Throne of the crescent moon – Saladin Ahmed

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Une fantasy sortant des sentiers battus et merveilleusement écrite

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Au fil des années, les livres de fantasy que j’ai le plus apprécié sortent clairement des sentiers battus du médiéval / antique-fantastique à la Tolkien / Howard, avec ses guerriers musclés et barbares, ses elfes, ses nains, ses vastes forêts enchanteresses, etc. Throne of the Crescent Moon fait partie de ces livres de fantasy qui s’éloignent de ces stéréotypes vus et archi-revus. D’abord, grâce à son cadre, qu’on pourrait qualifier de « fantasy des Mille et une nuits » (je précise que le monde décrit n’est pas le nôtre mais un monde imaginaire, aux influences arabes, perses et africaines). Mais surtout, ce qui différencie ce livre de la fantasy classique, ce sont ses personnages, très inhabituels.

La fantasy classique suit, en matière de groupes de personnages, deux voies classiques : soit un groupe majoritairement composé de combattants, avec un magicien pour s’occuper de tout ce qui est surnaturel (ex : le Seigneur des anneaux), soit des groupes de magiciens purs et durs (ex : Harry Potter, Terremer, etc). De plus, à part à la rigueur les Hobbits ou Elric, les guerriers sont quasiment toujours très stéréotypés : grands, forts, sans foi ni loi et barbares (Conan, Fafhrd, Kane, etc), ou à la rigueur d’un certain âge, très expérimentés, en ayant vu beaucoup au cours des années, et mortellement affûtés (ex : Aragorn). Idem pour les magiciens : soit adultes, voire vieux mais très alertes (Gandalf), soit très jeunes, au grand potentiel mais encore inexpérimentés (Harry Potter). Pour finir, tous les magiciens utilisent la même sorte de magie, il est rare qu’on sorte des sentiers battus là aussi.

Throne of the Crescent Moon ne suit aucun de ces stéréotypes.

Outre son cadre arabisant, c’est bel et bien d’une fantasy urbaine dont il s’agit, et surtout, d’une fantasy de lettrés. Les cinq personnages principaux défient tous les stéréotypes : trois d’entre eux sont utilisateurs de magie (au sens large), mais aucun n’emploie la même. L’un tire son pouvoir d’un sac à malices et invoque les écritures sacrées, le second emploie une magie classique mais avec une source d’énergie peu orthodoxe, à savoir sa propre force vitale (chaque sort lancé le fait vieillir d’un certain nombre de jours, mois ou années selon sa puissance), et le troisième est alchimiste et guérisseur. Tous trois sont âgés et très expérimentés. Deux d’entre eux se sentent vieux, las et souhaitent mettre un terme à leur vie d’aventures. L’un est nettement obèse. Bref, on est loin de Gandalf qui parcourt inlassablement des centaines de kilomètres ou du jeune et svelte Harry Potter.

Les deux guerriers ont respectivement quinze et dix-sept ans, et sont tous les deux fluets. Bref, ils n’ont rien de Conan ou de Red Sonja. Si la fille fait partie d’une tribu de nomades du désert, le garçon a reçu une éducation raffinée et cite les saintes écritures à tout bout de champ. Bref, là encore, il n’a rien d’un Conan. A leurs âges, ils sont certes redoutables, mais n’ont pas accompli les longs voyages, pas acquis l’expérience et la vision du monde un peu désabusée d’un Aragorn. Et j’ajoute que si le garçon est un derviche (ce qui reste encore relativement classique), la fille est une… lycanthrope. Une femme-lionne.

Bref… alchimiste, lycanthrope, magicien obèse et au bout du rouleau, personnages citadins (4/5) et lettrés (idem), fantasy arabisante sans forêts et sans elfes ou nains, comme vous le voyez, nous sommes très, très loin des poncifs du genre. Et Dieu que c’est agréable. Rien que pour cela, le livre est déjà intéressant sur le papier. Et il l’est effectivement encore plus une fois lu. C’est très, très bien écrit. On sent véritablement les odeurs, la chaleur et le tumulte de la cité. On vit les émotions des personnages, à la psychologie très développée. Très bonne initiative d’ailleurs de faire alterner les points de vue à chaque chapitre. On savoure des dialogues rédigés avec finesse, sublimés par des personnages antagonistes ayant parfois du mal à faire cohabiter leurs points de vue.

Alors certes, l’histoire est un poil classique (quoique cette idée de faire des goules des sortes de golems est intéressante), le méchant un poil terne, mais tous les autres personnages sont si flamboyants (mention spéciale également au Prince Faucon, voleur, révolutionnaire, maître bretteur et magicien) et l’écriture si prenante qu’on en oublie vite ces quelques défauts de jeunesse. Car pour un premier roman, la qualité est vraiment impressionnante.

Ce livre ne constitue apparemment que le premier tome d’une trilogie, donc je n’ai qu’un chose à dire : vivement la suite. Je suis curieux de voir comment les choses vont tourner, vu la fin du premier tome qui pose pas mal de questions. Malheureusement, d’après son blog, l’auteur souffre d’une forme majeure de dépression et de soucis financiers (il a deux jumeaux en bas âge) si importants qu’il est régulièrement obligé de faire appel à la générosité de ses lecteurs. Autant dire que l’écriture du tome 2 avance trèèèès lentement et que sa sortie est sans-cesse repoussée.

Espérons toutefois qu’un éditeur français le traduira, pour les non-anglophones. Mais d’après les rapides recherches que j’ai pu mener, ce n’est pas gagné. Apparemment, la fantasy arabisante ne serait « pas vendeuse » en France. Ce roman a tout pour prouver qu’une telle assertion est fausse.

Niveau d’anglais : moyen.

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2 réflexions sur “Throne of the crescent moon – Saladin Ahmed

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