Le château noir – Glen Cook

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Assez différent du premier tome, mais intéressant sur de multiples plans

black_company_2Le château noir est le second volume du premier cycle de la Compagnie Noire, celui dit des Livres du Nord. Il se déroule dix ans après les événements du tome 1. Nous retrouvons les personnages que nous connaissons déjà, plus quelques nouveaux (les éléments-clefs de la Compagnie -Capitaine, Lieutenant, Elmo, Toubib, etc- ayant maintenant la cinquantaine, il faut trouver des remplaçants à former). L’unité, forte de sa terrible réputation, est employée par la Dame pour traquer impitoyablement les leaders de la Rébellion (ou plutôt ce qu’il en reste). Pendant ce temps, Corbeau et Chérie sont dans une ville lointaine, et leurs ex-camarades n’ont plus de nouvelles d’eux depuis longtemps. Mais le destin (et la Dame…) va faire se recroiser leurs routes…

Ce second livre bénéficie en général d’une réception très polarisée : beaucoup de lecteurs qui n’ont pas forcément accroché au roman précédent préfèrent celui-ci, alors qu’au contraire, certains de ceux qui ont adoré La compagnie noire sont déstabilisés par le fait que ce tome 2 soit assez différent.

Bad Company *

Bad Company, 1974.

Ça va mal pour les rebelles. Après leur terrible défaite à la fin du tome 1, les survivants sont traqués sans relâche par les espions et les soldats de la Dame, sans parler des Asservis et de la Compagnie Noire. Du moins jusqu’à ce que cette dernière reçoive l’ordre de faire route vers les Tumulus, l’ancienne prison de leur patronne, dans laquelle le Dominateur est toujours retenu à l’insu de son plein gré, comme dirait M. Virenque. Une « petite » marche, hein, c’est juste 4000 km plus à l’est que la position actuelle de l’unité… Il faut dire que depuis la guerre, l’Empire s’est étendu bien au-delà de ses frontières, et que la Compagnie est toujours en pointe.

Alors qu’ils arrivent à Gelée (oui, les noms de villes sont toujours aussi pourris), de nouveaux ordres de la Dame tombent : Elmo, Pilier (un petit nouveau) et Toubib doivent mener une petite unité (dix hommes en tout) aux Tumulus (et oui, la Dame a personnellement demandé Toubib, elle en pince toujours pour lui !). Ils vont faire le trajet en tapis volant, convoyés par les Asservis (Le Boiteux, seul survivant de ceux d’origine, plus Trajet, Murmure et Plume, ceux qui ont été créés dans le tome 1). Après quelques semaines sur place, ils reçoivent de nouveaux ordres : l’ensemble de la Compagnie doit se rendre à Génépi, une grande ville située à la limite des glaces éternelles et au-delà des frontières de l’Empire.

Et devinez qui s’y trouve, sans que Toubib et les autres soient au courant ? Nos amis Corbeau et Chérie. Cette dernière, devenue une superbe jeune femme, est serveuse dans la taverne de Shed, et est toujours farouchement couvée par Corbeau comme si elle était son propre enfant. Corbeau qui, d’ailleurs, s’est lancé dans des activités très très louches afin de réunir de l’argent, beaucoup et rapidement, afin de mener ses projets à bien pour lui et la « petite ». Trafic de cadavres (on se croirait dans Warhammer RPG !), pillage de tombes, il ne recule devant rien.

Shed, lui, lorgne sur Chérie, tremble devant Corbeau, mais à besoin de son argent pour échapper à l’emprise de Krage, le prêteur sur gages du quartier. Alors qu’il a la réputation d’être un trouillard de première, Marron Shed va s’affirmer de plus en plus au cours du récit, dans un genre très meurtrier.

Génépi a deux particularités : d’abord, on y conserve les cadavres dans des catacombes, dans l’attente d’un futur jour de la résurrection ; ensuite, sur un éperon rocheux qui la surplombe, on trouve le Château Noir, une forteresse aux murs d’un noir d’obsidienne. Cette place-forte a une histoire très singulière : à l’origine, c’était une simple pierre noire à côté d’un cadavre. Elle a la particularité d’absorber la vie de quiconque la touche. Ce qu’on s’est empressé de ne plus faire, ce qui fait que ce qui allait devenir une forteresse est demeuré à l’état de gros rocher pendant des décennies. Et puis un jour… ce dernier s’est mis à grandir, de plus en plus et de plus en plus vite. Et la rumeur a bruissé que le donjon en formation était habité. Ce qui est la pure vérité : c’est à un de ses habitants que Corbeau fait ses livraisons de cadavres, en échange de belles pièces d’argent sonnantes et trébuchantes.

Le château va fasciner les Asservis dès l’arrivée de l’unité spéciale d’Elmo dans la ville. Les autorités ont eu vent, via les Veilleurs, les gardiens des catacombes et collecteurs assermentés de cadavres, de la baisse suspecte du nombre de ceux-ci dans les bas-fonds, la Cothurne. Bœuf, leur âme damnée, et Toubib vont mener l’enquête, ce qui va les mener tout près de Shed… et de Corbeau.

L’intrigue

Commence alors un fascinant jeu du chat et de la souris entre Corbeau et Toubib, entre Toubib et les Asservis / la plupart des autres membres de la Compagnie (ceux qui ne sont pas au courant de la nature réelle de Chérie), entre Shed et ses créanciers, entre Boeuf et Toubib, bref entre tout le monde et tout le monde. Pour reprendre les mots de Gobelin, « Avec toutes ces ruses et ces intox, je n’arrive plus à démêler le faux du vrai » (je vous rassure, tout est très clair pour le lecteur, par contre).

Il y a un aspect enquête assez affirmé qui contraste avec l’aspect militaire exclusif du premier tome. Le point de vue alterne à chaque chapitre entre celui de Toubib et ceux de Corbeau et / ou Shed. Il est d’ailleurs intéressant de voir un événement donné commencer dans un chapitre vu selon le point de vue de Shed et se terminer dans le chapitre suivant, vu selon le point de vue de Toubib. De même, voir chaque protagoniste par le regard d’un des autres est également plaisant.

Toubib se retrouve avec un énorme dilemme sur les bras : on lui explique que le Château Noir représente un énorme danger pour le monde (vous découvrirez pourquoi en lisant le livre), mais en même temps, neutraliser ce danger pourrait impliquer de sacrifier Corbeau et surtout Chérie. Ne pas le faire, ce serait à la fois permettre au Mal absolu de se répandre sur le monde, et trahir l’engagement le plus sacré de la Compagnie : ne pas trahir son employeur. De plus, être fidèle à la Dame, c’est vouer allégeance à un Mal au moins aussi profond que celui qu’on veut éviter de relâcher, mais d’une nature différente, plus patiente, plus insidieuse. Mais le résultat final, au long terme, sera le même… Cet aspect moral est également très intéressant, car il était moins prononcé dans le premier tome (où la règle générale était : il n’y a pas de Bien et pas de Mal, tout est question de point de vue).

Mon impression

Ce tome 2 peut décontenancer de prime abord : après tout, on suit Shed, un simple aubergiste qui n’a rien à voir avec la Compagnie noire, la moitié du livre, et durant la majorité de ce dernier, on ne suit que de petits éléments de l’unité (contrairement au tome 1). Personnellement, ça ne m’a pas posé de problème, et ce pour plusieurs raisons : d’abord parce que je trouve que Glen Cook a su surprendre et éviter un copier-coller du tome précédent, et ensuite parce que la spirale infernale de corruption entamée par Marron Shed, puis sa tentative de rédemption, m’ont beaucoup intéressé. Malgré tout, que les amateurs de fantasy militaire et de pyrotechnie se rassurent : le dernier tiers offre un siège spectaculaire, ainsi qu’un combat épique dans l’avant-dernier chapitre.

L’aspect Dark Fantasy, tendance grim & gritty, est ici poussé très loin : l’amoralité des actes horribles perpétrés par Corbeau puis Shed, poussés par le désespoir ou une volonté farouche d’atteindre leurs objectifs quel qu’en soit le coût (moral) est assez prodigieuse. Comme je l’évoquais, la tentative de Shed pour prendre une autre voie est également fascinante. Malgré tout, il faut bien préciser que, pour quelqu’un qui chercherait à mettre un pied dans la Dark Fantasy, ce cycle n’est peut-être pas la porte d’entrée idéale, tant il est malsain et décomplexé dans le côté amoral par moments (même si Glen Cook reste évidemment une des références incontournables de ce sous-genre). De même, si vous n’avez pas complètement accroché au premier tome, je ne suis pas certain que vous accrochiez plus à celui-ci.

En conclusion

Ce second tome m’a autant intéressé que le premier, même s’il est très différent : relativement défocalisée par rapport à l’effectif complet de la Compagnie, l’intrigue alterne entre simples détachements de cette dernière et point de vue d’un aubergiste local, Marron Shed (ce qui peut décontenancer ceux qui veulent suivre uniquement les manœuvres militaires de nos mercenaires préférés). De même, la montée en puissance du rythme est beaucoup plus progressive, même si le dernier tiers réserve quelques scènes haletantes (et quelques beaux moments de pyrotechnie et de sorcellerie meurtrière !).

La fin, très réussie, induit d’énormes changements dans la structure et le destin de l’Unité, et pose d’intéressants jalons pour le tome suivant, qui sera le dernier du cycle des Livres du Nord. On apprécie le rôle accru de Toubib  dans les événements (il est moins conteur qu’acteur dans ce tome 2 par rapport au précédent) et, comme souvent en matière de Dark Fantasy, on pleure la disparition (impitoyable) de certains personnages, dont certains pas-si-secondaires. Mais certains d’entre eux sont-ils vraiment morts, on font-ils leur Jon Snow ? Je le saurai le mois prochain !

(et puis bon, on connaît maintenant le nom de la Dame -pas son Vrai Nom, dans le même esprit que dans Terremer par exemple, mais son « nom d’usage »- et ça c’est un gros plus 🙂 )

Pour aller plus loin

  • Vous souhaitez avoir un second avis sur ce roman ? Je vous conseille la lecture de la critique de Boudicca sur le Bibliocosme, celle de l’Ours inculte sur l’ensemble de la trilogie des Livres du Nord, celle de Xapur, de Lorhkan, de Lutin sur Albedo,
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19 réflexions sur “Le château noir – Glen Cook

  1. Pingback: Les annales de la Compagnie noire, tome 2 : Le château noir | Le Bibliocosme

      • De nouveau sur le net … presque une semaine loin de tout cela. Heureusement qu’il y avait mes abeilles ( et ma famille, mais ils le savent).
        Tu vas loin pour chercher les correspondances musicales, 1974 ! Lors de ta chronique sur le tome 1, tu m’avais déjà convaincue de me relancer dans cette série que j’avais laissée de côté il y a quelques années après la lecture du tome d’ouverture. AYant lu cette critique, la référence à terremer adidant, je suis dorénavant convaincue qu’il ne me faut pas passer à côté. Rares sont les œuvres de fantasy qui évitent la niaiserie et la répétitivité… Merci encore pour cette lecture si enthousiasmante : à chaque fois, j’ai envie de me précipité sur le livre…

        Aimé par 1 personne

  2. Pingback: La Compagnie Noire – Glen Cook | Le culte d'Apophis

  3. A la lecture de ton avis, je me rends compte que j’ai quand même oublié une bonne partie de ce roman (j’ai quand même le souvenir de l’avoir bien aimé). Et ça me rappelle que je comptais continuer le cycle…

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    • Vu la fin de ce tome 2 qui pose pas mal de questions sur l’avenir de la Compagnie, et vu la grosse réputation du tome 3, j’ai d’ores et déjà programmé ce dernier pour le début juin. Et puis tant qu’on y est, hop !, soyons fous, les autres sous-cycles sont programmés à partir de fin Août (même si la rumeur dit que ce sont des livres plus commerciaux, d’une qualité inférieure à celle des Livres du Nord. On verra).

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