Kadath – Quatre quêtes oniriques de la cité inconnue – Collectif

Un livre souvent intéressant, mais qui est sans doute trop ou pas assez quelque chose pour trouver facilement son public (et pourtant, il le mérite !)

J’ai reçu cet ouvrage dans le cadre de l’opération Masse Critique organisée par Babelio. Je remercie ce site, ainsi que les éditions Mnemos (pour le livre et le petit bonus constitué par le marque-page agrémenté d’un mot gentil)

kadathA la lecture du titre de cette critique, deux réactions sont possibles : soit ne pas savoir du tout ce qu’est ce « Kadath », soit être un initié des sombres secrets dévoilés par le Maître de Providence dans ses écrits impies. Dans ce dernier cas, vous pouvez aussi vous demander quelle est la différence entre cet ouvrage et Kadath – Le guide de la cité inconnue (qui vient, au passage, de bénéficier d’une nouvelle édition, et est titulaire du prix Imaginales 2011) : le livre que je vous présente aujourd’hui comprend en fait les textes du guide de la cité inconnue (« revus au format roman », pour citer l’éditeur), mais pas les illustrations de Nicolas Fructus. Et ceci, il faut le signaler, à quasiment la moitié (19 euros au lieu de 36) du prix du beau livre de la collection Ouroboros. Ce qui fait que si, comme moi, vous êtes plus intéressé par le texte que par les illustrations, ce titre sera plus adapté à vos envies que son prédécesseur.

Ce livre comprend quatre nouvelles, liées par un fil rouge, ainsi qu’un guide détaillé de la cité de Kadath et des Contrées du Rêve en général. Si vous êtes un amateur de Lovecraft et connaissez le volet onirique de son oeuvre, inutile de vous présenter ce lieu, vous le connaissez et le chérissez probablement. Sinon, pour ceux qui ne sont pas encore entrés dans l’univers du Maître du Fantastique, je vous propose un petit résumé de la place de la ville dans son oeuvre, avant de vous donner mon sentiment sur les nouvelles et les annexes. Sachez d’ailleurs que les textes du mystérieux narrateur appelé l’Innomé, qui font le lien entre les nouvelles, ainsi que les annexes, donnent même au complet néophyte une compréhension basique de l’univers onirique Lovecraftien. 

Kadath et les Contrées du Rêve

Je ne vais pas vous faire un cours sur Lovecraft, d’autres blogueurs (principalement Nebal, mais aussi Celindanae) sont beaucoup plus versés dans les arcanes Lovecraftiennes, anciennes ou nouvelles (beaucoup de rééditions / nouvelles traductions récentes, BD), que je ne le suis. Cependant, pour ceux qui ne connaissent pas du tout l’oeuvre du Maître, ou en tout cas son volet onirique, une petite explication est nécessaire.

Lovecraft a écrit essentiellement du Fantastique et de la Science-fiction (si, si), mais un des volets de son oeuvre se passe dans… le monde du Rêve et a une atmosphère différente, certes toujours empreinte d’Horreur, mais qui tire plus sur le Merveilleux. Du moins, si on ne considère pas, justement, que tout ceci n’est sans doute qu’un songe (ou dû à la folie du protagoniste, voire, pour certains, à sa consommation de narcotiques), ce qui, donc, redéfinit cette partie de l’oeuvre comme du Fantastique, puisque le lecteur hésitera entre deux explications : la rationnelle et l’irrationnelle, sans pouvoir trancher. Personnellement, j’y vois aussi une expression de ce sous-genre particulier qu’est la Portal Fantasy : outre le fait que l’état de sommeil, de rêve lui-même, puisse être considéré comme le portail vers un monde empli de démons et de merveilles, il est explicitement fait mention, dans les écrits Lovecraftiens, de portes mettant en contact le monde de l’éveil (donc : le nôtre) et les Contrées du rêve. Sans compter qu’une bonne partie de ce livre explique comment certains sont passés physiquement dans les Contrées du Rêve.

Bref… la cité de Kadath est l’objet de la quête d’un certain Randolph Carter (avatar de Lovecraft en personne), qui parcourt le Monde du Rêve à sa recherche, dans la novella La quête onirique de Kadath l’inconnue. Ce monde onirique est également développé par Lovecraft dans d’autres nouvelles, ainsi que par d’autres écrivains (citons Lin Carter, August Derleth ou encore Brian Lumley), parfois dans une veine humoristique ou parodique, d’ailleurs, et dans le domaine du jeu de rôle (notamment dans les suppléments à L’Appel de Cthulhu appelés Les Contrées du rêve revisitées et Terror Australis). Pour résumer, il s’agit d’un univers (ou d’un ensemble de territoires oniriques issus des rêves des habitants de différents systèmes solaires) qui est à la fois créé, visité, voire peuplé dans / par les songes des habitants du monde de l’éveil, mais qui, en parallèle, continue à exister même lorsque vous vous réveillez. Kadath est une de ses cités, mystérieuse, cachée, inaccessible aux mortels, car on y trouve un château qui est la demeure des Dieux de la Terre (ou Très Hauts, dans la dernière traduction en date). Et pour expliquer en deux mots à ceux qui ne connaissent pas du tout Lovecraft, ces dieux là sont protégés (ou peut-être retenus prisonniers) par Nyarlathotep, le messager des Autres Dieux, des créatures si étrangères à l’humanité que leur simple vue (à moins qu’ils n’aient la miséricorde -un trait rarissime chez eux- de se draper dans des voiles d’illusion) peut faire sombrer votre âme dans les plus profonds, noirs et irrémédiables abysses de la Folie.

Kadath elle-même n’est que brièvement décrite à la fin du texte de Lovecraft. Le présent livre a pour ambition de placer certaines histoires autour de la cité ou de son château d’Onyx, ainsi que de vous donner la vision des auteurs sur les caractéristiques de la ville. J’insiste particulièrement sur ce point,  car si vous parcourez les critiques sur Kadath – Le guide de la cité inconnue (qui contient les mêmes nouvelles) sur le net, ainsi que leurs commentaires, vous verrez que certains « intégristes » vont descendre l’ouvrage en flammes parce qu’il n’a, selon eux, rien de Lovecraftien, ni dans le style, ni dans la description de la cité. La seule lecture du texte de Mélanie Fazi vous montrera clairement à quel point une affirmation aussi péremptoire est grotesque.

Les quatre nouvelles 

L’inédit de Carter – David Camus

Comme nous l’explique David Camus (également traducteur du récent ouvrage rassemblant tous les textes oniriques Lovecraftiens, Les Contrées du rêve), les origines de ce texte sont quelque peu mystérieuses. Sa date de rédaction et son auteur sont incertains, même si Robert Bloch reste le plus vraisemblable (écrivain de Fantastique, correspondant de Lovecraft, qui lui sert de mentor et dont il est un des membres les plus jeunes de son cercle, il a mis en scène ce dernier dans plusieurs textes et a repris le « mythe de Cthulhu » dans certains de ses propres romans ou nouvelles, avant d’opérer un virage vers une horreur plus psychologique et terrestre, orientée crimes plutôt que dieux tentaculaires venus d’outre-espace). Personnellement, j’ai une autre opinion : je pense que le véritable auteur s’appelle… David Camus, et qu’il ne s’est donc pas contenté de le traduire, mais bel et bien de le rédiger.

Cette nouvelle met en scène un… hum… « mystérieux » protagoniste nommé… HPL (étonnant, non ?). Il veut se rendre à nouveau au château de Kadath, des années après une première visite, car Nyarlathotep en personne (pour les non-initiés : le « premier ministre » du Sultan des Dieux, le messager et l’âme des Autres Dieux) lui a promis une « récompense » s’il écrivait, dans le monde de l’éveil, des textes incitant les dieux qui s’étaient égarés sur Terre (par ennui ou curiosité) à rentrer à Kadath. Cette tâche accomplie, HPL vient réclamer son dû.

Autant le dire tout de suite, le puriste, voire l’intégriste, de Lovecraft pourrait bien s’étrangler devant ce texte : entre un style bien peu Lovecraftien (et assez pauvre) et des « innovations » comme la ligne téléphonique reliant l’auberge de Kadath au château, il y a effectivement de quoi être déstabilisé (même si l’inclusion d’éléments du monde de l’éveil dans celui des songes est tout à fait conforme à la vision du maître, cf Kuranès). Pourtant, ce texte est relativement intéressant pour le complet néophyte, car il donne quelques aperçus de la vie, du caractère et de la carrière de Lovecraft. On appréciera aussi l’éclairage… Lovecraftien qu’il jette sur cette dernière, mais aussi l’inclusion de personnages issus des textes du Maître, l’occasion pour le lecteur érudit de réviser ses connaissances.

Au final, c’est un texte qui a relativement peu d’intérêt sur le plan littéraire, qui fera bondir le puriste, mais qui, d’une part, pourra permettre au complet néophyte d’un peu mieux connaître l’écrivain, et qui, d’autre part, fait preuve d’humour en jetant sur la carrière de ce dernier un éclairage… Lovecraftien ! 

L’évangile selon Aliénor – Mélanie Fazi

Si vous vous intéressez à la SFFF, il me paraît peu probable que vous n’ayez jamais entendu parler de Mélanie Fazi, mais admettons : l’autrice native des Hauts de France exerce dans les domaines de la Fantasy et du Fantastique, et est au moins aussi connue en tant que traductrice de grands auteurs anglo-saxons, à commencer par Brandon Sanderson. Elle est également un des trois co-animateurs du podcast « Procrastination », sur l’écriture de SFFF, lancé récemment par Elbakin.

Dans cette nouvelle, Mélanie Fazi nous parle d’Aliénor, une religieuse chrétienne du douzième siècle qui se retrouve involontairement dans Kadath. Elle s’y unit avec un mystérieux personnage, et porte dès lors, dans le monde du Rêve, un enfant très spécial (enfin, un… mais vous verrez ça en lisant le livre). Dans le même temps, la Sœur s’intéresse de près aux Très Hauts, à leurs temples et à leurs clergés. C’est aussi l’occasion pour le lecteur de se rendre clairement compte que Kadath est un nexus, entre les mondes oniriques de différentes planètes, entre différentes époques situées aussi bien dans le présent que dans le passé ou le futur. Enfin, c’est dans ce texte qu’on commence à entrevoir la façon dont trois des nouvelles sont liées entre elles.

L’autrice nous livre un excellent texte, extrêmement respectueux de l’esprit, voire même du style des écrits oniriques Lovecraftiens, et en tout cas passionnant de bout en bout, servi par une écriture remarquable. Elle se paye même le luxe, dans un miroir du légendaire « N’est pas mort ce qui à jamais dort, car au long des siècles peut mourir même la mort », de créer sa propre phrase emblématique : « Ce qui faiblit sans mourir peut être ravivé ». Et dans le même ordre d’idée, cette nouvelle peut être analysée comme le pendant « positif », si j’ose dire, d’un des plus fameux textes de Lovecraft, L’Abomination de DunwichBref, voilà une nouvelle qui justifie quasiment à elle-seule l’achat du livre. 

Le kitab du saigneur – Laurent Poujois

Laurent Poujois est un écrivain français dont l’oeuvre a été extrêmement influencée par celle de Lovecraft. Il a publié une série de textes destinés à la jeunesse qui se déroulent justement dans les royaumes oniriques imaginés par l’auteur natif de Providence.

Cette nouvelle, la plus longue des quatre, met en scène un érudit, qui a découvert quasiment tous les secrets de l’univers, sauf ceux enfermés dans la bibliothèque des Dieux de Kadath. Son esprit va aller de morts en réincarnations dans les Contrées du Rêve, en essayant d’accéder d’abord à Kadath, puis à son château d’onyx. Pendant ce temps, dans le monde réel, des siècles passent, et de temps en temps, une chronique de ses aventures fait surface. Il est accompagné d’un Hyperboréen, sur la peau duquel il tatoue ses découvertes. Lorsque les Dieux lui interdisent l’accès à leur demeure, il rallie les Innommables (les Intouchables de la cité, si on veut), chassant les rêveurs et sapant la base du pouvoir des divinités, qu’il veut remplacer… par les Grands Anciens (pour ceux qui ne connaissent pas Lovecraft : des extraterrestres immensément puissants, très anciens, considérés -à tort- comme des divinités; le plus fameux d’entre eux est Cthulhu) : le plan de ces derniers est d’infiltrer les rêves des humains, afin de leur inspirer le désir de les libérer des prisons (R’lyeh, par exemple) où ils sont retenus ou des espaces restreints dans lesquels ils sont contraints (les latitudes nordiques, etc).

Cette nouvelle est également clairement liée à deux des autres, particulièrement à celle consacrée à Aliénor. Elle montre aussi une fois de plus à quel point la cité de Kadath est pétrie de paradoxes temporels.

C’est un bon texte, avec une fin qui, si elle est totalement prévisible par l’initié, n’en reste pas moins intéressante. Je me pose cependant l’intérêt de cette même fin pour celui qui ne connaît pas du tout Lovecraft, qui n’aura, de fait, quasiment pas de clef pour comprendre l’ampleur de ce qui vient d’être révélé (et qui fait un lien remarquable entre les volets onirique et terrestre de l’univers du Maître).

Le témoignage de l’Innomé – Raphaël Granier de Cassagnac

Raphaël Granier de Cassagnac porte beaucoup de casquettes : écrivain de Fantasy et de SF, directeur de la collection Ouroboros chez Mnemos et physicien des particules, excusez du peu !

Ce texte, qui emploie la technique de l’adresse au lecteur (qu’on retrouve par ailleurs souvent dans les annexes, ainsi que dans les intermèdes) est le seul qui fait référence aux trois autres. Il ressemble assez à celui de David Camus, dans l’esprit (l’hommage à Lovecraft et à son oeuvre) plus que dans la lettre (en clair : l’écriture est plus solide). En plus, comme je le disais, de faire un lien (voire d’expliquer en partie) entre toutes les nouvelles du recueil, il entrelace ces dernières avec les textes du Maître en personne d’une façon assez remarquable : il est littéralement rempli d’allusions à des personnages (humains) Lovecraftiens, à un degré très supérieur à celui trouvé dans le texte de David Camus.

Le problème, c’est qu’en elle-même, cette nouvelle n’a qu’une valeur littéraire limitée : elle ne peut réellement se concevoir que liée aux autres, il me paraît difficile de la lire ou relire de façon isolée, au contraire des textes de Laurent Poujois ou, surtout, de Mélanie Fazi. 

Les annexes

Encore plus que certaines des nouvelles, ce sont les annexes qui vont soit poser des problèmes, soit éveiller l’intérêt de certaines catégories de lecteurs (mais je vais en reparler plus loin).

Il est important de signaler trois choses :

  • Les annexes peuvent donner quelques clefs de (pleine) compréhension de certaines nouvelles.
  • Si vous les lisez avant, ou lisez les nouvelles dans le désordre, elles peuvent aussi spoiler certaines nouvelles, particulièrement celle de Laurent Poujois.
  • Elles peuvent, d’un autre côté, donner à celui qui n’a jamais lu Lovecraft (ou jamais abordé le volet onirique de son oeuvre) des clefs de compréhension des nouvelles beaucoup plus solides que celles présentes dans les intermèdes.

Elles sont au nombre de six, plus une septième assez spéciale (et à mon avis très réussie) :

  • Une chronologie des événements en rapport avec Kadath et le Monde du Rêve.
  • Personnages : ceux de ce recueil, plus certains de ceux des textes oniriques de Lovecraft.
  • Peuples et créatures : cette annexe concerne les êtres Lovecraftiens qui apparaissent dans ce recueil (les Shantaks se taillant la part du lion).
  • Divinités et religions : cette partie mélange des données issues des écrits de Lovecraft, des dieux inventés dans ce recueil, ainsi que la description des temples les plus emblématiques de la cité.
  • Contrées du rêve : le gros intérêt de cette section est de donner au complet néophyte une vision succincte mais fort utile des hauts-lieux de cette « dimension » onirique. Le lecteur de longue date de Lovecraft y trouvera matière à révision, éventuellement.
  • Arpenter Kadath : c’est le guide de la cité et de ses lieux les plus emblématiques, pittoresques, grandioses ou terrifiants. Compte tenu de la brièveté de la description de Kadath dans le « canon » Lovecraftien, cette partie est la plus personnelle aux auteurs du recueil de toutes.
  • Kadath pratique : cette dernière partie, qui ne fait pas du tout double-emploi avec la précédente, ressemble à un hallucinant guide du routard onirique, devant, dans une optique la plus pratique possible (c’est dans le titre de la section), conseiller le voyageur sur ce qui l’attend (ou pas, d’ailleurs) à Kadath, sur la manière de régler ses achats, de s’y reposer ou se sustenter, sur la manière de s’y rendre, ou encore sur les quartiers qu’il vaut mieux éviter. Une règle (de survie) à retenir : les distances, les durées et le climat ne sont pas régis par des lois constantes, prévisibles ou rationnelles, ce qui, pour un monde onirique, n’est après tout pas étonnant !

Ces annexes, formant un guide de la cité, seront aussi polarisantes, voire plus, que certains textes : le puriste de Lovecraft en rejettera une partie en bloc, étant donné que la description de la ville est majoritairement issue de l’imagination des quatre auteurs français et pas de celle du Maître; le connaisseur n’aura que peu d’intérêt pour certaines annexes, vu qu’il connaît déjà tout ça par cœur (du genre : il vaut mieux être gentil avec les chats dans les Contrées du rêve); le rôliste pourra être heureux de la masse d’information présentée, à condition que cette conception personnelle de Kadath n’entre pas en contradiction avec les suppléments officiels de son jeu Lovecraftien favori; le néophyte, lui, sera en revanche ravi d’y trouver les clefs de compréhension qui lui ont manqué en lisant les quatre nouvelles.

Mon avis

Au final, les textes sont d’un intérêt inégal : si celui de Mélanie Fazi est sans conteste une grande réussite, qui justifie à lui seul l’achat de ce recueil, celui de Laurent Poujois est intéressant mais trop prévisible pour le connaisseur de Lovecraft (mais il a le gros mérite d’établir une élégante passerelle entre les volets onirique et terrestre de l’oeuvre du Maître), tandis que celui de Raphaël Granier de Cassagnac n’a de réelle signification qu’en relation avec les autres et pas en lui-même, et que celui de David Camus est nettement en-dessous des autres sur le plan littéraire.

Pour le puriste, voire l’intégriste Lovecraftien, la majorité de ce livre sera une hérésie (je me borne a retranscrire ce point de vue, constaté en commentaire sur le net, sans le partager) : la première nouvelle, qui nous parle de téléphone et de voiture à Kadath, sera très mal perçue, tandis que la description complète de la ville, quasi-entièrement inventée par les quatre auteurs, n’aura aucune valeur étant donné qu’elle ne vient pas de Lovecraft en personne.

En tant que connaisseur (et admirateur) de l’oeuvre de Lovecraft, j’aurais une opinion moins tranchée : il y a certains éléments d’ambiance, certaines idées, certains personnages, certaines intrigues qui ne m’ont pas plu, mais dans l’ensemble, j’ai beaucoup apprécié cette balade onirique. J’estime que donner sa vision de Kadath, ce n’est en rien trahir celle du Maître, plutôt lui rendre hommage. Sans compter le fait que nous sommes loin, ici, des parodies pondues par certains écrivains anglo-saxons, comme Lumley et compagnie. Plus respectueuse, moins marquée par le sceau de l’humour, la vision de nos quatre auteurs est, à mon humble avis, plus digne de Lovecraft que la plupart des tentatives de poursuite de son oeuvre qui ont eu lieu dans le passé.

Globalement, je pense que c’est le rôliste qui pourra être le plus intéressé par la partie « guide de Kadath », et que c’est cette catégorie de lecteur qui aura le plus de facilité à apprécier le livre. Ce qui, lorsqu’on connaît l’histoire de Mnemos, n’est finalement que pure logique.

Mon gros point d’interrogation concerne le complet néophyte, que ce soit du volet onirique de la littérature Lovecraftienne, ou, pire, de l’oeuvre du Maître dans son intégralité. Les auteurs et l’éditeur ont fait de gros efforts pour rendre le recueil accessible à tous, même à ceux qui ne connaissent rien aux Contrées du Rêve, à Cthulhu et à Nyarlathotep, mais si louables soient-ils, il me paraît très difficile d’aborder cet ouvrage consacré à Kadath sans avoir au minimum lu auparavant La quête onirique de Kadath l’inconnue.

Au final, voilà un livre que je trouve globalement intéressant, avec un texte splendide de Mélanie Fazi, un guide du routard Kadathien assez hilarant, dans un sens, mais qui ne sera pas assez Lovecraftien dans certains cas pour le puriste, qui le sera trop pour le complet néophyte, qui sera un poil juste sur le plan littéraire pour deux textes sur quatre, qui sera trop prévisible pour le connaisseur de l’auteur de Providence dans un cas (la nouvelle de Laurent Poujois), mais qui satisfera par contre grandement l’amateur de jeux de rôles inspirés par le Mythe de Cthulhu. Donc, en une phrase, un bon livre, mais qui risque de peiner un peu à trouver son public. Par contre, qu’on me permette de saluer l’excellente initiative qui consiste à proposer les textes de l’édition « beau livre » de la collection Ouroboros dans un format sans illustration et surtout à un prix quasiment diminué de moitié.

 

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14 commentaires pour Kadath – Quatre quêtes oniriques de la cité inconnue – Collectif

  1. Sincèrement la couverture est magnifique et les nouvelles ont l’air vraiment intéressantes. Et non je ne connais pas le monde de Lovecraft même si j’en ai entendu parler. Je met cette œuvre dans ma liste des achats. Merci pour cette chronique 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Merci du compliment, ça me touche beaucoup. Je connais assez bien Lovecraft mais je n’ai pas encore lu les écrits se passant dans Kadath. C’est au programme pour bientôt :). Super chronique en tout cas.

    Aimé par 1 personne

  3. L'ours inculte dit :

    Je connais lovecraft surtout à cause des parties de jeu de rôle, mais la seule fois où j’ai voulu le lire ça m’a un peu laissé de marbre. Pas trop ma came je crois.

    Aimé par 2 people

  4. Tesrathilde dit :

    Je connais assez bien les écrits de Lovecraft et j’avais hésité sur ce livre. Je pense que dans tous les cas je l’emprunterai avant de l’acheter, mais il est vraiment beau et donne envie de s’y plonger je trouve même sans forcément y retrouver un univers de puriste. De toutes façons concernant Lovecraft il n’y a que très peu de lui qui est connu, tout ce qui est jeu de rôle ou adaptations s’inspire très largement des œuvres « élargies » entre autres par A. Derleth (qui a entre autres créé l’appellation « Mythe de Cthulhu », voire brodent encore un peu autour. c’est que c’est un coquin, Howard, il préfère toujours suggérer que décrire, taire au lieu de dire. 😉

    Aimé par 2 people

  5. Lutin82 dit :

    Je ne sais pas. La nouvelle de Mélanie Fazi me tente, le reste non.

    Aimé par 1 personne

  6. lorhkan dit :

    Le livre illustré ajoute une dimension supplémentaire je pense. Et prend le parti de mélanger les histoires.
    C’est une autre façon de raconter les choses.

    Aimé par 1 personne

    • Apophis dit :

      Je suis tout à fait d’accord pour dire qu’à choisir, la version illustrée est préférable, car effectivement, elle ajoute une dimension visuelle qui manque ici. Cependant, cette version « de luxe » me pose deux problèmes : son prix (je ne le trouve pas excessif, mais faut quand-même sortir 36 euros pour UN bouquin -sachant qu’avec des opérations comme celle de Bragelonne démarrée aujourd’hui, 36 euros = 36 bouquins) d’une part, et justement le mélange des histoires, d’autre part. Parce que le texte de De Cassagnac dévoile l’identité du Saigneur, tout de même… Non pas qu’elle soit difficile à deviner pour le connaisseur de Lovecraft, mais si on lit ce texte d’abord puis celui où le Saigneur apparaît, on est spoilé. Je pense que la lecture linéaire proposée ici est nettement préférable.

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      • lorhkan dit :

        Pour quelqu’un qui ne connaît pas du tout Lovecraft, ça peut se concevoir. Pour l’identité du Saigneur, avec quelques notions du background lovecraftien, même sans avoir beaucoup lu l’auteur (moi par exemple), ça n’est pas sorcier à deviner.
        Perso je préfère le livre illustré, l’immersion est autrement plus efficace, surtout que les textes et les dessins ont été pensés pour aller les uns avec les autres.

        Et question prix, je ne réagis pas de la même façon que toi sur ce coup, les « livres d’art » (entre guillemets, mais on s’en rapproche quand même, même si Gotland a mis depuis la barre nettement plus haut. Disons plutôt livres-univers illustrés…) entrant dans une catégorie à part qui m’empêche de les comparer avec les romans question tarifs… 😉

        Aimé par 1 personne

        • Apophis dit :

          Ah mais nous sommes d’accord, et d’autant plus que pour un art book, celui sur Kadath est plutôt dans la tranche basse des tarifs (je lorgne depuis des lustres sur ceux de Ian McCaig ou d’Olivier Ledroit, mais là on est à 50 euros minimum).

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  7. khaneety dit :

    Un article complet et particulièrement intéressant!
    Merci beaucoup pour ces richesses rolistiques! 🙂

    Aimé par 1 personne

  8. Apophis dit :

    Merci et bienvenue, ami rôliste ! 🙂

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