The Expanse – tome 3 – La porte d’Abaddon – James S.A. Corey

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James S.A Corey fait son « Aux mains de l’ennemi »

abaddons_gateLa porte d’Abaddon est le troisième tome du cycle The Expanse, après L’éveil du Léviathan et La guerre de Caliban. Une chose va probablement vous sauter immédiatement aux yeux : cette fois, Actes Sud propose une couverture un minimum esthétique, contrairement à l’horreur mauve et jaune fluo du roman précédent de la série. C’est en fait celle de la version originale, signée Daniel Dociu (un nom bien connu des aficionados de MMORPG), qui a été reprise, et on espère qu’il en ira de même pour les livres suivants.

Je ne vais pas faire durer le suspense : ce roman est, et de loin, le moins intéressant des trois déjà parus (le cycle en compte actuellement 5 en VO, 3 autres sont prévus -dont un cette année-, ainsi qu’un total de 5 novellas et 2 nouvelles). En fait, ce qui y est raconté n’aurait dû constituer qu’une partie du tome suivant, à mon avis, ou au moins être raccourci pour aller à l’essentiel. Parce que là, en gros, il y a quelque chose comme 300 pages qui ne servent à rien, et qui, en plus, sont racontées non pas platement, mais qui peinent à impliquer et plus encore à passionner le lecteur. Le parallèle avec un roman du cycle Honor Harrington est assez net, ce que je vais m’employer à vous expliquer dans ce qui suit. 

Aux mains de l’ennemi

Aux mains de l’ennemi est le septième tome de la saga Honor Harrington, par David Weber. En pratiquement 650 pages, il raconte ce qui peut être résumé en une seule phrase : la jusqu’ici invincible Salamandre est vaincue, capturée par l’ennemi Havrien et expédiée sur une planète-prison (son séjour faisant l’objet du tome suivant). Point. Ce qui, en gros, aurait pu (dû, même) ne faire l’objet que d’un chapitre, au pire une partie ou un tiers du livre consacré à son emprisonnement et son évasion, s’étire à n’en plus finir sur des centaines de pages.

Dans La porte d’Abaddon, c’est encore pire : le livre fait 580 pages, dont 180 pour décoller, 40 à 50 vraiment pertinentes, suivies de près de 350 pages qui ne servent à rien, ne faisant pas avancer l’histoire, avant quelques pages finales qui changent complètement le paradigme de l’univers mais qui sont tellement évidentes que vous pourriez arrêter votre lecture 300 pages avant la fin et suivre le roman suivant du cycle sans le moindre problème.

L’histoire démarre environ 2 ans après la fin de La Guerre de Caliban : le vaisseau qui a jailli de Vénus a construit, aux alentours de l’orbite d’Uranus, un anneau de… 1000 km de diamètre. Les humains savent qu’il s’agit d’un pont d’Einstein-Rosen (= d’un trou de ver), mais ils ne savent pas où il mène et surtout s’il ne va pas servir de tête de pont aux créateurs de la protomolécule. Une flotte de vaisseaux scientifiques et militaires est donc stationnée à proximité, et se garde bien de toute manœuvre qui pourrait réveiller le géant endormi. Sauf qu’un excité dans un premier temps, puis Holden, vont mettre les pieds dans le plat, ce qui fait que l’armada va franchir la porte d’Abaddon… Une fois que vous aurez lu le compte-rendu d’Holden sur ce qu’il y a de l’autre côté, vous pouvez poser le livre et en prendre un autre, l’histoire principale n’évoluera quasiment plus d’un iota. Ce qui est profondément paradoxal : ce qu’il y a de l’autre côté de l’anneau va changer le paradigme de l’univers des romans (et, accessoirement, faire passer leur genre littéraire d’une quasi-Hard SF à la Kim Stanley Robinson mâtinée d’horreur à la Alien à un Space Opera pur et dur, tendance BDO sur ce tome précis, et plutôt inspiré par « Alastair Reynolds rencontre Stargate »), mais en même temps le gros du livre est une histoire auto-centrée sur Holden et / ou l’armada qui ne fait pas avancer le tableau général.

Personnages et narration

Vous vous êtes attaché aux personnages introduits dans le tome 2 ? C’est dommage, car Chrisjen est juste mentionnée dans un paragraphe de la fin et car Bobbie, si elle est souvent évoquée, n’apparaît pas du tout. A la place, vous avez droit à trois nouveaux personnages : Bull, le chef de la sécurité du cuirassé Béhémoth (ex-vaisseau à générations mormon Nauvoo), Anna, pasteur méthodiste, et Melba, qui n’est pas du tout ce qu’elle semble être (mais pourquoi avoir dévoilé son identité réelle dès le début ?) et qui poursuit une croisade personnelle contre Holden. Franchement, introduire de nouveaux personnages secondaires à chaque tome, surtout lorsque ça implique de faire disparaître d’un trait de plume ceux du précédent, auxquels on a pu s’attacher, est à la fois énervant et abusif. D’autant plus que Bobbie aurait parfaitement été à sa place dans celui-ci.

Sur les trois, seul Bull est intéressant, Melba et surtout Anna se révélant soporifiques. Sans compter que cette dernière est l’occasion de tas de développements sur les notions de pardon, de haine et de vengeance qui semblent tout droit sortis d’un discours de télé-évangéliste de la Bible Belt. Les tomes précédents du cycle, dans la conception de l’univers, de l’intrigue, dans les dialogues, le rythme et le style, étaient, pour moi, caractérisés par la simplicité, l’efficacité et un côté direct, sans fioritures : sur ce tome 3, c’est complètement raté, par contre, car toutes ces bondieuseries n’apportent rien au tableau général, cassent le rythme et surtout ne sont pas réalistes (franchement, il faut demander d’urgence la canonisation de l’équipage du Rossinante au Vatican), particulièrement dans le cas d’Amos.

Autre souci : une tendance récurrente à faire des micro-flash backs, en clair à commencer par la fin d’un événement puis à raconter comment on en est arrivé là. Entre ça et le fait qu’une grosse partie du texte ne sert à rien et / ou se devine des lustres à l’avance, plus les personnages soporifiques et les péripéties dans lesquelles on peine à s’impliquer émotionnellement parlant, tout concourt à une puissante envie de passer directement au tome 4 du cycle, en espérant qu’l retrouve l’esprit des deux premiers.

Un autre point m’a énormément dérangé : Holden se retrouve empêtré dans d’inextricables problèmes juridiques avec Mars (à propos de la possession du Rossinante), problèmes qui sont réglés en fin de roman en un paragraphe via un Deus ex Machina outrageusement abusif et assez irréaliste.

En conclusion

Ce tome 3, outre le fait qu’il tire terriblement à la ligne, se révèle très nettement en-dessous de ses deux prédécesseurs. Vous pourriez arrêter votre lecture à (même pas) la moitié et être parfaitement capable de suivre le tome suivant. D’autre part, les nouveaux personnages sont très loin en-dessous de Bobbie ou Chrisjen, et on peine à s’impliquer dans les péripéties qu’ils doivent affronter.

Ce tome de transition est aussi paradoxal dans le fait qu’il implique un énorme changement de paradigme (dans l’univers, les influences littéraires et le genre où on classifiera désormais le cycle, qui passe d’une hard-SF très Kim Stanley Robinson mâtinée d’horreur à la Alien -un aspect qui disparaît quasi-totalement- à du Space Opera pur et dur, tendance Big Dumb Object et Sense of wonder, avec beaucoup d’Alastair Reynolds mâtiné de Stargate dedans) mais que, en même temps, la plus grosse partie du livre est une histoire auto-centrée sur Holden et l’armada de vaisseaux qui passe la Porte qui donne son nom au livre, histoire qui ne fait absolument pas avancer le tableau général.

Bref, un tome à vite oublier, mais qui, par contre, ouvre de fascinantes perspectives pour la suite. Histoire d’être un minimum constructif, je pense que les événements de ce troisième roman auraient sans problème pu être résumés pour ne constituer qu’une partie de l’histoire du tome suivant, et que le lecteur n’y aurait pas perdu grand-chose.

Pour aller plus loin

Si vous voulez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Lorhkan, celle de Samuel Ziterman sur Lecture 42,

Ce livre est le troisième d’un cycle : retrouvez sur Le Culte d’Apophis les critiques du tome 1, du tome 2,

 

 

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8 réflexions sur “The Expanse – tome 3 – La porte d’Abaddon – James S.A. Corey

  1. Bahhhh! Je suis si déçue, j’attendais le tome 3 en me frottant les mains… Là, du coup je ne sais pas s’il ne vaut pas mieux que j’attende ta critique sur le tome 4…. Si tu comptes le lire.
    Le changement de design était pourtant bon signe.

    Déçue je suis!

    J'aime

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