Lankhmar – Fritz Leiber

Un des cycles fondamentaux de la Fantasy

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Pourquoi devriez-vous acheter et lire Lankhmar, qui est le premier volume de l’Intégrale du cycle des Épées, et qui réunit les trois premiers livres de ce dernier (Épées et Démons, Épées et Mort, Épées et Brumes) ? Tout simplement parce qu’en matière de Fantasy, ce cycle fait partie des incontournables que tout amateur un tant soit peu sérieux du genre se doit d’avoir lu. Et puis parce que la qualité est là, et bien là.

Fritz Leiber (1910-1992) était un écrivain de science-fiction reconnu (citons Le grand jeu du temps ou Le vagabond), titulaire de 8 prix Hugo et 4 Nebula, mais c’est avant tout un des piliers de la Fantasy d’après-guerre, titulaire de 3 World Fantasy Award, la récompense la plus prestigieuse du genre (au passage, l’un d’eux lui a été attribué pour Notre-dame des ténèbres, que nous classifierions plutôt, en France, dans le Fantastique).

Genre

En matière de Sword & Sorcery, sous-catégorie de la Fantasy (et terme popularisé par Fritz Leiber, au passage), le cycle des Épées est aussi important que celui de Conan, et, tout comme lui, il a eu une influence considérable sur la fantasy qui est parue après lui. Il est d’ailleurs notoire et extrêmement significatif que le monde de Nehwon, la cité de Lankhmar et les deux héros du cycle aient été régulièrement cités comme une des sources d’inspiration principales des deux premières éditions d’Advanced Dungeons & Dragons (ce que les petits jeunes appellent aujourd’hui D&D1 et 2). D’ailleurs, à la lecture, on s’y croirait, les lieux aux noms évocateurs et percutants abondent, et s’il y a bien un terme qui caractérise ce livre, c’est celui d’Aventure, avec un grand « A ».

Bon, donc ça parle de quoi, ça ressemble à quoi d’autre ? En très, très gros, ça ressemble à du Conan, avec une énorme dose de cambriole, beaucoup de magie noire, et une vaste dose d’inspiration Lovecraftienne (c’est criant dans le formidable « le Jeu de l’Initié »). Sauf qu’il n’y a pas un héros unique, comme Conan, mais un duo de « héros » (j’y reviendrais), chose plutôt inhabituelle à l’époque où le cycle a commencé à prendre forme (les aventures de Fafhrd et du Souricier Gris sont d’abord parues sous forme de nouvelles dans divers magazines anglo-saxons de Fantasy / SF, et ce dès la fin des années 30, avant d’être progressivement rassemblées, agrémentées d’inédits, dans un cycle de sept livres). Ou plutôt non, le cycle ne compte pas deux héros, mais trois, puisque la ville de Lankhmar, la plus emblématique de Nehwon, est un véritable personnage, tant elle est décrite de façon si complète et évocatrice qu’elle en devient un protagoniste à part entière.

Personnages

Les deux protagonistes humains, sont de véritables Dexter (le personnage de roman et de série) de la Fantasy, des êtres abominables sur le papier, de vrais anti-héros, mais qu’on ne peut pas s’empêcher d’apprécier. Cambrioleurs, mercenaires, pirates, pillards, ivrognes, n’hésitant pas à détrousser des prêtres, à tuer un adolescent qui a le malheur de se trouver sur leur chemin au mauvais moment, et autres vilenies, amoraux et sans foi (du moins pour le Souricier) ni loi, ils ne suivent que leurs propres envies et désirs. Malgré les exploits qu’ils accomplissent et les aventures qu’ils mènent à bien, ils sont trop maléfiques pour entrer dans la légende, mais attirent la sympathie des habitants de Lankhmar et, par extension, du lecteur.
Liés par une amitié extrêmement solide, ils sont aussi dissemblables que deux hommes peuvent l’être : Fafhrd est un nordique roux et pâle de sept pieds (2m10) de haut, tandis que le Souricier Gris est un homme bistre à la chevelure sombre atteignant à peine 5 pieds (1m50) ! Celui qui serait tenté de faire un parallèle entre Fafhrd et Conan serait mal avisé, car si le second déteste la civilisation et les lettres, le premier en est un amoureux inconditionnel. Fafhrd et celui qu’il appelle le « nabot gris » sont les deux plus formidables voleurs, aventuriers et surtout épéistes de Nehwon. Cela vous surprendra peut-être, mais des deux, le plus modeste en taille est le plus habile, les armes à la main.

Intrigue & style

Ce premier volume de l’intégrale comprend donc trois romans, qui ne sont en fait que des fix-ups de nouvelles : le premier roman en comprend trois, les origines de Fafhrd (j’ai trouvé qu’il s’agissait du passage le moins intéressant du livre), puis celles du Souricier (déjà plus intéressantes), et enfin l’histoire de leur rencontre à Lankhmar. Les deux romans suivants comprennent respectivement 10 et 6 nouvelles (la dernière étant la plus longue). Le niveau varie du bon à l’excellent, l’écriture est évocatrice, prenante, et souvent très riche (cela culmine là aussi dans la dernière nouvelle, pourtant une des plus anciennes dans l’ordre de publication original). Signalons particulièrement les formidables « Les Serres de la Nuit » (véritable histoire Hitchcockienne de Fantasy), « le Bazar du Bizarre » (assez Lovecraftien), « Des temps difficiles à Lankhmar » (hilarante histoire -oui, l’humour est présent dans le cycle- sur l’émergence d’une nouvelle et improbable religion), et surtout le formidable « Le jeu de l’Initié » (complètement Lovecraftien pour le coup).

Sur un plan général, c’est de la Sword et Sorcery pur jus (et pour cause), vous aurez votre content de combats, de sorcellerie immonde, mais aussi de fantasy urbaine et orientée voleurs, guildes et cambriole, si c’est ce que vous aimez. Il y a autant d’aventures citadines qu’en extérieur, de textes noirs que de textes plus légers (voire hilarants), bref il y en a un peu pour tous les goûts.

En conclusion

Un cycle incontournable de la Fantasy classique, avec deux antihéros hauts en couleurs, un monde riche et évocateur, et une cité de Lankhmar si richement décrite qu’elle en devient un troisième protagoniste à part entière. Que vous aimiez les combats, la romance, la « bromance », la sorcellerie, la cambriole, les aventures, la fantasy urbaine, celle des grands espaces, la dark fantasy ou l’humour dans la fantasy, ce cycle est fait pour vous. L’écriture est riche, les dialogues rondement menés, les descriptions évocatrices. Si vous êtes adeptes de jeu de rôle (ou de MMORPG, d’ailleurs), cette lecture est un peu un passage obligé, afin de revenir aux origines du genre.

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9 commentaires pour Lankhmar – Fritz Leiber

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