Sénéchal – Grégory Da Rosa

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A tes risques et périls, ce livre tu achèteras, mais si ce pas là tu franchis, point tu ne le regretteras !  

senechal_da_rosaSénéchal est le premier roman de Grégory Da Rosa, jeune auteur Montpelliérain de 27 ans. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Mnemos est à fond derrière lui : « découverte Fantasy de l’année », « un premier roman qui s’est imposé comme une évidence », « nous avons été happé par la virtuosité et l’intelligence de son scénario, par son univers à la fois très réaliste et d’une rare originalité, par un style volontairement médiévalisant mais parfaitement lisible ». Ils se sont même fendus d’une sorte… de bande-annonce ! Et je ne parle pas du flot de services-presse qui a inondé internet : alors que le roman sort en théorie le 2 février, on compte déjà à cette date… neuf critiques sur Amazon (pour ceux qui se poseraient la question, j’ai juste reçu ma précommande plus tôt que prévu, il ne s’agit pas d’un SP -ceux-ci sont signalés en toute transparence sur ce blog-).

J’ai bien peur d’être plus critique, mitigé ou nuancé que les avis en question, cependant : oui, c’est un bon roman, c’est incontestable, mais non, ce n’est pas original, ni sur le fond, ni sur la forme, et, de plus, je ne suis pas (systématiquement) d’accord avec la « parfaite lisibilité » du style médiévalisant, qui se révèle plus lourd et contre-productif qu’autre chose la plupart du temps. Toutefois, je vous conseille vraiment de lire cette recension de bout en bout : si certains passages pourront vous paraître extrêmement critiques (mais rédigés, je le précise, dans un esprit qui se veut constructif), ils ne doivent pas cacher le fait que dans l’ensemble (si vous êtes capable de dépasser le style d’écriture assez particulier), nous avons ici affaire à un très bon premier roman, parfaitement recommandable. C’est juste qu’il ne sera clairement pas fait pour tous les types de lecteurs. 

Petite précision, absente de la quatrième de couverture : ce n’est pas un one-shot, c’est visiblement le premier tome d’un cycle. En combien de tomes ? Je n’ai trouvé l’info nulle part. Probablement une « trilogie en 6 volumes », hein, comme chez tous les autres auteurs  ces derniers temps  😀

D’habitude, dans mes critiques, je vous présente l’univers, puis l’intrigue, les personnages, et je vous parle de l’écriture de l’auteur. Pour une fois, on va faire l’inverse, car clairement, le style adopté par Grégory Da Rosa sera LE facteur bloquant (ou disons polarisant) pour certains d’entre vous.

Style, rythme

L’auteur a donc choisi de rédiger son livre dans un style qui rappelle le vieux français, avec de nombreux termes relatifs à l’habillement, l’armement et également argotiques qui sont très « médiévalisants », comme dit l’éditeur. Histoire de ne pas laisser les 98 % d’entre vous qui ne connaissent pas le dixième de ces termes sur le bord de la route, ils sont expliqués (quasi-systématiquement, même si dans certains cas, c’est du do-it-yourself) par une note en bas de page. Vous savez, celles qui ont tellement été « appréciées » par les lecteurs de Latium, pour prendre un exemple récent. Et comme dans ce roman (certes, émanant d’un éditeur différent), la même erreur a été faite : celle de ne pas proposer un glossaire récapitulatif en fin de livre, ce qui fait que si vous n’avez pas retenu la signification d’un de ces termes du premier coup, eh ben c’est tant pis pour vous. Puisqu’on en est là, la carte et le Dramatis Personæ brillent également par leur absence, ce qui achève de rendre tout ceci malaisé à suivre.

Une petite remarque : après la polémique qui a entouré la traduction du Trône de Fer (qui a influencé l’auteur, d’après la quatrième), et le rejet massif du langage médiévalisant, justement, je trouve que l’employer tout de même est courageux (ou complètement suicidaire, c’est vous qui voyez), particulièrement pour un premier roman. Certes, d’autres livres se sont taillés une jolie réputation en employant un argot sorti tout droit du Moyen-âge, mais tout le monde ne s’appelle pas Jaworski, d’une part, et d’autre part on peut se demander si à force d’exercer dans le même registre, les écrivains francophones ne vont pas finir par sérieusement saturer leur public.

La vraie question est donc, renvois incessants en bas de page mis à part : est-ce que le livre est facile à lire, et surtout est-ce que ce langage médiévalisant apporte réellement quelque chose, ou n’est-ce qu’un effet de manche ? Je suis très partagé sur la question. La plupart du temps, j’ai trouvé que ça rendait la lecture fastidieuse. En même temps, l’honnêteté m’oblige à rappeler un fait que j’ai souvent martelé sur ce blog : j’ai une très faible affinité pour le style surchargé, ampoulé, de la plupart des auteurs français, qui nuit à ce qui, pour moi, doit être la qualité première d’un roman, à savoir la fluidité de lecture et la facilité d’immersion. Toutefois, je dois bien dire que dans certains autres cas, ces effets de style sont très agréables et réussis dans le roman de Grégory Da Rosa (notamment pour tout ce qui concerne des expressions à connotation sexuelle très « imagées »). En fait, mon souci est qu’ils sont mal dosés : il y a des passages où le vieux français est trop présent (particulièrement au début du roman, ce qui, pour moi, est une énorme erreur stratégique), d’autres où il est absent ou quasiment, tandis que dans la plupart, enfin, il est présent de manière occasionnelle. Enfin, mon dernier souci est que dans certains cas, l’utilisation d’un terme médiéval(isant) est un peu ridicule, tant le mot en question est proche de son équivalent moderne et n’apporte donc rien du tout.

Il y aurait des choses à dire sur le rythme également : il y a plusieurs scènes à grand spectacle (l’attaque des Syncraliers -templiers-, celle dans le grand oectuaire -traduisez cathédrale-) ou très intéressantes (le récit du conte de Serre-nez), entrecoupées de passages à la limite du soporifique. Impression occasionnelle d’ennui ou de rythme cassé en partie générée par des descriptions un peu trop détaillées (d’un autre côté, certaines de ces descriptions permettent d’établir, d’une façon très réussie, l’ambiance très « réaliste » -dans le sens qu’on donne à ce terme dans la Dark Fantasy tendance grim & gritty- l’atmosphère, l’univers sensoriel -vous aurez compris que je parle des odeurs, hein- de cet univers). De même, les personnages ont un peu trop tendance à l’introspection, ce qui là aussi nuit au rythme. Et je ne parle pas de la façon de transmettre des informations sur l’univers ou la situation au lecteur, qui est souvent maladroite : franchement, utiliser la technique du « mais mon cher, vous n’êtes pourtant pas sans savoir que… » (et pas une seule fois, hein, mais deux) mériterait une convocation obligatoire dans un cours d’écriture animé par Lionel Davoust. En même temps, il faut relativiser, ce n’est qu’un premier roman, après tout, et sur d’autres aspects de son écriture, Grégory Da Rosa fait déjà preuve d’une telle maestria qu’on peut aisément lui pardonner ce genre d’erreur de jeunesse.

Pour terminer sur le chapitre de l’écriture, signalons l’emploi de la technique de l’adresse au lecteur.

Bref, si j’ai un conseil amical à vous donner, c’est d’aller dans une librairie, de feuilleter le roman / lire les premières pages, et de voir comment vous réagissez au style de l’auteur  et à la densité de notes en bas de page avant de l’acquérir pour de bon. Car clairement, cette approche médiévalisante sera extrêmement polarisante, et ne pourra pas laisser indifférent : on adorera ou on détestera, mais il me paraît difficile d’en faire abstraction. Le fait que les passages qui comportent le moins de vieux français m’aient parus les plus agréables est, au moins dans mon propre cas, très révélateur de l’intérêt (ou pas) de ce choix stylistique.

Je ne voudrais cependant pas donner une impression trop lapidaire à propos de la plume de l’auteur, qui sait se faire virtuose, prenante, parfois même haletante. Je déplore juste qu’il ait souvent cherché la difficulté, une complexité qui me paraît un peu inutile, au détriment d’un style plus direct qui, quand il est présent dans Sénéchal, emporte cette fois totalement mon adhésion. Enfin, notez, pour être tout à fait complet, que l’auteur nous offre une belle réflexion sur la Foi, sur la différence entre la parole divine et la façon dont elle est appliquée, souvent pour ne servir, au final, que les intérêts ou désirs des croyants et pas celle du Dieu.

« Un univers d’une rare originalité » : pas vraiment, non…

Donc, si on prête foi au marketing made in Mnemos, l’univers serait « d’une rare originalité ». Avant même d’ouvrir le bouquin, je dois dire que j’avais de sérieux doutes sur la question : après tout, l’éditeur prend grand soin de souligner la passion de son auteur pour Game of thrones et M Jaworski. Dès lors, sans surprise, nous voilà embarqué dans un mélange de Dark Fantasy, de Fantasy politique et de Fantasy historique, où l’air fleure « bon » la crasse, les excréments et certains fluides corporels, avec des royaumes en guerre les uns contre les autres. A ceci près que le moteur du dit conflit est plus religieux que politique.

Bref, de ce côté là, pas de réelle surprise, à part, aux côtés des Nains et d’autres races (dont on ne connaît que le nom), la présence sur le Plan d’existence terrestre de deux provinces, l’une d’anges (sur une île-continent) et l’autre de démons. Certains ont l’air de trouver ça très original, personnellement j’ai vu ça assez souvent, que ce soit dans les romans (chez Erikson -chez lequel on trouve d’ailleurs aussi un minerai anti-magique similaire à l’Andiacre- ou Aryan, par exemple, ce sont carrément des dieux qui marchent quotidiennement parmi les hommes), les jeux de rôle, les BD (les Chroniques de la Lune Noire mélangent elles aussi Nains, démons, anges et tout un tas d’autres races fantastiques) ou encore les jeux vidéo (il faut avouer que ça rappelle la saga Heroes of might & magic, particulièrement les épisodes V et VI), pour ne pas crier au coup de génie, désolé. Prenons l’exemple des démons qui se trouvent confinés de l’autre côté d’une muraille : outre le fait que ça rappelle un peu sur les bords une certaine Garde de Nuit d’un auteur vaguement connu, ça évoque aussi la Dark Fantasy française de La reine de la folie de Sébastien Thréhout. De plus, lorsque l’auteur parle des anges, je me suis parfois surpris à remplacer ce terme par elfes dans ma petite tête. Des elfes retors à la Poul Anderson, avec des pouvoirs surnaturels très puissants (et des ailes), certes, mais fondamentalement, la différence est tout de même relativement mince. Bref, j’ai beaucoup de mal à voir où est l’inédit là-dedans… On pourrait résumer ça par « un pseudo-Trône de fer où les démons remplacent les Marcheurs Blancs, et avec des Nains et des Anges en plus ». Oh, certes, il y a quelques originalités (l’origine du monde, la prison inversée), mais fondamentalement, c’est du déjà-vu.

Au final, si on cumule le style d’écriture, l’ambiance et l’univers, on se retrouve avec quelque chose qui, à quelques détails près (dont une origine du monde qui m’a fait me demander si je n’avais pas affaire à de la SF ou de la Science-Fantasy déguisée, dans le genre Guerre et dinosaures), ne se démarque pas vraiment de Jaworski, de Ferrand, de G.R.R Martin et de tant d’autres (à part un aspect religieux pseudo-chrétien très mis en avant). Bref, aller parler d’univers « d’une rare originalité » est quelque peu gonflé, c’est le moins qu’on puisse dire. Sans compter qu’il reste très flou sur de nombreux plans (même si là encore, il faut relativiser, ce n’est que le premier tome d’un cycle après tout).

Attention, je ne vous dis pas que le worldbuilding est mauvais ou que je ne l’ai pas apprécié, je vous dis juste qu’il est très loin d’être aussi révolutionnaire que Mnemos le prétend, c’est très différent. Il y a notamment un passage géopolitique concernant les Nains que j’ai trouvé très pertinent. Et puis après tout, l’originalité n’est pas forcément indispensable à un bon livre, juste un gros plus, à mon sens.

L’intrigue (dans tous les sens du terme), les personnages

Le livre navigue entre la Fantasy politique à la G.R.R Martin et la Court Intrigue Fantasy, son sous-genre plus spécifiquement centré sur les intrigues à l’intérieur d’une Cour royale. En effet, le roman nous montre les trois premiers jours d’un siège mis par l’ennemi Castellois devant Lysimaque, la capitale du royaume de Méronne. Nous suivons Philippe Gardeval, le Sénéchal (étonnant, non ?), qui, du fait de son amitié remontant à l’enfance avec le roi Édouard, possède un pouvoir très important, avec lequel seul celui du Chancelier (= Garde des Sceaux royaux) Othon rivalise.

D’emblée, le Sénéchal est en porte-à-faux, car c’est lui qui, avec l’accord du Connétable (chef des armées), a envoyé le gros des troupes vers une autre cité, dont tout le monde pensait qu’elle serait la cible de l’ennemi impérialiste Castellois (le roi de ce pays, Lysander, veut fédérer les autres royaumes de Varme au nom de Yiel -Dieu-, afin de combattre l’ennemi démoniaque, dont l’expansion sur le Plan terrestre n’est stoppée que par une bien fragile muraille). De plus, alors que les tentatives d’assassinat contre le roi ou la princesse Sibylle se multiplient, certains voient en Gardeval le suspect parfait… La confiance du Roi lui permet cependant de mener une véritable enquête, pour découvrir qui est derrière ces félonies. Chaque incident (qui est, au passage, l’occasion de scènes particulièrement spectaculaires) est ainsi, pour lui, l’occasion de rayer certains suspects de sa liste… mais aussi d’en ajouter de nouveaux.

Gardeval est un personnage particulièrement soigné et réussi : aux côtés du roi depuis toujours, fidèle jusqu’à la mort mais aigri par le fait d’être né gueux, il souffre de ne pas avoir été anobli et, malgré son statut de Sénéchal, de n’être considéré qu’en fonction de son origine sociale, que comme un « super-serviteur ». Le fait que ce parvenu d’Othon ait accumulé si vite du pouvoir à la Cour simplement en raison de ses origines nobles est d’ailleurs une des raisons qui motive son mépris de cet homme (mépris d’ailleurs mutuel). Cependant, il a aussi une image d’homme de bon sens, terre-à-terre, intelligent, qui lui attire bien des sympathies parmi les soldats, notamment, qui l’apprécient bien plus que ces nobles sots, arrogants et parvenus. Enfin, en raison du fait qu’il était le confident de la défunte reine, il entretient une relation particulière avec la princesse, dont il est quelque part plus proche que de sa mégère d’épouse ou que de ses propres filles.

Dans l’ensemble, Philippe est un personnage extrêmement intéressant, et l’enquête qu’il mène, ainsi que son histoire personnelle, sont passionnantes. Il est aussi complexe : vieil animal politique (il est à son poste depuis pratiquement vingt ans), il est parfois en proie au doute, et a du mal à dépasser un certain complexe d’infériorité face aux nobles, ainsi qu’une rancœur latente de ne jamais avoir été anobli. Du haut de ses 43 hivers (comme votre serviteur), il est aussi usé, par l’exercice du pouvoir, ces rancœurs, donc, par certains coups portés par cette chienne de vie (sa quasi-absence de relations avec sa famille, la perte de sa confidente et âme-sœur, la Reine), mais aussi tout simplement par l’entropie. Toutefois, usé ou pas, il fait souvent preuve, pour le plus grand plaisir du lecteur, d’une ironie mordante.

Les autres personnages, bien que loin d’être aussi travaillés, sont également plus que satisfaisants. On regrettera peut-être, sur ce tome 1, des Castellois un peu en retrait et définis un peu trop à grands coups de pinceau.

Ces intrigues et cette enquête sont à mon avis le vrai gros point fort du livre, celui sur lequel le marketing aurait dû insister : il y a du Machiavel là-dedans (et beaucoup d’éléments à consonance romaine / italienne ne sont sans doute pas étrangers à cette impression), ainsi que dans l’écriture fort habile de Grégory Da Rosa, qui instille le doute dans notre esprit à coup de fausses pistes et d’hypothèses très vite démenties avant qu’un événement ultérieur ne vienne jeter un doute sur ce démenti peut-être trop hâtif… Et je ne parle pas de ces personnages au sujet desquels le lecteur se dit qu’ils sont trop polis pour être honnêtes ! Il y a, enfin, dans quelques passages, une grandiloquence toute théâtrale qui n’est pas désagréable du tout.

Le roman s’achève sur un événement choc, qui va avoir de considérables conséquences dans le livre suivant (que votre humble serviteur lira sans nul doute). Autant dire que les intrigues de Cour de ce tome 1 vont ressembler à du bricolage à côté de celles que va impulser ce changement de paradigme dans le tome 2  😉

Un petit mot sur l’édition : elle est de bonne qualité. La couverture souple à rabats est superbe, tout comme les lettrages, l’impression ou le papier. Il y a quelques coquilles ou fautes de relecture, mais pas plus que dans la parution française moyenne. Seule l’absence de carte, de DP et de glossaire vient tempérer cette impression, qui aurait par ailleurs pu être excellente.

En conclusion

Ce roman va être très polarisant sur un plan bien précis : le style d’écriture très médiévalisant adopté. Si vous ne supportez pas la traduction des premiers tomes du Trône de Fer ou de lire un livre doté de nombreuses notes en bas de page, je pense que vous allez avoir beaucoup de mal avec celui-ci. L’absence d’un glossaire, d’une carte et d’un Dramatis Personæ n’aide pas non plus.

Outre ce choix stylistique, l’écriture de Grégory Da Rosa est assez contrastée (gardez cependant à l’esprit qu’il s’agit d’un premier roman, certaines maladresses seront d’évidence corrigées dans les tomes suivants) : certains éléments sont maladroits (l’info-dump, des descriptions trop longues et trop nombreuses cassant souvent le rythme), tandis que globalement, nous avons clairement affaire à un écrivain à l’énorme potentiel, qui gagnerait beaucoup à adopter un rythme plus constant et un style un peu plus direct. J’ai vraiment adoré certains passages, ainsi que la truculence qui se dégage de certaines répliques (et dans ces là, l’utilisation du vieux français fonctionne à merveille).

Si l’éditeur parle d’un univers « d’une grande originalité », force est de constater qu’il mélange Ferrand, Jaworski et G.R.R Martin, dans une ambiance très chrétienne où les démons et les anges possèdent des royaumes sur Terre (on se croirait dans Heroes of Might & Magic !), les premiers étant confinés derrière une Muraille (tiens, tiens…) et les seconds se mêlant de la politique du monde des hommes dans une perspective très elfique que ne renierait pas Tolkien et avec un degré de cynisme qui ne déplairait pas à Poul Anderson. Rien de bien original en réalité, donc.

Le gros point fort du roman est son aspect intrigues de Cour, ainsi que l’enquête menée par le fameux Sénéchal pour trouver les félons ou les espions responsables de la série de tentatives d’assassinat visant le famille royale qui, alors que la capitale est assiégée dans le cadre d’une guerre sainte, exacerbent soudain les rivalités entre grands personnages, religieux, politiques et militaires, entre ce Sénéchal né gueux et les nobles qui le méprisent. L’enquête menée se révèle passionnante. Clairement, le tome suivant s’annonce, à ce niveau, tout à fait épique, et je serai à coup sûr de l’aventure. Et puis évidemment, l’autre gros point fort de ce livre, c’est le personnage du Sénéchal lui-même, complexe, riche, soigné, attachant, à l’ironie mordante.

Au final, si vous êtes capable de passer l’écueil du style (que certains, je n’en doute pas, apprécieront, au contraire, au plus haut point, et qualifieront de force de ce roman et pas de faiblesse) et quelques maladresses de jeunesse, voilà un roman de Dark Fantasy grim & gritty, à fort aspect politique et religieux, qui est tout à fait recommandable, sans pour autant, à ce stade, s’enflammer comme le fait son éditeur en parlant de chef-d’oeuvre. On en est proche, mais il est prématuré, à ce stade du cycle et de la carrière de l’auteur, d’employer ce terme.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Boudicca sur le Bibliocosme, celle de Lorhkan, celle de l’Ours inculte, de Samuel Ziterman sur Lecture 42, de Salveena sur Le comptoir de l’écureuil,

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28 réflexions sur “Sénéchal – Grégory Da Rosa

  1. Je viens juste de le charger sur ma liseuse, et du coup j’ai un peu peur de ces multiples « notes de bas de pages », vu qu’en général, en numérique c’est placé en fin de chapitre et c’est chiant d’aller voir :/

    Bon, c’est ma lecture suivante, je verrai bien ! J’espère que ça va pas freiner mon immersion, parce qu’apparemment le fond vaut vraiment le coup

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  2. Mnémos s’était aussi enthousiasmé pour Eos et on se demande bien pourquoi. Par contre, il y a de très bons auteurs chez eux comme Fabien Cerutti. Alors pour celui là, je pense que je vais attendre avant de le lire qu’il y ait plusieurs avis et on verra bien. Merci de ton avis si rapide en tout cas 🙂

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        • C’est vrai qu’Eos est très spécial. ^^ Avec du recul, l’écriture me fait penser à du Mathieu Gaborit sur le côté onirique.
          En tout cas, quelle chronique pour Sénéchal ! J’avoue avoir été bien moins critique. Je trouve que pour un premier, c’est vraiment pas mal et j’avoue que j’aime les notes explicatives de bas de page, ça ne me dérange pas du tout. Le seul perso qui me gonfle un peu, c’est Charles. A voir dans le tome 2. Beaucoup de personnages peuvent apporter leur lot de surprise a priori.

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  3. Sacré retour que tu nous fais là. Plutôt mitigé au final même si tu nuances l’ensemble.

    La communication de l’éditeur est assez étonnante, il y a un risque de créer une attente beaucoup trop forte.

    Les écueils que tu annonces concernant le style et les notes ne me dérangent pas à titre personnel. Le reste est tentant.

    J’hésitais a me lancer. Au final, je pense que je vais me laisser tenter. Un premier roman d’un auteur français (de Montpellier), ça me donne envie de soutenir (aussi).

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    • Tu soulèves là un point très intéressant : j’ai toujours trouvé, personnellement, que la communication des éditeurs, faite à coup de superlatifs et de comparaisons prestigieuses, était plus contre-productive qu’autre chose. Si un roman est réellement excellent ou au niveau de Truc et de Machin,cela se saura vite, à l’ère des blogs et des réseaux sociaux. Comme tu les dis très justement, à force de créer des attentes très fortes, on finit par décevoir quasiment à tous les coups.

      Aimé par 2 people

      • je te rejoins sur le marketing souvent déroutant – au sens propre- des maisons d’édition. Combien de foi ai-je été déçue par les comparaisons et les éloges fastueuses…. Du coup les romans ma paraissent moins bons qu’ils ne le sont en réalité.
        D’après ce que tu dis cela fait un peu forcing de la part de Mnemos, déjà 9 critiques!! Waouh.

        Critique très éclairante. Merci Apo!

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      • C’est dommage d’en arriver à des stratégies de communication aussi basiques et usées. Ils reprennent les codes du cinéma et des séries. Parce c’est clairement du « Par le producteur de machin », avec au casting : « des vrais morceaux de GOT dedans … » jusqu’à faire une bande annonce, pour un livre.

        Le secteur n’est pas en grande forme, j’imagine qu’ils tâtonnent niveau communication …

        Mais personnellement ce genre de com me fait fuir, généralement.

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  4. Pingback: Chroniques des livres éligibles au Prix Planète-SF 2017 : L à Z (par titre) - Planète-SF

  5. Ça a l’air sympa (me suis déjà attaché à Philippe rien qu’avec ta chronique ^^).

    Par contre, un truc (assez récent, j’ai l’impression) qui m’énerve de plus en plus : ces premiers tomes de sagas qui ne s’annoncent pas en tant que tel.
    Je me souviens de mon premier traumatisme du genre : un livre sur lequel j’avais un souvenir d’avoir lu des avis positifs et que j’emprunte donc à la médiathèque. Arrivé à la dernière page, je comprends que ce n’est pas un one-shot et retourne le livre dans tous les sens : RIEN ne le laissait présager. Du coup ça m’a énervée et je n’ai jamais voulu lire la suite.

    (désolée, c’est un grief que je devais exposer pour soulage un peu ma frustration) (mais sinon, chouette chronique, hein, comme d’hab 🙂 )

    Aimé par 1 personne

  6. J’ai commencé le bouquin (30 pages) et la « narration » a un côté « parler jaquouille » un peu artificiel…On verra ce que donne la « fiction »…

    On va défendre ce petit languedocien, macarel !…

    Aimé par 1 personne

    • Tout à fait, il y a déjà un aspect « jaquouille » entre hauts personnages, et plus loin dans le roman, on fait intervenir de vrais manants, et là ça devient carrément folklo parfois ^^

      Ah mais je salue l’effort, si je pointe du doigt des choses à améliorer ou à mieux doser, je dis aussi que pour un premier roman, c’est du solide !

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  7. Je suis de plus en plus prudent en ce qui concerne les romans de fantasy, en effet, les superlatifs des éditeurs me font plus craindre le pire qu’autre chose ! Pour ce roman, j’avoue que je suis dubitatif quant à sa capacité à me plaire, je pense donc passer mon tour.

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  8. Amazon me l’avait proposé en avant-première en Décembre dernier, mais j’ai choisi de passer mon tour car la communication exagérément dithyrambique de Mnemos m’a plus alerté qu’autre chose, notamment en ce qui concerne le style de l’auteur. Je trouve cela très artificiel (d’autres disent la même chose de Jaworski ou Damasio, par exemple, mais je ne suis pas d’accord). A la lecture de ta critique, je crois que je n’aurais pas supporté.

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    • Oui, j’avais remarqué que le club des testeurs avait reçu ça en avant-première, sous forme de photocopies, même, si j’ai bien tout saisi (c’est dire à quel point Mnemos avait envie de préparer le terrain pour la sortie commerciale du roman, ce qui implique tout de même une curieuse discordance avec leur marketing dithyrambique, éventuellement génératrice de méfiance). Et te connaissant, je n’ai pas été étonné du tout de ne pas voir ton pseudo figurer dans les critiques publiées avant la sortie officielle du livre, je savais que la com’ de l’éditeur éveillerait ta méfiance de vieux briscard exigeant (béni sois-tu). Ce qui est dommage, quelque part, car dans le lot des testeurs, il n’y en a visiblement pas un seul qui avait les armes pour réellement juger ce livre (je veux dire par là qu’on en sent peu qui sont des lecteurs de Fantasy), en tout cas pas comme toi. Mais bon, effectivement, je pense que ce Jaworski-like t’aurait plus énervé qu’autre chose.

      J'aime

  9. Coucou
    Je l’ai acheté ce matin en ebook donc les notes de bas de page je ne les verrai pas, j’espère que ça se passera bien 😊
    Je vais déjà vérifier la présence de la maison d’édition aux divers salons auxquels je compte me rendre voir si ça doit devenir une lecture +\- prioritaire

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  10. Il est en cours de lecture et je dois dire que je partage tout à fait ton avis pour le moment, notamment pour ce qui est des termes médiévaux et des notes de bas de page. Je trouve quand même qu’on sent bien l’enthousiasme de l’auteur et le soin qu’il a pris à écrire et ça c’est plutôt positif.

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  11. Pingback: Sénéchal | Le Bibliocosme

  12. J’ai commencé ma lecture et j’avoue que pour le moment ça me plaît bien, mais tu as bien cerné la cible du roman : j’apprécie la traduction de jean Sola du Trône de fer, forcément ça aide.
    Je n’en ai lu que 20% mais j’accroche bien, je pense qu’avec l’intrigue qui se profile, ça devrait le faire.

    Bravo pour ta critique très complète en tout cas. 😉

    Aimé par 1 personne

  13. Pingback: Sénéchal, de Gregory Da Rosa - Lorhkan et les mauvais genresLorhkan et les mauvais genres

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