Les jardins de la lune – Steven Erikson

Le cycle de Fantasy type Compagnie Noire que pourrait écrire un Peter F. Hamilton dopé aux amphétamines

Malazéen_1

Si vous êtes amateur de Science-Fiction, vous connaissez probablement Peter F. Hamilton. Si ce n’est pas le cas, il s’agit d’un auteur caractérisé par des intrigues s’étendant en général sur plusieurs tomes et jusqu’à 6000 pages en version poche, mettant en jeu un grand nombre de personnages principaux, secondaires et tertiaires, avec de nombreuses sous-intrigues à priori complètement séparées au début mais qui finissent par se rejoindre à la fin de l’histoire. Les phases de mise en place (présentation des personnages, des lieux de l’action, des tenants et des aboutissants, des antagonistes, de l’univers) sont également très longues. Enfin, l’univers est très minutieusement construit et décrit, et les thèmes et leur traitement sont très ambitieux et visuels : en clair, c’est de la SF à très grand spectacle, avec ce qu’on a coutume d’appeler un fort « sense of wonder ».

Les jardins de la lune est donc le type de roman que pourrait écrire Peter Hamilton s’il se lançait dans la Fantasy adulte (il n’a pour le moment produit qu’un livre de fantasy junior et 4 romans adultes avec un certain côté science-fantasy), mais à la seule condition de prendre des amphétamines avant, car Steven Erikson, l’auteur, le pulvérise en terme de longueur de la saga, de nombre de personnages, de complexité narrative et de roman à très grand spectacle. Par contre, si Hamilton écrivait ce genre de Fantasy, il ne fait aucun doute qu’un aspect serait beaucoup, beaucoup plus mis en avant : le sexe (chaque bouquin de ce bon vieux Peter comporte plusieurs scènes olé olé). Cet aspect est quasi-complètement absent du roman d’Erikson. Qui, de plus, à moins tendance à prendre par la main son lecteur pour lui expliquer en détails le moindre petit élément de son univers (il préfère évoquer, suggérer, quitte, d’après ce que j’ai compris, à y revenir dans un tome ultérieur du cycle -voir plus loin-).

Les jardins de la lune rappelle aussi très fortement le cycle de la Compagnie noire de Glen Cook : même ambiance militaire dans un cadre de fantasy, même placement de l’action du côté des « méchants » en matière de moralité, même ambiance dark fantasy, même (omni)présence de puissants sorciers dans l’intrigue. Toujours en matière de classiques de la Fantasy, on peut aussi penser en partie au Trône de fer, pour le côté intrigues politiques et luttes entre nations rivales, mais à un Trône de fer qui serait beaucoup moins économe en scènes à grand spectacle, notamment magiques.

Le cycle dans son ensemble, conception et particularités

Les jardins de la lune n’est que le premier tome (et aussi incroyable que cela puisse paraître, le plus petit) du cycle dit du Livre Malazéen des glorieux défunts, qui en compte dix (plus une série dérivée de six tomes écrite par le co-créateur de cet univers). Seuls les deux premiers ont été traduits en France, le second tome ayant été divisé en deux livres en raison de sa taille. La traduction a été stoppée après ça, et malheureusement, les autres romans du cycle ont la réputation d’être très difficiles à lire en anglais, en raison du niveau élevé de langage utilisé et de l’abondance de termes spécifiques à l’univers à assimiler.

Cet univers a été créé en tant que monde de jeu de rôle (Advanced Dungeons & Dragons puis GURPS) dix ans avant l’écriture de ce tome 1 (et celui-ci ayant été publié sept ans après son écriture, l’univers a eu encore plus de temps pour se développer entre le tome 1 et les suivants). Sa profondeur, sa cohérence, la taille de son historique (300 000 ans !) mais aussi sa complexité sont exceptionnelles.

Une particularité est que sur l’ensemble du cycle, il y a trois trames narratives qui s’entremêlent, ce qui fait que chaque tome n’est pas forcément la suite directe du précédent et ne règle donc pas les points d’intrigue qui restent non-résolus. La trame de ce tome 1, par exemple, ne sera pas continuée avant les tomes 3 et… 8. Le tome 2, donc, traite d’événements différents (mais connexes, évidemment).

L’univers

L’univers est assez particulier, et se rapproche par certains points de celui de la Compagnie noire de Glen Cook, tout en s’en éloignant sur certains autres aspects. La première particularité est l’absence des races les plus emblématiques de la Fantasy : certes, il y a des dragons, une Liche (ou quelque chose qui y ressemble beaucoup) et des morts-vivants (bien que dans les trois cas, leur traitement soit relativement inhabituel), mais il n’y a ni elfes, ni orcs, ni nains. Attention cependant, cela ne veut pas dire que les humains soient la seule race, bien au contraire : de très nombreuses races (humanoïdes, quoiqu’un gros doute subsiste pour les Moranth, peut-être des hommes-insectes cachés sous leurs armures) existent. Comme chez Lovecraft ou Karl Edward Wagner, l’humain n’est ni le premier, ni le dernier des maîtres du monde, et des races anciennes, disparues ou mourantes, sont décrites. Il existe aussi de nombreuses races en phase ascendante ou au pic de leur puissance à l’époque du récit, qui partagent le monde avec les humains. Alliées, neutres ou ennemies, leurs relations complexes avec diverses nations humaines sont un point important de l’intrigue.

Comme chez G.R.R Martin, les humains se battent aussi entre eux : la plupart des protagonistes du roman sont des militaires ou des officiels de l’Empire Malazéen, une force énorme qui balaye et annexe méthodiquement nations, ligues de cités-Etats et continents. Cependant, un aspect à retenir est qu’un changement brutal à la tête de l’empire, les purges qui en ont résulté et la lassitude de campagnes militaires incessantes (sans parler de la grogne des peuples conquis) font que la rébellion gronde au sein des troupes d’élite Malazéennes, notamment chez les Brûleurs de ponts. Cette unité prestigieuse de la Deuxième Armée a le double tort d’avoir la réputation d’être celle ayant eu la confiance la plus absolue de l’ancien empereur et aussi de comprendre Whiskeyjack, l’ancien général devenu simple sergent car en disgrâce auprès de la nouvelle Impératrice.

Les intrigues, politiques ou autres, ne s’arrêtent pas aux Malazéens, mais s’étendent aussi à leurs prochaines victimes : nous suivons ainsi celles qui agitent la ville de Darujhistan, la prochaine à subir l’ouragan Malazéen. Ses hommes de pouvoir, politique / officiel ou occulte (dans tous les sens du terme), vont ainsi comploter pour obtenir une place de choix dans le Nouvel ordre Malazéen à venir, ou au contraire pour assurer les alliances visant à éviter la conquête.

La magie

La magie est omniprésente dans ce tome 1 : comme dans La compagnie noire, des magiciens sont intégrés dans chaque unité militaire Malazéenne, et nombre de leurs adversaires ou plus généralement des protagonistes ou des personnages secondaires sont des mages, des Grands mages, alchimistes ou enchanteurs.

Sa conception est très particulière, et basée sur la notion de Labyrinthes : il s’agit d’un concept assez complexe (mais aussi un peu flou), quelque chose qui se trouve à la fois à l’intérieur du sorcier (comme un schéma d’énergie) mais qui a aussi une existence propre, une sorte d’espace extra-dimensionnel flottant quelque part à proximité du Chaos. Entrer dans son labyrinthe permet soit de se cacher, soit de parcourir en peu de temps d’énormes distances dans le monde réel (un peu comme le concept bien connu d’Hyper-espace en SF). C’est dangereux, cependant, car on peut y faire de mauvaises rencontres (créatures surnaturelles, mages ennemis, dieux ou leurs serviteurs) ou s’approcher un peu trop du Chaos et s’y brûler les ailes.

Globalement, ce concept de Labyrinthe m’a semblé relativement proche par certains côtés de la Marelle et du Logrus chez Roger Zelazny, dans son cycle des Princes d’ambre (si vous ne connaissez pas cette série de dix romans, jetez-vous dessus, au moins sur les 5 premiers). Cette impression est renforcée par l’importance donnée au Jeu de Dragon, sorte de Tarot divinatoire rappelant également par certains côtés les Atouts d’Ambre.

Il existe de nombreux labyrinthes, chacun portant un nom et donnant accès à une forme particulière de magie : de guérison, de la lumière, de l’ombre, etc. Certains labyrinthes sont spécifiques à une race donnée, d’autres sont « perdus », et au moins un à un statut semi-légendaire et une existence réelle qui reste à prouver. Le nombre de Labyrinthes maîtrisés (ainsi que le degré de maîtrise) est ce qui définit la puissance d’un sorcier : un mage en maîtrise un, un Grand Mage deux ou trois, un Mage hors-normes encore plus. Parfois, au contraire, la maîtrise d’un seul Labyrinthe, ancien ou exotique, peut donner un énorme avantage sur un mage adverse : la magie Tellann des T’lan Imass, par exemple, étouffe celle des autres Labyrinthes, la rendant inutilisable.

Il existe d’autres pratiques occultes, comme l’invocation de démons, l’alchimie (poudre anti-magie, etc) ou ces sorts de transfert d’âme qui auront une telle importance dans l’histoire.

En plus de sa conception assez inhabituelle en Fantasy, la magie de tome 1 a une ampleur quasiment inégalée, à part à la rigueur dans la plus débridée des High Fantasy : certains des antagonistes sont si puissants qu’ils rasent une colline ou font jaillir un volcan d’un vague geste de la main, au prix d’une dépense infinitésimale de leur monstrueux pouvoir. Ça, cher(e) lecteur / lectrice, c’est de la magie à grand spectacle, à gros budget pourrait-on dire. Les affrontements ou déchaînements magiques d’envergure sont légion dans le récit, et les mages utilisent en permanence un tel arsenal de sorts que cela donne presque un côté super-héroïque à la chose parfois. Songez par exemple aux scènes dans Darujhistan dans lesquelles des sorciers se traquent, protégés par des sorts de chute libre, d’invisibilité et des champs d’énergie, en volant dans les airs et en lançant des éclairs d’énergie magique avec leurs mains !

Dieux & Déesses

Une autre particularité à grand spectacle est l’omniprésence des divinités dans l’intrigue. Que ce soit personnellement, par le biais de serviteurs, de don d’artefacts de pouvoir (épée, pièce de monnaie modifiant les probabilités, etc) ou même en possédant un corps mortel, les interventions divines sont omniprésentes dans le récit. Chaque Ascendant cherche à augmenter, restaurer ou consolider son influence dans le complexe jeu d’intrigues qui l’oppose aux autres êtres de son niveau de puissance.

Il faut l’avouer, une telle débauche d’interventions divines et de magie de très haute puissance n’est pas franchement commune en Fantasy, même celle réputée à grand spectacle comme la High Fantasy.

Les dieux ont une autre particularité : les noms de certains d’entre eux. Mais nous en reparlerons un peu plus tard.

Les personnages 

Ils sont très, très, très nombreux. La liste des personnages fait quatre pages, auxquelles vous pouvez encore en ajouter une, celle des dieux et de leurs serviteurs, puisqu’ils interviennent personnellement dans le récit (du moins certains). Alors soyons clairs, tous n’ont pas la même importance dans l’intrigue : certes, Toc l’Ancien est cité dans les 4 pages, mais à part 2 ou 3 évocations au cours du récit, il n’apparaît pas significativement, en tout cas pas autant que son fils, Toc le Jeune.

Ce roman a d’ailleurs la réputation d’être difficile à lire justement du fait du très grand nombre de personnages, et de la caractérisation faible de certains d’entre eux (j’y reviendrai). Ce n’est que partiellement vrai. D’abord, les personnages sont présentés par « groupes », et font l’objet d’un ou plusieurs chapitres d’affilée ou avec une forte récurrence (=des chapitres qui reviennent après peu de pages / chapitres consacrés à d’autres personnages). Donc, on a le temps d’intégrer la place dans l’intrigue et les particularités d’untel ou d’unetelle.

Mais pour être honnête, ça concerne un très gros tiers du roman. A partir d’un certain point, lorsque l’intrigue commence à se déplacer vers Darujhistan, les nouveaux personnages apparaissent plus rapidement, on a moins de temps pour les intégrer, et surtout les destinées des différents « groupes » de personnages que nous connaissions jusque là commencent à s’entremêler, non plus au niveau du chapitre mais du paragraphe, de plus en plus rapidement jusqu’à la fin.

Au final, il faut rester très concentré, et surtout, c’est mon conseil, lire ce livre aussi vite que possible. En clair, si vous lisez 10 pages tous les soirs, c’est foutu, vous allez avoir du mal à suivre. Il faut vraiment s’y attaquer à un moment où vous disposez de temps pour lire et tenter d’en lire autant que possible à chaque séance de lecture (ce qui n’est pas toujours facile vu la densité et la complexité de l’intrigue). L’idéal est de le lire en 3-4 jours, de façon à avoir tous les éléments d’intrigue / les personnages bien en tête à chaque fois.

Mais bon, pour tout dire, j’ai un peu de mal avec les critiques qui considèrent que c’est très difficile à lire du fait du grand nombre de personnages : dans ce cas là, d’autres cycles de Fantasy réputés, au premier rang desquels se trouve sans le moindre doute le Trône de Fer,  sont au moins aussi difficiles à lire (sinon plus), et pourtant ça n’empêche pas des légions de lecteurs de les lire et de les apprécier. Bref, il me semble que le cycle Malazéen n’est pas jugé selon les mêmes critères que d’autres, et ça, ça m’ennuie.

Selon certains, les personnages sont mal caractérisés. J’ai envie de dire que pour un tel nombre de personnages et « aussi peu » de pages (580 pour ce tome 1), c’était assez inévitable. Pourtant, ce genre d’affirmation me paraît peu nuancé : oui, certains personnages sont transparents ou difficilement discernables d’autres du même genre, mais en même temps, comment rendre marquants les x soldats de base d’une unité militaire ? D’autre part, vu le nombre de personnages, je trouve que l’auteur s’en est plutôt bien tiré, réussissant à donner avec peu de caractéristiques ou de temps d’exposition une identité puissante à certains protagonistes. D’ailleurs, il faut avouer qu’il y a vraiment de l’originalité dans la galerie de personnages, jugez plutôt : Hairlock, le mage-Pinocchio (vous comprendrez en lisant le livre…), Whiskeyjack, le général devenu sergent, Mes Regrets, l’adolescente possédée par un dieu, Kruppe, le pontifiant mage-voleur qui parle de lui à la troisième personne, Tool, le mort-vivant qui a 300 000 ans, Crone, la femelle corbeau géante, génitrice et grande ancienne de sa race, et ainsi de suite.

Ce n’est pas tant leur caractérisation que le nom de certains personnages (et de certains dieux…) qui a pu en fait me poser problème (mais c’est assez personnel à vrai dire).

Fous ta cagoule

En effet, le dieu le plus cité (l’équivalent local du bon vieux « Nom de Dieu ! ») est celui de la Mort, le (à mon avis) fort mal nommé… Cagoule. Si toi aussi, ami lecteur, en lisant ces mots, tu as pensé à ça, c’est que le problème n’est pas circonscrit à mon esprit légèrement azimuté. Alors certes, on peut penser à la cagoule du Bourreau et à toute l’image morbide qui y est attachée, mais quand-même…

Et ce n’est pas le pire,  car voici le clou du spectacle : le redouté dieu des assassins porte le nom pour le moins improbable et pour le coup complètement ridicule de… COTILLON. Oui oui, le machin qu’on balance pour faire la fête. C’est fou ce que ça fiche la trouille, hein. Heureusement qu’on l’appelle aussi La Corde (remarquez, ça évoque quand même un peu La Crampe de Pulp Fiction, m’enfin passons…), ce qui est tout de même un peu plus dans l’ambiance meurtrière qui sied à un dieu des tueurs.

Dans un registre un peu moins choquant, les hommes du rang de la 9ème escouade portent les noms hautement « évocateurs » de Crincrin, Trotts, Mallet ou Picker. Personnellement, ça me rappelle les noms des cousins débiles de Perceval dans Kaamelott, ceux qu’il veut refiler au Roi Arthur afin d’en faire une Garde Royale. Mais bon, ça doit être moi, encore…

Il y a aussi les noms qui font un peu grincer des dents mais où ça passe encore (Whiskeyjack, Tattersail, Hairlock, Tool, Toc, Hedge, Lahargne -qui n’est pas un rappeur du 9-3, malgré ce que vous pourriez penser-Crokus, Kruppe, Turban Orr, Lesdoigts), pas mal de noms ni bons, ni mauvais, et quelques noms qui sonnent vraiment pas mal (Frisson Nocturne, Trône Fantôme, Calladan Brood).

Intrigue(s), Style, structure, clefs de l’univers

Le style est globalement agréable et évocateur (dans le genre noir / Dark Fantasy), avec quelques passages vraiment très réussis (les dialogues mettant en jeu Kruppe, qui a la pittoresque habitude de parler de lui à la troisième personne, sont les plus intéressants). De même, l’auteur est plutôt à l’aise pour évoquer anciens peuples, civilisations perdues et arcanes mystérieuses de la magie. Les combats sont bien décrits, quoique trop courts à mon goût.

Je l’ai déjà évoqué, mais l’univers / le background a été méticuleusement construit sur une période assez inhabituelle (à part Tolkien, j’ai un peu de mal à penser à un autre auteur avec une telle « phase préparatoire » à l’écriture), bien avant la mise en chantier du cycle, et particulièrement du tome 2 (lorsqu’il est sorti, l’univers existait déjà depuis… 18 ans !). Si on ajoute à cela le fait qu’en 580 pages, l’auteur doit vous présenter ses innombrables personnages et l’intrigue en plus de l’univers, vous vous doutez bien que l’immersion va être… brutale. Si vous êtes de ceux qui veulent qu’on leur donne dès le début les clefs de compréhension de l’univers, vous allez être déçu. Il y a des tas de référence à des peuples, des nations, des civilisations ou des événements qui resteront inconnus ou quasiment du lecteur. Il y a des tas d’éléments de vocabulaire propres à cet univers à assimiler (jetez un coup d’œil à la fin du livre, au fait, ça peut aider, surtout pour les Labyrinthes et les Dieux…). Bref, si vous détestez « ne rien comprendre » (j’exagère volontairement) pendant une bonne partie d’un roman, fuyez, pauvres fous, ce livre n’est pas fait pour vous. En revanche, si vous êtes un vétéran de Dune et d’Hyperion, ça ne vous posera pas de problèmes insurmontables.

La structure est linéaire sur un certain plan, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’alternance flash-back / présent comme on peut en voir parfois. Par contre, comme je l’ai déjà évoqué, plus le roman avance, plus les intrigues à priori séparées jusque là s’entremêlent (comme chez Hamilton). Est-ce que c’est difficile à lire ? Oui et non. C’est le nombre de personnages et le mal qu’on a à en différencier certains qui posent un certain problème, pas l’entremêlement des intrigues qui est, au contraire, clair et intéressant. Beau sens du rythme d’ailleurs à ce niveau de la part de l’auteur, les révélations et les pièces du puzzle se mettent en place avec un très bon timing.

Sur un plan plus général, le rythme est relativement tranquille au début du roman, puis subit une accélération brutale pour ne plus jamais ralentir.

La fin ne règle pas tout, loin de là, mais rappelez-vous que cette trame narrative se poursuivra dans les tomes 3 et 8, donc ne sortez pas les torches et les fourches tout de suite.

Au final

Au final, on se retrouve avec une sorte de Dark Fantasy épique politico-militaire. Épique non pas par la nette dichotomie bien / mal (complètement brouillée ici), mais par les enjeux, les protagonistes divins et le niveau de magie mis en jeu. Dark pour des raisons évidentes liées à sa parenté avec La compagnie noire. Politique pour sa parenté avec le Trône de fer en matière de luttes externes et internes entre royaumes ou factions, et militaire parce qu’on se retrouve avec un équivalent Fantasy de la SF militaire, encore une fois dans la lignée de l’oeuvre de Glen Cook.

C’est un livre à grand spectacle, très noir, rempli à ras bord de sorcellerie (attention, sorcellerie, pas magie merveilleuse, hein…), mettant en scène les dieux, mais où on suit aussi dans la boue, la crasse et le sang des troufions de base (ou presque).

C’est réputé très difficile (voire pénible, selon certains) à lire, notamment à cause de la multitude des personnages et de l’extrême richesse de l’univers, et honnêtement, on ne peut pas dire que ce soit entièrement faux. D’un autre côté, c’est plus intéressant qu’un nombre faramineux d’autres romans ou cycles de Fantasy, mais du coup, ça va se mériter. Personnellement, je préfère en baver mais avoir un monde et une intrigue riches que lire pépère et avoir oublié un roman au bout d’une semaine.

Bref, selon votre profil de lecteur, ce sera soit un chef-d’oeuvre, soit à fuir impérativement. C’est le genre de roman et de cycle polarisant, qui génère rarement des relations contrastées mais plutôt très dichotomiques : on vénère ou on déteste. Personnellement, j’ai beaucoup aimé, et la lecture des tomes 2 et 3 en français (correspondant au tome 2 dans la VO, coupé en deux en raison de sa taille) est d’ores et déjà programmée dans les deux mois qui viennent, avec critique à la clef bien entendu.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Shaya, celle de Nicolas Winter sur Just a word, celle de Lutin sur Albedo,

Ce livre est le tome 1 d’un cycle : vous pourriez donc être intéressé par la lecture des critiques du tome 2.0, du tome 2.5

 

 

 

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20 commentaires pour Les jardins de la lune – Steven Erikson

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  13. Lutin82 dit :

    Quel est le niveau en anglais ? Très accessible ou plutôt tordu et compliqué ?
    Je n’ai pas envie de commencer le cycle en français, d’être embarquée et hop la panne sèche…

    J'aime

    • Apophis dit :

      Clairement tordu et compliqué.

      Aimé par 1 personne

        • seb dit :

          Apophis, non, ca va, le niveau d’amglais est plus que correct, pas besoin d’avoir une license….
          lance toi en anglais, car rien que de lire les noms des persos en francais, ca me pique les yeux…

          Aimé par 1 personne

          • Apophis dit :

            Il se trouve que j’ai eu les retours de Lutin sur le tome 1 (en plus de ceux de blogueurs qui, comme moi, lisent régulièrement en anglais), et qu’ils sont tous unanimes pour dire que nous avons affaire à un niveau costaud, nettement plus que dans le livre US moyen. Donc, certes, il ne faut peut-être pas avoir fait des études universitaires dans cette langue, mais de là à dire que ce n’est pas plus difficile qu’autre chose, il y a un pas que je ne franchirais certainement pas.

            Pour le reste, la critique du tome 3 (de la VO) est prévue cette année, celle des suivants en 2018 et 2019 (voir la page « prochaines critiques »). ,

            J'aime

          • Lutin82 dit :

            Oui, les noms en VF sont pas aussi glamour qu’en VO!
            C’est au-dessus des poudres-mages au niveau anglais.

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