preneur.
        Je me rends compte que le peu de SF que j’ai lu étant gamin était bien merdique.

        En tous cas, sache que j’adore ton travail. Je découvre plein de livre et thème intéressant.
        Ma PAL est en hyper inflation depuis que je connais ton blog ^^

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        • Apophis dit :

          On va essayer de mettre une liste au point à l’occasion, alors, surtout que si ma mémoire est bonne, ce n’est pas la première fois que cette demande m’est faite. En attendant, tu peux consulter le tag « (roman) Culte d’Apophis (le nuage de tags se trouve tout en bas de la colonne de droite du blog), ça te donnera quelques pistes.

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  13. Maned Wolf dit :

    Aïe, Paranormal Romance Young Adult, ça ne me vend pas du rêve… Par contre, je suis impressionnée par le soin avec lequel tu rédiges tes chroniques ! Sacré boulot, je te tire mon chapeau 🙂

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  14. Ping : Chroniques des livres éligibles au Prix Planète-SF 2017 : L à Z (par titre) - Planète-SF

  15. Et bien écoute, je suis bien contente d’avoir une critique mitigée. Je m’explique : ce roman ainsi que Sénéchal font partie de mes futurs achats. Et je n’avais lu que des chroniques élogieuses jusqu’à présent. Donc, c’est pas mal pour me situer et d’avoir une plus grande vision d’ensemble. À moi de me faire ma propre opinion. En revanche, le côté romance risque de me gaver… C’est drôle, je n’avais jamais lu les conditions de ton blog, c’est chose faite, maintenant! 😉

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    • Apophis dit :

      Ce qui est très intéressant, dans la blogosphère, c’est que chaque critique va examiner un même livre selon des angles différents : sur celui-ci, par exemple, je l’ai examiné selon le point de vue d’un lecteur assidu de dark fantasy et de fantasy épique, ainsi que dans l’optique de comparer les promesses de la quatrième avec la réalité; une autre recension pourra, par contre, apporter le point de vue d’un lecteur régulier d’Estelle Faye, et dire comment, en terme de qualité, de style / ambiance ou de niveau de maturité (adulte / YA) sa dernière production se situe par rapport aux précédentes; une troisième personne pourra, elle, se placer selon un point de vue encore différent, ni amateur de Dark fantasy, ni connaisseur de l’autrice.

      C’est ce qui rend si important, selon moi, le fait de lire plusieurs critiques différentes du même livre (et c’est pour ça qu’en fin de recension, j’indique, dans la mesure du possible, celles des blogopotes) : je ne compte plus les fois où j’ai vu des avis diamétralement opposés, mais où chacun m’a donné un élément capital me permettant de décider de lire / ne pas lire le roman concerné.

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      • Je vais quand même tenter car j’ai lu trois autres des romans de l’auteur. C’était pas trop mal mais loin d’être un coup de coeur. Du coup, si ce roman s’inscrit dans un registre plus adulte, j’apprécierai peut-être davantage. Dans tous les cas, j’apprécie ta franchise!

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  16. Elhyandra dit :

    La simple mention de Lumière rose me dit que non merci mais ce n’est pas ce que j’attends dans la Dark fantasy
    Dis donc tu m’étonnes quand même tu l’as pas defoncé cette petite dame 😂
    Pour Jaworski par contre ‘tention hein, si t’es vilain je filme celui qui dansera à poil sur du Britney en se faisant passer pour toi 😉

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  17. Herbefol dit :

    C’est marrant, mais en lisant la quatrième couv’, j’ai senti que le bouquin ne serait pas pour moi… parce que j’avais parié que l’éditeur se plantait dans sa présentation de l’ouvrage. De façon plus générale, cette façon de présenter un bouquin pour ce qu’il n’est pas m’agace fortement, avec en prime le name-dropping absurde (« au croisement de Victor Hugo et Alexandre Dumas »). Au mieux c’est de l’incompétence, au pire c’est de l’escroquerie.

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    • Apophis dit :

      Si j’en crois les réactions que je vois passer en commentaires, je pense que nous sommes de plus en plus nombreux à être exaspérés par la façon dont les quatrièmes de couverture sont rédigées. A force de créer des attentes irréalistes ou des comparaisons sans objet, certains éditeurs créent en parallèle un sentiment de méfiance à long terme envers leur production qui, s’il leur permet de vendre le bouquin x, rend plus incertain l’achat par un lecteur frustré des livres x+1, x+2 ou x+n.

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      • Herbefol dit :

        Pour cet éditeur en particulier, tu pointes aussi du doigt un autre défaut que j’ai vu passer dans un de leurs ouvrages : les incohérences tant dans l’intrigue que dans l’univers proposé. Ce qui au final fait que je pense ne plus approcher un ouvrage de cette maison.

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        • Apophis dit :

          Je pense que c’est le boulot d’un (bon) éditeur de dire à son auteur « Ce point là n’est pas logique, il faut absolument réécrire ce passage ». Si ces problèmes de cohérence sont récurrents, je pense qu’ils ont tout intérêt à changer de politique éditoriale. Parce que je te rejoins tout à fait, celle appliquée actuellement n’incite guère à retenter l’expérience.

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