Transition – Iain M. Banks

Un exigeant hybride Banksien

transition

Iain Banks, il faut le savoir, est un des rares écrivains de science-fiction à avoir réussi en parallèle (et par réussir, j’entends chiffres de vente et reconnaissance du grand public et de la critique) une carrière en littérature blanche ou dans d’autres genres que les littératures de l’imaginaire. Il signe d’ailleurs ses romans de SF avec un « M » entre son nom et son prénom, ce « m » correspondant à son deuxième prénom, Menzies. Transition étant signé Iain M Banks, et vu son thème (les univers parallèles), il devrait purement relever de la partie « littérature SF » de l’oeuvre de cet auteur. Pourtant (et c’est là où je veux en venir avec mon histoire d’hybride dans le titre de mon commentaire), son style et l’extrême disons dureté de ses personnages le rapprochent très nettement de l’oeuvre en littérature générale de Banks. Pour finir, sa construction mélangeant progression chronologique et anti-chronologique rappelle très fortement celle d’un des romans phares du cycle de la Culture (le joyau SF de Banks), l’Usage des Armes.

Warning : Explicit lyrics

La conséquence de ce mélange des genres est que celui qui n’a lu que du Banks SF risque d’être sacrément déstabilisé par le ton très cru, très âpre et très noir de ce roman, même par rapport à l’Usage des armes, qui était jusque là son sommet en matière de noirceur dans un cadre SF. On a le sentiment d’avoir affaire à un Banks « non-censuré », notamment via la répétition de scènes de torture, de sexe très crues ou de celles où des personnages sont réduits à l’impuissance et le jouet de personnes sadiques et / ou impitoyables. Alors que toute l’oeuvre SF de Banks, Culture (les 2/3) ou pas Culture (le tiers restant) restait très classique dans son écriture (à l’exception d’EffroyablAngeFeersum Endjinn en VO-) ou dans sa construction (à l’exception de l’Usage des Armes), on a affaire, avec Transition, à quelque chose qui, bien que classé SF, ne ressemble pas au space-opera qu’à pu écrire Banks (l’Algébriste), au planet-opera auquel il s’est essayé (La Plage de Verre), et qui surtout, surtout, ne ressemble pas à la Culture. Celui qui serait tenté de voir dans l’interventionnisme du Concern pour « améliorer » (ça reste à prouver…) les univers parallèles un miroir de l’interventionisme planétaire des CS de la Culture ferait une lourde erreur et se préparerait à de cruelles déceptions. Le Concern est complètement dépourvu de la morale et des auto-limitations des CS (qui ont pourtant a 2-3 reprises commis des actions à la moralité plus que douteuse sur l’ensemble du Cycle de la Culture), et surtout il n’est pas animé par le même réel altruisme que la Culture. Bref, attention, si vous vous attendez à de la Culture / du Circonstances Spéciales dans le cadre d’univers parallèles, vous allez être sacrément décontenancé, ou même déçu.

Si vous tenez absolument à faire des parallèles, lisez la préface de Gerard Klein, elle contient l’ADN de Transition en termes de livres de SF ayant été écrits avant lui et relevant des mêmes thématiques. Personnellement, étant joueur de jeu de rôles, je ferais aussi un parallèle avec Mega, la méthode du Concern (voyage vers les mondes parallèles par la possession de corps des indigènes) ressemblant à un mix du transfert et du transit de Mega.

Intrigue, personnages, construction

Il ne faut pas vous attendre à des univers parallèles « flashy » ( pas de : les nazis ont gagné la seconde guerre mondiale, les Confédérés la guerre de sécession, les aztèques dominent l’Europe, etc), les rares décrits l’étant en quelques phrases et étant très proches du nôtre en général. Oui, la construction est complexe, l’identité exacte de chaque personnage n’étant décrite dans la première partie du roman que par un surnom (le transitionnaire, le philosophe, etc) et ne se dévoilant que peu à peu. Cela rend donc le livre assez exigeant, il faut s’accrocher pour remettre les pièces du puzzle dans le bon ordre. Mais c’est justement cette exigence qui rend le roman intéressant, quand le tableau général prend forme. Il faut juste s’accrocher, c’est tout. J’ajoute aussi que l’auteur nous propose une vraie fin, et que l’écrasante majorité des questions trouvent leurs réponses.

Outre la construction, ce sont ses personnages qui rendent ce roman extrêmement intéressant. De Madame d’Ortolan à Bisquitine, Iain M Banks s’est surpassé. Ces personnages ont un vrai relief, une vraie personnalité, on est très loin des personnages monodimensionnels malheureusement de plus en plus typiques en SF ou en Fantasy aujourd’hui.

En résumé

Il s’agit d’un roman très noir, très âpre, à la construction et à la lecture très complexes, très éloigné dans son ton de ceux de la Culture ou des autres Banks SF, mais qui récompensera le lecteur qui mènera l’histoire à son terme par un univers fascinant, une histoire grandiose, et surtout des personnages inoubliables (très, mais alors très noirs, mais inoubliables).  Il faut juste ne pas confondre ce livre avec un des autres Banks SF, Culture ou pas Culture, et être conscient que dans la bibliographie de cet auteur, tout comme Effoyabl’Ange, Transition restera à part.

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2 commentaires pour Transition – Iain M. Banks

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