Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 4 – La Fantasy de demain

vie_du_blogDans ce nouvel article de cette série consacrée à la taxonomie des littératures de l’imaginaire, nous allons essayer de voir quels peuvent être les sous-genres de la Fantasy « de demain ». Sous ce terme, je vais regrouper deux choses différentes : d’abord, les sous-genres qui peuvent renverser la table et établir de nouveaux standards qui remiseront les catégories historiques (High Fantasy, etc) au rang de dinosaures, ringards et en voie de disparition; ensuite, les sous-genres pour l’instant relativement mineurs (ou d’émergence très récente et toujours en développement), qui pourraient bien devenir les sous-genres majeurs de la Fantasy des années 2020 et plus. Comme nous le verrons, l’un n’implique pas forcément l’autre : la Fantasy criminelle, par exemple, ne révolutionne en rien le genre, mais de plus en plus de livres relèvent pourtant de cette catégorie, à tel point d’ailleurs qu’elle commence à saturer certains lecteurs ! 

La Révolution de la Fantasy est en marche 

Dans ma vision personnelle de l’histoire de la Fantasy, chaque nouveau grand sous-genre émergent se pose en antithèse de celui qui l’a précédé : la High Fantasy substitue au héros solitaire et égoïste de l’Heroic une compagnie s’étant jurée de sauver le royaume / le monde / l’univers, la Dark Fantasy rejette le manichéisme de la High pour le remplacer par une palette de nuances de gris, voire pour faire des « méchants » les protagonistes, l’Urban Fantasy s’affranchit des mondes imaginaires des sous-genres précédents pour placer des éléments surnaturels dans notre propre monde, et ainsi de suite. Il est donc, selon ma théorie, logique qu’à son tour, la « Fantasy de demain » casse les codes, renverse la table, réécrive les Tables de la Loi.

Personnellement, je vois trois axes de développement émergents pour cette nouvelle Fantasy, trois nouveaux sous-genres dont un est assez correctement défini, dont le second est un grand fourre-tout, et dont le troisième commence à peine à faire quelques pas timides, bien qu’il soit en gestation depuis longtemps. Ces trois sous-genres du futur sont respectivement la Gunpowder / Flintlock Fantasy, ce que j’appelle, faute d’un meilleur terme, la « Fantasy exotique », et enfin la Fantasy post-apocalyptique (ou plutôt, et plus généralement : la Fantasy très inspirée par la SF).

On pourrait aussi évoquer la tendance de plus en plus grande à une Fantasy qui n’est pas seulement taillée pour le divertissement, le dépaysement, mais pour faire réfléchir, pour transmettre un message. Jusqu’ici, cette attitude était plutôt ancrée dans la SF (du moins dans une certaine SF, celle dite « intelligente », terme qui me paraît fortement élitiste et méprisant mais que, par souci de clarté, j’emploie moi aussi), mais, d’après ce que je vois, elle émerge de plus en plus dans la Fantasy, notamment (et ce n’est pas un hasard) sous la plume d’auteurs qui écrivent essentiellement de la SF mais qui, pour une raison ou une autre, décident de situer leur nouvel univers dans un cadre Fantasy. Certes, la Fantasy « intelligente » existe depuis des lustres (on pourrait citer celle d’Ursula Le Guin ou celle de Roger Zelazny), mais à ce niveau là, c’est un peu du jamais-vu. De Ken Liu à Sofia Samatar, en passant par Ekaterina Sedia, vous avez l’embarras du choix ces derniers temps. Il faut croire que la Fantasy n’est finalement plus « une littérature de gare »…

Gunpowder / Flintlock Fantasy

J’ai eu l’occasion d’en parler en détails dans un article dédié précédent, auquel je vous invite donc à vous reporter. En deux mots : l’axe de changement consiste à modifier le niveau de technologie, passant de celui de l’époque antique ou médiévale à celui où les armes à feu existent. Dans la plupart des cas (à quelques exception près), la technologie ne parvient cependant pas au niveau de l’Age de la Vapeur, et reste inspirée par celle de l’époque Napoléonienne. Notez que ce changement en entraîne de nombreux autres, puisqu’une Fantasy inspirée par la Révolution n’aura évidemment pas les mêmes fondamentaux et la même ambiance que celle, standard, inspirée par la période médiévale ou antique.

Fantasy « exotique »

Changer la période historique servant d’inspiration et / ou le niveau de technologie, c’est bien. Changer de civilisation et de mythologie est également une piste intéressante. C’est ce que fait ce que j’appelle la Fantasy « exotique », ou « Fantasy d’ailleurs » (sous-entendu : ailleurs que l’Europe). Car s’il est un point commun à tous les sous-genres (à part l’Urban Fantasy) et à 95% (minimum) de la Fantasy publiée, c’est qu’elle s’inspire toujours des mêmes civilisations, cultures, pays et mythes : ceux de l’Europe. Comptez le nombre de fois où le panthéon local est d’inspiration chrétienne / romaine / celte / grecque / scandinave, le nombre de fois où le décor géographique, social et culturel ressemble à l’Europe médiévale…

Certains auteurs ont donc choisi de s’inspirer d’autres civilisations, d’autres religions. Notez que le changement peut ne pas être total, c’est-à-dire qu’on peut prendre un élément « exotique » et le mêler à un cadre qui se rapproche beaucoup de la Fantasy « standard ». Prenez Stefan Platteau avec son cycle Les sentiers des astres, par exemple : les noms des personnages et la mythologie sont nettement influencés par l’Inde et l’Hindouisme, mais le reste est beaucoup plus classique. Dans la plupart des cas, cependant, le changement est total : des ethnies aux noms en passant par le panthéon et le paysage, l’auteur y va à fond dans le changement par rapport au cadre européen médiéval-fantastique banal. Prenez la trilogie de l’Empire de Feist / Wurts par exemple : l’inspiration mélange Chine (surtout), Japon, mais aussi un poil d’empire Aztèque, et pratiquement rien ne vient rappeler l’Europe, sa religion ou ses paysages.

Les sources d’inspiration sont multiples, et à chacune correspond son propre sous-genre. Par souci de simplicité, pour le classement de mes critiques, j’ai tout fourré sous une catégorie unique, Fantasy « exotique », mais les spécialistes en distinguent plusieurs, les plus connues étant :

  • Inspiration chinoise : Wuxia Fantasy, Shenmo Fantasy.
  • Inspiration (pays situés sur la) Route de la Soie (donc ni Europe, ni Chine, ni Japon) : Silk Road Fantasy.
  • Inspiration Arabe : Arabian Fantasy (notez que certains livres de Silk Road se passent dans un cadre arabe ou arabo-africain, les limites sont floues).

Ces quatre sous-genres forment, avec la Fantasy d’inspiration japonaise, le gros des bataillons. Si les deux premiers sont relativement modestes, le troisième est en plein boom ces dernières années et comprend des auteurs prestigieux (Elizabeth Bear, N.K Jemisin, Bradley P. Beaulieu et son cycle de Sharakhaï), tandis que la popularité du dernier n’est plus à prouver (du moins auprès du lectorat anglo-saxon : chez nous, c’est un peu plus compliqué. Tout le monde adore Les Mille et une nuits, mais bizarrement, certains ont du mal avec l’Arabian Fantasy, allez comprendre…).

Notez que même pour des romans, des auteurs ou des cycles associés à d’autres sous-genres, l’inspiration « exotique » peut être très présente : si vous prenez les Livres du sud (un des sous-cycles de la saga de la Compagnie noire) de Glen Cook, vous vous apercevrez que, certes, à la base, c’est de la Dark Fantasy et de la Fantasy militaire, mais que l’inspiration est africaine dans une bonne partie du premier livre et Hindoue dans le reste.

Notez aussi que certains auteurs utilisent des sources d’inspiration encore différentes : aztèque (Aliette de Bodard), slave (Bradley P. Beaulieu), et ainsi de suite.

Pourquoi, donc, changer la cadre et la civilisation / mythologie servant d’inspiration est-il une voie d’avenir ? Mais parce qu’on a une impression de grand bol d’air frais, tout simplement. Chacun d’entre nous a lu des dizaines, voire des centaines de romans d’inspiration médiévale-fantastique, européenne, et chrétienne ou celto-romano-grecquo-nordique. Qu’il est donc rafraîchissant de ressentir une autre ambiance, de voir d’autres paysages, d’autres noms de personnages ou de villes, d’autres dieux ! Pour tout dire, avec l’immense réservoir de périodes historiques et de grandes civilisations ou religions dont on peut s’inspirer, je suis absolument sidéré de voir qu’autant de livres se sont concentrés sur les mêmes périodes, les mêmes pays et cultures. C’est un peu comme si 95 % des CD publiés en 2017 sonnaient quasi-exactement pareil, à quelques nuances près.

Oh, évidemment, ça s’explique facilement : c’est tout simplement la solution de facilité. Ça nécessite moins de recherches, moins d’efforts (moins que pour écrire une Fantasy exotique réussie, hein, car il y a des tas d’opportunistes, du genre Alwyn Hamilton, qui se débrouillent très bien pour écrire de l’Arabian Fantasy en carton-pâte, « Hollywoodienne », juste pour exploiter un filon qui paraît prometteur, totalement à l’opposé de la précision maniaque et des intenses phases préparatoires à l’écriture d’un Guy Gavriel Kay). Et puis c’est plus consensuel : une partie du lectorat (en particulier en France) a longtemps été très frileuse devant cette « Fantasy d’ailleurs », préférant rester dans ses charentaises en lisant une énième resucée de med-fan européen. Mais bon, le vent a tourné, et le genre est de plus en plus populaire chez les éditeurs anglo-saxons, y compris en Young Adult. Et même chez nous, l’accueil est moins hostile et les publications en hausse.

Notez que les auteurs et les livres les plus audacieux combinent les deux approches, à savoir Fantasy à armes à feu et d’inspiration autre : encore une fois, c’est le décidément révolutionnaire Bradley P. Beaulieu (ou Django Wexler, qui, dans Les Mille noms, se débrouille pour faire à la fois de la Fantasy militaire, de la Flintlock, de l’Arabian et de la Colonial Fantasy, excusez du peu ! ) qui doit être cité, ainsi que Le prisme noir de Brent Weeks, une Gunpowder Fantasy de haute volée qui s’inspire également, pour son cadre, d’un très grand nombre de civilisations terrestres issues de différentes périodes, de l’Antiquité à la Guerre froide !

La Fantasy inspirée par la SF, et son récent et principal représentant : la Fantasy post-apocalyptique

Une remarque préliminaire très importante : vous ne devez pas confondre une pure Fantasy inspirée par des thématiques ou idées SF avec la Science-Fantasy. Ce sont deux choses différentes : dans le premier cas, il n’y a pas de technologie futuriste mélangée avec un cadre antique ou médiéval (ou l’inverse, d’ailleurs), l’auteur s’est juste servi de quelque chose d’habitude associé à la SF (parfois à un auteur très précis) comme source d’inspiration principale pour son monde et son intrigue.

Cette Fantasy inspirée par la SF n’est pas à proprement parler neuve, cela fait des décennies que Dave Duncan (par exemple) en fait : citons notamment L’insigne du chancelier, où il recycle avec brio les Lois de la Robotique d’Asimov dans un cadre hautement magique mais également très inspiré par… Alexandre Dumas ! Ce qui est nouveau, depuis quelques mois, c’est la régularité avec laquelle ce genre de livre sort, particulièrement ceux de Fantasy post-apocalyptique.

Si le post-apo est usé jusqu’à la corde, littéralement, en SF / Anticipation / Horreur, c’est en revanche un territoire encore en grande partie vierge en Fantasy. Certains auteurs, cherchant sans doute à se démarquer de la masse et à proposer du neuf, ne s’y sont pas trompés, dans le sillage du cycle Fils-des-brumes de Brandon Sanderson ou, plus récemment,  de The Vagrant de Peter Newman (prix Gemmel -catégorie premier roman- 2016). C’est ainsi que la conclusion de la première trilogie de Stephen Aryan, Mage du Chaos, adopte également un cadre post-apo (limité à une ville), et qu’on nous annonce que le prochain Davoust sera également du même tonneau.

Personnellement, je trouve ce recyclage de codes, cadres ou thèmes de la SF très rafraîchissant, à la seule condition que ce soit bien fait. Car là est le piège : à force de recycler des codes usés jusqu’à la corde dans leur genre d’origine, on prend le risque d’essayer de faire du neuf avec du vieux, de vouloir dépayser les lecteurs avec des choses qui les lassent depuis un moment, et au final d’accoucher d’un pétard mouillé. A ce titre, le roman d’Aryan, par exemple, n’est qu’une demi-réussite. Seul l’avenir, et éventuellement le recyclage d’autres sous-genres de la SF que le post-apo, nous dira s’il ne s’agit que d’un épiphénomène ou d’une vraie déferlante. Car certains romans ont retiré d’autres éléments de la SF, comme l’esprit de la Hard SF, pour le transposer en Fantasy : voyez Les couleurs de l’acier de K. J Parker, par exemple. On peut même considérer que le développement faramineux du magic-building dans certains romans récents relève de ce que j’appelle la  » Hard Fantasy » : alors que dans les livres de l’âge héroïque, l’explication de l’origine et des mécanismes de la magie se réduisaient souvent à une version polie de « ta gueule, c’est magique », certains auteurs (les plus emblématiques étant, à mon sens, Brandon Sanderson et Brent Weeks) se sont mis, ces dernières années, à proposer des systèmes à la fois cohérents et extrêmement détaillés devant expliquer d’où venait la faculté de lancer des sorts, pourquoi certains en étaient capables et d’autres pas, etc.

Genres mineurs… mais plus pour très longtemps ? 

Si on peut parier sans grand risque que la Gunpowder / Flintlock est appelée à se développer beaucoup (elle est déjà relativement bien installée dans le paysage éditorial anglo-saxon), d’autres sous-genres pourraient bien un jour revendiquer, en terme d’aura ou de ventes, leur place au sein du panthéon de la Fantasy, aux côtés de la High, Heroic, Dark, etc. On peut citer, par exemple, ces 20-30 dernières années, la Fantasy politique, la militaire et (en terme de ventes) l’Urban, bien entendu, genres jadis mineurs qui, du fait des ventes et / ou de romans de très grande envergure, se sont imposés aux côtés des sous-genres « historiques ».

Voici, selon moi, quelques prétendants à l’entrée dans le cercle fermé des Dieux Olympiens :

Fantasy historique

Il est malaisé de caractériser la Fantasy historique, tout simplement parce qu’il n’en existe pas une seule définition… mais quatre !

  • Fantasy se passant dans le monde réel, mêlant à un cadre historique des éléments surnaturels. Le cours de l’histoire est cependant respecté (on peut considérer que c’est une variante « magique » de l’Histoire secrète -en résumé : la conclusion des événements décrits dans les livres d’Histoire est réelle, mais en revanche leur déroulement exact est très différent de celui qu’on vous raconte-).
  • Fantasy se passant dans le monde réel, avec des éléments fantastiques (dragons, magie, etc), mais où le cours de l’histoire est modifié (notez qu’il s’agit d’une définition seulement anglo-saxonne, dans ce cas là : en France, on classe plutôt ce genre de roman dans l’Uchronie de Fantasy).
  • Fantasy se passant dans un monde imaginaire MAIS fortement inspiré par une période historique réelle (exemple : le cycle de Lady Trent, par Marie Brennan).
  • Fantasy se passant dans un monde imaginaire MAIS se focalisant sur un lieu et une période fortement inspirés par une tranche très spécifique de l’Histoire réelle (parfois jusqu’à une reproduction d’une précision aussi totale que possible, où seuls les noms sont changés et où une poignée d’éléments Fantasy sont présents). C’est l’approche majoritairement adoptée par le « pape » du genre, Guy Gavriel Kay.

Comme vous le constatez, ce que j’appelle « Fantasy exotique » n’est en fait qu’un sous-genre spécifique de l’ensemble plus large de la Fantasy historique. Et c’est la même chose pour la Flintlock Fantasy (mais attention, toute Gunpowder n’étant pas de la Flintlock, elle ne relève donc pas forcément de la Fantasy historique). Sachez aussi qu’il en existe d’autres (sous-)sous-genres, comme la Swashbuckling Fantasy par exemple, qui, comme son nom l’indique, est celle « de mousquetaires ». Les anglo-saxons parlent même d’une « High Historical Fantasy » qui, comme son nom l’indique, ajoute également les codes de la High Fantasy / de la Fantasy épique.

Je le disais un peu plus haut, mais l’écrivain de référence dans ce sous-genre est le canadien Guy Gavriel Kay : après avoir officié dans la High Fantasy, il s’est, ces vingt dernières années, quasiment spécialisé dans une Fantasy Historique d’une très grande qualité, très documentée, très prenante, et aux personnages extraordinairement vivants. Il a, ainsi, balayé de nombreuses périodes et civilisations, comme la Provence (La chanson d’Arbonne) ou l’Espagne médiévales (le fabuleux Les lions d’Al-Rassan), comme la Chine des Tang (Les chevaux célestes) ou des Song (Le fleuve céleste), l’Italie de la Renaissance (Tigane), Byzance (La mosaïque de Sarance) ou, dans son tout dernier roman, la Croatie du Seizième siècle (Children of Earth and Sky : dis Monsieur l’Atalante, tu veux bien le traduire ?).

Si Kay reste la référence incontournable dans le genre, il n’est pas le seul à y officier, puisque Glen Cook en personne s’est prêté à l’exercice (le magistral Qushmarrah), et puisque chez nous, Pierre Pevel peut aussi être largement classifié en Fantasy Historique, tout comme l’incontournable Jean-Philippe Jaworski.

Pourquoi ce genre pourrait-il être reconnu comme un sous-genre majeur de la Fantasy ? Pour plusieurs raisons : d’abord, parce qu’il est plutôt à la mode ces dernières années (outre Kay et Pevel, citons Naomi Novik et son cycle Téméraire ou encore Jonathan Strange & Mr. Norrell par Susanna Clarke); ensuite, parce que beaucoup des livres relevant de la Fantasy Historique sont de très grande qualité, à l’image de ceux de Kay ou de Jaworski; et enfin (à la notable exception de Kay qui, s’il se vend très bien au niveau mondial, est assez catastrophique sur ce plan en France, à part peut-être pour ses deux derniers romans), parce que ça se vend plutôt (très) bien.

Fantasy criminelle

Les crapules et la Fantasy, c’est une vieille histoire d’amour : la présence de voleurs et compagnie remonte quasiment aussi loin que les origines du genre. Pendant très longtemps, la référence absolue a été Fritz Leiber et son cycle des épées, même s’il a été récemment éclipsé par Scott Lynch et ses Salauds Gentilshommes.

Ces dernières années, ce sous-genre a connu une croissance absolument explosive : Fantasy de gendarmes et de voleurs (Mage de sang de Stephen Aryan), Fantasy des bas-fonds (Wastburg), des assassins (La voie des ombres, par Brent Weeks), des escrocs (Locke Lamora), des justiciers, avec un parfum de polar (Le baiser du rasoir), Fantasy mafieuse (Princes de la pègre), et j’en passe. Citons aussi L’empire ultime de Brandon Sanderson, évidemment.

Sur un pur plan du nombre de livres parus et de romans à succès, la Fantasy criminelle pourrait d’ores et déjà être considérée comme un sous-genre majeur… sauf que c’est, en exagérant un peu, un sous-genre presque mort-né. En effet, le marché à été saturé un peu trop vite par une pléthore de livres relevant de ce registre, et même les lecteurs les plus en phase avec ce sous-genre commencent à dire qu’ils en ont marre et ont envie de passer à autre chose. Sans compter un point important tout autant qu’insidieux : la légitime interrogation (qu’on peut étendre à la Fantasy politique et militaire, d’ailleurs) de savoir s’il est pertinent de classer les romans concernés dans une catégorie à part, ou de simplement considérer que l’aspect criminel n’est qu’une thématique, une « saveur », une ambiance, sur-ajoutée à un genre mainstream, le plus souvent la Dark Fantasy.

***

Comme d’habitude, les commentaires sont les bienvenus, particulièrement sur ce qui, selon vous, peut ou doit redonner un sang neuf à la Fantasy.

Advertisements
Cet article, publié dans Information & para-SFFF, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

31 commentaires pour Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 4 – La Fantasy de demain

  1. yogo dit :

    Encore un article bien complet… bravo !

    Aimé par 1 personne

  2. Systia dit :

    Je n’ai pas encore lu l’article (ah bah bravo, elle commente avant de lire, c’est du propre !… Mais en fait, je le garde sous le coude pour le lire tranquillou demain, comme le dernier chocolat d’une boîte qu’on ne mange pas de suite, histoire de faire durer le plaisir 🙂 )… Bref, que disais-je ? Ah vi, un point esthétique concernant ton blog me chiffonne : la miniature à côté du titre, dans l’onglet dans le navigateur a changé (je suppose qu’avant c’était le logo de WordPress) : que cela représente-t-il ?
    Désolée d’avoir commenté juste pour ça (je me sens bête), mais ça m’enquiquine (et je reviens après la lecture de l’article, promis !)

    Bonne soirée ! 🙂

    J'aime

    • Apophis dit :

      La question est légitime. C’est le nouveau symbole du blog, adopté aujourd’hui, que tu peux ici voir en gros plan :

      C’est une représentation stylisée du symbole de Set, le dieu-serpent (rien à voir avec le vrai dieu égyptien) adoré par Thulsa Doom dans le film Conan le Barbare (celui avec Schwarzy) :

      Aimant beaucoup l’Heroic Fantasy, le cycle de Conan, ce film, et Apophis étant un dieu-serpent du mal, du chaos, etc, ce symbole m’a semblé tout à fait approprié. Il représente d’ailleurs à la fois le blog et me sert de nouvel avatar personnel (gravatar).

      J'aime

      • Systia dit :

        Ah d’accord. N’ayant jamais vu le film (*file se cacher*) je n’aurais pas pu deviner ^^.
        Merci de ta réponse, je vais pouvoir dormir tranquille 🙂

        Aimé par 1 personne

        • Systia dit :

          J’ai promis de revenir pour commenter l’article, mais le problème c’est que je n’ai pas grand chose à en dire ^^.
          Du coup je vais seulement te remercier du travail que tu fournis pour nous instruire : j’imagine que ces longs articles que je lis trop vite ne se font pas sans efforts, alors merci pour ça 🙂

          Aimé par 1 personne

          • Apophis dit :

            Merci 🙂

            Celui-ci n’a pas vraiment été compliqué à rédiger, mais par contre les suivants vont l’être beaucoup plus. D’où le fait que je les rédige petit à petit, et que je n’en propose plus qu’un par mois, en gros. Parce que dans certains cas, effectivement, ça nécessite 1/ des recherches et 2/ que le mal au crâne généré par les tentatives pour tout synthétiser en un tout cohérent se calme un peu.

            J'aime

  3. Lutin82 dit :

    Excellent article. Encore une fois. J’ai vraiment adoré les explications simples et illustrées d’exemples que tu donnes pour relever les nuances au sein d’un même sous-genre.
    Sacré travail, pour moi ton meilleur de la série jusqu’à présent.

    Pour ne pas que te lancer que des fleurs, sinon on pourrait me croire flatteuse. A quand des images ?

    Pour Fils des brumes, je ne sais pas si je l’aurais classé en fantasy criminelle car il n’y a qu’une première partie dans le premier tome qui peut vraiment s’y associer. Après j’aurai opté plutôt pour fantasy politique. Mais, bon même cela se discute….

    Je trouve que l’urban fantasy a souvent une assise criminelle, elle aussi. Qu’en penses-tu ? Je précise que je ne lis quasiment pas de bit-lit alors ma vision peut être tronquée.

    Tu vas te régaler avec Brent Weeks et sa Voie des ombres.

    J’adore ta nouvelle icône de blog.

    Aimé par 1 personne

    • Apophis dit :

      Merci 🙂

      Ah les images, c’est comme l’illustration musicale : c’est uniquement quand je trouve la bonne. Je suis un perfectionniste, voire un maniaque, donc si je ne trouve pas ça pertinent, même d’un iota, je préfère ne rien mettre 😀

      Concernant Fils des brumes, effectivement, je parle du premier tome et seulement de lui. J’ajoute que rien n’empêche de classer un livre dans plusieurs sous-genres, à condition qu’ils ne soient pas, par définition, incompatibles. Cela m’arrive très, très souvent.

      J’aurais du mal à te répondre concernant l’Urban, ma connaissance de ce sous-genre est plus théorique que pratique, comme tu le sais ce n’est pas vraiment ma tasse de thé.

      Aimé par 1 personne

  4. Olivier Boile dit :

    Quel choc en arrivant sur le blog : il n’a pas osé mettre le symbole de Thulsa Doom… Si ? Mais effectivement, c’est tout à fait logique, ça colle très bien au Culte d’Apophis !

    Sur l’article en lui-même, rien à redire, ça récapitule bien de nombreux éléments que tu avais pu aborder par ailleurs.

    Dans les exemples de civilisations non-européennes abordées dans ce que tu appelles la fantasy exotique, il y en a une qui n’est jamais citée : la culture polynésienne, mise à l’honneur dans la trilogie des « Rois navigateurs » de Garry Kilworth. L’as-tu lue ? Quand j’ai découvert ces romans il y a quelques années, ça a été un vrai soulagement : la fantasy pouvait donc faire autre chose que se vautrer dans la facilité des univers med-fan !

    Aimé par 1 personne

  5. Merci pour cette analyse poussée. Tu dresses une typologie pertinente du genre et à jour.

    Personnellement je suis d’accord avec le fait que la fantasy historique et exotique renouvellent bien le genre et devraient clairement s’imposer dans les années à venir. C’est ce qui m’excite le plus niveau lecture. Surtout l’historique.

    Aimé par 1 personne

  6. Boudicca dit :

    Merci pour cet article encore une fois très instructif. Pour ma part j’ai une large préférence pour la fantasy historique que je trouve effectivement d’un très bon niveau (en tout cas de ce que j’ai pu lire jusqu’à présent). J’attends comme toi avec impatience la traduction du nouveau Kay, surtout parce qu’il ose s’attaquer à des périodes historiques et des cultures qu’on ne connaît pas toujours très bien (j’ai vu que quelqu’un citait plus haut la trilogie des « Rois navigateurs » et je te la conseille effectivement, ça sort là aussi des sentiers battus !)

    La crapule fantasy se fait effectivement un peu plus rare en ce moment mais j’avais beaucoup aimé mes quelques incursions dans le genre (Scott Lynch et Cédric Ferrand en tête). J’avoue que je suis assez attirée par ce genre de récit, même si je suis d’accord avec toi : on a frôlé l’overdose il y a quelque temps !

    (sinon bravo pour le nouveau logo, j’aime beaucoup ^^)

    Aimé par 1 personne

  7. Loial dit :

    Une fois n’est pas coutume, je ne suis d’accord avec (quasiment) rien dans cet article ^^
    Enfin j’exagère légèrement, on se rejoint pas mal sur la fantasy post-apo et historique, mais c’est à peu près tout. Je m’en doutais un peu à la lecture d’autres posts de ton blog, c’est marrant comme on peut souvent apprécier les mêmes livres mais avoir tous deux une opinion diamétralement opposée sur ce qu’est profondément la fantasy, quels en sont les ressorts, pourquoi et comment ça marche, voire comment se comporte son marché, etc.
    Et pourtant, j’ai beaucoup aimé nombre de tes articles sur des bouquins de fantasy, ça n’empêche pas (au bout du compte, un roman reste un roman). Mais concernant l’analyse et la prospective autour du genre en tant que genre, je crois qu’on pourrait difficilement imaginer visions plus divergentes ^^
    (Bon, pour ce qui est de la prospective au moins, gageons que l’avenir se chargera de nous départager 🙂 )

    J'aime

    • Apophis dit :

      Mais c’est très intéressant, ça ! J’aimerais vraiment qu’en deux mots, si tu veux bien, tu nous résumes ta propre opinion. Par contre, une précision : de quel marché parles-tu ? Pour ma part, je fais une claire distinction entre le marché anglo-saxon et le francophone. La SF militaire, par exemple, est une démonstration magistrale du fait que ce qui cartonne dans l’un fait un flop quasi-total dans l’autre. De plus, les deux sont également en décalage temporel : alors que l’Urban Fantasy s’essoufflait sur le marché anglo-saxon, elle explosait chez nous.

      J'aime

      • Loial dit :

        D’accord avec toi sur les différences entre le marché anglo-saxon et le marché français. Avec deux petites nuances tout de même.
        Le décalage temporel dont tu parles m’a semblé se réduire ces dernières années, alors qu’il était effectivement frappant il y a encore 6 ou 7 ans.
        Par ailleurs, je crois qu’il y a parfois comme un effet d’optique, du fait du caractère incomparable des deux marchés sur le plan quantitatif (volume des ventes par bouquin, mais aussi nombre de publications différentes absorbables, au sein par exemple d’un même sous-genre, par un nombre beaucoup plus réduit de lecteurs chez nous), qui pourrait donner l’impression de différences de goûts très marquées entre le monde anglo et le monde franco, même dans des cas où la distinction qualitative ne serait finalement pas si radicale que ça.
        Je sais pas si je suis très clair, mais tiens justement, les deux genres que tu cites dans ce commentaire, l’Urban et la SF militaire, me paraissent bien illustrer ce que je veux dire. Si on regarde l’Urban Fantasy (dans sa définition la plus stricte pour les besoins de la démonstration, donc en excluant tout ce qui est bit-lit, paranormal romance etc.) et la SF militaire, on a l’impression d’avoir affaire à deux sous-genres semblables en la matière : très populaires aux US, alors que le public français n’y serait pas du tout sensible. Or, des deux, le public français n’est réellement réfractaire qu’à l’Urban Fantasy (bien sûr je ne parle pas de bit-lit & cie, mais vraiment de l’Urban à la Dresden Files). Là on voit bien qu’il y a une différence de goût, avec un sous-genre très populaire d’un côté de l’Atlantique, et qui n’a connu que des échecs cuisants de l’autre côté. Maintenant, par l’effet d’optique dont je parlais, on pourrait croire que c’est exactement la même situation pour la SF militaire. Or ce sous-genre, s’il ne figure certes pas dans le peloton de tête des trucs qui cartonnent chez nous comme il le fait aux US, possède néanmoins un noyau dur d’amateurs francophones fidèles, ceux-là mêmes qui permettent des publications régulières depuis un bon nombre d’années, chez l’Atalante par exemple ; simplement la taille de notre marché n’a jamais permis d’atteindre la masse critique suffisante pour imposer le sous-genre hors de sa niche, multiplier le nombre de publications et accéder à davantage de notoriété. Mais c’est plus une question d’échelle économique qu’un rejet culturel comme cela semble être le cas pour l’Urban Fantasy.
        D’ailleurs, à titre personnel je ne serais pas surpris que ça puisse évoluer vers davantage de SF militaire chez nous dans les années qui viennent. Quand on voit que l’embellie actuelle sur le marché de la SF en France, après au moins quinze ans de grosses difficultés, est due en grande partie au retour d’un public amateur de space op (qui achète beaucoup en numérique notamment), j’imagine facilement ce profil de lecteur découvrir avec plaisir la SF militaire et redonner un petit coup de boost à ce sous-genre sur le marché francophone.

        Bon sinon, je suis mort de rire de constater que j’ai déjà fait une tartine juste pour répondre à ton dernier commentaire, sans même dire un mot de ce dont j’avais prévu de parler au départ.

        Bref, quelque chose me dit que ça va pas être facile de répondre « en deux mots » à un article / une série d’articles aussi longs et détaillés que ceux-là. Je veux bien essayer mais ça sera forcément très incomplet, et surtout ça sera ce soir, parce que là j’ai plus le temps ^^

        J'aime

        • Apophis dit :

          Je ne suis pas d’accord sur la SF militaire : il y a bel et bien un rejet culturel… de la part des éditeurs. Compte tenu de la polarisation politique de l’édition française, la seule SF à cadre militaire qui est assez facilement publiée est l’antimilitariste, celle qui dénonce la guerre et l’institution militaire (dans la lignée de Joe Haldeman, par exemple). Parce que si tu regardes bien, si tu enlèves l’Atalante du paysage éditorial hexagonal, qu’est-ce qui reste en SF militaire ? Quasiment rien. Il y en a un peu chez Bragelonne (le cycle de Torin Kerr, par exemple), mais tu ne trouveras pas de SF « militariste » au Belial’, chez Denoël / Lunes d’encre ou chez J’ai Lu / Nouveaux Millénaires. Autant dire que si l’Atalante coule ou change de politique éditoriale, ceux qui ne lisent pas en VO vont pleurer des larmes de sang.

          J'aime

          • Loial dit :

            J’avais pas vu ça sous cet angle, mais effectivement, d’accord avec toi concernant les réticences de beaucoup d’éditeurs.

            Mais je reviens te répondre sur le fond du sujet initial.
            Je suis très sceptique quant à une « révolution en marche », dans quelque direction que ce soit, de la fantasy. J’ai le sentiment que le public de ce genre (franco et/ou US aussi bien, dans ce cas) est beaucoup moins accro à la nouveauté que celui d’autres formes romanesques. Je pense qu’il est, au contraire, attaché à une certaine permanence, et que c’est souvent ce qu’il vient précisément chercher dans la fantasy. (Avec des variations superficielles, bien entendu, histoire de ne pas s’emmerder tout de même. Mais pas de changements trop profonds.)
            De même, je ne crois pas que les « catégories historiques » du genre soient menacées de disparition. Elles n’ont pas disparu jusqu’à présent, mais ont plutôt cohabité, sous des formes dépoussiérées à intervalles plus ou moins réguliers, mais en restant solides sur leurs fondamentaux.

            Fondamentaux en tête desquels je placerais pour ma part le décor médiéval-fantastique d’inspiration européenne, ou « antique-fantastique » (qui s’accompagne souvent alors d’un élargissement aux inspirations proche-orientales, mais quasi toujours d’un point de vue européen). Avec ça, à peu de choses près, on a tout le cœur du genre, tout ce qui fonde son identité. Sans aucun jugement de valeur de ma part sur les fondamentaux en question (j’ai personnellement des goûts plus variés), simplement si on regarde ce qu’il y a dans l’immense majorité des bouquins de fantasy depuis toujours, prosaïquement, sur les étagères des librairies ou des bibliothèques, c’est ça qu’on trouve, c’est ça la nature concrète du genre de ses origines à nos jours.
            J’ai bien vu à travers tes articles que tu étais en total désaccord avec cette idée d’un décor particulier qui serait consubstantiel au genre, et ton point de vue se défend, mais j’avoue qu’en revanche j’ai été étonné de ton étonnement, quand tu te dis sidéré que 95% de la production soit d’inspiration médiévale/antique-fantastique européenne. Et encore plus étonné que tu ne proposes comme explication à ce phénomène que la seule « solution de facilité » pour les auteurs. Ce n’est pas possible que 95% des auteurs soient juste de gros fainéants ^^ Tu me dirais 50%, ça se discuterait, mais pas 95%. Donc il y a une autre explication, s’ils choisissent ce décor-là ça ne peut pas être uniquement par paresse ou frilosité, c’est un choix conscient ou un besoin inconscient de leur part. Je ne suis pas dans leur tête, mais intuitivement je parierais plutôt sur la deuxième option. Je pense qu’il y a un truc un peu indéfinissable, dans l’arrière-cuisine du cerveau, qui fait tilt et qui les motive à choisir ce type de décor. Sans doute quelque chose de lié à l’ancestral, aux racines, etc. Je vais pas partir sur l’inconscient collectif et les archétypes jungiens, parce que les gens ont tendance à trouver ça fumeux, mais je suis tenté ^^ Bref, ce rapport fantasmatique à l’ancestral explique à mon avis qu’on retombe si souvent sur du médiéval européen, parce que c’est une époque et une imagerie très archétypiques dans l’esprit des européens ou euro-descendants… ce que sont la majorité des auteurs du genre, et l’intégralité de ses fondateurs.
            Autre chose qui me semble aller dans le sens d’un genre ontologiquement habité par l’ancestral, les racines fantasmées, etc., ce sont les ouvrages d’auteurs afro-descendants par exemple. Je pense notamment à l’Afrique de fantasy très pré-moderne, pré-coloniale, folklorique dans le meilleur sens du terme et donc rejetant tout point de vue « exotique », d’un auteur comme Charles Saunders (Imaro). D’un côté bien sûr il s’inscrit dans l’histoire d’un genre, on voit bien qu’il écrit dans la continuité de Howard et de Lovecraft, mais en même temps il se réapproprie ces canons littéraires en fantasmant ses racines à lui, en se basant sur les mythes et l’inconscient collectif africains. Matériau différent, mais démarche identique, ce qui me semble confirmer ce que j’essayais d’expliquer plus haut.
            Alors bon, ce n’est pas toujours aussi tranché, ça n’a pas à l’être, heureusement. Et le genre serait bien malade s’il se réduisait systématiquement à son « essence » et à cette forme « d’assignation à ses racines », mais selon moi il y a tout de même là quelque chose d’important, qu’on ne peut pas ignorer totalement, sous peine de demeurer aveugle aux ressorts profonds du genre.

            Attention, encore une fois je ne défends pas particulièrement le médiéval-fantastique européen, c’est plus une constatation qu’autre chose. Moi, j’ai lu et apprécié des tas d’autres trucs en fantasy, j’en lis beaucoup depuis assez longtemps pour m’être aventuré dans tous les sous-genres, mais du point de vue de l’histoire du genre pris dans sa globalité, il y a le médiéval ou antique « fantastique » d’inspiration européenne… et le reste (autres époques, autres lieux, beaucoup plus ou beaucoup moins de magie que la moyenne, thèmes ou écriture prenant le pas sur le décor quel qu’il soit). Ce « reste » n’ayant jamais à ma connaissance dépassé le stade de mode plus ou moins éphémère ou de gourmandise occasionnelle, dans sa réception par le lectorat. J’y vois une permanence de fait, si tu veux. Et si on part du réel, si on juge le genre sur *ce qu’il est*, ben c’est en grande partie ça.
            D’un point de vue concret, la fantasy, c’est essentiellement du médiéval fantastique d’inspiration européenne, que des gens écrivent, publient, achètent et lisent. Le dépassement de cet aspect, s’il s’avérait massif, de l’ordre de la « révolution en marche », serait ainsi une négation du genre tel qu’il a existé des origines à nos jours. Ça me paraît un pronostic plus qu’audacieux, et d’ailleurs je ne suis même pas sûr que ça serait souhaitable dans une telle ampleur.

            C’est pour ça que je ne crois pas, par exemple, à l’essor durable de la Gunpowder / Flintlock, au-delà d’un « tiens c’est sympa ça change » relativement éphémère. Par son époque d’inspiration et son niveau technologique (et d’autant plus lorsque les romans de ce sous-genre font de ces deux items leurs marqueurs les plus importants, basant sur eux leur différence et leur originalité, leur raison d’être – c’est sûrement moins vrai dans le dernier cycle de Brent Weeks qui joue aussi sur d’autres tableaux), la Gunpowder me semble manquer de ce caractère pré-moderne que je tiens personnellement pour essentiel au genre, comme détaillé ci-dessus.
            À la limite, et même si ce n’est pas la norme habituelle, je pense que la fantasy s’affranchit bien plus facilement de son caractère européen que de son caractère pré-moderne. Les résistances à un essor de la fantasy exotique me semblent donc moins structurelles, elles m’apparaissent moins comme une fatalité, mais sont plutôt liées au contexte, à l’air du temps et aux mentalités. N’empêche que je ne la vois pas non plus devenir un « grand » sous-genre, qui révolutionnerait la fantasy. Dans cette catégorie on a d’abord eu pas mal de « bouquins à prix littéraires » qui ont globalement emmerdé les lecteurs lambdas, on commence désormais à avoir de vraies bonnes histoires moins prétentieuses et plus efficaces, mais je doute malgré tout que son succès soit retentissant sur la durée. Question d’air du temps, des besoins et envies actuels du public, je sais pas, je n’y crois pas tellement.

            Bon là, de toute façon je rencontre un problème pour finir d’expliquer ce que je voudrais, parce qu’on entre dans une perspective ou les catégories et sous-genres habituels deviennent plus un boulet qu’une aide pour réfléchir à la question.
            Du coup je vais être obligé d’en parler un peu, je ne vois pas par où passer sinon.
            (Mais je poste déjà ça, c’est déjà bien long et j’ignore combien de caractères peut contenir un commentaire ^^ Je finirai mon propos dans le commentaire suivant.)

            Aimé par 1 personne

            • Loial dit :

              Avant tout, je ne suis pas contre les étiquettes ou le principe des sous-genres, au contraire. Je comprends bien l’intérêt de ce découpage en catégories, et il y a des cas (notamment quand on n’a pas besoin d’entrer dans les détails ou de se faire comprendre avec une grande précision) où c’est bien utile.
              Mon problème c’est qu’en pratique je trouve que ça se superpose souvent assez mal à la réalité des bouquins qu’on peut avoir entre les mains, et aussi que ça casse un peu la vision d’ensemble qu’il faudrait parvenir à dégager quand on essaie de réfléchir à l’histoire et au devenir du genre. J’aimerais que ça fonctionne mieux, je n’y suis pas hostile par principe. Mais par exemple la nomenclature que tu proposes dans les articles précédents de cette série, pourtant parmi les plus abouties (et positionnant, à mon goût, le curseur juste où il faut entre pragmatisme et subtilité d’analyse), présente malgré tout des problèmes irréductibles sitôt qu’on voudrait… l’utiliser, concrètement, pour classifier des ouvrages autres que les deux ou trois exemples iconiques de chaque sous-genre. On est encore loin de parvenir à établir une taxonomie qui atteindrait ne serait-ce qu’un seul des deux objectifs qu’on recherche : premièrement faire consensus(1) ; et deuxièmement être fondée sur des critères théoriques suffisamment pertinents pour ne pas reléguer la plupart des bouquins réels, quand on les observe de près, au rang d’exceptions, d’inclassables ou dans le meilleur des cas de romans pouvant chacun appartenir à la majorité des sous-genres qu’on a catégorisés.

              (1) À propos de consensus, les termes eux-mêmes ont été utilisés dans tellement de sens différents au fil du temps… Une petite anecdote : je me souviens d’avoir mené des recherches assez poussées, il y a quelques années, sur l’origine et l’histoire de l’appellation « high fantasy ». En dehors du fait que c’est vraiment super coton de trouver des informations fiables en la matière à partir de seulement internet (il faudrait notamment avoir accès plusieurs articles vaguement cités ici ou là, mais issus de revues épuisées depuis des décennies, et dont je n’ai jamais pu me procurer le texte intégral), la seule règle m’a semblé être : « la définition change tout le temps, et parfois à 180 degrés ». Je rigole pas, c’est un peu loin dans ma mémoire mais un truc marquant dont je me souviens c’est que les définitions de « high fantasy » dans les *deux toutes premières occurrences* que j’avais pu trouver, étaient carrément l’inverse l’une de l’autre. Et pourtant là, on parle bien de high fantasy, le sous-genre qu’on suppose évident à définir et qu’on a l’impression de connaître tous par cœur. Eh bien dès qu’on va dans le détail historique, ça devient le gros bordel. Du coup chacun utilise le terme un peu comme il veut, il n’y a pas de sens tellement plus légitime qu’un autre. Et en pratique, même si les définitions contemporaines adoptées par les uns et les autres semblent, à première vue, se référer grosso modo à la même ambiance générale et aux mêmes deux ou trois critères discriminants, dès lors qu’on approfondit et détaille un peu, par exemple en regardant la classification de bouquins précis chez untel ou untel, on voit bien qu’en réalité personne ne se fait exactement la même idée ce que le terme recouvre. Bien entendu, il faut ajouter à ça une grosse difficulté pour nous autres ressortissants du monde non-anglophone, à savoir les différences culturelles et d’histoire éditoriale entre le monde anglo-saxon et le monde francophone, les différentes habitudes prises, de longue date ou plus récemment, dans l’interprétation de ces termes et catégories, bref tout ce dont on parlait dans notre échange précédent. D’où l’impossibilité apparente d’aboutir à des définitions consensuelles, communes et admises, qui permettraient d’atteindre le principal but recherché : « si vous avez aimé ce roman, vous pourriez aimer cet autre roman appartenant au même sous-genre ». Pour l’instant, on peut fonctionner comme ça uniquement émetteur par émetteur, blog par blog, site par site, etc., et encore à la seule condition que ledit émetteur reste bien cohérent dans l’idée de sa définition perso et de ce qu’elle recouvre. (Ce qui est rarement le cas à mon sens, non qu’ils y mettent de la mauvaise volonté, mais en raison des difficultés théoriques quasi-insolubles que je déplore dans mon paragraphe précédent.)

              Parce qu’en réalité, même si à première vue ces catégories paraissent bien pratiques (et le sont parfois), j’en suis venu à la conclusion qu’elles ne constituaient pas un moyen vraiment fiable d’analyser le genre en profondeur. Il y a beaucoup de points communs entre ce qui fait qu’on a beaucoup aimé la Roue du Temps de Jordan ce qui fait qu’on a beaucoup aimé le Trône de Fer de Martin, pourtant deux exemples iconiques, l’un de la high fantasy, l’autre de la dark fantasy. Et je crois que si on se focalise trop sur leur catégorie respective on rate l’essentiel. La trilogie Mistborn par exemple, c’est quoi ? De la dark fantasy mâtinée de fantasy criminelle ? Ou bien de la high fantasy déguisée, qui reprend toutes les structures narratives, les thèmes et le ton de la high fantasy traditionnelle, mais avec un décor judicieusement assombri et quelques (très gentilles) crapules pour être dans l’air du temps ? J’ai adoré ce cycle, un de mes favoris en fantasy, mais il faut bien reconnaître que la seule vraie originalité qu’il apporte c’est cet aspect « hard fantasy » dont tu parlais, à travers le soin extrême apporté à l’explication de la magie et de ses combos logiques. Pour le reste, on ressent surtout beaucoup l’influence de la high la plus tradi, carrément à la Eddings dans certains passages. Même le côté post-apo-après-que-le-Grand-Méchant-a-gagné avait déjà été traité en profondeur par le jeu de rôles Midnight plusieurs années plus tôt.

              Ça illustre ce que j’essaie d’expliquer (de manière si laborieuse et si peu synthétique, ce dont je m’excuse auprès des lecteurs de ce blog ^^), à savoir que selon moi la fantasy dans son ensemble se « dépoussière » et se « met à jour » de manière superficielle, en fonction des modes et de l’air du temps, bien davantage qu’elle ne se renouvelle véritablement. L’histoire du genre m’apparaît surtout comme une cohabitation de toujours entre une fantasy « gentille » / « merveilleuse » et une fantasy « moins gentille » / « réaliste sur la nature humaine », l’une et l’autre revenant sans cesse sous des avatars qui n’évoluent que formellement et superficiellement. (Sans même être toujours mutuellement exclusives au sein d’une même œuvre, histoire de bien compliquer les choses.) Et mon autre opinion, c’est que la majorité de ses lecteurs trouvent que c’est très bien comme ça.
              Soit parce qu’ils n’en ont pas encore beaucoup lu, et qu’ils souhaitent donc lire de la « vraie » fantasy, quelque chose qui ressemblera à l’idée qu’ils s’en font, quitte à ce que ce soit un peu cliché. Soit parce qu’ils en ont lu beaucoup, et que, ben si ils ont continué à en lire depuis tout ce temps, c’est peut-être parce qu’ils aimaient ça.

              D’ailleurs, et ça c’est quelque chose qui m’a beaucoup fait réfléchir, j’ai remarqué un truc sur les habitudes de lecture des gens qui lisent de la fantasy et de ceux qui « en sortent » progressivement, jusqu’à arrêter d’en lire. Je ne sais pas s’il s’agit d’une règle générale, mais ça se reproduit de manière spectaculaire dans mon expérience / entourage. J’ai remarqué, donc, que les ouvrages de fantasy très originale, plus ou moins transgenre, ou « intelligente », bref la fantasy que tu évoques à la fin de l’intro de ton article, formaient souvent comme un couloir de sortie vers autre chose. Les gens qui commençaient à se tourner vers ces livres et à en lire de plus en plus finissant bientôt par ne plus lire de fantasy du tout (y compris parmi ces romans présentés comme sortant des sentiers battus, « faisant réfléchir » ou « portant un message »), ils passaient carrément à autre chose. Comme si la lecture de ces ouvrages un peu particuliers signifiaient surtout qu’ils arrivaient à un moment de leur parcours de lecteur où ils en avaient marre, tout simplement, de la fantasy et de l’imaginaire, et que ces bouquins leur servaient uniquement de transition pour partir vers de nouvelles aventures littéraires. En dehors de cas comme le mien (à savoir lire un bouquin comme ça une fois de temps en temps au milieu de montagnes d’ouvrages plus tradis), le phénomène ne s’est jamais démenti. Même si, encore une fois, je ne peux parler que de ce que j’ai vu, et j’ignore si ça correspond à une réalité statistique globale.

              Pour conclure, je ne crois pas aux révolutions en fantasy 🙂

              Un mot rapide quand même sur les deux sous-genres à propos desquels j’étais d’accord avec toi pour dire qu’ils peuvent prendre de l’ampleur.

              La fantasy post-apo ou de recyclage de thèmes et idées SF :
              C’est une déclinaison qui ne me semble pas trahir l’essence du genre, et qui pourrait tout à fait ressembler au genre d’avatar que revêtent régulièrement les formes traditionnelles de la fantasy pour se régénérer. En plus et pour ne rien gâcher, quand c’est bien fait ça peut être passionnant ^^
              Quant au cas particulier de la Hard Fantasy, là je lui vois carrément un avenir très prometteur, pour moi c’est la suite logique de l’évolution du genre (dans sa permanence :p).

              La fantasy historique :
              Là encore, bien que ce sous-genre ne fasse pas partie des grandes catégories traditionnelles du genre, je ne serais pas surpris de le voir s’imposer durablement, car il appuie grossièrement sur les mêmes boutons qui font que les amateurs de la fantasy tradi apprécie cette littérature. Et puis, comme tu dis, c’est souvent de la haute qualité, peut-être parce qu’il faut que ces auteurs aient pris l’habitude de bosser davantage que les autres, afin de bétonner la cohérence historique de leur univers.
              Par exemple, je partage ton admiration pour Kay, même si je trouve sa démarche particulière assez casse-gueule et sans doute peu adaptable à beaucoup d’autres auteurs que lui. Avec lui ça marche, parce qu’il a un talent prodigieux, parce qu’il se documente manifestement comme une brute et parvient à se plonger totalement dans la mentalité de la culture décrite, etc. Mais bon, tout le monde n’est pas Kay. Le reste du temps je me contente fort bien de décors moins magistraux et moins scrupuleusement reproduits, il y a tout de même de très, très bonnes choses (Pevel chez nous clairement).

              (PS : Oui, je sais, j’avais promis dans mon premier comm d’essayer de ne pas faire trop long. Haha, quelle blagueur ce Loial.)

              Aimé par 1 personne

              • Apophis dit :

                Non, non, c’est très bien d’avoir expliqué en détails ta position, finalement, je saisis mieux. Je ne suis pas d’accord avec tout, mais ton point de vue se défend, il a sa propre logique, qui n’est pas la mienne, mais il possède sa propre cohérence interne tout à fait valable. Mon gros point de désaccord est sur ce qui constitue l’essence du genre, et sur ce qui fait que les gens continuent à lire encore et toujours la même chose en Fantasy, mais je ne vais pas forcément développer, ça a déjà été fait dans les articles de cette série. Maintenant, quand tu dis que les sous-genres historiques continuent à vivre leur petite vie aux côtés des nouveaux, c’est vrai pour certains, pas pour d’autres : on ne peut pas vraiment dire que l’Heroic Fantasy et la Sword & Sorcery se portent bien en 2017, et la High Fantasy, si elle est encore publiée par semi-remorques entiers, et a toujours les faveurs des novices en Fantasy, est en revanche ringardisée chez les gros lecteurs / lecteurs de longue date dans mon genre. Pour moi, elle ne survit que parce que, une fois encore, c’est la solution de facilité : par son manichéisme, elle n’impose pas de décrire des personnages ambigus ou psychologiquement complexes, tels que ceux de la Dark Fantasy par exemple; de plus, l’intrigue est également très facile à mettre en place, à savoir le sempiternel combat du Bien contre le Mal pour sauver le royaume / le monde / l’univers. Et puis parce qu’il y a une demande d’une certaine part (majoritaire, hélas) du public, pour des histoires avec de grandes prophéties, de preux héros bien identifiables en tant que tels et où les gentils gagnent à la fin (au bout des 2167 pages d’une « trilogie en 6 volumes »).

                Je crois fermement que si ce système a perduré aussi longtemps, il a aujourd’hui atteint une certaine limite, et que le lecteur de Fantasy exigeant fait effectivement des parallèles défavorables avec la SF, demandant donc, en Fantasy, la variété de cadres et la profondeur / intelligence des thématiques qu’on trouve en SF (du moins dans une certaine SF, celle qui n’est pas uniquement taillée pour le dépaysement ou le divertissement -qui est, je m’empresse de le préciser, parfaitement respectable-). Je trouve d’ailleurs ta remarque sur la « Fantasy intelligente » qui servirait de porte vers d’autres genres tout à fait pertinente.

                La vraie piste d’avenir est peut-être là, finalement : alors que coexistent, depuis longtemps, SF « qui fait réfléchir / profonde » et SF « de dépaysement / divertissement », la Fantasy n’est, dans son écrasante majorité, qu’une littérature de divertissement (en coupant les cheveux en quatre). Si une « Fantasy intelligente » était amenée à se développer de façon significative, cela pourrait, cette fois, complètement révolutionner ce genre.

                J'aime

                • Loial dit :

                  Merci de ta réponse 🙂
                  Pas d’accord avec tout non plus, mais on ne va pas se lancer dans un débat interminable ^^
                  En tout cas j’aime bien l’idée que tu développes dans ton dernier paragraphe !

                  Aimé par 1 personne

  8. Excellent article comme d’habitude. Je note aussi Tigane de Gay pour l’Italie de la Renaissance.

    Aimé par 1 personne

  9. Elhyandra dit :

    Coucou
    Encore un bon roman à lire 😎
    Tu vois la fantasy criminelle pour moi c’est tout bonnement de la Dark fantasy
    Je note plein de titres donc, de Kay je n’ai lu que la tapisserie de Fionavar donc apparemment avant qu’il fasse de la fantasy historique si j’ai bien suivi
    Windhaven de GRR Martin je peux classer en science fantasy comme me l’a suggéré Lutin alors ça a l’air de coller
    A quand un vrai roman d’Apophis ? 😉

    Aimé par 1 personne

    • Apophis dit :

      Le pire, c’est que j’ai plein d’idées vraiment révolutionnaires pour une Fantasy tel que le monde n’en a jamais vu (un mélange Flintlock / Fantasy post-apo, en un sens, et d’autre part de la Colonial Fantasy), mais je n’ai pas envie de me coltiner les rigides conventions nécessaires à la soumission du texte à un éditeur, pas envie de claquer du pognon pour acquérir un logiciel de correction devant pallier mes insuffisances en français, et surtout, si je sais pouvoir sortir un world / magic building qui déchire, et une intrigue très originale, en revanche niveau personnages et, plus encore, dialogues, je ne me sens pas forcément les épaules de le faire.

      Aimé par 1 personne

  10. Ping : La souveraine des ombres – Chris Evans | Le culte d'Apophis

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s