Phenix – Bernard Simonay

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Le chef-d’oeuvre méconnu de la science-fantasy française

phenix

Flash-back. Seconde moitié des années 90 (me souviens plus de la date exacte). A la fin d’un TP de chimie quelconque (on doit en étudier cinq types différents dans ma fac), deux de mes camarades de promo (un couple) viennent me voir, très excités, avec un ENORME livre à la main. Ils tiennent ab-so-lu-ment à me le prêter, parce que « c’est encore mieux que le Seigneur des anneaux ! ». Je suis sceptique, je sais très bien qu’ils manquent de références, n’ayant lu QUE le SdA en fantasy justement, et qu’elle a tendance à s’enthousiasmer très facilement. La couverture très roman sentimental, la quatrième, l’éditeur de l’édition en question (Editions du Rocher, pas un spécialiste reconnu de Fantasy, donc), bref rien ne m’inspire particulièrement confiance non plus. Je crains fort de tomber sur une fantasy de bas étage et devoir me taper les plus de 800 pages pour rien ou pas grand-chose. Mais bon, parce que le geste est amical, je le prends.

Vous savez quoi ? Ils avaient raison. Enfin presque. On ne va quand-même pas dire que c’est « mieux que le Seigneur des Anneaux », mais c’est à lire. Vraiment. Pour moi, ça fait partie de ces livres méconnus, voire quasiment inconnus, qui n’auront jamais l’aura du Trône de Fer ou d’Hyperion, mais qui, pourtant, n’ont pas à rougir face à eux en termes de qualité. On peut aussi citer Replay de Ken Grimwood, Mémoire de Mike McQuay ou l’incroyable Inexistence de David Zindell, un des livres de SF les plus visionnaires, riches et hard-SF qu’il m’ait été donné de lire.

Voilà pourquoi c’est intéressant : attention, je préviens, il y a des révélations (un peu, sur la nature de l’univers du roman), donc si vous ne voulez pas en savoir trop, demandez à Mr Scott de vous téléporter à la fin du spoiler :

*DÉBUT DU SPOILER*

A la lecture de la quatrième et du début, on pense qu’on est dans un monde de fantasy. Pourtant, la carte rappelle très fortement l’Europe, mais une Europe où la mer méditerranée est réduite à un grand lac salé et où beaucoup de noms ont changé. Bizarre. On se dit qu’on est dans un monde parallèle peut-être. On est intrigué en tout cas. On poursuit sa lecture, et on finit par comprendre : il s’agit bel et bien de la Terre, mais dans un lointain futur, post-apocalyptique. Un événement appelé Jour du Soleil a jeté à bas la civilisation de très haute technologie et l’a propulsée vers un âge de ténèbres néo-médiéval, où les bribes de science avancée qui restent sont l’objet de craintes et de superstitions.

Eeeeeeeeeeeeh, me direz-vous, c’est pas original tout ça, c’est la description du monde d’Hawkmoon de Moorcock ! Oui, il y a clairement des similitudes entre les deux univers, mais il y a aussi d’énormes différences. Pas de bâton runique, pas de champion éternel (enfin… non, rien), pas de Grandbretons psychopathes, pas le même style baroque, et surtout pas du tout les mêmes personnages. Bref, ce n’est pas de la fantasy, c’est de la science-fantasy mêlée à du post-apocalyptique. Mais bon honnêtement, même si le point clef de l’histoire et l’événement qui a créé ce monde (le Jour du Soleil) sont com-plè-te-ment SF, 90 % du livre est de la fantasy. Même s’il n’y a pas d’elfes, de nains, de dragons et de magie, il y a des tas d’animaux mutants zarbi et des mutations chez les humains qui leur donnent des pouvoirs mentaux que ne renierait pas Charles Xavier. Belle utilisation d’ailleurs des facultés mentales au combat de la part de l’auteur.

Bernard Simonay a mêlé de façon très habile les éléments réels avec des éléments de fiction, pour composer un tableau à la fois familier et exotique et en tout cas très intéressant et plaisant. Par exemple, les parties désormais asséchées de la vieille mer méditerranée s’appellent la Medhellenie (Med pour méditerranée et Hellenie comme dans Hélénique).

Bref, vous avez été prévenus, si ce genre de mélange des genres vous insupporte, passez votre chemin.

*FIN DU SPOILER*

Outre l’univers, relativement original et sans conteste plaisant, c’est le style, très prenant et extrêmement immersif, qui donne son intérêt à ce roman. On est happé dedans, on ne peut plus en sortir. Le livre est énorme, mais on le dévore, et une fois fini, on en redemande (sauf que… enfin voyez plus loin quand-même…).

L’intérêt tient aussi aux deux personnages principaux et à leur relation très, très particulière. Ils sont frère et sœur (faux-jumeaux), mais ils sont déchirés par une attirance (romantique mais aussi sexuelle, il faut dire les choses clairement) irrésistible. Etant donné que ce sont deux êtres admirables, hors-normes (si vous saviez à quel point…), ils résistent à cette attraction contre-nature, ils se marient, s’évitent, bref… Cette relation complexe est le moteur du roman, et sa nature réelle, la révélation finale, sa grande réussite. Sous la plume d’un autre auteur, tout cela aurait pu être carrément glauque, mais chez Simonay, c’est traité avec une grande délicatesse, bref comme le disait un célèbre animateur de radio pour djeun’s à l’époque de mes études universitaires, « ce n’est pas sale ». C’est même une très belle histoire, contée avec beaucoup de sensibilité.
A noter également un fort aspect initiatique dans l’intrigue, surtout au début mais ça se poursuit plus ou moins jusqu’à la fin (ENORME révélation finale !).

Bon, donc l’univers est intéressant (à défaut d’être complètement original), les personnages fascinants, l’écriture prenante, donc ce livre n’a que des qualités ? Eh ben non. Les deux personnages principaux sont certes attachants et tout et tout, mais ils sont aussi un peu énervants, surtout Dorian, qui tient du surhomme à qui tout ou quasiment réussit (et même Solyane fait très Vierge Marie et peut agacer). Certes, la fin expliquera beaucoup de choses, mais vous serez peut-être un certain nombre à grincer des dents.
De plus, les personnages secondaires sont un peu transparents, et ce qui fait d’une bonne histoire une GRANDE histoire, à savoir un ennemi crédible et charismatique, est également un peu caricatural ou sans grande consistance.
Enfin, certains pourront trouver le rythme fluctuant, avec de très gros pics d’intérêt mais aussi des longueurs ou des scènes dispensables (ça dépasse les 800 pages après tout). Ça n’a pas été mon cas, mais bon je suis bon public on va dire.

En conclusion 

Un très bon roman de science-fantasy à la française, inspiré par Moorcock mais avec son identité propre. Un monde riche, une belle histoire, deux beaux personnages principaux, une écriture prenante, mais des personnages secondaires et des antagonistes fades, et quelques longueurs sans doute pour la plupart d’entre vous. Mais dans l’ensemble, une histoire riche et cohérente, à fortement conseiller. Attention toutefois, si vous n’aimez pas les héros qui tiennent du surhomme à qui tout réussit, c’est un peu le cas ici. De plus, ce n’est pas à mettre entre toutes les mains, le cœur de l’intrigue est quand-même une envie d’inceste entre deux faux-jumeaux (même si c’est en fait beaucoup plus compliqué que ça).

Pour info, il y a une préquelle et deux suites : la préquelle est fort recommandable, sans atteindre le niveau de ce tome 1; le tome 2 est relativement correct, mais le tome 3 est franchement dispensable.

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2 réflexions sur “Phenix – Bernard Simonay

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