World of Fire – James Lovegrove

Takeshi Bauer-Deckard vs L’agent Smith du Technocentre Cylon

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Soyons clairs, James Lovegrove, écrivain anglais de SF / Fantasy pourtant très prolifique, est loin d’être aussi connu chez nous que certains de ses compatriotes (Alastair Reynolds, Iain Banks ou Peter Hamilton). De fait, bien peu de ses romans ont été traduits, et on ne peut pas dire qu’ils aient la notoriété d’un Hyperion. Ce qui ne veut absolument pas dire que ce soit un mauvais écrivain, et ce roman a tout pour prouver le contraire. A vrai dire, je suis tombé dessus par hasard, et alléché par le résumé, je l’ai acheté. Ce livre a tenu toutes ses promesses, et bien plus encore.

Pour être honnête, ce roman ne brille pas par son originalité : lisez le résumé, et vous vous apercevrez rapidement, si vous vous y connaissez un minimum en SF, que le point de départ de l’histoire ressemble beaucoup à Carbone modifié de Richard Morgan, et que la faction antagoniste ressemble à une civilisation IA comme le Technocentre de Dan Simmons ou toutes celles du célèbre univers du projet Orion Arm. Mais les ressemblances avec d’autres oeuvres bien connues ne s’arrêtent pas là : les dîtes IA, contrairement à celles de l’écrasante majorité des univers SF, ont pour particularité d’être… des fanatiques religieux, alors qu’au contraire, la civilisation humaine a balayé depuis longtemps toute forme de superstition. Ceux qui ont pensé aux Cylons de la série Battlestar Galactica n’ont rien gagné, c’était trop facile.

Le héros, Dev Harmer, est donc un agent d’une société militaire privée (=un mercenaire, comme ceux de Blackwater dans le monde réel) en contrat avec le gouvernement de la Diaspora et transférant sa conscience de planète en planète dans des corps clonés, génétiquement adaptés aux conditions locales, afin de contrer les agents infiltrés de Polis + (les IA), qui, depuis l’armistice avec les humains, mènent une guerre froide basée sur des opérations d’infiltration et de subversion. Leur technique est très particulière : comme l’Agent Smith de Matrix, ils peuvent insérer leur conscience dans un cerveau humain, ce qui leur fournit un camouflage parfait. La seule manière de les détecter : pas un test en bonne et due forme comme celui de Voight-Kampff qu’utilise Deckard dans Blade Runner pour identifier les Réplicants, mais plutôt l’instinct, la sensation que quelque chose manque, ou encore le fanatisme religieux dont les IA font preuve.

Harmer fait penser à Jack Bauer, adepte de méthodes musclées, de la torture, et ne s’embarrassant pas trop avec les lois locales ou leurs représentants. Mais à un Jack Bauer doté d’un féroce sens de l’humour, particulièrement caustique, et dont il aime se servir aussi souvent que possible, même (et surtout !) quand ce n’est pas du tout le moment. Les dialogues (nombreux) sont donc vivants et souvent très savoureux. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un de ses traits d’humour : alors qu’il est coincé en combinaison autonome à la surface de la planète, sur son terminateur (la ligne séparant la face éclairée et la face nocturne d’une planète), et que le soleil est sur le point de se lever, amenant 500°c et une mort certaine, il lance cet irrésistible SOS : « Mayday, mayday, the terminator is trying to terminate me ! « .

Parmi les autres personnages, Kahlo, la chef de la police, et l’agent de Polis+ que Dev va traquer sont intéressants (particulièrement ce dernier), mais les autres personnages secondaires font pâle figure en comparaison.
Le style est fluide, agréable sans rien avoir d’extraordinaire, mais en tout cas avec un bon rythme, une bonne intrigue et, je le répète, de bons dialogues.

Le gros point fort de ce roman est la cohérence et la richesse de l’univers : comme expliqué plus haut, il n’est peut-être pas original, mais en tout cas les éléments dont l’auteur s’est inspiré ont été assemblés d’une façon très cohérente. Il y a des tas de détails « qui font vrai », notamment sur les matériaux, les armes, l’astronomie et surtout sur la biologie / génétique, où l’auteur est particulièrement à l’aise. Je ne dirais pas que ce roman relève de la hard-science, parce que la simple présence d’un ultra-espace (traduisez hyper-espace) fait qu’il ne relève pas vraiment de la définition de cette catégorie de la SF. En revanche, le souci du détail et la cohérence scientifique de l’ensemble rappellent totalement les meilleurs livres de Hard-SF.

Les amateurs de Jeu de rôle, de GURPS en particulier, auront la nette impression de se retrouver dans un monde bâti avec la sainte trinité GURPS Space / Ultra-Tech / Biotech, et c’est franchement loin d’être désagréable. Concevant depuis deux décennies mon propre monde de SF (pas dans le but d’être publié mais pour mon propre plaisir), je suis admiratif devant celui bâti par James Lovegrove.

En conclusion

Peut-être pas un prix Hugo et un style recherché à la Jaworski, mais en tout cas un livre de SF agréable, à la narration fluide et rythmée, aux dialogues savoureux, au héros sympathique, avec un univers solide (presque hard-SF) et très cohérent, même si pas original. C’est le premier d’un cycle (dans lequel on suivra les enquêtes de Harmer sur une planète différente à chaque fois), le suivant (World of Water) arrivant en fin mars 2016 et se déroulant sur une planète aquatique. L’auteur a d’ailleurs eu l’excellente idée de mettre le prologue du tome 2 à la fin du 1, ce qui renforce d’ailleurs les ressemblances avec une série TV.

Bref, pas un chef-d’oeuvre, mais une très bonne surprise.

Niveau d’anglais : facile / moyen.

Pour aller plus loin

Ce roman est le tome 1 d’un cycle : vous serez peut-être intéressé par la lecture de la critique du Tome 2.

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3 commentaires pour World of Fire – James Lovegrove

  1. Ping : World of water – James Lovegrove | Le culte d'Apophis

  2. Grégoire dit :

    Super votre fiche de lecture Merci aussi de ne pas dévoiler les ressorts essentiels de l’intrigue ce qui nuirait à la lecture de ce type de roman … J’ai trouvé ce livre en effet, agréable à lire sans être particulièrement original au point de vue SF Mon imagination a amplifié l’effet beurk des scroaches et moleworms ! L’humour (très anglais à lire si possible en VO) de l’agent Dev Harmer m’a évoqué celui de Del Spooner dans I Robot mais gâche un peu la tension souhaitée pour certaines scènes (j’aime me faire peur ! )

    Aimé par 1 personne

    • Apophis dit :

      Merci 🙂

      En effet, j’ai une politique bien précise à propos des ressorts de l’intrigue : ne pas spoiler les points essentiels / les gros retournements de situation, mais en même temps éviter l’attitude qui consiste à rester un peu trop vague, ce qui, selon moi, ne contribue pas forcément à donner envie de lire un roman. Si j’en juge par les retours que j’ai, apparemment le dosage adopté a l’air de convenir aux lecteurs de mes critiques.

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