L’inspecteur Zhen et la traite des âmes – Liz Williams

Un fond banal, une forme hautement exotique, et un très intéressant roman au final

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Quels sont les thèmes abordés dans le roman ?

  • Une enquête policière, ce qui est archi-banal.
  • La coopération entre deux flics de services / ethnies / états différents : idem, pensez au film Double détente par exemple, où un flic soviétique vient enquêter aux USA.
  • Le mariage inter-racial (archi-vu).
  • La traite des blanches (comme dans le film Taken, pas franchement du jamais-vu donc).
  • La mise au point d’une nouvelle drogue révolutionnaire (en matière de SF récente, de Dredd à Lucy, vous avez le choix de références…).
  • Les magouilles de tel ou tel ministère (déjà vu à de multiples reprises).

Bref, rien de nouveau sous le soleil, ce roman doit être peu intéressant êtes vous en train de vous dire… Sauf que…

  • L’enquête policière est menée par un flic d’une sorte de Brigade du surnaturel : comme dans X-Files alors ? Non, du tout, parce qu’ici le surnaturel est tellement avéré qu’on communique avec les déesses en se rendant dans leur temple et qu’on échange des e-mails avec… l’Enfer.
  • Le policier avec lequel Zhen, l’humain, coopère, est… un policier du Bureau du Vice démoniaque, donc un… démon.
  • Zhen est marié avec une… démone.
  • La traite des blanches en question concerne… l’âme de pures jeunes filles humaines.
  • La drogue est très loin d’une banale poudre blanche.
  • Les ministères en question sont ceux de… l’Enfer (en gros, l’Enfer chinois est le reflet de l’organisation terrestre de ce peuple, bureaucratie omniprésente y compris).

Ajoutez à cela un contexte asiatique forcément exotique pour nous, occidentaux (avec un usage assez bien dosé de termes chinois, ni trop, ni trop peu, assez souvent explicités pour que le lecteur ne se frustre pas et parfois laissés tel quels histoire de faire un peu plus mystérieux ou exotique), et (et c’est là que ça devient très intéressant) mêlez tout ça avec un contexte… futuriste. Oui, vous avez bien lu, l’histoire ne se passe ni dans le passé, ni dans le présent, mais dans un futur proche (on ne saura pas quand, une seule date est citée, 2017, mais on ne sait pas si c’est la date actuelle ou une date plus ou moins antérieure). Les technologies ont évolué, on se sert par exemple de nano-ordinateurs ayant un aspect liquide, de nano-filaments pour interdire les scènes de crime, il y a un bio-réseau qui se sert de cerveaux humains comme nexus de contrôle, on envoie des mails en Enfer, etc.

Bref, ce mélange chine + nanotech / biopunk + surnaturel, s’il n’est pas à proprement parler du jamais vu (Si je me souviens bien, le roman Le Goût de l’immortalité de Catherine Dufour reprend certains de ces éléments mais sous une forme / un ton très différents, et L’Age de Diamant de Neal Stephenson reprend les deux premiers dans une ambiance très proche -le surnaturel en moins-), est en tout cas très réussi, très réaliste et très cohérent. Notez, pour ceux que ça peut gêner, que la genèse des relations enfer / terre et la mise en place des e-mails par exemple n’est jamais clairement expliquée, l’auteur demande un peu au lecteur de l’accepter comme conséquence inévitable de la modernité (avant, la parole des dieux venait par des présages ou des prophètes, maintenant, c’est par e-mail).

Globalement, les personnages sont réussis et attachants, les dialogues assez savoureux (surtout lorsqu’ils impliquent les ministres de l’Enfer), et l’humour présent sans donner dans le loufoque. Personnellement (mais c’est entièrement subjectif), j’ai irrésistiblement pensé à Deux Flics à Miami, avec Zhen dans le rôle de Crockett (il vit sur un bateau, après tout…), Ju dans celui de Tubbs, Ma dans le rôle de Zwitteck, et le supérieur de Zhen dans le rôle du Lieutenant Castillo. Il faut dire déjà que Ju est fréquemment décrit comme un beau gosse séducteur de l’Enfer, et puis il est du Bureau du Vice (en VO, c’est Miami Vice), alors… Toujours au chapitre références, un petit point de détail m’a rappelé l’univers d’Hyperion, mais on va éviter de dire lequel pour ne pas spoiler. Enfin, les amateurs de Jeu de rôle jouant à In Nomine Satanis / Magna Veritas seront aux anges (^^), on a l’impression de voir une version asiatique de l’univers du jeu.

En conclusion

Si le fond est une enquête policière à ramifications politiques classique, la forme, entre exotisme asiatique, surnaturel et nanotech, est hautement exotique. Au final, il s’agit d’un roman qui, sur une base classique, en devient franchement original, avec des personnages attachants et un contexte fort intéressant. Seul petit regret : quelques Deus Ex Machina qui me paraissent un peu faciles sur la fin. En bref, si vous n’avez pas peur de sortir des sentiers battus, vous pouvez acheter ce roman sans crainte, il reste facile à lire malgré la présence de termes chinois, un contexte mythologique que nous connaissons peu en Europe et un mélange magie / technologie qui, sous la plume d’un auteur moins doué, aurait pu être indigeste mais qui, ici, passe parfaitement.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un second avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle d’Herbefol, celle de Temps de livres

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2 commentaires pour L’inspecteur Zhen et la traite des âmes – Liz Williams

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