Cérès et Vesta – Greg Egan

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Même lorsqu’il ne fait PAS de Hard SF, Egan reste intéressant et pertinent

ceres_vesta_eganGreg Egan est… pour être honnête, on ne sait pas avec certitude ce qu’il est. C’est censé être un australien, mais il n’existe aucune photo fiable de lui sur le net, il ne participe pas aux conventions, ne dédicace pas ses livres, etc. Ce qui a donné lieu à certaines rumeurs : il s’agirait peut-être en fait d’une femme ou d’un collectif d’auteur(e)s signant sous un pseudonyme commun (personnellement, si on m’annonçait qu’il s’agit en réalité d’un prototype d’IA, je ne serais qu’à moitié étonné 😀 ). Quoi qu’il en soit, c’est probablement l’auteur le plus emblématique de la Hard-SF : pour moi, il ne relève d’ailleurs même plus de ce sous-genre, mais d’une catégorie à part, bien à lui, que j’appelle l’Ultra-Hard-SF. Parce que vous en connaissez beaucoup, vous, des auteurs qui basent un de leurs univers sur une géométrie Riemannienne de l’espace-temps au lieu d’une géométrie Lorentzienne ? Non ? Moi non plus. Lui seul est capable d’écrire quelque chose dans ce genre, même Watts et Baxter sont très loin en-dessous de ces hauteurs Olympiennes.

Bref. Cérès et Vesta est la dernière parution en date de l’excellente collection dédiée au format court du Belial’, Une heure-lumière. Et le plus étonnant est que s’il s’agit bien d’un texte d’Egan, ce n’est cependant pas, cette fois, de la Hard SF, mais plutôt une allégorie spatiale et futuriste de l’immigration, problème auquel l’auteur est particulièrement sensible concernant son propre pays (et la politique drastique adoptée à ce sujet, notamment en matière de rétention administrative).  Lire la suite

Aube de fer – Matthew Woodring Stover

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Quand « Le Bon, la Brute et le Truand » rencontre Glen Cook et Christian Jacq

aube_de_ferAprès toute une série de livres intelligents, sensibles et humanistes, je me suis fait une réflexion : pour reprendre les mots éternels de Richard B. Riddick, « Quelque part, le long du chemin, je me suis égaré. Je suis devenu négligent. J’ai émoussé mon propre tranchant. J’ai alors commis ce qui est peut-être le plus grand des crimes… je suis devenu civilisé« . Cette douloureuse prise de conscience effectuée, j’ai décidé de me reprendre en main, de refaire du Culte d’Apophis un autel à la barbarie, une chapelle à la gloire de la violence, un hymne à la destruction : place donc à la Fantasy de l’âge du Bronze, un truc bien brutal, dont l’héroïne est une princesse guerrière qui ferait passer Xena pour une ballerine (comme dirait un autre de mes philosophes préférés, ce bon vieux Johnny « Drama » Chase).

Je me suis donc rué sur Aube de fer, roman de Matthew Woodring Stover, auteur de Fantasy, de Science-Fantasy et de SF, dont quatre livres liés à Star Wars (y compris la novélisation de l’épisode III). Cet ouvrage est le premier tome d’un diptyque (le second n’ayant pas été traduit par l’Atalante et n’existant pas en version électronique en VO). Lire la suite

L’alchimie de la pierre – Ekaterina Sedia

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L’histoire de cette touchante héroïne sert de prétexte à transmettre un beau message, certes, mais avec la subtilité d’un bulldozer

alchimie_pierreEkaterina Sedia est une autrice russe de Fantasy (écrivant en anglais) vivant aux USA depuis vingt ans. Elle enseigne l’écologie des plantes et la botanique dans le New Jersey. Elle a publié cinq romans, et écrit également des nouvelles et des poèmes. L’alchimie de la pierre est son livre le plus connu. Les illustrations (couverture + intérieures), superbes, sont l’oeuvre de Nicolas Fructus.

Nous suivons une Automate intelligente-consciente, Mattie, dans une intrigue qui sera l’occasion pour Ekaterina Sedia d’examiner tout un tas de problèmes de société, de l’émancipation de la femme au rôle qui lui est attribué dans un contexte pseudo-Victorien caractérisé par sa rigidité en passant par le racisme, la mécanisation des sociétés modernes ou la réaction des gens face aux attentats. Lire la suite

The penitent damned – Django Wexler

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Sombre police secrète, Prêtres de l’Obscur et voleuse employant une magie de l’Ombre, noir c’est noir, il n’y a plus d’espoiiiiir !

penitent_damnedThe penitent damned est une nouvelle (en anglais) qui fait partie du cycle The shadow campaigns, dont Les Mille noms est le premier tome. Elle constitue, d’après l’auteur, un prélude à ce dernier livre, mais peut aussi se lire de façon indépendante. Je trouve cependant que commencer le cycle par ce texte est plutôt une mauvaise idée, car il donne des clefs qui gâchent certaines découvertes des Mille noms et ne peut, à mon avis, pleinement se savourer qu’après avoir lu ce roman (à moins de vouloir s’en servir comme test pour voir si on accroche au style ou à l’univers de l’auteur, ou si son niveau d’anglais est accessible).

Vous pouvez lire cette nouvelle en ligne sur io9, la télécharger gratuitement sur Goodreads, ou en récupérer une version « de luxe » sur Amazon, toujours gracieusement offerte et comprenant également un peu plus de deux chapitres des Mille noms (en anglais). Bref, voilà, si vous lisez la langue de Shakespeare, l’occasion de découvrir l’univers de mousquets & magie développé par Django Wexler. Lire la suite

La souveraine des ombres – Chris Evans

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Sur une base extrêmement originale et dépaysante par rapport à la Fantasy classique, l’auteur nous livre un roman qui ne tient pas totalement ses promesses, mais qui reste sympathique

souveraine_des_ombresChris Evans est un historien militaire canadien vivant aujourd’hui à New York. Ancien cadre dans diverses maisons d’édition, il est désormais écrivain à plein temps. Avec Django Wexler (Les Mille noms) et Brian McClellan (La promesse du sang), il est considéré comme un des auteurs les plus emblématiques de la Flintlock Fantasy, nouveau sous-genre qui émerge depuis quelques années et tente d’aller au-delà des codes médiévaux-fantastiques de la Fantasy traditionnelle. Il en est même un des pionniers, puisque son livre est paru bien avant ceux de ses petits camarades : 2008 (en VO, la VF date de 2011).

La souveraine des ombres est le premier tome d’une trilogie appelée Les elfes de fer. Les trois romans ont été traduits en français, mais aucun n’a bénéficié d’une version électronique. Les deux premiers ne se trouvent plus que d’occasion, tandis que le troisième a quasi-complètement disparu de la circulation. Le recours à la VO sera donc éventuellement nécessaire.

Pour tout dire, je suis allé vers ce livre un peu à reculons, étant donné que certaines critiques disponibles sur le net étaient mitigées, voire carrément mauvaises. C’est pour cela que parmi les références en Flintlock / Gunpowder Fantasy, j’ai décidé de le lire en dernier. Mais bon, j’aime bien me faire ma propre opinion, surtout quand les recensions disponibles font le grand écart entre 2 et 4 étoiles. Et finalement, si nous ne sommes clairement pas sur quelque chose du calibre de La promesse du sang ou du Prisme noir et si ce livre n’est effectivement pas dénué de défauts, j’ai passé un moment fort dépaysant en le lisant, notamment parce qu’il combine deux des axes de développement que j’entrevois pour la Fantasy de demain : cadre non-européen et changement de paradigme historique / technologique.  Lire la suite

La promesse du sang – Brian McClellan

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Révolutionnaire (dans tous les sens du terme) ! 

promesse_du_sangBrian McClellan est un auteur américain formé dans les ateliers d’écriture de Brandon Sanderson et Orson Scott Card, excusez du peu ! La promesse du sang, tome introductif de la Trilogie des Poudremages, est son premier roman. Il a obtenu le prix Morningstar 2014. Le cycle s’est achevé en 2015, mais une seconde trilogie, située dans le même monde, doit voir le jour cette année. De plus, neuf nouvelles et novellas (plus deux recueils les rassemblant) se déroulant également dans cet univers ont été publiées (une se passe entre les tomes 1 et 2, les autres avant le début du tome 1, parfois bien des années auparavant. Toutes donnent un éclairage sur les personnages principaux ou secondaires du tome 1). Le premier tome a été traduit en français, avant que la série ne soit abandonnée (faute de ventes, ce qui, compte tenu de l’originalité et de la qualité du livre, est pour le moins étonnant, mais peut s’expliquer par la faible mise en avant de ce titre à sa sortie), malgré le fait que le second avait été annoncé.

Le cycle est considéré comme une des références, sinon LA référence absolue de la Flintlock Fantasy. De fait, il suffit d’observer la couverture (superbe, signée Gene Mollica) et de la mettre en parallèle avec le nom de la trilogie pour comprendre instantanément, même sans rien savoir de plus sur le roman, que nous n’avons vraiment pas affaire à une Fantasy habituelle : mages, mousquets, uniforme très Napoléonien, poudre, voilà un mélange inédit, en tout cas hors de la Fantasy Historique (voir plus loin). Et non seulement ça casse les codes du médiéval-fantastique, mais en plus ça se révèle vraiment intéressant ! Le public et les écrivains anglo-saxons ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, parlant d’un des premiers romans les plus impressionnants sortis ces dernières années. Pour ma part, voilà exactement le genre de livre novateur et épique que je veux lire.  Lire la suite

Une brève histoire du tunnel transpacifique – Ken Liu

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Une uchronie très dense, abordant de nombreuses thématiques 

transpacifique_liuCette nouvelle d’une quinzaine de pages, écrite en 2013, prix des lecteurs Bifrost 2016, est à télécharger gratuitement ou à lire en ligne jusqu’à la fin février 2017 sur le site du Belial’. Et un Ken Liu, ça ne se refuse pas ! Avec  ce texte, l’auteur explore, après la SF et la Fantasy, un autre genre des littératures de l’imaginaire : l’uchronie.

Ce texte parle d’un tunnel transpacifique, achevé en 1938 et reliant l’Asie à l’Amérique du Nord. On y pénètre via des gares à Seattle, Tokyo et Shanghai. C’est une sorte de tube pneumatique géant dans lequel des capsules filent à 200 Km/h, permettant d’effectuer le trajet en deux jours. Sa construction a été lancée par Hiro-Hito et le président Herbert Hoover pour contrer les effets de la Grande Dépression. Ce chantier colossal a impulsé des progrès technologiques et donné du travail à… sept millions de personnes. Ce point de divergence en a entraîné de nombreux autres, décrits dans la nouvelle, dont le plus spectaculaire est… l’absence de Deuxième Guerre mondiale ! Lire la suite